Musique de chambre

On désigne sous le nom de musique de chambre des compositions comprenant jusqu'à 12 parties, peu ou pas doublées, chacune étant d'importance égale.

Musique de chambre

On désigne sous le nom de musique de chambre des compositions comprenant jusqu'à 12 parties, peu ou pas doublées, chacune étant d'importance égale. Au XVIIIe siècle et dans les années qui suivent, pendant que le Canada prend forme en tant que pays, Haydn, Mozart et Beethoven établissent les formes et définissent les ensembles qui serviront de modèle par la suite : trio à cordes (violon, alto, violoncelle), trio avec piano (violon, violoncelle, piano) et, surtout, quatuor à cordes (deux violons, alto, violoncelle).

Les premières exécutions connues de musique de chambre classique au Canada ont lieu au début du XIXe siècle, dans l'entourage d'un violoniste amateur, le juge Jonathan SEWELL de Québec. Malheureusement, au Canada, la composition de musique de chambre à cette époque n'a laissé que peu de traces. On croit qu'un contemporain de Sewell, Joseph QUESNEL, de Montréal, a composé des duos et des quatuors, mais il n'en subsiste aucun.

Alors que les compositeurs européens de Beethoven à Brahms développent le genre en faisant reculer les limites du langage musical et des formes classiques, les Canadiens ne s'y intéressent pas beaucoup avant le dernier quart du XIXe siècle. On trouve bien un certain nombre de marches, de danses et de pièces de genre pour flûte, violon et cornet à pistons, avec accompagnement de piano, mais peu de musique destinée au concert. Si l'on peut présumer que des compositeurs comme J.P. CLARKE et Calixa LAVALLÉE ont contribué à élargir le répertoire, leurs oeuvres de musique de chambre ne semblent pas avoir survécu. Une des premières oeuvres conservées est la Fantaisie sonate (1858) pour flûte et quatuor à cordes d'Antoine DESSANE, de Québec, compositeur, organiste et violoncelliste.

À partir des années 1870, plusieurs conservatoires ouvrent leurs portes, permettant à leurs professeurs des sections cordes, bois et cuivres de former des ensembles de musique de chambre. L'interprétation de la musique de chambre y a fleuri jusqu'à aujourd'hui. Du Septuor Haydn, de Québec (fondé en 1871, composé d'un quintette à cordes avec flûte et piano), au quatuor à cordes St. Lawrence (1989) , en passant par plusieurs quatuors à cordes de renom dont le Toronto String Quartette Club (1884-1887), le Dubois (1910-1938), celui du conservatoire de Toronto (1929-1946), le QUATUOR À CORDES HART HOUSE (1923-1946), le Parlow (1943-1958), le QUATUOR À CORDES ORFORD (1965-1991), le Vàghy (installé au Canada en 1968) et le PURCELL STRING QUARTET (1968-1991), de grands interprètes du Canada se sont illustrés dans l'interprétation d'oeuvres de maîtres européens et de compositeurs canadiens.

Étant donné les possibilités de voir leurs oeuvres exécutées, quelques compositeurs se sont intéressés au genre à la fin du XIXe siècle, dont Guillaume COUTURE (Quatuor à cordes, 1875), W.O. Forsyth (Quintette, 1886), Luigi von Kunits (Quatuor à cordes, 1891, et une sonate pour violon, 1919), Edward Manning (Trio, vers 1900), Alexis CONTANT (Trio, 1907), sir Ernest MACMILLAN (Quatuor à cordes, 1914) et Clarence Lucas (Quatuor à cordes, 1944, et de nombreux duos pour violon et piano). Bien que ces oeuvres présentent une certaine retenue dans l'expression et ne reflètent pas les tendances européennes contemporaines que l'on trouve, par exemple, dans les oeuvres de Scriabine, de Debussy et de Schönberg, elles indiquent néanmoins que la composition canadienne a atteint un haut niveau d'habileté technique dans un langage musical conservateur.

