Dessin humoristique et bande dessinée

La seconde période de la presse (1807-1858) voit apparaître les entrepreneurs de l'édition et de l'imprimerie dans les villes en développement.

For Better or For Worse
(avec la permission de Lyn Johnston et d'Universal Press Syndicate).
\u00ab Hey! Crikey! Dynamite!?\u0085\u00bb
Éditeur Jeffrey R. Darcey (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-136788).
Johnny Canuck
Johnny Canuck : la réponse du Canada à l'oppression nazie, mars 1942, artiste Leo Bachle, plume, pinceau brosse et encre noire sur papier vélin (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-137065).
\u00ab Try it on jes fer fun Herbie \u00bb
Bande-dessinée, 1944, réalisée par William Garnet Coughlin (Bing) publiée dans le \u00ab Maple Leaf \u00bb (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-140339).
\u00ab Betty \u00bb
Réalisée par les dessinateurs-caricaturistes d'Edmonton Gary Delainey et Gerry Rasmussen.
Fisher (bande dessinée)
Bande dessinée de Philip Street
<em>Zero Gravity</em>

L'histoire de la bande dessinée et du dessin humoristique au Canada suit la croissance et le développement des journaux et de l'édition. La survie des journaux coloniaux de la première période de la presse canadienne (1752-1807) dépend du patronage du gouvernement. On n'y trouve pas de bandes dessinées ou d'illustrations humoristiques. Les Canadiens qui veulent se distraire peuvent le faire à l'aide des amusantes gravures sur bois des almanachs.

La seconde période de la presse (1807-1858) voit apparaître les entrepreneurs de l'édition et de l'imprimerie dans les villes en développement. Les recettes tirées de la vente et de la publicité remplacent le patronage du gouvernement et un esprit nouveau, indépendant, se manifeste dans l'apparition de dessins humoristiques, principalement des caricatures politiques. L'influence de la bande dessinée européenne et américaine commence à se faire sentir.

Le 1er janvier 1849, le graveur et dessinateur John H. Walker (1831-1899) commence à publier Punch in Canada, du nom de la revue humoristique qui paraît en Angleterre depuis 1841. C'est la première publication canadienne à présenter régulièrement des dessins humoristiques. Punch in Canada cesse de paraître après que Walker s'installe à Toronto en 1850 et essaye de faire de la revue une publication hebdomadaire. Il publiera plusieurs autres revues d'humour qui ne feront pas long feu, dont The Grumbler, Grinchuckle et Diogenes. Le Canadian Illustrated News, du nom de sa contrepartie londonienne, publie souvent des dessins satiriques et des caricatures produits par des artistes comme Edward Jump, J.G. Mackay et Octave-Henri Julien.

L'arrivée de la bande dessinée au Canada

Durant la troisième période de la presse (1858-1900), on assiste à une croissance rapide du nombre de journaux et de périodiques et à des progrès majeurs en matière d'impression et de gravure. Les syndicats américains de distribution de journaux et d'articles se lancent rapidement dans l'industrie en plein développement de la bande dessinée dans la foulée de l'apparition en 1885 de la première bande dessinée aux États-Unis, « The Yellow Kid ». Dix-sept ans plus tard, la première bande dessinée d'un Canadien destinée à un journal d'ici fait son apparition. Le caricaturiste Jean-Baptiste Côté travaille pour le premier journal humoristique au Québec, La Scie qui paraît pour la première fois en 1863. Il devient une légende de la caricature politique. Ses gravures sur bois très simples illustrent parfaitement la devise du journal, « le rire fustige l'abus ». Il s'attaque à l'élite politique et à la fonction publique avec tant d'ardeur que, en 1868, après avoir représenté un fonctionnaire « au travail », il est arrêté et jeté en prison. Il est le premier et le seul caricaturiste canadien à obtenir cette distinction.

John W. Bengough(1851-1923) compte parmi les premiers caricaturistes importants du Canada. Il publie à Toronto, de 1873 à 1894, une revue de satire sociale et politique appelée Grip. La longue durée de Grip permet de se faire une bonne idée du style d'humour de la période, avec les caricatures produites par Bengough, en particulier celles de sir John A. Macdonald.

