Climat et société

L'influence du climat se fait sentir sur notre façon de nous vêtir, sur ce que nous mangeons, sur notre état d'âme et notre comportement. Les coûts de chauffage ou de climatisation subissent aussi son influence, sans parler de nos projets de vacances.

Yellowknife en hiver
L'indice de rigueur du climat de Yellowknife, à 57, est extrême par comparaison avec la plupart des villes (photo de L. Smith/avec la permission du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest).
Refroidissement éolien
Le refroidissement éolien est causé par l'effet combiné de la température et du vent. Le graphique montre que si la température est de -10 \u00b0C et que le vent souffle à une vitesse de 10 km/h, il n'a presque pas d'effet. Par contre, si la température est de -10 \u00b0C et la vitesse du vent est de 45 km/h, la température de l'air est équivalente à -25 \u00b0C (oeuvre de Michael Lee).
Tempête de neige
(Photo de Arjen Verkaik, Skyart Productions).

Climat et société

Au fil de millions d'années, différents climats ont sculpté le relief terrestre. On leur doit la distribution des dépôts de matière organique, la formation des glaciers, l'eau des rivières et le contenu des sols. De plus, les CHANGEMENTS DE CLIMAT et la variabilité du climat touchent presque tous les aspects de notre société. D'abord et avant tout, le climat fournit l'essentiel à la vie : la chaleur, l'humidité et la lumière.

L'influence du climat se fait sentir sur notre façon de nous vêtir, sur ce que nous mangeons, sur notre état d'âme et notre comportement. Les coûts de chauffage ou de climatisation subissent aussi son influence, sans parler de nos projets de vacances. Ses effets sur la loi de l'offre et de la demande peuvent causer l'inflation, des crises financières ou l'instabilité sociale et cela, à l'échelle globale. De plus, le climat est essentiel à la production forestière et agricole, au succès de l'industrie de la pêche et à la gestion des ressources en eau.

En concentrant l'agriculture, la pêche et les ressources forestières dans des zones géographiques spécifiques, le climat a influencé les migrations humaines et la colonisation. La SÉCHERESSE et les inondations (voir INONDATIONS, CONTRÔLE DES) sont des phénomènes climatiques qui peuvent détruire la vie et y nuire, endommager les propriétés et isoler des populations entières.

L'INFORMATION SUR LE CLIMAT a une valeur économique énorme en ce qui à trait à l'agriculture, aux loisirs, à l'énergie et au transport. Elle peut fournir des réponses à des questions comme : Quelle part du budget devrait être consacrée à l'enlèvement de la neige? Le VENT souffle-t-il suffisamment souvent pour justifier l'installation d'un générateur éolien? Quels climats conviennent le mieux aux personnes asthmatiques ou arthritiques? Peut-on cultiver des pêches à Kapuskasing ou des choux à Whitehorse? Les précipitations de neige sont-elles suffisantes pour assurer la rentabilité d'une station de ski? Quelles seront les répercussions du réchauffement de la planète sur l'élévation du niveau de la mer à l'Île-du-Prince-Édouard et sur la vie traditionnelle des Amérindiens de l'Arctique?

Agriculture, foresterie et pêche

L'humanité subit l'influence du climat surtout en ce qui regarde l'agriculture. Au Canada, les cultures économiquement rentables sont celles des arbres fruitiers dans la vallée de l'Okanagan, du blé et des fèves oléagineuses dans les Prairies, du maïs et du raisin dans le Sud de l'Ontario et du Québec, des pommes de terre et des céréales dans les Maritimes. Seules les récoltes tropicales et équatoriales ne peuvent être cultivées à des fins commerciales. C'est pourquoi, pour réussir, un fermier doit réduire au minimum les risques inhérents au climat soit en évitant le danger dès le départ, soit en se protégeant si les conditions néfastes surviennent.

Toutes les zones agricoles canadiennes sont exposées à la sécheresse, au gel, à la destruction par l'hiver, aux vents, aux précipitations abondantes, à la GRÊLE, aux inondations, aux infestations d'insectes et aux maladies liées au climat.

Les renseignements climatologiques jouent un rôle important dans l'évaluation des terres où le climat peut être propice à des CULTURES spéciales. Par exemple, dans l'Ouest canadien, le COLZA représente une industrie de plusieurs millions de dollars. Les journées chaudes et ensoleillées et les nuits fraîches des Prairies conviennent parfaitement à la production intensive de cette graine. Par contre, dans les zones situées au sud de Minneapolis (Minnesota), le pourcentage d'huile que renferme la graine diminue et, conséquemment, sa culture n'est plus rentable.

