Essais de langue anglaise

Un essai consiste en un court écrit discursif, rédigé en prose, dans lequel l'auteur traite d'un seul thème, qu'il aborde d'un point de vue personnel, en suivant le modèle établi par l'essayiste français Michel de Montaigne (1533-1592).

Northrop Frye
L'énorme influence de Frye venait du fait qu'il pensait que la critique littéraire est une discipline symboliquement coordonnée qui dessine les grandes lignes de l'imagination propre de l'homme (photo de Andrew Danson).

Essais de langue anglaise

Un essai consiste en un court écrit discursif, rédigé en prose, dans lequel l'auteur traite d'un seul thème, qu'il aborde d'un point de vue personnel, en suivant le modèle établi par l'essayiste français Michel de Montaigne (1533-1592). Au Canada, les premiers essais font leur apparition au XIXe siècle, dans les Maritimes. À cette époque, les textes d'écrivains comme Joseph HOWE et George Stewart relèvent surtout de la description ou du discours. Le JOURNALISME a toujours encouragé la rédaction d'essais. The Week (Toronto, 1883-1896) publie des articles qui débattent des questions politiques ou religieuses de l'époque. Les « réflexions » sans prétention et personnelles de Sara Jeannette DUNCAN sont plus proches des essais traditionnels que ne le sont les essais de Goldwin SMITH , ou de son secrétaire privé Theodore A. Haultain.

Cependant, Archibald MacMechan est le seul qui mérite vraiment le nom d'essayiste. Dans ses recueils, The Porter of Bagdad, and Other Fantasies (1901) et The Life of a Little College, and Other Papers (1914), il recrée une époque où l'innocence, la nature et l'art occupent la première place. Cette époque ressemble à celle évoquée dans les essais de John Ruskin et Matthew Arnold, deux écrivains victoriens que MacMechan admire.

Premières influences

Le docteur sir William OSLER , qui s'inquiète de ce que ses étudiants en médecine ne connaissent pas « ces douces influences qui rendent la vie agréable », expose dans Aequanimitas (1903) la nécessité d'harmoniser les lettres et les sciences. Dans The Kinship of Nature (1904), Bliss CARMAN aborde deux thèmes didactiques qui lui sont chers : l'amélioration de soi et l'harmonie personnelle. Sir Andrew MACPHAIL, professeur de médecine à l'Université McGill et rédacteur en chef du THE UNIVERSITY MAGAZINE, publie Essays in Puritanism (1905), Essays in Politics (1909) et Essays in Fallacy (1910), des écrits caustiques, plein de vitalité et de charme. Les articles moralisateurs du journaliste Thomas O'Hagan, qui paraissent d'abord dans le Catholic Register et sont publiés par la suite sous le titre de Chats by the Fireside (1911), sont de moindre intérêt littéraire.

In Pastures Green (1915), The Red Cow and her Friends (1919) et Around Home (1925) sont des recueils de textes rédigés par un autre journaliste, Peter McArthur, dans le cadre de sa chronique agricole pour le Toronto Globe. La description humoristique et souvent décousue qu'il fait de la vie rurale en Ontario reflète la fraîcheur et le pittoresque de la campagne. Les décors naturels sont également célébrés par l'avocat torontois William Hume Blake, qui décrit des scènes de pêche à la ligne dans les Laurentides dans Brown Waters, and Other Sketches (1915) et A Fisherman's Creed (1923).

Essays and Literary Studies (1916) de Stephen LEACOCK, bien qu'humoristique avant tout, traite parfois de thèmes sérieux. Ses écrits satiriques reflètent les progrès réalisés par les essais de langue anglaise au Canada depuis leurs débuts. Le Canadian Forum, fondé en 1920, encourage l'essai journalistique. Son collaborateur le plus éloquent est peut-être Douglas Bush, homme érudit doué pour l'écriture et qui se moque avec génie des préoccupations de certains de ses collègues à la recherche d'une littérature et d'une identité nationales. W.D. Woodhead et John D. Robins ont un humour encore plus évident. D'autres essayistes, comme Barker FAIRLEY, Margaret Fairley, John Macnaughton, Frederick Philip GROVE, E.K. Broadus, B.K. SANDWELL, Frank UNDERHILL et A.J.M. SMITH abordent sur un ton plus sérieux des thèmes comme les arts, les lettres, la critique, la poésie contemporaine, l'éducation et la politique sociale.

