Économie

 La plupart des économistes actuels considèrent que les SCIENCES ÉCONOMIQUES sont l'étude des choix. Une « économie » est donc strictement constituée d'êtres humains (dans ce cas, les Canadiens) qui font des choix, ce qui englobe la quasi-totalité de l'expérience vécue par les Canadiens.

Chômage dans le monde
PIB par province
PIB du Canada
Dépenses nationales brutes
Commerce (exportations)
Toronto, Bourse de
Le \u00ab Lundi noir \u00bb de la Bourse de Toronto, le 20 octobre 1987 (Canada Wide).
Commerce (importations)
Valeur du dollar canadien

Économie

La plupart des économistes actuels considèrent que les SCIENCES ÉCONOMIQUES sont l'étude des choix. Une « économie » est donc strictement constituée d'êtres humains (dans ce cas, les Canadiens) qui font des choix, ce qui englobe la quasi-totalité de l'expérience vécue par les Canadiens. Quoi qu'il en soit de cette définition extensive qui peut plaire aux économistes, il vaut sans doute mieux percevoir l'activité économique, à la manière de la plupart des profanes, comme le lieu de la production et de l'échange de biens et de services. Cette définition a l'avantage de s'accorder plus ou moins avec ce que les statisticiens des comptes de la nation prennent en compte quand ils essaient de mesurer l'activité économique. Mais l'économie réelle et les statistiques économiques officielles compilées par le gouvernement ne correspondent pas parfaitement.

Certains biens et services, comme la prostitution et la drogue, sont produits et échangés dans la clandestinité, aussi loin que possible du gouvernement, alors que de plus en plus d'autres activités économiques légales se pratiquent maintenant clandestinement, pour éviter les impôts. On évalue actuellement cette ÉCONOMIE SOUTERRAINE à 22 p. 100 de l'ensemble de l'économie. De plus, de nombreux autres biens et services tout à fait légaux, comme, entre autres, le nettoyage, l'entretien et la préparation de repas, sont produits à la maison, sans être échangés et, donc, sans être inclus dans le produit national brut (PNB). Si la production et l'échange « au-dessus de la table » constituent les activités économiques établies, on peut alors cerner l'économie canadienne par l'analyse des biens et services que les Canadiens produisent et consomment, des emplois qu'ils occupent, des salaires qu'ils gagnent et des gens pour qui ils travaillent et avec qui ils commercent.

Structure industrielle

Les Canadiens apparaissent depuis longtemps à leurs propres yeux (sinon à ceux des autres) comme « bûcherons et porteurs d'eau ». Il faut dire que le développement du Canada par les Européens était principalement motivé par le désir d'exploiter les RESSOURCES naturelles du pays, renouvelables et non renouvelables (voirHISTOIRE ÉCONOMIQUE; PÊCHE, HISTOIRE DE LA; BOIS, HISTOIRE DU COMMERCE DU; TRAITE DES FOURRURES; THÉORIE DES PRINCIPALES RESSOURCES). De plus, le Canada occupe toujours une place importante dans l'exploitation des ressources du monde. Dans le cas des minéraux, par exemple, il produisait en 1983 plus de 20 p. 100 de l'amiante et de la potasse, plus de 15 p. 100 du nickel, du zinc, du molybdène, du soufre et de l'uranium, plus de 5 p. 100 de cuivre, de plomb, de l'or, de l'argent et de l'aluminium, et il ne s'est pas classé en-dessous du cinquième rang mondial pour l'exploitation de ces ressources.

Mais, tandis que l'industrie primaire compte encore pour une part importante de l'ensemble de l'activité économique et détermine aussi partiellement l'activité du reste de l'économie, la réalité que cache l'image que nous nous faisons de notre économie est que, au Canada, comme dans tous les autres pays industrialisés, une grande part de la production se fait dans les secteurs manufacturier et des services. En 1985, les manufactures comptaient pour 18,8 p. 100 de l'ensemble de la production canadienne, alors que l'agriculture et les industries primaires (foresterie, pêche et chasse, exploitation minière et pétrolière, énergie électrique, gaz et eau) réunies comptaient pour seulement un peu plus de 12,9 p. 100.

