Évangélisme et évangélistes

Le mot « évangélisme » dérive à la fois de deux mots grecs : euangelion (bonne nouvelle ou évangile) et euangelizômai (annoncer, proclamer ou porter la bonne nouvelle).

Évangélisme et évangélistes

Le mot « évangélisme » dérive à la fois de deux mots grecs : euangelion (bonne nouvelle ou évangile) et euangelizômai (annoncer, proclamer ou porter la bonne nouvelle). Au cours de l'histoire, la proclamation de l'évangile pour convertir les gens, et donc l'évangélisme, a été le travail de tous les chrétiens. Aujourd'hui, le terme « évangélique » sert à qualifier les Églises qui professent une théologie conservatrice, ainsi que des organisations interconfessionnelles para-ecclésiales.

Le mouvement évangélique apparaît au XVIIIe siècle et remet à l'honneur la conversion, la piété personnelle et un nouveau mode de vie maintenant fondé sur cette parole de Jésus : « À moins de renaître, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jean 3:3). Cette spiritualité enracinée dans l'expérience creuse un fossé entre le clergé établi, qui déplore le sentimentalisme, et les laïcs « nés de nouveau », qui se tournent vers des prédicateurs itinérants appelés évangélistes. Les membres de ce mouvement populaire ne tardent pas à s'appeler « évangéliques ».

Au Canada, le mouvement évangélique est introduit par Henry ALLINE, dont la prédication déclenche le GRAND RÉVEIL de 1776 en Nouvelle-Écosse. Les talents musicaux d'Alline contribuent grandement à propager la piété évangélique. De nos jours encore, la musique populaire de groupes comme Petra ou encore Striper continue de jouer un rôle important dans la propagation de la piété évangélique.

Pendant tout le XIXe siècle, le mouvement évangélique canadien se résume surtout à la croissance des Églises baptistes et méthodistes, dont la plupart des prédicants sont des autodidactes prêts à se sacrifier pour la propagation de l'Évangile. À partir des Maritimes, la prédication évangélique gagne le Québec et le Haut-Canada. Un évangéliste méthodiste, Ralph HORNER (1853-1921), innove en commençant à tenir des assemblées dans des tentes en 1886. Expulsé de l'Église méthodiste, il fonde la Holiness Movement Church en 1897 et la Standard Church of America en 1916.

La popularité de l'ARMÉE DU SALUT se répand rapidement dans tous les centres urbains du Canada, où elle aime célébrer les offices dans la rue, ce que les autorités municipales essaient d'interdire. Afin de neutraliser ce mouvement, les méthodistes appuient les efforts de Hugh T. Crossley et de John E. Hunter, qui parcourent l'Ontario et l'Ouest de 1887 à 1889. Ces évangélistes forment le mouvement Gospel Band, qui donne naissance à la Epworth League. Les anglicans, quand à eux, mettent sur pied l'Armée de l'Église.

Le mouvement pentecôtiste de l'Angleterre et des États-Unis arrive au Canada en 1907 à la suite du réveil de la rue Azuza, à Los Angeles. Plusieurs pasteurs de l'Église anglicane ou d'autres Églises protestantes adhèrent au mouvement, notamment J.E. Purdie (1880-1977), qui devient plus tard directeur du Western Bible College (voir MOUVEMENT PENTECÔTISTE). Dans le sillage du pentecôtisme, des NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX comme LA NOUVELLE PLUIE des années 40, le mouvement charismatique des années 60, le mouvement Vineyard des années 80 et la « bénédiction de Toronto » des années 90 influencent beaucoup d'Églises canadiennes.

La spiritualité évangélique suscite une forme d'oecuménisme et de culture mondiale. Ainsi, des évangélistes américains ont une influence profonde sur la vie religieuse des Canadiens, et des Canadiens obtiennent pareillement beaucoup de succès aux États-Unis. Dwight L. Moody (1837-1899) tient de gigantesques rassemblements à Toronto en 1884. Billy Graham attire de grandes foules pendant ses campagnes des années 50 au Canada. D'ailleurs, ses émissions de télévision ont toujours conservé leur grande popularité jusqu'à nos jours. Le beau-frère canadien de Billy Graham, Leighton Ford, dirige des croisades de réveil dans les années 60 et accueillera par la suite une école d'évangélisme au Château Lac Louise.

