Isapo-Muxika (Crowfoot), chef siksika (né vers 1830 près de Belly River, en Alberta, et décédé le 25 avril 1890 près de Blackfoot Crossing, en Alberta).

Connu sous le nom de Crowfoot (en français, Pied-de-corbeau), Isapo-Muxika était un chef et diplomate siksika qui négocia avec le gouvernement fédéral au nom de la Confédération des Pieds-Noirs. Il fut un acteur important dans les relations entre les peuples autochtones des plaines de l'Ouest et les forces coloniales de la police à cheval du Nord-Ouest, en plus de participer aux négociations et à la signature du Traité no 7.

Enfance et chefferie

Quoique né au sein du peuple kainai, Crowfoot grandit chez les Siksikas, sa mère s'étant remariée à un Siksika après le décès de son père biologique. Adolescent, il fait preuve d’une bravoure exceptionnelle, en particulier lorsqu'il fonce pour attaquer un tipi lors d'une attaque contre les Corbeaux. Cet exploit lui vaut le nom de l'un de ses ancêtres, Isapo-Muxika, qui signifie « Grand pied de corbeau », d'où le surnom Crowfoot que lui attribuent les interprètes européens.

Ses nombreuses blessures de guerre ne le dissuadent pas de se battre, ce qui lui vaut la réputation de guerrier courageux et de meneur. Adulte, il prend rarement les armes, préférant s'adonner à l'élevage de chevaux et aux affaires de la tribu, pour laquelle il devient un chef mineur en 1865. Son approche diplomatique dans les relations avec les colons et les officiers européens le pousse à déconseiller d'éventuelles attaques contre les voies de ravitaillement de la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH). Crowfoot se lie d’amitié par la suite avec le commerçant de la CBH Richard Charles Hardisty. En 1869 et 1870, une épidémie de vérole fait plusieurs victimes parmi les chefs siksikas; Isapo-Muxika est l'un des seuls chefs à y survivre. Deux ans plus tard, Akamih-kayi (Big Swan) décède à son tour, et il ne reste plus que deux chefs : Natosapi (Old Sun) et Isapo-Muxika.

Crowfoot est reconnu pour sa diplomatie, sa perspicacité et sa prévoyance. Bien qu'il ne soit pas défavorable à l'idée de prendre les armes contre des tribus ennemies au besoin, il recommande en général la restriction et le pragmatisme. Il entretient aussi de très bonnes relations avec les commerçants de fourrure, et établit la paix avec les Cris. Il adopte par ailleurs un Cri du nom de Poundmaker, qui deviendra chef pour son peuple, et sauve la vie du missionnaire Albert Lacombe lorsque celui-ci se retrouve au beau milieu d’un feu croisé lors d'un raid cri.

La police à cheval du Nord-Ouest et le Traité no 7

En 1874, Crowfoot accueille sur son territoire la police à cheval du Nord-Ouest (North West Mounted Police, ou NWMP), en raison de la menace que représentent les marchands états-uniens de whisky de contrebande. L’absence de police rend la région dangereuse: les marchands échangent de l’alcool et des fusils contre des peaux de bison et d’autres produits dans des endroits comme Fort Whoop-Up. En 1876, Sitting Bull, chef sioux de la tribu Hunkpapa Lakota, propose à Crowfoot une alliance : si Crowfoot combat aux côtés de sa tribu contre les États-Unis, Sitting Bull fera la guerre à la NWMP. Crowfoot réaffirme malgré tout son alliance avec la police; plus tard, lorsque les membres de la tribu Lakota se réfugient au Nord après leur défaite, Crowfoot fait la paix avec le chef sioux.

Crowfoot, grâce à sa diplomatie hors pair, se lie d'amitié avec le commissaire adjoint de la NWMP James Macleod. Considéré à tort comme l'un des chefs de la Confédération des Pieds-Noirs par la NWMP, Crowfoot discute d'enjeux et de tactiques avec les chefs de la Confédération avant de donner son avis sur divers enjeux. Ainsi, il est vite reconnu comme un allié de la police, et on lui donne un rôle de premier plan dans les négociations du Traité no 7 en 1877.

Les négociateurs du gouvernement s’entretiennent avec Crowfoot surtout au cours des discussions préliminaires entourant le Traité; par conséquent, on lui demande de convaincre les chefs de la nation des Pieds-Noirs de le signer. Le soutien de Crowfoot envers la NWMP et les termes proposés sont des facteurs décisifs dans la ratification du Traité. Celui-ci, signé près de Blackfoot Crossing dans l'actuelle réserve siksika, établit les frontières des réserves, le paiement des rentes et les autres types de protection de la part du gouvernement colonial en échange de vastes étendues de terre au sud de l'Alberta.

À l'été 1879, la famine force les Siksikas à se déplacer vers le sud, dans le Montana, où se trouvent des hordes de bisons de plus en plus rares. Ils se heurtent à de nombreux obstacles, menacés notamment par les marchands états-uniens de whisky et la tribu de Lakota, qui ne leur est plus alliée. Les Siksikas se voient donc contraints de regagner le nord et de retourner à leur réserve près de Blackfoot Crossing en 1881. À cette date, Crowfoot est déjà profondément déçu par le gouvernement canadien.

Malgré qu'il doute grandement des motifs qui sous-tendent la création d'un ministère des Affaires indiennes, il interdit à son peuple de joindre les rangs de la Résistance du Nord-Ouest en 1885 — non pas pour rester fidèle au gouvernement, mais plutôt parce qu'il est persuadé qu’il s’agit d’une cause perdue. Il est donc applaudi pour sa loyauté envers la Couronne et on l'emmène faire la tournée de l'Est canadien.

Les dix dernières années de sa vie sont marquées par la maladie; il vit en outre le deuil de plusieurs de ses enfants, parmi lesquels seuls un fils aveugle et trois filles atteignent la maturité. Il aurait prononcé ces mots sur son lit de mort : « Qu'est-ce que la vie? Elle est l'éclat de la luciole dans la nuit. Elle est le souffle du bison dans l'hiver glacial. Elle est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher du soleil. »