Le secteur de services se taillait la part du lion (68,5 p. 100), surtout les services aux particuliers, les services à la communauté et les services d'affaires (dont beaucoup dans le secteur parapublic, l'éducation et les soins de santé principalement), l'administration publique et la défense. La construction, le commerce, le transport et les communications sont d'autres secteurs de services. Ces deux derniers sont vitaux pour un pays aussi étendu que le Canada.

Tandis que le Canada tend à avoir un secteur des services légèrement plus important que le secteur manufacturier, par comparaison avec d'autres pays industrialisés, son équilibre sectoriel est conforme à celui d'une économie industrialisée. C'est d'ailleurs le cas, notons-le, de l'importance actuelle de la fabrication et des services qui n'a rien de bien neuf. En 1870, le secteur de l'agriculture comptait pour 37,1 p. 100 de la production, tandis que les ressources naturelles, avec 4,1 p. 100, n'étaient guère dominantes et que les secteurs de la fabrication et des services étaient déjà bien implantés avec respectivement 22,4 et 36 p. 100.

En fait, pour résumer approximativement le développement économique du XIXe siècle, on peut dire que le déclin de la part relative de la production agricole (mais non de son niveau) a été compensé par la croissance de celle des services, tandis que les ressources naturelles et la fabrication ont maintenu leur poids relatif.

La prédominance actuelle du secteur des services est même plus spectaculaire si on la mesure en termes d'emplois par industrie (voirINDUSTRIES DE SERVICE). En 1985, le secteur des services employait au moins 74,5 p. 100 de la main-d'oeuvre, alors que le secteur de la fabrication en employait 17,5 p. 100 et les secteurs agricole et primaire seulement 8,1 p. 100. Ces chiffres se comparent à 68,5 p. 100, 18,9 p. 100 et 12,9 p. 100 respectivement, quand on calcule les parts de la production. Le fait que ces industries autres que celles des services occupent typiquement une part plus importante dans la production que dans l'emploi est courant dans les pays industrialisés.

La principale cause en est que, durant la période d'après-guerre, les augmentations de productivité (production par travailleur) ont été généralement plus importantes dans les secteurs primaire, de la fabrication et de l'agriculture que dans le secteur des services. Ainsi, même si avec le temps presque tous les secteurs de l'économie ont été capables de fournir la même production avec moins de travailleurs. Ce progrès est beaucoup plus net dans les trois secteurs de production intensive susmentionnés que dans le secteur des services.

Dans les années 80, malgré l'inquiétude très répandue au sujet de la désindustrialisation dans la majorité des pays occidentaux, c'est seulement la part du secteur manufacturier dans l'emploi, et non dans la production, qui a diminué. En fait, après 1973, le Canada est un des rares pays industrialisés à enregistrer une hausse du nombre absolu d'emplois dans le secteur manufacturier (malgré une baisse, ici comme partout ailleurs, de la part relative de ce secteur dans l'emploi).

Le secteur manufacturier au Canada

Le fait que le Canada semble ne pas avoir un secteur manufacturier aussi important et aussi compétitif que celui d'autres pays industrialisés préoccupe depuis longtemps les économistes et les décideurs canadiens qui considèrent qu'une économie axée sur les ressources est trop dépendante des variations cycliques et régionales de ses revenus et pas assez tournée vers les innovations et la recherche industrielle.

Au contraire, d'autres rétorquent que les économies basées sur la fabrication ne sont pas à l'abri de l'instabilité et que, si l'exploitation des ressources est l'utilisation la plus profitable pour la main-d'oeuvre et le capital canadiens et si les niveaux des salaires locaux relativement élevés qu'entraîne cette exploitation rendent la compétition internationale difficile pour les fabricants canadiens, le fait de forcer la croissance dans le secteur de la fabrication par des aides directes ou indirectes signifierait des revenus plus bas pour les Canadiens.

En fait, le Canada possède un secteur manufacturier important et diversifié. Entre 1960 et 1982, ce secteur employait 23,3 p. 100 de la main-d'oeuvre, en moyenne. Ce pourcentage est seulement inférieur de 1,5 p. 100 à la moyenne des États-Unis durant cette période et se rapproche de la moyenne de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui était de 26,1 p. 100. Mais, s'il est vrai qu'approximativement 40 p. 100 de la fabrication canadienne concerne la transformation de matières premières, une proportion de plus en plus importante vient de la production de produits finis.