La Canadienne Aimee Semple MCPHERSON (1890-1944), fondatrice de l'International Church of the Foursquare Gospel, attire des foules énormes à son Angelus Temple, à Los Angeles. Elle écrit plusieurs livres et anime sa propre émission de radio en plus de diriger une ÉCOLE BIBLIQUE et une revue. Un autre Canadien, A.B. Simpson (1843-1919), s'établit aux États-Unis où il fonde, en 1897, l'Alliance chrétienne et missionnaire. Auteur prolifique de cantiques et de livres, il fonde également le Nyack College. D'autres Canadiens qui contribuent de façon importante à la croissance de l'évangélisme international sont les auteurs d'ouvrages pieux Oswald J. Smith (1889-1986) et les théologiens W.H. Griffith-Thomas (1861-1924), A.B. Winchester (1858-1943), John McNicol (1869-1956), Dyson Hague (1857-1935), William Cavan (1830-1904) and T.T. Shields (1873-1955).

Durant tout le XIXe siècle, les évangéliques entretiennent des liens étroits avec divers mouvements de réforme sociale. En Angleterre, William Wilberforce (1759-1833), à l'instar de Charles Finney (1792-1875) aux États-Unis, dirige la croisade anti-esclavagiste. Des évangéliques participent à diverses campagnes de réforme sociale. Plus tard, l'Albertain William ABERHART dirige le parti du CRÉDIT SOCIAL. Son successeur, Ernest MANNING, est le père de Preston MANNING, chef actuel du PARTI RÉFORMISTE. Le Committee for Public Justice, organisme de centre gauche, présente souvent à des organismes gouvernementaux des mémoires de recherche sur des questions sociales importantes. À l'autre extrémité des tendances politiques, le Christian Reconstruction Movement, qui adhère à un programme d'extrême droite dont les idées sont inspirées de celles de l'économiste américain Gary North et de la philosophie de R.J. Rushdoony, gagne en popularité. Par ailleurs, Ken Campbel fonde Renaissance International en 1974 pour lutter contre une « société permissive ».

La plupart des évangéliques sont plutôt modérées et s'accordent bien avec les vues centristes de Brian Stiller et de l'Evangelical Fellowship of Canada. Cet organisme parraine une émission de télévision régulière, publie la revue mensuelle Faith Today et tente de faire pression sur le gouvernement en ce qui concerne certaines questions sociales.

Les MENNONITES canadiens, ainsi que les immigrants hollandais et asiatiques, ont enrichi l'évangélisme canadien. Le Comité central et l'Economic Development Agency mennonites contribuent grandement aux projets canadiens de développement et d'aide dans les pays en voie de développement. Les mennonites participent aussi à la fondation du journal national interconfessionnel Christian Week. La contribution hollandaise touche surtout le Toronto Institute for Christian Studies, un grand nombre d'écoles chrétiennes et deux excellents établissements universitaires de premier cycle : King's College (Edmonton) et Redeemer College (Ancaster). Les évangéliques asiatiques apportent une piété profonde et des façons dynamiques d'évangéliser.

En général, les évangéliques canadiens appuient fortement les projets humanitaires et sont de très grands donneurs aux oeuvres de bienfaisance. Les Églises évangéliques participent aussi à toutes sortes de programmes sociaux au pays et de projets d'aide internationale (voir Christian Resources Handbook: A Directory of Christian Organizations in Canada).