À la même période, l'artiste québécois Octave-Henri Julien (1852-1908) attire l'attention avec ses caricatures politiques dans le Canadian Illustrated News. Une de ses études de la vie rurale des Canadiens français représente un fermier âgé, armé d'un fusil, sa pipe entre les dents, déterminé à défendre sa terre. Cette image est reprise et adaptée par le Front de libération du Québec (FLQ) dans les années 1960 comme symbole de la révolution armée. Il est le premier caricaturiste à présenter une exposition au Musée des beaux-arts du Canada, et une rue de Montréal porte son nom.

Hector Berthelot (1842-1895), surnommé prince des humoristes canadiens, est le premier à publier anonymement dans La Scie (1863-1868), une revue politique satirique de Montréal. En 1877, Berthelot lance Le Canard, la première des 16 revues humoristiques auxquelles il contribuera durant sa carrière. Son personnage le plus durable est Baptiste Ladébauche, qui apparaît dans Le Canard en novembre 1878, dans une bande dessinée appelée Père Ladébauche, du titre d'une chanson de folklore canadienne-française. Baptiste survit à Berthelot et continue ses facéties sous la plume d'A.G. Racey et de Joseph Charlebois. Finalement, Albéric Bourgeois poursuit la série dans La Presse.

En 1904, Albéric Bourgeois (1876-1962) crée une bande intitulée « Les aventures de Timothée », qui paraît régulièrement dans La Patrie de Montréal. En 1905, il passe à La Presse, où il prend la relève de Joseph Charlebois pour produire le « Père Ladébauche ». La bande change de nom, « En roulant ma boule » et le personnage central, Baptiste, a maintenant une femme, Catherine. Bourgeois dessine la bande pendant les 52 années suivantes, le dernier épisode paraît dans La Presse le 23 mars 1957. Il crée plusieurs autres bandes dessinées pour ce journal, comme « Les Aventures de Toinon » (1905-1908) et « Les Fables du parc Lafontaine » (1906-1908).

Un peu plus tôt, le 20 décembre 1902, La Presse fait paraître non pas une série mais une bande d'un seul épisode, intitulée « Pour un dîner de Noël », réalisée par Raoul Barré, qui est aussi l'auteur de la première page comique à paraître au Canada, la même année, dans La Presse. En 1903, Barré déménage à New York et, sous le nom de Barry, devient un pionnier et un innovateur de l'industrie du film d'animation. De New York, il dessine deux bandes à l'existence brève pour La Patrie, « Les Contes du père Rhault » (1906-1908), et « À l'hôtel du père Noé » (1913), une version française de « Noah's Ark » (L'Arche de Noé), une bande qu'il a créée en 1912 pour le McClure Newspaper Syndicate.

Palmer Cox (1840-1924) voit le jour à Granby, au Québec. En 1875, il travaille comme illustrateur à New York. Sa plus grande réussite est la création des Brownies. Au tournant du siècle, il publie 13 livres de poèmes, de dessins et d'aventures de ses créatures féeriques, donnant lieu à une des plus importantes campagnes de marchandisage et de promotion de produits de l'époque, y compris l'appareil photo Brownie de Kodak. Cox se retire à Granby et vit dans une maison qu'il appelle le Brownie Castle (château Brownie), où il s'éteint.

En 1906, H.A. McGill, dessinateur humoristique né en Nouvelle-Écosse, travaille à New York où il crée plusieurs bandes. La plus populaire est « The Hall Room Boys », appelée plus tard « Percy and Ferdy », dont il tire un recueil en 1921.

Russell Patterson, né aux États-Unis et vivant à Montréal au début des années 1900, dessine pour La Patrie une bande intitulée « Pierre et Pierrette ». On se souvient surtout de lui pour l'influence qu'il a sur la mode de la jeune fille délurée des années 1920 (flapper) avec ses illustrations, abondamment reproduites, des célèbres « Patterson Girls », parues dans des revues comme Harper's Bazaar et Cosmopolitan.

En 1901, une revue humoristique intitulée The Moon paraît à Toronto. Même si elle dure à peine un an, elle publie les dessins de Newton McConnell, caricaturiste au Toronto Daily News, de Fergus Kyle du Globe, de C.W. Jefferys, artiste du Toronto Daily Star et de A.G. Racey, qui succède à Henri Julien au Montreal Star en 1908.