De plus, durant la période d'après-guerre, la compétitivité du secteur manufacturier canadien a considérablement augmenté au point de combler une bonne part de son retard traditionnel sur son concurrent américain. En 1985, l'exportation des produits manufacturés représentait 75 p. 100 des exportations globales. L'augmentation s'est fait sentir, particulièrement dans les produits finis, dont la part des exportations est passée de 8,6 p. 100 en 1954 à 43,1 p. 100 en 1985.

L'ACCORD CANADO-AMÉRICAIN SUR LES PRODUITS DE L'INDUSTRIE AUTOMOBILE de 1965 a créé le libre-échange pour le marché de l'automobile et des pièces d'automobile pour les producteurs, mais non pour les consommateurs. Cet accord est la principale cause de l'augmentation des exportations de produits manufacturés. Par ailleurs, les réductions générales des barrières tarifaires entre le Canada et les États-Unis ont aussi permis à beaucoup d'autres fabricants canadiens de pénétrer le marché américain et de tirer profit d'une production à grande échelle, ce qui n'était guère possible à l'intérieur des limites étroites du petit marché canadien en raison des tarifs élevés dans les années 1879 à 1945.

Paiements internationaux

Quoique les Canadiens produisent beaucoup de services et de produits manufacturés les uns pour les autres, notre « avantage concurrentiel » (ce que nous faisons le mieux) se trouve encore principalement dans les activités liées aux ressources naturelles, un fait qui se reflète dans les statistiques de notre commerce. Après les véhicules automobiles et leurs pièces qui représentent 28,6 p. 100 des exportations, on retrouve, parmi nos exportations les plus importantes, le pétrole brut, le papier journal, le bois de construction, le gaz naturel, le blé, différents produits alimentaires, de l'équipement et de la pulpe de bois. En fait, nos exportations nettes (les exportations moins les importations) de pétrole, de produits alimentaires et d'équipement sont soit négatives, soit légèrement excédentaires, car nous exportons beaucoup, mais nous importons aussi beaucoup. Les produits finis constituent de loin la part la plus importante de nos importations.

Durant la plus grande partie de l'après-guerre, le Canada a connu un surplus de sa balance commerciale : il a exporté beaucoup plus de marchandises qu'il n'en a importé. Toutefois, il a régulièrement un déficit plus important au compte des services. Les deux éléments les plus importants de ce dernier sont les voyages et les paiements de dividendes et d'intérêts.

L'importance et la croissance du déficit lié aux voyages sont dues à l'augmentation du niveau de vie des Canadiens, qui sont de plus en plus nombreux à se payer des vacances d'hiver sous le soleil. Le traditionnel déficit des paiements d'intérêts et de dividendes vient du fait que, pendant une longue période de notre histoire, nous avons importé des capitaux de l'extérieur, sous forme de prêts, de prises de contrôle et de nouveaux investissements. Dans nos 50 premières années, l'entrée de capitaux pouvait représenter jusqu'à 10 p. 100 du PNB par année. Malgré une augmentation certes spectaculaire des épargnes canadiennes dans l'après-guerre, le pays est resté importateur net de capitaux, ce qui signifie que nous devons continuer à payer des intérêts et des dividendes à nos créanciers étrangers.

Les comptes de services et de marchandises réunis forment le « compte courant » de la BALANCE DES PAIEMENTS. Traditionnellement, le Canada affiche un déficit sur le compte courant. Comme la balance des paiements est en fait un relevé de tous les achats et de toutes les ventes de dollars canadiens pour le commerce, les voyages, les intérêts, les prêts et les emprunts et qu'il doit y avoir un vendeur pour chaque acheteur d'un dollar canadien, la balance des paiements est toujours équilibrée. Donc, le déficit habituel du compte courant est compensé par les rentrées du compte capital, c'est-à-dire que nous empruntons habituellement plus à l'étranger que nous ne lui prêtons.

