Bruce Cockburn

L'accueil favorable que réservent le public et la critique à sa partition du film Goin' down the Road (1970) et à ses premiers microsillons vaut une renommée nationale à Cockburn qui effectue sa première tournée à travers le pays en 1972.

Bruce Cockburn
La musique poétique de Cockburn combine le folk, le jazz, le rock et le reggae (avec la permission de True North Records).
Bruce Cockburn. Auteur-compositeur-interprète, guitariste, pianiste (Ottawa, 27 mai 1945). D.èsL. h.c. (York) 1989, D. hon. musique (Berklee) 1997, D. hon. littérature (St. Thomas) 1999, boursier honorifique (RCMT) 2003.. Élevé dans une ferme près de Pembroke, à l'ouest d'Ottawa, et à Ottawa même, il commence à jouer de la guitare et du piano dès son adolescence. Après avoir été quelque temps musicien des rues à Paris, il étudie les matières théoriques, la composition et l'arrangement au Berklee College of Music, à Boston (v. 1964-1966). Il est alors initié au mouvement de musique folklorique urbaine, ainsi qu'au jazz (qui allait exercer une influence croissante sur son œuvre au cours des années 1970). Cependant, de retour à Ottawa, il joue d'abord dans plusieurs groupes rock, notamment les Esquires et les Children. En 1967, il chante en solo dans les cafés et se produit au Festival de folklore Mariposa. Il poursuit sa carrière de soliste tout en demeurant membre de Three's A Crowd qui avait été réorganisé pour une série d'émissions de télévision de la SRC en 1968-1969.

L'accueil favorable que réservent le public et la critique à sa partition du film Goin' down the Road (1970) et à ses premiers microsillons vaut une renommée nationale à Cockburn qui effectue sa première tournée à travers le pays en 1972. Par la suite, il se produit au Massey Hall, (Circles in the Stream y est enregistré en 1977), à l'Ontario Place Forum (où a lieu en 1989 l'enregistrement de Bruce Cockburn Live), au CNA, au théâtre Saint-Denis, à l'Orpheum Theatre et au Queen Elizabeth Theatre, au FIJM de 1984 et à de nombreux festivals folk. Du concert donné en 1981 au Music Hall de Toronto, Martin Lavut tire le film Rumors of Glory.

Cockburn fait ses débuts américains en 1974, au Philadelphia Folk Festival, mais ce n'est qu'en 1981, après la tournée Rumors of Glory, qu'il commence à s'y produire régulièrement. En 1988, il entreprend une tournée solo aux É.-U. En 1977, il partage l'affiche avec Murray McLauchlan lors d'une tournée au Japon (où il retourne en 1979), puis fait ses débuts européens à Florence - une seconde tournée italienne suit en 1979. Dans les années 1980, on le voit en Amérique centrale, en Australie et au Japon (1983), puis ici et là en Europe (1986, 1987). En 1989 a lieu une tournée mondiale de plus de 90 concerts (Canada, États-Unis, Angleterre, Hollande, Belgique, Allemagne, Norvège, Suède, Danemark, Australie et Nouvelle-Zélande). Après un an de silence, Cockburn remonte sur scène en 1991, donnant au Japon des concerts pour Amnistie Internationale.

Cet excellent guitariste acoustique - converti vers 1973 à la guitare électrique - a joué en tournée avec des formations plus ou moins nombreuses. Il a eu pour partenaires la flûtiste et saxophoniste Kathryn Moses et le violoniste Hugh Marsh. Au fil des ans, le style et le ton de sa musique ont fortement évolué, tout en restant imprégnés de christianisme et de libéralisme. En 1981, Ian Pearson évoquait ses jeunes années en ces termes : « Aux yeux des jeunes Canadiens de la fin des années 1960, c'était une autre musique populaire, pure et proche d'eux, qui s'incarnait dans ce barbu mystique quand il ciselait ses mélodies arachnéennes sur sa guitare acoustique, tandis que d'une voix éphémère comme la brume du matin, il chantait la spiritualité et le retour au pays. »

Un des rares auteurs-compositeurs-interprètes anglophones à connaître le succès au Québec, Cockburn a chanté plusieurs de ses chansons en français. Depuis Sunwheel Dance, il a fait traduire les paroles qui accompagnent ses albums. En 1978, la chanson bilingue « Prenons la mer » était très prisée des Québécois.

