Cormier, Ernest

  Ernest Cormier, architecte et ingénieur (Montréal, 5 déc. 1885 - id. 1 janv. 1980). Fils de médecin, Cormier étudie le génie civil à l'École polytechnique de Montréal. Son diplôme obtenu en 1906, il travaille dans le bureau d'études de la Dominion Bridge Company à Montréal.

Édifice de la Cour suprême
La conception architecturale de Cormier associe le style art déco ornemental au style international plus raffiné (Corel Professional Photos).
Université de Montréal
Université de Montréal à Montréal, reconnu par ses contemporains comme le premier édifice moderne au Québec, réalisée par l'architecte Ernest Cormier; la construction a commencé en 1928 (Collection du Musée canadien d'architecture, à Montréal, droits d'auteur : Phyllis Lambert et Richard Paré).

Cormier, Ernest

  Ernest Cormier, architecte et ingénieur (Montréal, 5 déc. 1885 - id. 1 janv. 1980). Fils de médecin, Cormier étudie le génie civil à l'École polytechnique de Montréal. Son diplôme obtenu en 1906, il travaille dans le bureau d'études de la Dominion Bridge Company à Montréal. En 1909, il poursuit sa formation à l'École des beaux-arts de Paris où il est élève de Jean-Louis Pascal. En 1914, il est le récipiendaire de la prestigieuse Henry Jarvis Studenship décernée par le Royal Institut of British Architects. Grâce à son prix de Rome britannique, Cormier passe deux ans dans la ville éternelle où il se perfectionne au contact des monuments anciens. De retour à Paris en janvier 1917, il est employé de la grande firme d'ingénieurs Considère, Pelnard et Caquot, des spécialistes du béton, et obtient le diplôme d'architecte du gouvernement français (DPLG). En 1918, Cormier rentre à Montréal, où il s'insère rapidement dans le milieu professionnel et où il fréquente un petit cercle d'artistes progressistes, proche de la revue LE NIGOG (1918). Son origine sociale et sa formation exceptionnelle facilitent son accès à la commande.

Fidèle à l'idéal promu à l'École des beaux-arts de Paris, Cormier favorise la commande publique, étant particulièrement attentif au caractère à conférer aux édifices. La plupart de ses premières missions, il les remplit dans le cadre d'association. L'alliance avec son aîné, Jean Omer Marchand, à l'époque, le seul autre DPLG au Canada, est la plus étroite, mais elle ne dure pas. Ensemble, ils construisent l'immeuble de bureaux Dubrule (1919-1921), un bâtiment en hauteur d'une grande rationalité, et l'École des beaux-arts de Montréal (1922-1923). Avec L. A. Amos et C. H. Saxe, il construit un premier édifice public d'envergure, l'annexe au Palais de justice de Montréal (1920-1926). En 1925, il devient l'architecte de l'Université de l'Université de Montréal. Il trace le plan d'ensemble du nouveau campus (1926) localisé le flanc nord du mont Royal et construit l'immeuble principal (1927-1943) reconnu par ses contemporains comme le premier édifice moderne au Québec. La résidence (1930-1931) qu'il se bâtit dans l'élégant quartier du Mille carré à Montréal, est la preuve indéniable de son rapide succès professionnel. En une décennie, il a gagné la confiance de l'État et de l'Église, pour laquelle il a encore construit quelques écoles, églises et un monastère. En 1938, à la sortie de la crise, il est chargé du projet du nouvel édifice de la Cour suprême du Canada à Ottawa, dont le classicisme épuré manifeste sa compréhension du modernisme. Quelques années plus tard, Cormier participe à l'équipe internationale mise en place pour la construction du siège des Nations unies (1947) à New York, dont il dessine les portes d'entrée, et il conçoit l'immeuble de l'Imprimerie nationale du Canada (1950-1958) à Hull. Le Grand séminaire (1957-1969) de Québec sur le site de l'Université Laval est sa dernière grande réalisation.

L'adhésion mesurée de Cormier à la modernité s'explique autant par son appartenance à une société somme toute assez conservatrice que par son attachement à l'enseignement beaux-arts. Dans les notes du cours d'architecture enseigné à l'École polytechnique, il écrit que l'architecture moderne, c'est celle de toute construction rationnelle développée dans le respect d'une saine tradition renouvelée . Ses projets les plus radicaux sont de nature industrielle, tel le hangar pour hydravions (1928) à Pointe-aux-Trembles, un petit bâtiment mettant en uvre de manière novatrice le béton armé, un immeuble malheureusement démoli. Si sa maison, classée bien culturel, peut être qualifiée de chef d' uvre de l'Art déco, vu la somptuosité de son décor intérieur, Cormier ne peut être associé à cette tendance. Il est plutôt proche de ces architectes qui ont cherché à simplifier le classicisme, tel Paul Cret. Les livres et les revues qui composent sa bibliothèque personnelle, aujourd'hui conservés au CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE, comme l'ensemble de ses archives, nous montre un homme bien informé du développement de l'architecture sur la scène internationale. Bien qu'en charge de grands projets, Cormier a toujours favorisé une pratique assez solitaire, son équipe composée de fidèles collaborateurs, était petite.

Homme aux multiples talents - l'aquarelle et la reliure sont au nombre de ses passe-temps favoris - et aux larges compétences, techniques et artistiques, Cormier maîtrise l'ensemble du processus de conception, calculant la structure, dessinant l'édifice jusque dans les moindres détails, y compris les éléments décoratifs et, dans certains cas, le mobilier. La qualité de son travail a été reconnue à maintes reprises. En 1930, il est intronisé fellow du RIBA, en 1942, il obtient un doctorat honoris causa de l'Université de Montréal, en 1948, il est décoré de l'ordre du mérite de l'École polytechnique, sans compter les nombreuses médailles reçues dont celle de l'AAPQ en 1942, la médaille Archambault de l'ACFAS en 1953, une autre de la SADG en 1973 et finalement celle d'officier de l'Ordre du Canada en 1974.