C'est simple : l'argent ne pouvait continuer à sortir du Canada pour couvrir nos obligations nettes en compte courant d'intérêts et de voyages à moins qu'il ne nous revienne aussi sous forme de prêts et d'investissements de l'étranger. Au début des années 80, la dépendance à l'égard des investissements étrangers a diminué brusquement, car le Canada a investi plus à l'étranger que les étrangers n'ont investi au Canada. La situation s'est renversée en 1986 et en 1987.

En général, l'équilibre entre le compte courant et le compte capital dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels on note la différence entre les taux d'intérêt américains et canadiens (qui touche les flux de capitaux entre les deux pays), la valeur relative des monnaies des deux pays, la croissance relative de leur PNB et la puissance relative du protectionnisme, qui, tous, influencent les flux des échanges commerciaux. Comme chacune de ces variables dépend en grande partie des politiques économiques des deux pays, il est difficile de prévoir ce qu'il arrivera à la balance des paiements.

Bien sûr, ce n'est pas vraiment correct d'accorder autant d'importance aux relations économiques Canada-États-Unis (voirRELATIONS CANADO-AMÉRICAINES; ÉCONOMIE), car la balance des paiements dépend aussi de nos relations avec les autres pays. Mais, la part la plus importante de notre COMMERCE INTERNATIONAL se fait avec les États-Unis et, malgré les efforts du début des années 70 (sous le gouvernement Trudeau, la TROISIÈME OPTION) visant à augmenter les échanges avec des pays autres que les États-Unis et l'Europe, nos liens économiques avec les États-Unis se sont renforcés.

Alors que certains économistes s'inquiètent de la trop grande dépendance à l'égard des changements de l'économie américaine que cette situation pourrait engendrer, d'autres soutiennent que les échanges avec les États-Unis nous sont plus naturels et que le coût éventuellement considérable qu'entraînerait la réorientation de notre commerce vers d'autres directions ne vaut pas la réduction probablement minime de la dépendance qui en résulterait.

Emploi et main-d'oeuvre

Une autre façon de décrire l'activité de l'économie canadienne consiste à analyser le type d'emploi que les Canadiens occupent et la somme de travail qu'ils produisent, sans prendre en compte ce qu'ils produisent. La distinction entre ce qui est produit et le type d'emploi occupé pour produire est souvent oubliée, mais elle est évidemment cruciale. Tous les emplois dans l'industrie forestière ne sont pas des emplois de bûcheron et, en fait, dans la plupart des industries, la mécanisation des dernières décennies a conduit à une importante réduction du nombre d'emplois consacrés directement à la production. Le nombre de Canadiens effectivement occupés à couper du bois, bâtir, faire un travail manuel ou cultiver pour vivre est minime, alors que presque les deux tiers occupent maintenant des emplois de cols blancs (voirPOPULATION ACTIVE).

Dans les dernières décennies, un autre changement important s'est situé au niveau de la main-d'oeuvre elle-même. Le taux d'activité global (qui représente le pourcentage de la population en âge de travailler qui a un emploi ou qui en recherche un) a considérablement augmenté. Il est passé de 55 p. 100 en 1946 au chiffre élevé de 64,7 p. 100 en 1981 à la suite de l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail (voirFEMMES DANS LA POPULATION ACTIVE).

Au cours de la même période, le taux d'activité des femmes est passé de 24,7 p. 100 à 51,6 p. 100, alors que le taux d'activité des hommes diminuait, passant de 85,1 p. 100 à 78,3 p. 100. Parmi les explications les plus courantes de l'arrivée des femmes sur le marché du travail, on note les progrès dans les méthodes de limitation des naissances, l'invention de nombreux appareils ménagers qui économisent du temps, le changement des attitudes par rapport au rôle social des femmes et la croissance du secteur public, important créateur d'emplois dans les services.

Un des grands paradoxes récents de l'économie canadienne est que, tandis que la proportion de la population active a plus ou moins augmenté régulièrement, le taux de CHÔMAGE a aussi augmenté, mais moins régulièrement. Les augmentations records dans la création d'emplois sont surpassées par des augmentations plus importantes dans le nombre de personnes à la recherche d'emplois. Ainsi, le taux de chômage national est passé d'une moyenne de 5,2 p. 100 dans les années 60 à 6,7 p. 100 dans les années 70, puis à 9,9 p. 100 entre 1980 et 1986 (bien qu'il ait eu tendance à baisser au milieu des années 80).

