Lord Stanley et la coupe Stanley

Peut-on jamais parler d’un « âge d’or » du sport? Lord Stanley espère y contribuer lorsqu’il offre sa fameuse coupe en 1892.

Frederick Arthur Stanley
Frederick Arthur Stanley, baron Stanley de Preston, 16e comte de Derby, gouverneur général du Canada de 1888 \u00e0 1893. Photo de mai 1889.

Peut-on jamais parler d’un « âge d’or » du sport? Lord Stanley espère y contribuer lorsqu’il offre sa fameuse coupe en 1892.

Lord Stanley de Preston, gouverneur général du Canada de 1888 à 1893, est l’un de ces fervents sportifs britanniques qui ont contribué à la création du monde du sport organisé tel que nous le connaissons aujourd’hui. Lorsque les Britanniques donnent au monde le football (soccer), le rugby, le golf, le cricket et bien d’autres sports, c’est en vue de former des corps et des esprits sains capables de maintenir l’intégrité du vaste Empire britannique.

Au cours de son premier hiver au Canada, lord Stanley assiste à un match de hockey le 4 février 1889, lors du carnaval d’hiver de Montréal. Il s’agit d’une rencontre entre les Victorias de Montréal et l’Association des athlètes amateurs de Montréal (MAAA). Selon la Gazette de Montréal, « il s’est déclaré enchanté de la partie de hockey et de constater la maîtrise des joueurs ».

Lord Stanley devient un fervent partisan de ce sport. Sa fille Isobel et ses fils Arthur, Algernon et Edward se mettent rapidement à la pratique du hockey. Il parraine l’aménagement d’une grande patinoire extérieure à Rideau Hall et donne sa bénédiction à une équipe de hockey de la résidence du gouverneur général, appelée les « Rideau Rebels », dans laquelle jouent ses fils Algernon et Arthur.

En 1892, lord Stanley décide de faire don d’un trophée destiné à couronner la meilleure équipe de hockey sur glace du pays. La coupe en argent plaqué or est prête pour la saison 1892-1893. (Lord Stanley la paie de sa poche. Elle lui coûte 48,67 $.) Désignée au départ sous le nom de Dominion Challenge Cup (coupe du défi du Dominion), elle prend bientôt le nom de son donateur.

Coupe Stanley

Le 15 mai 1893, la coupe est remportée par l’Association des athlètes amateurs de Montréal, dont l’équipe affiliée, le Club de hockey de Montréal, est gagnante du championnat 1892-1893 de l’Association de hockey amateur du Canada. L’Ottawa Hockey Club (OHC) devient le premier aspirant au titre.

Le premier match de la série éliminatoire de la Coupe Stanley a lieu à Montréal le 22 mars 1894 entre le MAAA et l’OHC. Les journaux parlent d’une foule animée de quelque 5 000 spectateurs. Selon la Gazette de Montréal, « Les flûtes en fer blanc, les poumons puissants et la cohue générale prédominent. La victoire est remportée par Montréal par le compte de 3 à 1. L’arbitre a raté bien des choses. » L’article précise également : « Il y avait des “chuch-boum-ah” et “hourah-rah-rah” et nombre d’autres témoignages éloquents d’imbécillité et d’enthousiasme […] Presque toutes les dames dans l’assistance portaient les couleurs de leur équipe, et jamais chevaliers cuirassés en joutes et tournois n’ont combattu plus fort que les hockeyeurs. »

Peut-on parler d’âge d’or du sport quand de fervents amateurs se livrent concurrence pour le club, la collectivité et par amour du jeu? Quand de petites localités canadiennes peuvent se mesurer aux métropoles pour décrocher le Saint-Graal du hockey? Parmi les premiers gagnants de la Coupe, citons les Victorias de Winnipeg, les Silver Seven d’Ottawa, les Wanderers de Montréal, les Thistles de Kenora et les Bulldogs de Québec.

En 1926, la coupe Stanley devient la propriété exclusive de la Ligue nationale de hockey, ce qui ne faisait probablement pas partie des intentions de son donateur. Le mercantilisme l’emporte, mettant la coupe Stanley à la portée de quelques équipes canadiennes seulement.


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