L'industrie en expansion

Au début des années 1900, les presses doivent être transportées dans l'Ouest par chemin de fer, bateau à vapeur, char à boeufs, cheval de bât et sur le dos de leurs propriétaires dans pratiquement toutes les localités qui revendiquent ce statut. Les dessins humoristiques parviennent jusque dans les camps de mineurs avec « The Ledge », publié à la fin des années 1800 à New Denver, Colombie-Britannique, par R.T. Lowery. Dès 1901, l'édition du samedi du Manitoba Free Press comporte des dessins dans une case unique et, deux ans plus tard, le journal publie sa première pleine page de bandes dessinées, « Buster Brown », vendu à tous ses journaux affiliés par le New York Herald. En 1904, Bob Edwards lance l'exubérant et désopilant Calgary Eye Opener. Au départ, Edwards fait lui-même les dessins, mais ne les signe pas. Dans les années suivantes, ce sont Donald McRitchie, qui travaille à l'Eye Opener de 1907 à 1912, et Charles Forrester, qui y est toujours quand il cesse de paraître en 1922, qui s'en chargent en très grande partie.

En 1927, Richard Taylor se joint à The Goblin (1921-1929), une revue de Toronto qui se spécialise dans l'humour collégien plus raffiné des années 1920. Artiste commercial, Taylor réalise un grand nombre de dessins pour chaque numéro, chacun dans un style particulier et sous différents noms. En 1935, sous le nom de Ric, il dessine une bande hebdomadaire, « Dad Plugg », pour The Worker, le journal du Parti communiste du Canada. En 1936, il s'installe à New York où il devient un dessinateur comique de gags. Ses dessins paraissent régulièrement dans The New Yorker et d'autres revues importantes. Son oeuvre fait la matière de plusieurs recueils.

La bande dessinée au front

Grâce à Canada in Khaki, les dessins humoristiques pénètrent le monde des tranchées au cours de la Première Guerre mondiale et, durant la Deuxième Guerre mondiale, les troupes canadiennes peuvent se distraire avec les nombreuses bandes que l'armée canadienne publie dans Maple Leaf et Khaki. Des dessins humoristiques émaillent également Wings, le journal de l'ARC (Aviation royale du Canada).

« Herbie and this Army » de William Garnet Bing Coughlin est d'abord paru dans le Maple Leaf au printemps de 1944 à Naples, en Italie. Herbie, le héros au menton fuyant de Bing, devient une mascotte au front et les Canadiens jalonnent leur passage de graffitis « Herbie wuz here » (Herbie est passé par ici). En 1944, il est élu Canadian Man of the Year (Canadien de l'année) par les troupes. D'autres personnages deviennent populaires, comme « Monty and Johnny » de Les Callan (dessinateur au Toronto Daily Star dans la vie civile) et « Occupational Oscar and this Doggone Army » de Merle « Ting » Tingley. Après la guerre, Ting devient caricaturiste au London Free Press.

Jimmy Frise, illustrateur de la chronique humoristique de Gregory Clark dans la revue Maclean's, crée « Life's Little Comedies » en 1921 pour le Star Weekly. La bande y paraît plus tard sous le nom de « Birdseye Centre » et ce jusqu'en 1947, où Frise l'emporte au groupe Montreal Standard/Family Herald, qui change son nom pour « Juniper Junction ». Frise meurt l'année suivante et Doug Wright, le nouveau caricaturiste du Standard, prend la relève. Il continue jusqu'en 1968, année de la disparition du Family Herald, et de la bande dessinée par la même occasion. Wright crée lui-même deux bandes populaires : « Nipper » au début des années 1960, et la suite, « Doug Wright's Family », en 1967.

La caricature politique

Plusieurs caricaturistes s'essaient à la bande dessinée et au dessin humoristique. Arch Dale (1882-1962) le fait comme pigiste au Winnipeg Free Press et au Grain Growers' Guide en 1907. Il s'installe à Chicago en 1921, où il dessine une bande appelée The Doo Dads pour la United Feature and Specialty Company, qui la vend à quelque 50 journaux. Dale retourne au Free Press en 1927, où il est caricaturiste jusqu'à sa retraite en 1954.