Il y a deux explications courantes à ce phénomène : d'une part, le programme d'assurance-emploi est devenu beaucoup plus généreux qu'il ne l'était, de sorte que plus de personnes ont tendance à s'arrêter périodiquement de travailler, et, d'autre part, il y a plus de travailleurs secondaires (des femmes et des jeunes gens principalement) qui ne sont pas forcément à la recherche d'un emploi comme l'était le travailleur type des années 50, l'homme, chef d'une famille dont il était le seul pourvoyeur de revenu. Toutefois, le taux de chômage chez les jeunes hommes a aussi grimpé au cours des deux dernières décennies.

La faible performance de l'économie des années 70 et 80 contribue aussi à expliquer ce phénomène, bien que même pendant l'expansion soutenue de l'économie au milieu des années 80, le chômage ait fait preuve d'une déconcertante résistance à toute baisse rapide. On pointe de plus en plus du doigt le nombre croissant de personnes qui ne seraient tout simplement pas assez qualifiées pour travailler dans une économie de plus en plus sophistiquée au plan technologique. Beaucoup d'économistes dénoncent aussi le salaire minimum élevé, les politiques salariales des syndicats et les pratiques restrictives des gouvernements et des syndicats sur le MARCHÉ DU TRAVAIL, facteurs qui réduisent la capacité d'absorber la main-d'oeuvre difficilement employable.

Structures de propriété

Durant la période d'après-guerre, de plus en plus de Canadiens ont été amenés à travailler pour leurs gouvernements, soit directement, soit par l'intermédiaire des SOCIÉTÉS DE LA COURONNE. Cette augmentation de l'emploi dans le secteur public s'est faite à tous les paliers de gouvernement, mais principalement au niveau municipal et provincial, où les emplois ont augmenté rapidement au cours des années 50 et 60, surtout dans le secteur de l'éducation et des soins de la santé. En 1960, seulement 8,6 p. 100 de la population active était à l'emploi des gouvernements provinciaux et municipaux, mais, en 1981, ce chiffre est monté à 12 p. 100.

Par ailleurs, l'augmentation de l'emploi dans le secteur public au cours des trois dernières décennies reste bien inférieure à celle des DÉPENSES PUBLIQUES, qui grimpent de 29,6 p. 100 du PNB à 46,1 p. 100. C'est qu'on a consacré moins de la moitié de l'augmentation des dépenses à la production de biens et de services, alors qu'une grande partie a été allouée aux transferts aux particuliers et aux paiements des intérêts de la DETTE PUBLIQUE.

Bien que les données sur l'emploi des sociétés de la Couronne soient plus difficiles à obtenir, on estime que, de nos jours, plus de 3 p. 100 de Canadiens gagnent leur vie en travaillant pour ces sociétés, qui sont plus de 230 et qui sont présentes à tous les ordres de gouvernement au Canada.

La caractéristique peut-être la plus connue de la vie économique canadienne est que beaucoup de Canadiens qui travaillent dans le secteur privé sont employés par des sociétés appartenant à des étrangers. La propriété étrangère (d'abord principalement britannique et, après la Deuxième Guerre mondiale, surtout américaine) a toujours été très importante au Canada. En 1968, la commission d'étude Watkins sur la PROPRIÉTÉ ÉTRANGÈRE signalait au gouvernement fédéral que la proportion du secteur manufacturier de l'économie canadienne contrôlé par des intérêts étrangers avait atteint 57 p. 100, alors que les étrangers possédaient même plus de 70 p. 100 de l'industrie minière et 80 p. 100 de l'industrie du pétrole et du gaz.

Au début des années 70, la propriété étrangère est devenue une question politique si litigieuse que le gouvernement Trudeau créa PETRO-CANADA, une société pétrolière d'État, mit en place l'AGENCE DE CONTRÔLE DES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS, qui devait analyser les projets d'investissements étrangers pour garantir qu'ils rapporteraient des bénéfices nets. De plus, en 1980, après le second épisode de l'OPEP, il a établi le PROGRAMME NATIONAL DE L'ÉNERGIE qui offrait des mesures incitatives particulières aux sociétés de gaz ou de pétrole appartenant à des Canadiens.