Le climat et les conditions météorologiques influencent un grand nombre d'activités associées agricoles : l'ensemencement, l'irrigation, la pulvérisation, la culture, la récolte et la planification du travail. Les activités qui suivent la récolte (c'est-à-dire l'entreposage et le transport des récoltes, la performance du bétail) sont également sensibles à la MÉTÉOROLOGIE. L'unité thermique de croissance (degré-jour) et l'indice d'assèchement sont des données climatiques simples largement utilisées pour assurer une meilleure gestion dans de nombreuses exploitations agricoles. Des modèles plus complexes de rendement de culture sont aussi utilisés par les fermiers, les agronomes et les économistes qui font partie de diverses coopératives agricoles ou organismes comme, par exemple, la COMMISSION CANADIENNE DU BLÉ. Ces modèles permettent de prévoir les conditions de croissance et d'élaborer des stratégies de mise en marché. Un progrès récent est celui de la cueillette de renseignements en rapport avec le climat à l'étranger afin de tirer partie du marché mondiale et profiter des occasions de mise en marché.

Le climat constitue aussi un facteur très déterminant de la production forestière. Les experts-forestiers sont friands des données climatiques récentes et de toute information pouvant les aider à contourner les risques associés à la sécheresse, à l'excès d'eau, au feu, au gel, au déracinement par le vent et à la pollution atmosphérique. L'observation constante des conditions climatiques propices aux incendies est cruciale pour la maîtrise et la prévention des INCENDIES DE FORÊT. On surveille ainsi l'humidité et l'état du sol, la couverture morte, la vitesse et la direction du vent, l'humidité ambiante et les ORAGES.

Les aménagistes forestiers sont avides de renseignements climatiques à long terme, tant historiques que calculés, parce que la météorologie aura des répercussions sur chacun des stages de croissance de l'arbre, de la plantation à la récolte. La météorologie influence aussi les méthodes de gestion forestière : préparation du site, régénération, coupe d'éclaircie et fertilisation. La régénération d'une forêt prend des décennies et, afin d'assurer des réserves d'arbres pour l'avenir, il est important de choisir des variétés les mieux adaptées au climat local. Il n'y a pas meilleur exemple que celui de la FORESTERIE pour illustrer le besoin d'information sur les changements climatiques et les variations du climat. Après tout, le climat qui prévaudra lorsque les arbres atteindront leur maturité sera différent de celui qui prévalait au moment où ils ont été plantés.

Ressources en eau

Alors que les précipitations fournissent toute l'EAU douce de la Terre, l'évaporation constitue la principale source d'humidité de l'atmosphère. Au Canada, il n'y a pas de grandes zones où l'évaporation annuelle dépasse de beaucoup les précipitations. Ainsi on n'y trouve pas de DÉSERTS permanents. Il n'y a pas non plus de vastes zones où les précipitations dépassent l'évaporation et provoquent des inondations. De tous les pays du monde le Canada est celui qui possède la plus grande réserve d'eau douce utilisable. Toutefois, la demande en eau est tellement grande que les responsables de l'approvisionnement en eau se préoccupent des variations climatiques.

Les climatologues travaillent de concert avec les hydrologistes pour gérer efficacement les ressources en eau du Canada. Dans les Prairies, les fermiers et les fonctionnaires municipaux s'informent régulièrement de l'accumulation de neige. Les premiers sont inquiets à propos de la quantité d'eau disponible pour l'IRRIGATION alors que les autres s'inquiètent des inondations.

Au début de juin 1995, dans le Sud de l'Alberta, plus d'une dizaine de rivières sont sorties de leur lit à la suite de précipitations record qui, combinées à la fonte des neiges, ont donné naissance à une crue record pour ce siècle. À Medicine Hat, les inondations ont forcé 4 000 personnes à quitter leur foyer et ont probablement contribué au BOTULISME qui a tué plus de 30 000 canards. De plus, les cultivateurs et les éleveurs de bétail ont observé un retard de la saison propice, probablement en raison des inondations.