Le titre de l'anthologie de Malcolm ROSS, qui couvre une grande partie de cette époque, Our Sense of Identity : A Book of Canadian Essays (1954), montre bien que l'esprit critique domine encore cette forme littéraire. Par exemple, William Arthur DEACON passe de l'humour et la fantaisie dans Pens and Pirates (1923) à la critique dans My Vision of Canada (1933). Maurice Hutton, John Charles Robertson et Gilbert Norwood, professeurs à l'Université de Toronto, publient aussi des essais lucides et savants dans lesquels ils parlent des gens et débattent sur des livres et d'idées. Les textes écrits par des grands reporters sont moins objectifs et fouillés que les essais, mais beaucoup se rapprochent de l'essai par l'utilisation de la description, de l'anecdote, du souvenir et de l'humour. Il convient de signaler, entre autres, One Thing After Another (1948) de C.B. Pyper et From Our Town (1959) de Jack Scott. Les humoristes sont les chroniqueurs les plus lus. Les articles de Peter Donovan, qui paraissent dans le Saturday Night, sont réunis dans Imperfectly Proper (1920). Newton MacTavish du Canadian Magazine publie Thrown In (1923), dans lequel il évoque son enfance à la campagne. Ce thème sera développé dans Newton MacTavish's Canada (1965), publié après sa mort. Les anecdotes amusantes de Gregory Clark, publiées dans le Weekend Magazine, sont réunies dans The Best of Gregory Clark (1959). Eric NICOL publie des anecdotes satiriques. Certaines, provenant des ses chroniques rédigées pour le Province de Vancouver, sont rassemblées dans des livres illustrés, notamment dans The Roving I (1950) et Canada Cancelled Because of Lack of Interest (1977). Dans leurs écrits, ces journalistes font preuve de bon sens, de tolérance et se moque avec gentillesse des faiblesses humaines.

Thèmes principaux

Le retour à la nature est un thème journalistique important à l'époque. Dans Sunlight and Shadow (1928), Cecil Francis Lloyd décrit l'attrait exercé par la nature sur les gens. Dans Malvern Essays (1930), inspirés des essais de Montaigne, il parle avec nostalgie et lassitude de la nécessité d'accepter le fardeau de l'existence. Davantage dans la tradition de l'auteur américain Henry David Thoreau, Harry Lutz Symons publie Friendship (1943), E.K. Broadus et John D. Robins, collaborateurs au Canadian Forum et universitaires, écrivent respectivement Saturday and Sunday (1935) et The Incomplete Anglers (1943). Roderick HAIG-BROWN, un pêcheur dans la tradition waltonienne, décrit les joies de la nature et ce qu'elles apportent à l'individu dans A River Never Sleeps (1946) et Measure of the Year (1950). Ses ouvrages Fisherman's Spring (1951), Fisherman's Winter (1954), Fisherman's Summer (1959) ainsi que son livre posthume Writings and Reflexions (1982) décrivent un mode de vie contemporain. Kenneth McNeil Wells rassemble dans quatre livres une série d'articles écrits pour le Telegram de Toronto dans The Owl Pen (1947) qui raconte la vie à la ferme et dans Up Medonte Way (1951), où il réussi à transcrire le parler rustique de l'Ontario.

 De nombreux écrivains se servent des essais pour conscientiser le lecteur moyen et l'aider à mieux comprendre certaines réalités. Ainsi, B.K. SANDWELL, rédacteur en chef du Saturday Night, emploie le même style ironique que Swift dans The Privacity Agent and Other Modest Proposals (1928) afin de mettre en parallèle le XXe siècle et des époques passées plus heureuses. F.P. Grove, dans Over Prairie Trails (1922), décrit les implications surnaturelles du paysage en relatant ses émotions et ses changements d'humeur au cours de sept voyages sur une route du Manitoba. Son ouvrage The Turn of the Year (1923) est plus rébarbatif et moins personnel. Morley CALLAGHAN publie dans une rubrique mensuelle du New World Magazine (1940-1948) et dans le Saturday Night, ainsi que dans Maclean's et d'autres revues, des textes qui abordent des sujets d'actualité d'un point de vue imaginaire. Dans Cross-Country (1949), Hugh MACLENNAN traite de l'identité canadienne dans un style raffiné, marqué par des souvenirs et des penchants personnels. Dans Thirty and Three (1954), Scotchman's Return (1960) et The Other Side of Hugh MacLennan (1978), l'auteur tente de dresser un portrait du monde contemporain et de se réconcilier avec.

Robertson DAVIES, écrivain, dramaturge et rédacteur, ignore le lecteur moyen qu'il juge incapable de comprendre un débat soutenu. Dans Diary (1947) et Table Talk (1949), il décrit les goûts et les opinions de son personnage Samuel Marchbanks. Ce dernier, à l'instar du docteur Samuel Johnson, « aime le thé, la conversation et les belles femmes et n'a pas beaucoup de patience pour les imbéciles. » Dans A Voice from the Attic (1960), Davies présente la lecture comme un art individuel et privé qui serait la preuve d'un esprit cultivé et l'activité principale d'une vie intéressante. Almanack (1967) de Samuel Marchbanks continue d'examiner la société canadienne. Les essais de l'explorateur de l'arctique, Vilhjalmur STEFANSSON, sont quelque peu différents. Derrière la structure logique, voire philosophique, de ses textes réunis dans Adventures in Error (1936), se cache une vision voltairienne du fonctionnement mental de l'homme. Selon Stefansson, les « erreurs » de l'imagination sont vraies et les désirs sont importants, même s'ils sont auto-illusoires.