Les adversaires de ces mesures pointaient du doigt le coût excessif de cette canadianisation responsable, selon eux, de la détérioration des relations surtout avec les États-Unis, et de la baisse des investissements en général. Mais, combinées au virage dans les investissements mentionné plus tôt, ces mesures ont contribué à la diminution de la propriété étrangère globale à 44 p. 100 dans le secteur manufacturier (en 1984), à 35 p. 100 dans le secteur minier et à 39 p. 100 dans le secteur du pétrole et du gaz. Bien que le gouvernement Mulroney ait remplacé l'Agence de contrôle des investissements étrangers par Investissement Canada en 1985, il a gardé dans leur ensemble, même si elles sont plus souples, les restrictions frappant l'INVESTISSEMENT ÉTRANGER et a introduit des restrictions particulières pour l'édition et les autres industries de la culture.

Essor économique

La mesure habituelle de la santé d'une économie d'un pays est le montant de biens et de services qu'elle produit par habitant, soit son PNB. L'humain ne peut évidemment pas vivre seulement du produit national brut et, en tant qu'indice de bonheur, le PNB souffre de plusieurs déficiences notoires. Parmi les plus évidentes figure le fait qu'il ne tient pas compte, entre autres, de la pollution, de la concentration urbaine, de la santé, de la sécurité des personnes et de la propriété. Par ailleurs, souligner les défauts du PNB en tant que mesure de bien-être est beaucoup moins à la mode maintenant qu'avant 1973, alors que la croissance de l'économie commençait à ralentir dans la plupart des pays industrialisés.

Il est certain que les Canadiens jouissent d'un haut niveau de vie, et ce, au cours de toute la période d'après-guerre. Les évaluations habituelles placent le PNB canadien par habitant de 5 à 15 p. 100 en-dessous du niveau américain et approximativement à égalité avec celui des démocraties du Nord de l'Europe. Évidemment, beaucoup de Canadiens soutiendraient que les autres aspects de la vie au Canada compensent la différence économique avec les États-Unis, même s'il est vrai que nombre de Canadiens choisissent d'émigrer aux États-Unis tous les ans.

Bien que la moyenne du niveau de vie des Canadiens reste élevée, l'inquiétude s'est répandue ces dernières années au Canada et aux États-Unis. On craint en effet que d'autres pays, plus particulièrement le Japon et l'Allemagne, en arrivent à des niveaux de vie semblables à ceux de l'Amérique du Nord, ce qui est d'ailleurs chose faite dans le cas de l'Allemagne. D'où un vigoureux débat au sujet des politiques susceptibles de relancer la croissance nord-américaine. Le problème vient en partie des statistiques. On compare habituellement les niveaux de vie des pays en alignant le PNB de chacun, mesuré dans sa devise nationale et converti en dollars US au moyen des taux de change courants respectifs.

Bien que courante, cette procédure est fondamentalement imparfaite : quand le dollar canadien baisse de 30 p. 100 par rapport au yen japonais, cela ne signifie pas que notre niveau de vie baisse de 30 p. 100 par rapport à celui des Japonais. Certes, quelques Canadiens qui consomment exclusivement des produits japonais, comme certains diplomates, connaîtront une baisse de revenus de 30 p. 100, mais chacun perd seulement en proportion de sa consommation de produits japonais.

Cependant, même en tenant compte des problèmes de statistiques dus aux mouvements des taux de change, les économies européennes et japonaises ont affiché de meilleurs résultats par habitant que celles du Canada et des États-Unis. L'explication de ce phénomène vaut aussi pour les industries nord-américaines en pleine expansion. Les Allemands et les Japonais commencent la période d'après-guerre avec un énorme désavantage. Étant donné leur très bas niveau au départ, il leur a été plus facile d'afficher une croissance rapide et, puisqu'une grande partie de leur capital national avait été détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale, ils disposaient à la fin des années 50, d'infrastructures industrielles plus modernes que celles de la plupart de leurs compétiteurs.

