Célébration du patrimoine asiatique au Canada

​Une grande partie de la population canadienne considère, à juste titre, la diversité de ses membres comme une source de fierté et comme un atout. En fait, plus d’un cinquième de la population canadienne est né à l’étranger. Ce pourcentage d’immigrants est le plus important de tous les grands pays industrialisés du G7. Ces dernières années, les nouveaux arrivants au pays étaient majoritairement originaires d’Asie, y compris le Moyen‑Orient. Depuis les années 1990, la population canadienne qui, dans le passé, se tournait en priorité vers l’Europe lorsqu’elle s’intéressait aux événements à l’étranger, se considère désormais, elle‑même, sous un angle différent et envisage le monde d’un autre œil. Comme l’a dit l’ancien premier ministre Jean Chrétien : « Le Pacifique rétrécit, alors que l’Atlantique s’élargit! »

Une famille devant Wah Chong Washing and Ironing (lavage et repassage), 1895. Source : Archives de la ville de Vancouver / AM1376-:CVA 178-2.8.
Magasin de tissus Yick Lung Jin Merchant Tailors (marchand-tailleur) au 426, rue Carrall à Vancouver, en Colombie Britannique, vers 1897 ou 1898. Source : Archives de la ville de Vancouver / AM54-S4-: Bu P3.2.

Pourtant, l’histoire des immigrants asiatiques au Canada a connu des hauts et des bas. L’immigration en provenance de Chine illustre parfaitement ces vicissitudes. En 1788, les premiers Chinois à arriver au Canada sont 50 colons, artisans de formation, qui accompagnent le capitaine John Meares. Ils participent à la création d’un poste de traite et encouragent le commerce de peaux de loutre de mer entre le détroit de Nootka (sur le territoire actuel de la Colombie‑Britannique) et Guangzhou (Canton) en Chine. En 1860, on estime à 7 000 personnes la population chinoise sur l’île de Vancouver et dans toute la Colombie‑Britannique. Cette population s’accroît avec l’arrivée d’environ 15 000 travailleurs chinois venus, entre 1880 et 1885, pour achever la partie britanno‑colombienne du chemin de fer du Canadien Pacifique qui traverse le Canada d’un océan à l’autre.

Toutefois, cet épisode marque également le début de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire canadienne. En effet, comme le raconte la Minute du patrimoine « Nitro », plus de 600 de ces travailleurs décèdent à la suite de conditions de travail extrêmement défavorables. Après 1885, les émigrants chinois sont tenus de payer une taxe d’entrée de 50 $ par personne pour pénétrer au Canada. En 1900, cette taxe est doublée pour passer à 100 $, puis, en 1903, à 500 $ (voir Taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois au Canada). Ces terribles évolutions sont le résultat de récriminations que résume bien cette déclaration d’un sénateur de l’époque : « les Chinois ne sont pas de notre race et ne peuvent devenir partie intégrante de notre collectivité ». Ce n’est d’ailleurs qu’en 1947 que les Canadiens d’origine chinoise obtiennent le droit de vote.

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Mais les Chinois ne sont pas les seuls à être victimes de préjugés et d’une discrimination qui frappent également les arrivants en provenance d’autres pays asiatiques. Les premiers immigrants japonais arrivent au Canada en 1877. Trente ans plus tard, le gouvernement limite l’immigration japonaise à 400 personnes par an, puis, en 1928, à 150 personnes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens d’origine japonaise sont internés et leurs biens sont placés « sous protection » pour être finalement vendus.

Marine royale canadienne confisque le bateau d
Un officier de la Marine royale canadienne confisque le bateau d'un Canadien japonais en 1941.

Les Canadiens originaires de l’Asie du Sud doivent, eux, faire face à d’autres difficultés. En 1914, le gouvernement bloque l’arrivée du Komagata Maru, un navire transportant des immigrants indiens souhaitant s’installer au pays, et ordonne leur renvoi. À leur retour, ils affrontent la police indienne britannique qui tente de les obliger à monter dans un train spécialement affrété à destination du Pendjab. Vingt passagers trouvent la mort à l’occasion de cet épisode tragique. Le gouvernement impose de telles restrictions à l’immigration en provenance de l’Asie du Sud que lors du Recensement de 1961, on compte moins de 7 000 personnes au Canada originaires de cette région du globe.

Aujourd’hui, on a corrigé beaucoup de ces injustices qui ont également été officiellement reconnues et ces communautés sont en plein essor. Lors du Recensement de 2011, les Canadiens originaires d’Asie du Sud et de Chine ainsi que les Canadiens noirs représentent 61 % des personnes appartenant à des minorités visibles au pays. Ils sont suivis par les Philippins, les Latino‑Américains, les Arabes, les Asiatiques du Sud‑Est, les Asiatiques occidentaux, les Coréens et les Japonais. La nomination de quatre Canadiens d’origine sikhe comme membres de son cabinet par le premier ministre Justin Trudeau constitue une illustration frappante de cette évolution des mentalités.

Alors que nous célébrons le Mois du patrimoine asiatique, l’apport positif et les importantes contributions de ces communautés au Canada font aujourd’hui consensus au sein de la population (voir la collection Patrimoine asiatique au Canada). Grâce aux orateurs qui participent au programme Passages Canada et à la série de vidéos qui l’accompagne, Historica Canada propose des récits de première main témoignant de la diversité culturelle du Canada. Aujourd’hui, la population canadienne est plus forte grâce à la présence de personnes venues des quatre coins du monde. Dans ce contexte, les Canadiennes et les Canadiens se sentent de plus en plus confiants quant à la place de notre pays dans le concert des nations.