Les meilleures chansons composées alors par Cockburn incluent « Goin' down the Road », « Goin' to the Country », « Musical Friends » et « Mama Just Wants to Barrelhouse All Night Long ». Certains des 45t. qui ont suivi - « Wondering Where the Lions Are » (1979), « Lovers in a Dangerous Time » (1984), « People See Through You » (1986), « If a Tree Falls » (1989)et « Last Night of the World » (1999) - ont eu un certain succès à la radio, Cockburn ayant incorporé diverses sonorités pop à sa musique. Au milieu des années 1980, il reprit sa plume de chanteur engagé, avec « If I Had a Rocket Launcher », « Call it Democracy » et « Where the Death Squad Lives ». Cockburn était en effet allé en Amérique centrale pour se rendre compte de la situation politique. Par la suite, il a effectué des tournées-conférences sur le sujet. C'est le même esprit d'analyse qui l'a conduit au Népal, au Mozambique et au Mali. Voici ce que le critique Craig MacInnis a noté à ce propos : « Jamais, durant une carrière peu ordinaire qui l'aura plongé au cœur de la musique folk, du jazz moderne, de l'afrobeat et du rock, Cockburn n'a été pris en flagrant délit d'humour. Il semble se situer à un niveau plus élevé. On a souvent vu, en cet artiste érigé en saint et empreint de sérénité, la conscience de la musique pop canadienne : une conscience didactique, mais pas trop insistante et dont on tolère donc les propos les plus virulents... » (Sunday Star, Toronto, 22 janvier 1989).

L'activisme de Cockburn l'a gardé dans l'œil du public tout au long des années 1990. Président honoraire de Friends of the Earth et partisan du Comité du service unitaire du Canada, le chanteur a consacré ses énergies à diverses causes. Il s'est produit lors d'un concert de l'UNICEF au Kosovo et a été porte-parole du mouvement visant à bannir les mines terrestres. Il a fait la narration d'un documentaire télévisé sur le désert du Mali en 1998, la même année, il a fait une tournée en Australie. Cockburn fait des tournées internationales au service des causes qu'il défend et pour promouvoir les albums qu'il continue de créer et que la critique ne manque pas de saluer. Le succès commercial n'est cependant plus au rendez-vous comme à la fin des années 1970 et dans les années 1980. Il sort ainsi Dart to the Heart (1994), The Charity of Night (1996), Breakfast in New Orleans, Dinner in Timbuktu (1999), la compilation Anything Anytime Anywhere (2002), You've Never Seen Everything (2003), l'album instrumental Speechless (2005), Life Short Call Now (2006), Slice O' Life - Solo Live (2009) et Small Source of Comfort (2012), qui lui vaut le prix Juno de l'album de musique roots et traditionnelle de l'année (ainsi que deux récompenses aux Prix de musique folk canadienne).

Ses chansons ont été publiées chez Golden Mountain Music et High Romance Music. Plus de 20 artistes canadiens, américains et britanniques en ont interprétées, entre autres Chet Atkins, les Barra McNeils, John Allan Cameron, Mary Coughlan, Dan Fogelberg, Jerry Garcia, George Hamilton IV, Ron Kavan, Anne Murray, les Rankins, Tom Rush, Leo Sayer, Valdy et David Wiffen. L'enregistrement des Barenaked Ladies « Lovers in a Dangerous Time » a été un succès considérable. Plusieurs chanteurs et groupes canadiens (comme Barenaked Ladies, B-Funn, Cottage Industry ou Rebecca Jenkins) lui ont rendu hommage en 1991 en enregistrant certaines de ses chansons sur l'album Kick at the Darkness (Intrepid N41V-0008). Le recueil All the Diamonds (OFC [Ottawa Folklore Centre] Publications 1986) contient un bon nombre des meilleures chansons composées par Cockburn de 1969 à 1979. Le guitariste jazz Michael Occhipinti a enregistré un album instrumental des chansons de Cockburn (Creation Dream) en 2000.

Dix-sept des albums de Cockburn ont été consacrés disques d'or au Canada, c'est-à-dire qu'ils se sont vendus à 50 000 exemplaires, tandis que les ventes de Waiting For A Miracle, Dancing in the Dragon's Jaw et Stealing Fire ont dépassé les 100 000 exemplaires. Ce dernier s'étant le mieux vendu aux États-Unis et ce, jusqu'en 1990.

Sur les 31 prix Juno auxquels il a été nommé au fil du temps, Cockburn en a remporté 11, dont le premier Prix humanitaire Allan Waters en 2006. Il est intronisé au Panthéon de la musique canadienne en 2001 et il reçoit l'année suivante l'Ordre du mérite de la radiodiffusion canadienne. Il devient membre, puis officier de l'Ordre du Canada. En 1986, le trophée Wm Harold Moon de la SDE Canada vient couronner sa carrière internationale. Il a été la vedette d'une série de la SRC Life and Times; il a reçu le prix Performing Arts du gouverneur général en 1998 et on lui a remis également des prix en musique de l'Italie et de la Hollande ainsi que diverses autres reconnaissances en Amérique du Nord. En 2011, Poste Canada sort un timbre-poste à son effigie. En 2012, il reçoit le Prix Excellence de la SOCAN et la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, après la diffusion sur VisionTV d'un documentaire intitulé Bruce Cockburn, Pacing the Cage qui parle de sa vie, de sa musique et de sa spiritualité.