Dans la région des Grands Lacs, des ingénieurs évaluent, sur une base quotidienne, le bilan hydrique du bassin afin de prédire les changements de niveau et réguler l'écoulement. Dans l'Est du Canada, où l'exportation de l'HYDROÉLECTRICITÉ représente une industrie majeure, les installations électriques sont tributaires des précipitations hivernales pour remplir leurs réservoirs. Dans les régions humides possédant un écoulement fluvial fiable, les ingénieurs élaborent des méthodes permettant de détourner les surplus vers les régions en manque d'eau. Le climat constitue le principal facteur déterminant les ressources potentielles en eau d'une région. Afin de satisfaire la demande en eau et éviter les dangers d'inondation ou de sécheresse, il faut non seulement connaître la topographie de la région, mais aussi avoir accès à des données fiables sur le climat et les prévisions météorologiques.

Consommation énergétique

Le Canada consomme plus d'énergie par habitant que toute autre nation, soit 9 t de pétrole par année. Son étendue et la rigueur de son climat sont en grande partie la cause de cette soif d'énergie. A peu près un tiers de l'énergie consommée au Canada sert à combattre le froid, la GLACE et la neige l'hiver, la chaleur et l'humidité l'été. Les hivers rigoureux des années 70 et 80 combinés à l'incertitude quant à l'approvisionnement en pétrole à l'étranger ont mis en lumière la vulnérabilité du Canada par rapport aux changements et la variabilité du climat.

Des froids plus rigoureux ou des accumulations de neige plus importantes seraient très coûteux pour l'économie canadienne. Par contre, un réchauffement de 2 à 3 °C en hiver diminuerait les besoins en chauffage de 15 p. 100, soit l'équivalent de 45 millions de barils de pétrole, une économie annuelle de 1,5 milliard de dollars. L'exploitation des réserves d'énergie de façon sécuritaire et économique exige des données climatiques fiables quel que soit l'emplacement de ces réserves : au large de l'Arctique, au sommet d'une montagne ou dans les sables bitumineux.

De plus, le champ d'application lié au climat n'est pas restreint à la recherche dans le domaine de l'énergie ou au développement des ressources énergétiques : les lignes électriques sont sensibles au givrage, à la FOUDRE et aux TORNADES; la construction et le fonctionnement des pipelines dans le PERGÉLISOL dépendent des variations de température et de l'humidité du sol.

Un autre aspect du problème est de savoir dans quelle mesure les besoins en énergie du Canada peuvent être satisfaits à partir de sources renouvelables. Ainsi, le chauffage solaire passif pourrait réduire les coûts énergétiques. L'énergie éolienne, non polluante et inépuisable, très populaire à une certaine époque, pourrait faire un retour et satisfaire une grande partie des besoins énergétiques de petites communautés éloignées. Parce qu'elle permet la conservation d'énergie, l'information climatique est utilisée dans la planification et le choix des emplacements, la conception des équipements et l'exploitation des installations.

Construction

Dans la plupart des pays, le secteur de la CONSTRUCTION constitue l'industrie la plus importante. Pour des raisons de sécurité et d'économie, une structure ou une installation doit être capable de résister aux forces météorologiques et aux contraintes de chargement pendant toute sa durée de vie. L'usure doit se faire régulièrement quelles que soient les conditions météorologiques. Une trop grande planification coûte cher et fait perdre du temps. Trop peu de planification peut être dangereux et nuire au confort. Les architectes et les entrepreneurs font souvent l'erreur de prendre une structure qui convient à un climat particulier et la placer dans un climat tout à fait différent. Par exemple, les maisons de style californien à Edmonton. L'information climatologique est utilisée pour déterminer l'orientation d'un l'immeuble de façon à réduire la perte énergétique et l'amoncellements de la neige. Elle est aussi utilisée pour la conception des édifices afin de créer un climat intérieur agréable, sain, économique et sans danger.

De tels renseignements peuvent aussi servir à choisir des matériaux économiques, sans danger, qui résistent aux vents violents, aux fortes pluies ou aux fréquents écarts de température entre gel et dégel. Les propriétaires de maison peuvent s'assurer d'un plus grand confort et réduire les coûts énergétiques en étudiant les solutions suivantes : planter des arbres qui protégeront contre les vents d'hiver ou éviteront à la neige de s'accumuler sur les entrées; choisir des rideaux qui isolent contre la chaleur de l'été; choisir le côté de la maison où devrait être installée une grande fenêtre permettant de laisser entrer les rayons du soleil en hiver.