A.G. Racey (1870-1941) se joint au Montreal Star en 1899 et y demeure pendant quarante ans. Les caricaturistes de cette génération sont plutôt gentils. Rarement vicieux, ils endossent de bonnes causes et effectuent leur travail avec courtoisie.

Lou Skuce (1886-1951) travaille comme caricaturiste dans plusieurs journaux, en plus d'être éditeur artistique au Sunday World de Toronto pendant 14 ans. Il fait des dessins humoristiques et des illustrations pour plusieurs publications au cours de sa carrière, depuis The Goblin jusqu'à la revue Maclean's. Il crée aussi une bande, « Cash and Carrie », pour le Bell Syndicate en 1927 et une bande de courte durée, « Mary Ann Gay », pour United Press Features en 1928.

Un style propre aux Canadiens fait son apparition après la Deuxième Guerre mondiale. Avec, en tête, Robert Lapalme (1908-1997) au Devoir, Duncan Duncan Macpherson (1924-1993) au Toronto Daily Star, Leonard Norris (1913-1997) au Vancouver Sun et Ed McNally (1916-1971) au Montreal Star, les caricatures s'affranchissent des traditions. Les dessins sont plus précis et souvent plus déchaînés que les caricatures américaines qui ont plutôt tendance à être plus allégoriques.

Stewart Cameron (1912-1970) est caricaturiste au Calgary Herald et au Vancouver Province. Quatre recueils de ses illustrations humoristiques sur les rodéos et les chevauchées aventureuses dans les sentiers de montagne paraissent en 1972, après sa mort : What I Saw At the Stampede, Let The Chaps Fall Where They May, Weep for the Cowboy et Pack Horse in the Rockies - Dudes, Denims and Diamond Hitches.

Lew Saw, un Australien qui est un certain temps caricaturiste au Vancouver Province, dessine une bande intitulée « One-Up » à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Al Beaton, caricaturiste au Toronto Telegram, dessine « Ookpik », une bande inspirée d'un jouet populaire au milieu des années 1960, une chouette de l'Arctique en peluche. Elle paraît pendant 2 ans dans 50 journaux. Adrian Raeside du Times-Colonist de Victoria dessine à la fin des années 1970 une bande appelée « Captain Starship ».

Le caricaturiste Vance Rodewalt du Calgary Herald, après avoir longtemps dessiné des petits oiseaux qui font des commentaires en marge de ses dessins éditoriaux, en fait une bande à part entière, « The Byrds » (1974-1979). Depuis le 12 septembre 1988, il signe « Chubb and Chauncey », une bande largement vendue par les agences. Steven Nease, caricaturiste au Oakville Beaver, commence à dessiner Pud en 1984 ; la bande paraît aujourd'hui dans plus d'une douzaine de journaux. Mike DeAdder (1967) crée une bande dessinée politique « Cabinet Shufflesen » 1995 qui est publiée partout au Canada. Les croquis irrévérencieux et acerbes de Terry Mosher (1942), de son nom de plume, Aislin, sont régulièrement publiés dans plusieurs quotidiens canadiens et dans des périodiques aux États-Unis et à l'étranger. Serge Chapleau (1945), qui a étudié la peinture et les arts graphiques à l'École des Beaux-Arts, connaît la célébrité instantanément au Québec en 1972 grâce à la publication hebdomadaire de ses caricatures polychromes dans Perspectives. Il est maintenant producteur de Et Dieu créa... Laflaque, une émission de dessins animés à la télévision de Radio-Canada au Québec.

Les présentations hybrides

Susan Dewar, caricaturiste au Ottawa Sun, commence, en juillet 1995, à dessiner une bande, « Us & Them », en collaboration avec l'Américain Wiley Miller, créateur de « Non Sequitor ». Miller abandonne en mars 1997, et Milt Priggee prend la relève. Avec « Us & Them », chaque caricaturiste travaille tour à tour pour créer un personnage masculin et un personnage féminin. Cette publication n'existe plus.