 Northrop FRYE suit l'exemple des essayistes érudits dans The Educated Imagination (1963), The Modern Century (1967), The Bush Garden (1971) et Spiritus mundi (1976). Ses écrits provocateurs traitent de la littérature, de l'éducation et d'autre aspects de la société contemporaine. George WOODCOCK, un écrivain moins intellectuel qui s'adresse à un public plus large, fait preuve d'une grande aisance pour la rédaction d'essais avec The World of Canadian Writing (1980). Eli MANDEL, dans A Passion for Identity : An Introduction to Canadian Studies (1987), approfondit ce qu'il avait commencé à développer dans Contexts of Criticism (1971). David Staine poursuit dans la même veine avec The Canadian Imagination : Dimensions of A Canadian Culture (1977). La plupart des écrivains de fiction considèrent l'essai comme un défi de taille. Avec Hunting Tigers Under Glass (1968), Shovelling Trouble (1972) et The Great Comic Book Heroes : And Other Essays (1978), Mordecai RICHLER s'étend sur des sujets tels que l'expérience juive, les raisons pour lesquelles il écrit et les changements sur la scène politique nationale. Hugh HOOD, dans The Governor's Bridge Is Closed (1973), exprime avec clarté et humour sa croyance à la vie et à la culture canadiennes. Margaret LAURENCE dans Heart of a Stranger (1976) et Margaret ATWOOD, dans Second Words (1982) réunissent des écrits personnels qui, à l'instar de Fragiles lumières de la Terre (1978; trad. The Fragile Lights of Earth, 1982) de Gabrielle ROY, proposent un regard sensible sur le monde de l'écrivain et l'histoire de la société.

Running to Paradise (1962) de Kildare Dobbs, bien que largement autobiographique, Reading the Time (1968) et Pride and Fall (1981) se démarquent par un style diversifié qui s'adapte aux nombreux sujets traités. Dans Mice in the Beer (1960) et The Fully Processed Cheese (1964), Norman WARD fait preuve de tolérance et promène un regard amusé sur l'actualité et sur ses collègues d'université. Le recueil posthume de Ralph ALLEN réunit un certain nombre de ses écrits parus dans le Toronto Star et Maclean's sous le titre de The Man from Oxbow (1967). Crisis at the Victory Burlesk (1968) est un recueil de textes rédigés par Robert FULFORD au début de sa carrière de journaliste, dans lesquels la réflexion est moins poussée que dans ses essais pour le Saturday Night. Des textes au ton acerbe, écrits par Richard Needham pour le Globe and Mail, sont réunis et publiés dans plusieurs recueils, notamment dans Needham's Inferno (1966) et The Wit & Wisdom of Richard Needham (1977). Le chroniqueur Allan FOTHERINGHAM regroupe un certain nombre de ses essais politiques, sarcastiques et irrévérencieux, dans Malice in Blunderland (1982). Harry Bruce est un autre journaliste qui centre ses articles sur un personnage. Son recueil de chroniques rédigées pour le Toronto Star, The Short Happy Walks of Max MacPherson (1968), allie l'histoire à la description.

Dans The Second Career (1964) et Second Thoughts (1970), le neurochirurgien Wilder PENFIELD , imitant son mentor Osler, réfléchit sur la nécessité d'une « vigilance continue et d'une action résolue » dans un monde en changement. L'économiste John Kenneth GALBRAITH dresse un tableau ironique et acerbe de sa jeunesse dans The Scotch (1964) et présente le point de vue d'un diplomate sensible, aux nombreux talents, dans A Contemporary Guide to Economics, Peace, and Laughter (1971). George GRANT (philosophie), John BECKWITH (musique) et Greg CURNOE (art) sont d'autres exemples d'auteurs qui débattent d'un point de vue discursif de sujets qui les intéressent.

Les souvenirs nostalgiques d'une vie simple à la campagne sont le thème principal de nombreux livres de H. Gordon Green, dont A Time to Pass Over (1962) et With My Sock Feet on the Oven Door (1975). Dans la même veine, Harry J. BOYLE écrit Mostly in Clover (1961) et plus tard Memories of a Catholic Boyhood (1973). The Battle of Mole Run and Other Offenses (1967), de Howard T. Mitchell, est un autre livre sur la vie en milieu rural. Western Windows (1967) de Bruce HUTCHISON dresse un portrait, toujours actuel, de la vie à la campagne. Dans The Far Side of the Street (1976), l'auteur relate, dans un style informel, 50 années de changements au Canada.

The Medium is the Message (1967) de Marshall MCLUHAN représente un type d'essai concret dans lequel le lecteur découvre une mosaïque de matériel verbal, visuel, spatial et temporel : ce que l'auteur appelle une « mise en opposition d'éléments regroupés ». Cette technique unique en son genre sera assimilée plutôt qu'imitée par d'autres écrivains.

Depuis les années 50, l'essai canadien continue de subir l'influence du journalisme. Cependant la télévision et sa prédilection pour l'uniformité permettent difficilement au chroniqueur de conserver sa fraîcheur. Le rythme accéléré et le caractère pragmatique de la vie technologique ont nui à une littérature non dogmatique et à un discours plus souple. Le lecteur retrouvera cette fraîcheur dans les livres où sont décrites des époques passées plus calmes.

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