Par ailleurs, alors que les avantages de cette sorte sont temporaires par définition, l'Allemagne et le Japon ont continué à progresser plus rapidement que l'Amérique du Nord durant les 40 dernières années. L'avantage tiré de la vitesse acquise n'est pas seul en cause, de sorte qu'il faut chercher d'autres explications du côté des différences importantes en matière d'organisation, surtout entre les économies nord-américaine et japonaise.

Malheureusement, ceux qui cherchent une explication nette du succès du Japon se heurtent à un problème : les différences entre nos deux sociétés abondent. Il est donc difficile de ne trouver qu'une seule explication à ce phénomène. L'avantage du Japon vient-il de l'aspect apparemment plus collégial des relations de travail au Japon? Du fait que le gouvernement semble faire plus de planification industrielle à long terme? Du taux d'épargne très élevé des Japonais et des grèves presque inexistantes? Des prix plus élevés à l'intérieur du pays que sur les marchés d'exportation? Du système manifestement implacable de renvoi des gestionnaires industriels? De la part moins élevée du PNB canalisée par le biais du secteur public? D'un système de sécurité sociale rachitique? De la plus importante participation aux bénéfices?

Nombre d'observateurs canadiens, parmi lesquels le Conseil des sciences du Canada, affirment que, en fait, la différence vitale vient de ce que le Japon possède un meilleur ensemble de politiques industrielles. Ils proposent donc que le Canada adopte formellement un système de planification économique par secteur (voirSTRATÉGIE INDUSTRIELLE). Les critiques de ce point de vue soutiennent que la planification n'est probablement pas le principal avantage des Japonais, que plusieurs des plus grands succès de l'industrie japonaise se sont réalisés malgré les souhaits des planificateurs, et qu'il serait en tout cas très difficile de transplanter les institutions économiques japonaises dans une société non préparée à les accepter.

Problèmes régionaux

Un autre aspect de la performance économique du Canada qui donne depuis des années du fil à retordre aux décideurs tient au partage apparemment inégal du succès économique les différentes régions du pays. L'explication vient en partie de ce que le Canada n'a pas une seule économie, mais plusieurs. Les cinq régions traditionnelles ont des structures industrielles bien différentes. Le secteur manufacturier domine en Ontario et au Québec, alors que, dans les Prairies, ce sont plutôt les secteurs de l'agriculture, du pétrole et des mines. Dans les Maritimes, l'économie repose sur la pêche et l'agriculture, et, en Colombie-Britannique, sur l'industrie forestière et la pêche (voirÉCONOMIE RÉGIONALE).

Les différences régionales dans le revenu par habitant sont couramment appelées « disparités régionales » (appellation de connotation fort négative). Ces différences on légèrement diminuées depuis qu'on a recueilli les premières données. Bien que les Prairies aient connu beaucoup de hauts et de bas au cours des 50 dernières années et que l'Alberta ait récemment rivalisé avec l'Ontario pour le revenu le plus élevé par habitant, la règle générale est que les revenus gagnés sont plus élevés en Ontario et en Colombie-Britannique que dans le reste du pays. Le caractère relativement constant de ces disparités, à peine atténuées par un mouvement très graduel vers une plus grande équité, pousse un grand nombre d'économistes à penser qu'il correspond, de fait, à une position d'équilibre entre les différences de revenus.

Dans cette optique, comme la mobilité interrégionale est relativement facile (plusieurs millions de Canadiens ont déménagé d'une région à l'autre au cours des 50 dernières années), toute différence persistante de revenus entre régions doit plutôt s'interpréter comme mesurant la valeur non monétaire de la vie dans certaines régions éloignées du pays. Donc, les gens qui vivent dans les Maritimes peuvent considérer que les caractéristiques environnementales, culturelles et sociales de leur région offrent une compensation suffisante pour les différences entre leurs revenus et ceux des habitants de Toronto par exemple. De plus, beaucoup de programmes fédéraux, dont le plus connu, les PAIEMENTS DE TRANSFERT aux provinces mal nanties, aident les gens à rester où ils sont et à recevoir des services gouvernementaux comparables, malgré le fait que leur propre revenu est en moyenne inférieur à celui gagné dans le centre du Canada.