On voit au Canada des combinaisons uniques de bandes dessinées et de panel gags. Au début des années 1900, J.B. Fitzmaurice (1873?-1924) regroupe régulièrement ses dessins sous forme de bande dans ses éditoriaux, quand il travaille au Montréal Herald et au Vancouver Daily Province. La réunion de plusieurs dessins dans un même panneau atteint un sommet avec « La vie en images », une page de dessins sur les événements et la vie quotidienne à Montréal, que Jacques Gagnier commence à publier dans La Patrie à partir du 6 février 1944. Abandonnée par Gagnier en 1947, la page est réalisée par Paul Leduc jusqu'en 1956. En 1945, Gordie Moore de The Gazette de Montréal crée un panneau encadré divisé en quatre sections, appelé « Around our Town ». Un recueil portant le même titre paraît en 1949.

Plusieurs séries de panels représentant des personnalités, des événements, l'histoire et la géographie du Canada, sont réalisés au pays. À la fin des années 1950 et au début des années 1960, Ken Gray dessine « What's in a Name? » et « Who Said That? » pour l'agence du Toronto Star. Dans les années 1960, George Shane (1921- ) fait une série appelée « Oh, Canada » et, dans les années 1970 et 1980, Gordon Johnston produit une série intitulée « It Happened in Canada », publiée ensuite en recueil. Au début des années 1980, Cy Morris réalise « Spotlight on Labour History », qui est vendu par l'agence Union Art Services.

Les dessins comiques et les illustrations de George Feyer (1921-1967) lui permettent de devenir l'un des caricaturistes les plus populaires des années 1950 et 1960. On peut le voir dans des émissions de télévision de la SRC comme Razzle Dazzleet Telestory Time (où il illustre une histoire qui est lue en ondes). Il contribue également de façon régulière au Maclean's. Feyer est né en Hongrie. Il échappe aux hostilités des nazis et des communistes et, grâce à de faux papiers, il se rend au Canada en 1948. Il a la réputation d'être bizarre et ses caricatures qui traitent de sexe et de religion sont rarement publiées de son vivant. Il est tristement connu pour sa fréquentation de fêtes époustouflantes au cours desquelles il se faufile derrière les femmes qui portent une robe à dos décolleté pour dessiner une caricature sur leur peau dénudée.

Dans les années 1950 et 1960, Peter Whalley (1921) devient familier aux lecteurs de la revue Maclean's et d'autres publications canadiennes. Whalley illustre aussi « Uninhibited History of Canada » (1959) d'Eric Nicol. La revue Maclean's accueille longtemps dans ses pages la création la plus célèbre de James Simpkins, l'ours Jasper. Jasper paraît régulièrement comme panel dans Maclean's de 1948 à 1972 et est vendu comme bande quotidienne et bande en couleurs le week-end par l'agence Canada Wide Features.

L'humour des revues spécialisées

Les dessins humoristiques apparaissent souvent dans des publications spécialisées. Albert Chartier commence « Onésime » en 1943 dans le Bulletin des agriculteurs. Dans les années 1950, les dessins de Lawrence Purdy se moquent des faiblesses du clergé dans le United Church Observer. Don Smith, employé d'une pétrolière de l'Alberta, propose des dessins anonymes au Oil Week, qui les publie de 1973 à 1983. Une anthologie de ses productions, It Only Hurts When You Produce, paraît en 1987. George Shane fait des dessins pour des publications syndicales dans les années 1970 et 1980 et Mike Constable crée la Union Art Services à Toronto qui vend des dessins à la presse syndicale. À partir de 1968, Kainai News publie les dessins qu'Everett Soop fait à l'intention des communautés autochtones du Sud de l'Alberta. Deux recueils de Soop paraissent, Take a Bow (1979) et I See My Tribe Is Still Behind Me (1990). Dans les années 1970, Trevor Hutchings fait de nombreux dessins sur le monde des affaires, qui sont publiés dans le Financial Post et Marketing, de même que dans Playboy, Esquire et Oui. Doug Sneyd, un dessinateur pigiste d'Orillia, en Ontario, fait des dessins pour Playboy depuis le début des années 1960. Il dessine également une bande politique appelée « Scoops » (1978-1982).