Transports

Le transport maritime, terrestre ou aérien est influencé par les variations du climat et ses manifestations extrêmes. La planification des itinéraires et des horaires ainsi que le transport et l'entreposage des marchandises dépendent de la justesse des renseignements climatologiques. Dans les zones maritimes, la GLACE MARINE, la visibilité réduite et les tempêtes sont des problèmes qui influent sur la conception et l'exploitation des navires et des installations portuaires. Afin d'éviter qu'un accident se reproduise, le plan de la structure doit tenir compte des données spécifiques aux tempêtes comme celle qui a par exemple fait couler la plate-forme de forage OCÉAN RANGER au large de Terre-Neuve le 15 février 1982 et où 84 hommes ont péri noyés.

Le gel et le dégel, les précipitations et la couverture de neige sont des éléments importants des transport routier, ferroviaire ou par pipelines. Au Canada, les coûts annuels liés à l'enlèvement de la neige pourraient dépasser 1 milliard de dollars. Les coûts indirects sont encore plus élevés : 1 cm de neige augmente la consommation en carburant des véhicules d'environ 50 p. 100 et entraîne un retard moyen de 30 minutes pour ceux qui doivent se rendre à leur travail. Les spécialistes du transport aérien ont toujours pris en considération les vents, la hauteur du plafond, la visibilité et la turbulence que ce soit pour le choix de l'emplacement d'un aéroport, le contrôle des décollages et des atterrissages ou la navigation aérienne proprement dite.

Autres secteurs

Dans le domaine des systèmes de communication, il existe de nombreux exemples au sujet des économies substantielles réalisées par l'utilisation rationnelle des données climatiques. En 1969, une section de la ligne de transport d'électricité Québec-Labrador a dû être remplacée au coût de 30 millions de dollars. Lors de sa conception, les ingénieurs n'ont pas tenu compte du stress engendré par le givrage et par la poussée du vent qui en a résulté. Le design de la TOUR DU CN à Toronto a dû être modifié lorsque les climatologues ont prévu que des glaçons tomberaient des antennes.

Un des domaines les plus intéressants et les plus stimulants de la CLIMATOLOGIE moderne traite des effets du climat sur la santé humaine. Les problèmes de santé liés au climat incluent le rhume, l'hypothermie, le rhume des foins, l'asthme, les gelures et les migraines. Encore plus communes sont les maladies plus discrètes déclenchées ou intensifiées par le climat : la fatigue, la douleur, les troubles affectifs saisonniers et l'insomnie. Toutes finissent par diminuer la vigilance, la faculté d'apprentissage, la performance et la productivité.

L'effet des facteurs climatiques se fait aussi sentir dans le domaine des loisirs. La rentabilité des lieux de villégiature dépend des conditions climatiques prévues dans la région. Par exemple, le ski alpin est particulièrement dépendant des chutes de neige. S'il ne neige pas, les gens ne vont pas skier même si les canons à neige sont en action. L'absence de neige entre Noël et le Nouvel An est synonyme de désastre pour les exploitants des stations de ski.

L'information climatologique est aussi utilisée pour le choix du site, la conception des pistes, des équipements et des installations. On s'en sert pour évaluer les sites se prêtant le mieux à la compétition sportive et pour établir l'horaire des jeux ou des compétitions.

Un large éventail de services industriels, commerciaux ou financiers peuvent bénéficier des renseignements climatologiques et de la connaissance du climat. Par exemple, les climatologues peuvent aider les compagnies d'assurances à déterminer le risque associé aux dangers naturels, notamment le vent, la grêle, les inondations. Ces renseignements servent ensuite à établir les primes et à régler les sinistres. Un climat « sain » est un facteur de plus en plus important pour les industriels lors du choix de l'emplacement d'une usine ou d'autres installations. Des décisions importantes basées sur les renseignements climatologiques sont prises par les entreprises et les industries qui se servent de ces données pour la livraison, le stockage, la production et la commercialisation des matières premières. Sans parler des courtiers en valeurs et des courtiers en marchandises qui utilisent ces informations pour leurs achats et leurs ventes.

Voir aussi CLIMAT, RIGUEUR DU


Lecture supplémentaire

  • W.W. Kellogg and R. Schware, Climate Change and Society (1981).

Liens externes