Toutefois, des critiques plus radicaux soutiennent que la croissance économique régionale s'alimente d'elle-même, par un processus de causalité cumulative, surtout quand l'élite de la jeunesse des régions marginales décide de couper ses racines et de déménager au centre du Canada, en Alberta ou en Colombie-Britannique, pour faire fortune. Ainsi les régions éloignées du pays peuvent s'attendre à devenir encore plus pauvres, alors que le centre du pays (le couloir Québec-Windsor) continue de progresser. Les décideurs doivent alors établir s'il faut sacrifier la plus grande richesse privée que les agglomérations urbaines peuvent produire et essayer plutôt d'utiliser des subventions de différentes sortes pour déplacer la croissance vers les régions éloignées, en supposant que des subventions de niveau envisageable puissent le faire.

Bien que le gouvernement fédéral ait essayé depuis le milieu des années 60 de promouvoir la croissance dans les régions à faibles revenus, il est difficile de discerner un effet significatif des concernés dans les chiffres du revenu des régions. Toutefois, des programmes fédéraux comme l'équité et les « Programmes établis » permettent aux services publics d'approcher la moyenne nationale dans les provinces les plus défavorisées. Et le fait que les disparités régionales ont légèrement diminué au cours des 50 dernières années laisse penser que les versions les plus alarmantes de la thèse de la causalité cumulative ne sont peut-être pas réalistes.

Inégalités individuelles

Bien que les inégalités régionales aient souvent eu plus d'effets graves sur la vie politique canadienne, les inégalités dans les revenus des particuliers au Canada sont en fait plus importantes. Malgré les stéréotypes, il y a des gens riches dans les Maritimes et des pauvres en Ontario, et les différences entre les revenus à l'intérieur de chaque province sont et ont toujours été plus importantes que les différences dans les revenus moyens entre provinces. En attendant que se concrétisent les effets des impôts et des programmes de dépenses du gouvernement, il y a beaucoup d'inégalités au Canada, et peu de changements ont marqué les 40 dernières années. Les 10 p. 100 situés au sommet de l'échelle des revenus individuels accaparaient 42,8 p. 100 du revenu gagné en 1951 et 41,8 p. 100 en 1981, alors que les 10 p. 100 du bas de l'échelle ne retiraient que 4,4 et 4,6 p. 100 respectivement.

Il faut rappeler toutefois les nombreux changements intervenus entre 1951 et 1981dans la composition de la population active et dans la structure de l'emploi. Il y a maintenant beaucoup plus de travailleurs à temps partiel qu'avant, qui, naturellement, se placent plus bas dans l'échelle des revenus que les travailleurs à temps plein. De la même façon, les programmes sociaux relativement plus généreux permettent à certaines personnes de travailler à temps plein pendant une certaine partie de l'année et de s'abstenir plus ou moins volontairement de travailler pendant l'autre. Il est donc difficile de tirer des conclusions valables sur les changements dans l'inégalité des revenus gagnés. Chose certaine, les impôts et les dépenses du gouvernement réduisent les inégalités de façon significative. Et, pourtant, ils ne redistribuent de la sorte que de 5 à 6 p. 100 du PNB entre les groupes à revenus malgré le fait que les dépenses totales du gouvernement représentent plus de 45 p. 100 du PNB.

Il apparaît nettement qu'un grand nombre d'interventions gouvernementales impliquent une redistribution horizontale parmi les membres de la même catégorie de revenus, plutôt qu'une redistribution verticale des catégories de revenu les plus élevées vers les plus basses. C'est simplement inévitable dans un système où beaucoup de programmes sociaux sont universels plutôt que subordonnés aux revenus.

En 1981, alors que 61 p. 100 des montants de l'aide sociale et 41 p. 100 de ceux de la Sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti étaient versés à des personnes classées parmi le cinquième de revenus le plus bas (RÉPARTITION DES REVENUS), seulement 11,6 p. 100 des prestations de l'assurance-emploi, 23,3 p. 100 de celles des régimes de retraite du Canada et du Québec, et 7,8 p. 100 des allocations familiales l'étaient. Aussi longtemps que beaucoup de programmes sociaux de grande envergure ne seront pas dirigés directement vers ceux qui en ont le plus besoin, la redistribution brute sera plus importante que la redistribution nette. Consolons-nous : la pratique canadienne n'est pas très différente de celle des autres pays industrialisés.