La presse underground et alternative

La presse underground et alternative de la fin des années 1960 et du début des années 1970 accueille de nombreux dessinateurs. Rand Holmes crée dans le Georgia Straight de Vancouver« Harold Hedd », réplique des « Fabulous Furry Freak Brothers » de San Francisco. Les dessins sont réunis sous forme de livre, Harold Hedd, numéros 1, 2 et 3. Kerry Waghorn, dont les caricatures sont vendues par les agences aux pages éditoriales du monde entier, réalise une bande en 1969 pour le Straight, « The Apologies of Justin Martyre ».

« Captain Canada » de Stanley Berneche et Peter Evans fait ses débuts dans le magazine satirique Fuddle Duddled'Ottawa. En un sens, leur Captain Canadaest autant une parodie des superhéros des bandes dessinées américaines que des attitudes canadiennes. À Montréal, « Capitaine Kébec » fait son apparition en 1973. « Les Aventures du Capitaine Kébec » sont créées par Pierre Fournier, un des artistes et écrivains prédominants du mouvement connu sous le nom du Printemps de la bande dessinée (BD) québécoise.

Des hebdomadaires gratuits de musique, d'art et de divertissements, certains aux allures alternatives, apparaissent dans plusieurs villes dans les années 1980, avec occasionnellement des bandes et des dessins d'artistes locaux. De 1988 à 1992, The Montreal Mirror publie la bande « Slum Dog » de Peter Sandmark, qui les publie lui-même à compte d'auteur en sept mini recueils. En 1997, il entreprend une nouvelle bande, une sorte de produit dérivé de « Slum Dog », appelé « Roach Town » qui paraît également en mini recueil. La même année, The Montreal Mirror commence la publication de la populaire bande « Anglo-Man » de l'artiste Gabrielle Morissette et de l'écrivain Mark Shainblum, qui en tirent deux recueils.

Susan Dyment est illustratrice et caricaturiste dont les caricatures anarcho-féministes sont publiées dans plus d'une vingtaine de journaux et magazines canadiens depuis les années 1980. Elle fait paraître régulièrement des commentaires sociaux acerbes et vraiment drôles dans des journaux photocopiés autoédités.

La publication de « Weltschmerz », une bande politique satirique de Gareth Lind, paraît pour la première fois en 1993 dans Id, un bimensuel de Guelph; la bande paraît maintenant dans Eye de Toronto et le X-Press d'Ottawa. Lind réalise aussi une bande sans nom pour This magazine et Eye, qui a commencé à la fin des années 1980 dans un hebdomadaire alternatif de Guelph intitulé Metropolis.

Les tendances contemporaines

Les cinq dessinateurs humoristiques canadiens les plus lus sont sans doute Jim Unger, Ben Wicks, Paul Gilligan, Adrian Raeside et Lynn Johnston. Installé aujourd'hui aux Bahamas, Unger commence comme caricaturiste; en 1974, il crée un panel gag, « Herman », qui connaît un immense succès. Le panel « Herman », publié le week-end en couleur, paraît la première fois le 30 mars 1980. Maintenant qu'il est vendu par les agences sous le nom de The Best of Herman, il rejoint une nouvelle génération de lecteurs, et plusieurs recueils sont publiés.

Ben Wicks commence à faire des dessins pour The Albertan de Calgary au début des années 1960. En 1966, il passe au Toronto Telegram et son panel gag quotidien commence à se vendre largement. Wicks crée une bande quotidienne en 1975, « The Outcasts », que son fils Vincent a reprise en 1989. Wicks publie plusieurs recueils et écrit de nombreux livres.

Paul Gilligan débute sa carrière comme illustrateur au Ottawa Citizen. Il s'efforce pendant plusieurs années de publier une BD quotidienne viable et, finalement, installe son atelier au centre-ville de Toronto. Il est pigiste pour Time, Disney, Wired et Pine-Sol, entre autres. À cette période, il crée bon nombre de BD dont la plus importante est « Pooch Café ». Il se joint à l'agence Ucomics où il connaît un véritable succès. « Pooch Café » raconte l'histoire de Poncho, un cabot.