La fin des années 60 est marquée par un regain de vie éducatif des évangélistes canadiens grâce à la fondation du Regent College et de l'Université Trinity Western à Langley (C.-B.). Plus récemment, le Winnipeg Bible College devient le Providence College, et le Prairie Bible College ouvre une école d'études supérieures à Calgary. Au même moment, le Christian School Movement connaît une croissance phénoménale au Canada. Bien que certaines « écoles chrétiennes » semblent être de très bas niveau, la plupart constituent un choix très intéressant comparativement aux écoles publiques (voir ÉCOLES À CHARTE).

Les évangéliques sont très présents dans les médias depuis que William Aberhart, le premier, a animé des émissions religieuses à la radio dans les années 20. Jusqu'en 1987, plus de 60 émissions religieuses américaines ont été vendues au Canada. Beaucoup moins d'émissions religieuses ont été produites au pays. L'émission 100 Huntley Street, de David Mainse, est la plus connue. Depuis 1987, environ 18 groupes interconfessionnels collaborent à Vision TV. Plus récemment encore, la Lethbridge Victory Church a obtenu le droit de diriger une station locale de télévision chrétienne. D'autres stations du genre sont prévues partout au Canada.

Le pays compte beaucoup de troupes théâtrales ou artistiques évangéliques, notamment le Rosebud Theatre (Drumheller), Brookstone Productions (Toronto) et le Pacific Theatre (Vancouver). Divers artistes canadiens se déclarent également évangéliques.

Environ 5 p. 100 de la population canadienne appartient à des confessions évangéliques et 3 p. 100 de la population membre d'Églises traditionnelles se considère évangélique. Donc, environ 8 p. 100 des Canadiens sont évangéliques. Si l'on considère la pratique plutôt que l'appartenance, le tableau est différent. Pour un dimanche ordinaire, 810 000 membres des Églises traditionnelles vont à l'office contre 1 016 000 membres des Églises évangéliques. Le montant des dons par personne pour les confessions suivantes est également significatif. En ce qui concerne les Églises traditionnelles, les membres de l'Église unie du Canada donnent 283,04 $; les anglicans, 299,92 $; et les presbytériens, 350 $. Pour ce qui est des Églises évangéliques, les membres de l'Association des Églises évangéliques donnent 993,86 $; la Baptist Union of Western Canada, 1100,57 $; et l'Alliance chrétienne et missionnaire, 1891,22 $.

D'autres mesures de l'engagement religieux (par exemple, l'emploi du temps et la participation communautaire) confirment que les évangéliques sont beaucoup plus engagés que les protestants traditionnels et les catholiques, comme le signalent les sociologues Marlene Mackie et Merlin Brinkerhoff. Donc, si on évaluait la conviction religieuse au Canada en fonction de la participation effective, les évangéliques constitueraient le principal groupe religieux au Canada.

Voir aussi MOUVEMENTS ÉVANGÉLIQUE ET FONDAMENTALISTE.


Lecture supplémentaire

  • D.W. Bebbington, Evangelicalism in Modern Britain: A History from the 1730s to the 1980s (1989); Reginald W. Bibby, Unknown Gods: The Ongoing Story of Religion in Canada (1993); W.H. Griffith-Thomas, The Principals of Theology (1930); Irving Hexham, "Canadian Evangelicals: Facing the Critics," in W.E. Hewitt, ed, The Sociology of Religion (1993); Marlene M. Mackie & Merlin B. Brinkerhoff, "Blessings and burdens: the reward-cost calculus of religious denominations," Canadian Journal of Sociology, XI, 2 (1986); MARC Canada, Christian Resources Handbook: A Directory of Christian Organizations in Canada (1986); George M. Marsden, Fundamentalism and American Culture: The Shaping of Twentieth-Century Evangelicalism, 1870-1925 (1980); Arnell Motz, ed, Reclaiming a Nation: The Challenge of Re-Evangelizing Canada by the Year 2000 (1990); G.A. Rawlyk, Champions of the Truth: Fundamentalism, Modernism and the Maritime Baptists, (1990) and ed, The Canadian Protestant Experience: 1760-1990 (1990); Brian Stiller, Critical Options for Evangelicals (1992); John G. Stackhouse, Canadian Evangelicalism in the Twentieth Century (1993).