Le genre croît en popularité parmi les compositeurs canadiens avec l'utilisation grandissante des techniques du XXe siècle, car la flexibilité de la musique de chambre en fait un bon véhicule d'expérimentation. Cette évolution débute avec Rodolphe MATHIEU, dont le chromatisme, inspiré de Debussy et des premières oeuvres de Schönberg, se manifeste surtout dans les oeuvres écrites après 1919 (Quatuor n° 1, 1920, Trio, 1921, et Sonate pour violoncelle et piano, 1928). Malheureusement, ces oeuvres ne sont pas bien accueillies au Canada.

C'est la prochaine génération de compositeurs (nés au début du XXe siècle) qui sait le mieux rompre avec le passé. John WEINZWEIG, Barbara PENTLAND et Jean PAPINEAU-COUTURE sont parmi les premiers compositeurs canadiens à consacrer une grande partie de leur production à la musique de chambre. Que l'approche soit dodécaphonique (Weinzweig et Pentland) ou plus généralement chromatique (Papineau-Couture), leur nouveau langage musical reflète une connaissance de la pensée musicale contemporaine, connaissance qu'ils transmettent ensuite à leurs élèves. Chacun de ces compositeurs a écrit plusieurs quatuors à cordes, en plus du Quintette à vent de Weinzweig (1964), des Églogues (1942) avec voix et du Sextuor (1967) de Papineau-Couture. L'influence de Bartók et de Hindemith est évidente dans le Trio n° 2 (1957) de Violet ARCHER et le sérialisme rigoureux de Boulez transparaît dans Offrande I (1969) et Offrande III (1971), puis dans Circuits I, II (1972) et Circuits III (1973) de Serge GARANT. Les trois quatuors à cordes (1943, 1950, 1959) d'Harry SOMERS dénotent l'influence de Weinzweig, son professeur principal, alors que ses Twelve Miniatures (1964) avec voix indiquent l'évolution originale de son style.

Un des compositeurs les plus connus du Canada, R. Murray SCHAFER, contribue beaucoup au genre avec des oeuvres comme Requiems for the Party Girl (1966), qui reflète sa prédilection pour des lignes vocales chantées sur ses propres textes, et String Quartet n° 2 (1976), qui témoigne de son intérêt pour l'environnement acoustique. L'attrait de Gilles TREMBLAY pour le timbre est manifeste dans des oeuvres comme Champs I (pour piano et 2 percussionnistes, 1965), Champs II (Souffles, pour 13 instrumentistes, 1968) et Champs III (Vers, pour 12 instrumentistes, 1969) ainsi que Solstices (1971). Parmi les oeuvres de plus jeunes compositeurs, Remembrances (1969), de John Hawkins, et Prolifération (1969), de Claude Vivier, sont particulièrement intéressantes parce qu'elles incorporent des éléments de théâtre, ce qui devient une des principales préoccupations de nombreux compositeurs des années 70. Depuis, le minimalisme, le mysticisme et le post-romantisme des années 80, caractérisés par Procession (1981) et Lament in the Trampled Garden (quatuor à cordes, 1992), de Marjan Mozetich, et Qilakitsoq (The Sky Hangs Low, 1988), de Patrick Cardy, ont contribué au style éclectique de la composition canadienne.

L'essor de la composition de musique de chambre n'aurait pas été possible sans la création d'ensembles permanents après la Deuxième Guerre mondiale. En plus des quatuors à cordes déjà mentionnés, des ensembles de cuivres et de bois sont formés, dont les York Winds, le CANADIAN BRASS et le Quintette de cuivres de Montréal, ainsi que plusieurs ensembles non traditionnels. La fondation de diverses sociétés consacrées à la musique de chambre d'avant-garde, dont la Société de musique contemporaine du Québec (Montréal), New Music Concerts (Toronto), Array Music (Toronto) et la Vancouver New Music Society, exerce aussi une influence certaine.


Lecture supplémentaire

  • J. Beckwith and K. MacMillan, eds, Contemporary Canadian Composers (1975); Encyclopedia of Music in Canada (1981); Robin Elliott, ed, "Chamber Music I: Piano Trios," "Chamber Music II: String Quartets," and "Chamber Music III: Instrumental Duos," in the Canadian Music Heritage series; Clifford Ford, Canada's Music: An Historical Survey (1982); H. Kallmann, A History of Music in Canada 1534-1914 (1960).