Adrian Raeside est caricaturiste politique au Victoria Times Colonist depuis 25 ans. Ses caricatures sont publiées dans plus de 150 journaux et magazines dans le monde entier. Il crée, réalise et produit des dizaines de dessins animés pour Turner Broadcasting et Children's Television Workshop. Raeside est également auteur de onze livres dont There Goes The Neighbourhood, une histoire du Canada irrévérencieuse, The Demented Decade et 5 Twisted Years. Il a de plus écrit et illustré une série populaire de livres pour enfants, Dennis The Dragon. En 2001, le Creators Syndicatechoisit de faire paraître sa BD quotidienne « The Other Coast » dans plus de 100 journaux partout dans le monde.

Lynn Johnston travaille comme dessinatrice d'animation, artiste commerciale et illustratrice médicale avant de réaliser trois recueils d'illustrations humoristiques sur les aspects amusants de la maternité : David, We're Pregnant (1977), Hi Mom! Hi Dad! (1977) et Do They Ever Grow Up? (1978). L'agence Universal Press lui demande alors d'entreprendre une bande sur la famille contemporaine : « For Better or For Worse », s'inspirant en partie de sa propre famille, paraît pour la première fois le 9 septembre 1979. En 1997, environ 1800 journaux à travers le monde la publient. La même année, elle change d'agence, passant à la United Features Services. La bande est maintenant traduite en cinq langues. Johnston reçoit plusieurs prix et distinctions et est la première femme, en 1985, à obtenir le Reuben, la plus grande distinction de la National Cartoonists Society des États-Unis. Plusieurs recueils de ses oeuvres sont publiés.

Un art en progression

Parmi les autres bandes de dessinateurs canadiens, on trouve « Backbench » de Graham Harrop et « Fisher » de Phillip Street dans The Globe and Mail. En 1993, l'agence King Features achète « Between Friends » de Sandra Bell-Lundy, qui paraît dans le Toronto Star. En 1994, Ottawa Citizen lance deux bandes canadiennes, « Moose Lake » de Roddy Thorleifson de Winnipeg et « Zero Gravity » de Dwight Macpherson d'Ottawa, dans la page de bandes dessinées en noir et blanc du samedi.

Le dessin « Le monde de Yayo », plein de fantaisie, paraît dans L'actualité depuis la fin des années 1980. Yayo (Diego Herrera) publie deux recueils : Le Carton de Yayo (1990) et Zoo-illogique (1991). La revue Croc publie plusieurs bandes d'artistes québécois, dont Serge Gaboury.

Dans la presse anglaise, les dessins individuels incluent « Pavlov » de Ted Martin et « SUNtoon » de Jim Phillips dans les journaux du groupe Sun. « Horrorscope », distribué par l'agence du Toronto Star depuis janvier 1990, est écrit par Susan Kelso et dessiné par Adam Rickner, qui remplace Eric Olson en avril 1995. « Cornered », écrit et illustré par Mike Baldwin, est d'abord publié en 1996 et repris un an plus tard par Universal Press Syndicate.

En 1994, des blocs de panels en trois couleurs dessinés par des artistes locaux commencent à paraître dans la page humoristique de l'Ottawa Citizen du dimanche : « Two's A Crowd » de Bill Buttle, « Over the Edge » d'Andrew King et « Flying Solo - The Lighter Side of Single Parenting » de Rebecca Rotengerg et Fortunée Shugar. En 1997, le Citizen abandonne sa page de dessins du samedi et remplace aussi « Reality Check », un panel quotidien de Dave Whamond d'Ottawa, distribué par la United Feature Services, par « Life in the Laugh Lane », un panel hybride incorporant le texte d'une anecdote humoristique d'un lecteur et un dessin de l'artiste Ron Lindsay de Franktown, Ontario, représentant l'événement.

Un panel intitulé « Farcus » de Gordon Coulthart et David Waisglass d'Ottawa commence à paraître, mais dans la section affaires du Citizen, en décembre 1991 et continue jusqu'à l'été 1997. Ses créateurs décident alors de ne plus le faire sur une base quotidienne, mais de le laisser vivre dans la splendeur virtuelle de son site Web.

Il arrive à l'occasion que la grande presse publie des dessins provenant de journaux étudiants. En 1978, Gary Delainey et Gerry Rasmussen créent « Bub Slug » pour le journal étudiant de l'université de l'Alberta, The Gateway. Il est repris en 1985 dans la pleine page couleur d'humour du Edmonton Journal du samedi et paraît pendant 4 ans. En 1992, la bande est renommée « Betty », le nom de la femme de Bub, et vendue à plus de 600 journaux par l'agence United Features. Delainey et Rasmussen réalisent aussi une bande dessinée intitulée « Gramps » (1982-1985).

