Lock, Édouard

Avec Human Sex (1985), le style de Lock, dur, urbain, axé sur la performance et le risque ainsi que sur l'énergie et la précision du geste, commence à prendre forme. Human Sex remporte le Bessie Award pour la chorégraphie en 1986.


Lock, Édouard

 Édouard Lock, chorégraphe et interprète (Casablanca, Maroc, 3 mars 1954). Édouard Lock immigre au Canada alors qu'il est enfant, s'installant à Montréal avec ses parents. Il étudie en cinéma à l'Université Concordia et s'intéresse à la danse alors qu'il étudie brièvement avec Le Groupe Nouvelle Aire avant de commencer à chorégraphier. Dès sa première œuvre, Temps Volé (1975), il retient l'attention du public et de la critique. En 1980, il fonde Lock-Danseurs, qui deviendra La La La Human Steps. Sa première œuvre pour cette compagnie, Lily Marlene in the Jungle (1980), est suivie d'Oranges (1981), qui remporte le prix Jean A. Chalmers pour la chorégraphie, et de Businessman in the Process of Becoming an Angel (1983), comédie musicale pour laquelle sa danseuse principale, et sa muse, Louise LECAVALIER, remporte un Bessie Award, à New York.

Avec Human Sex (1985), le style de Lock, dur, urbain, axé sur la performance et le risque ainsi que sur l'énergie et la précision du geste, commence à prendre forme. Human Sex remporte le Bessie Award pour la chorégraphie en 1986. Avec New Demons (1987), il va encore plus loin dans l'expérimentation des impulsions contradictoires, de la propulsion et du danger et présente son œuvre pendant deux ans en tournée mondiale en la renouvelant sans cesse. Par la suite, Lock commence à diversifier ses activités et collabore avec d'autres artistes, notamment avec l'actrice Bette Midler dans une production du Home Box Office.

Sa compagnie et le Ballet du Bolchoï de Moscou offrent une prestation commune dans le cadre de Rendez-vous 87, tournoi de hockey entre le Canada et l'URSS. En 1988, il se sert pour la première fois de chaussons de danse et de danseurs de formation classique, et crée Bread Dances pour le Ballet national de Hollande. La même année, il commence à travailler avec David Bowie, la star rock britannique, créant Look Back in Anger pour Bowie et Lecavalier présenté à Londres lors d'un concert-bénéfice et diffusé à la télévision dans le cadre de Wrap Around the World. En 1989, il conçoit et met en scène le spectacle de Bowie, Sound and Vision, qui fait une tournée mondiale. Enfin, en 1992, il participe au concert de Frank Zappa et de l'Ensemble Modern of Germany, The Yellow Shark. Avec d'autres artistes internationaux, Lock participe à une table ronde sur la culture et la création qui a lieu à Caen, en France, en 1994, afin de célébrer le 50e anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Infante, C'est Destroy (1991) jouit d'un immense succès international et est présenté devant plus de 120 000 personnes, dont 21 000 à Montréal seulement. En 1995, Lock crée une œuvre plus douce, plus profonde, intitulée 2, qui annonce un changement d'état d'esprit et une plus grande maturité. L'œuvre 2 traite des paradoxes de la vie et de la mort, de la force et de la faiblesse, de la jeunesse et de la vieillesse et, pendant que l'énergie anarchique typiquement lockéenne règne sur scène, des photos de Louise Lecavalier (qui nous la montrent telle qu'elle est en 1995 et telle qu'elle sera peut-être dans 30 ans), projetées sur deux écrans géants placés au-dessus de la scène, défilent lentement.

Lock réalise ses propres vidéos, crée des spectacles qui défient la gravité et utilise souvent des musiciens sur scène ainsi que des vocalises et des appareils de sonorisation de haute technologie. Même si, depuis 1988, il flirte avec la technique classique dans des œuvres telles Bread Dances (1988) et Étude (1996) pour LES GRANDS BALLETS CANADIENS DE MONTRÉAL, il demande à ses danseurs des performances d'athlètes. Salt, que La La La présente à Montréal en 1999 sous le titre Exaucé, compte sept danseurs de ballet parmi les six danseuses et les quatre danseurs sur scène. Dès 2001, la plupart des danseurs de La La La sont formés pour la danse classique. De plus, ils pratiquent un entraînement sportif destiné à développer la force et l'endurance nécessaires à la chorégraphie.

Parmi les réalisations cinématographiques de Lock figure Le Petit Musée de Vélasquez (1993), présenté dans plusieurs festivals du film internationaux et qui remporte quatre prix Gémeaux en 1994. La même année, il remporte aussi le prix Québec-Alberta au Festival international de la télévision à Banff.

Pendant de nombreuses années, tous les projets de Lock reçoivent des prix importants. Ses productions pour la scène comportent habituellement des projections de film ou de vidéo en plus de ses très distinctifs mouvements tranchants de jambes en coup de fouet par des danseuses sur pointes et vrilles serrées qui défient la physique pour amener des codas rapides à couper le souffle. Chaque nouvelle œuvre primée fait une tournée internationale de deux ou trois ans, et inspire un film qui reçoit autant d'éloges. Amelia (2002) gagne le Grand Prix 2003 du Conseil des arts de Montréal et, l'année suivante, le film du même titre gagne le prix de sa catégorie dans beaucoup de festivals internationaux, dont le Chicago Film Festival, le festival de la Rose d'Or de la télévision suisse et le festival international de Prague, en République tchèque. Il gagne aussi le prix du jury au Festival international de films pour la télévision de Banff dans toutes les catégories. Le film Amelia reçoit deux prix GEMINI pour la meilleure réalisation et le meilleur montage, deux prix ICE (individual creative excellence) de la National Association of Broadcasters aux États-Unis pour la meilleure direction photo et le montage, et il est finaliste aux International Emmy Awards.

Amjad (2007) a été présenté en tournée au Canada, en Europe, aux États-Unis, au Mexique, au Japon, à Taïwan et à Singapour jusqu'en 2009. Dans une forme remaniée de la musique du Lac des cygnes de Tchaïkovski, il démonte les éléments romantiques du classique. Qualifié du plus prenant de tous les ballets de Lock, le fort original et innovateur Amjad révèle une nouvelle dimension de la créativité du chorégraphe avec des mouvements analogues à ceux du ballet classique qui soutiennent l'action principale plutôt que de lui faire concurrence. Comme Amelia, Amjad aura une longue vie au cinéma.

Deux des projets spéciaux de Lock sont la chorégraphie de l'opéra de 1764 Les Boréades, de Jean-Philippe Rameau, pour l'opéra de Paris en 2003, et AndréAuria, créé pour le ballet de l'opéra de Paris en 2002, qui gagne le prix Benois de la Danse à Moscou l'année suivante.

En 2001, Lock reçoit cinq distinctions importantes : son second prix Jean A. Chalmers pour la chorégraphie, le prix du CENTRE NATIONAL DES ARTS (sous le patronage de la Fondation des PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL POUR LES ARTS DE LA SCÈNE), le prix Denise-Pelletier du gouvernement du Québec, la médaille de Chevalier de l'ORDRE NATIONAL DU QUÉBEC pour sa contribution à la vie culturelle de la province et l'ORDRE DU CANADA en reconnaissance de l'œuvre de toute une vie. En 2010, Édouard Lock reçoit le prix Molson du Conseil des Arts du Canada d'une valeur de 50 000 $, en reconnaissance de sa constante contribution à la vie culturelle du Canada et d'une longue carrière professionnelle exceptionnelle.