Le premier arbre de Noël en Amérique du Nord

Dans un coin de la salle, se dresse le plus universel des symboles de Noël, un petit arbre.

Le 25 décembre 1943, l'odeur âcre de la cordite plane sur les barricades de gravats à Ortona, en Italie, où Canadiens et Allemands sont engagés dans un sinistre combat corps à corps. Même dans le vacarme des murs qui s'effondrent, dans la poussière et la fumée qui obscurcissent les ruelles, les hommes de l'unité des Seaforth Highlanders du Canada et du Loyal Edmonton Regiment sont déterminés à célébrer Noël. Comme salle de réception, ils choisissent l'église abandonnée de Santa Maria di Constantinopoli.

Le repas est servi sur de longues tables recouvertes de nappes blanches. Chaque couvert est garni d'une bouteille de bière accompagnée de tablettes de chocolat, bonbons, cigarettes, noix, oranges et pommes. Les compagnies mangent à tour de rôle. Dès qu'une compagnie a fini de se régaler, elle va prendre la relève de la suivante. Au menu, soupe, porc avec compote de pommes, chou-fleur, macédoine de légumes, purée de pommes de terre, sauce, pouding de Noël et tarte au mincemeat. Dans un coin de la salle, se dresse le plus universel des symboles de Noël, un petit arbre.

Bien qu'il soit associé de près au christianisme, l'arbre de Noël est d'origine païenne. De nombreuses cultures païennes avaient pour coutume en décembre d'abattre des conifères qu'ils dressaient dans les maisons ou les temples pour marquer le solstice d'hiver qui tombait entre le 20 et le 23 décembre. Ces arbres leur semblaient détenir des pouvoirs magiques qui leur permettaient de résister aux puissances mortelles de la noirceur et du froid.

Parmi les légendes entourant la première utilisation chrétienne de l'arbre de Noël, on raconte celle d'un bûcheron qui vient en aide à un petit enfant affamé. Le lendemain matin, l'enfant apparaît au bûcheron et à sa femme sous les traits de l'enfant Jésus. Cassant une branche de sapin, il déclare au couple qu'elle portera des fruits à l'époque de Noël. Tel qu'annoncé, l'arbre se couvre de pommes en or et de noix en argent. Dès les années 1700, la tradition du Christbaum ou «arbre du Christ» est déjà fortement établie en Allemagne.

Selon une croyance largement répandue, Martin Luther, le réformateur protestant du XVIe siècle, est le premier à avoir décoré un arbre avec des chandelles. Composant mentalement un sermon en rentrant chez lui par un soir d'hiver, il est impressionné par l'éclat des étoiles scintillant à travers les conifères. Voulant reproduire la scène pour sa famille, il dresse un arbre dans la pièce principale et en décore les branches de chandelles allumées. Puis, la coutume de l'arbre décoré s'étend de l'Allemagne vers d'autres régions de l'Europe de l'Ouest et plus tard en Amérique du Nord.

C'est à Sorel, au Québec, que l'arbre de Noël fait sa première apparition en Amérique du Nord, la veille de Noël de 1781, chez la baronne Riedesel qui reçoit un groupe d'officiers britanniques et allemands. Le pouding anglais est au menu, mais le clou de la soirée est le sapin aux branches décorées de fruits et de chandelles allumées, dressé dans un coin de la salle à manger. Après les douloureuses tribulations que sa famille ont connues pendant les deux années précédentes, la baronne a décidé de marquer son retour au Canada par la traditionnelle célébration allemande.

Alors que le baron Frederick-Adolphus Riedesel commandait un groupe de soldats allemands envoyés par le duc de Brunswick pour aider à défendre le Canada, sa famille et lui avaient été faits prisonniers pendant la désastreuse offensive britannique dans le nord de New York en 1777. À leur libération, en 1780 seulement, ils sont revenus à Sorel.

Le graver anglais célèbre de la reine Victoria et le prince Albert et leur arbre en 1848. L'Allemand Albert a aidé à populariser l'arbre de Noël dans la grande Bretagne et le Canada (Illustrated London News).

En Angleterre, la mode de l'arbre de Noël ne se répand qu'au XIXe siècle grâce au prince Albert, le conjoint allemand de la reine Victoria. Fils du duc de Saxe-Cobourg-Gotha (un duché du centre de l'Allemagne), Albert a grandi dans la tradition de l'arbre de Noël et, quand il épouse Victoria, en 1840, il exige qu'elle adopte la tradition allemande.

C'est à New York en 1882 qu'un arbre de Noël est illuminé à l'électricité pour la première fois. Edward Johnson, un collègue de Thomas Edison, décore un arbre avec un fil garni de 80 petites ampoules électriques qu'il a lui-même fabriquées. La production de ces guirlandes de lumières commence vers 1890. Au Canada, un des premiers arbres de Noël illuminés à l'électricité est érigé à Westmount, au Québec, en 1896. En 1900, de grands magasins dressent de grands sapins illuminés pour attirer les clients.

Aujourd'hui, la tradition de l'arbre de Noël est solidement implantée partout au Canada, où le paysage triste et les nuits sombres sont égayés par l'odeur agréable du conifère scintillant de lumières multicolores. Au-delà de ses origines païenne et chrétienne, l'arbre de Noël est un symbole universel de renaissance, de lumière dans la période la plus sombre, d'anges veillant sur l'humanité et de l'étoile pointant le lieu de paix.