« The Swan Factory », une bande dessinée de Cuyler Black sur des personnages d'un centre de conditionnement physique, commence à paraître en mai 1996 ; elle est distribuée par l'agence Creators. À 17 ans, Black a créé « Furtree High », une bande quotidienne dont les personnages sont des animaux dans une école secondaire, et qui paraît dans le Ottawa Citizen de janvier 1984 à juin 1990.

Une bande sur la vieillesse, « Olding Up Well », commence dans le London Free Press en 1989. Dessinée par Rodney Everitt et écrite par Devin Govindasany, elle est achetée par l'agence du Toronto Star en décembre 1990, mais disparaît en mars 1992. Elle paraît en recueil sous le titre You're Not Aging, You're Evolving, en 1991.

La BD romanesque et le livre de bandes dessinées pour adultes constituent une progression naturelle de la BD underground des années 1960 et 1970. Il s'agit souvent de grands livres qui demandent beaucoup de recherche ou s'inspirent de la vie des auteurs. Quatre bédéistes canadiens ont fait leur marque dans ce genre : Seth, Colin Upton, Chester Brown et Dave Sim.

Seth, né Gregory Gallant, est un bédéiste réfléchi dont l'œuvre nostalgique dépeint la vie d'une petite ville. Sa série « Palookaville » est un classique de la BD indépendante. Ses histoires sont remplies de personnages solitaires et aliénés en quête de sens dans leur présent ou leur passé. Son œuvre la plus récente est une série « Clyde Fans », une collection publiée par Drawn and Quarterly.

À Vancouver, Colin Upton (1960), influencé par les BD autobiographiques de Harvey Pekar, publie sa première BD de colportage autoéditée, « Socialist Turtle » et « The Granville Street Gallery ». On en a produit plus de 60 mini BD et recueils. En 1990, il publie la BD « Big Thing » composée principalement de matériel autobiographique. Elle est reprise par Fantagraphics Booksqui en fait paraître quatre numéros supplémentaires.

En 2003, Chester Brown crée un livre de BD classique au Canada, Louis Riel: A Comic-Strip Biography. Un livre de 272 pages, produit laborieusement sur une période de cinq ans. Brown commence sa carrière en auto-publiant une mini BD, « Yummy Fur », qui présente son personnage « Ed the Happy Clown ». Cette BD nous raconte les malheurs d'un amuseur d'enfants dysfonctionnel qui trouble le public par ses images dérangeantes et sa puissance brute.

« Cerebus », une série auto publiée par Dave Sim est présentée mensuellement de 1977 à mars 2004. Avec une publication de 300 numéros et de 6000 pages, elle détient le record de la plus longue publication d'une BD en langue anglaise par le même artiste. Après la publication de Cerebus Phonebook, un livre broché contenant ses BD, dont la première édition n'est disponible que sur commande postale, Sims devient un phénomène de prospérité. Ensuite, il défend ardemment les droits des auteurs de BD et il utilise les pages éditoriales de Cerebuspour faire la promotion de l'autoédition et d'une plus grande implication des artistes. Son travail dérange toutefois bon nombre de ses lecteurs quand son impitoyable misogynie et son refus d'accepter le point de vue féministe deviennent son principal cheval de bataille.

En 2004, un numéro de Free Comic Book Day (une BD gratuite est distribuée dans les librairies spécialisées de l'Amérique du Nord) est publié sous le nom de COMICS FESTIVAL! Il présente des artistes de partout en Amérique du Nord dont 75 pour cent sont des bédéistes canadiens. Il s'agit d'un numéro d'une grande valeur qui présente quelques-uns des artistes bien établis ainsi que ceux de la relève de la scène bédéiste canadienne.

En 2005, à Toronto, on crée, pour rendre hommage aux bédéistes canadiens, un prix qui porte le nom du prolifique artiste Douglas Austin Wright. Le prix souligne le travail remarquable de bédéistes bien établis de même que celui de la relève.

Voir aussi Illustration; Caricature politique


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