Factory Theatre

Le Factory Theatre Lab de Toronto est le premier théâtre d'expression anglaise au Canada à se consacrer entièrement à des pièces canadiennes.


Factory Theatre

Le Factory Theatre Lab de Toronto est le premier théâtre d'expression anglaise au Canada à se consacrer entièrement à des pièces canadiennes. Il est fondé en mai 1970 par Ken Gass, qui sent le moment venu pour le théâtre canadien de s'affranchir des influences colonialistes et de produire des œuvres canadiennes.

Gass et le cofondateur, Frank Trotz, empruntent 3000 $ pour lancer la compagnie, qui loge à ses débuts dans une ancienne manufacture de chandelles crasseuse, au-dessus d'un atelier de carrosserie, au 374, rue Dupont. L'intuition de Gass se confirme dès la première saison : les pièces Creeps de David Freeman, montée par Bill GLASSCO, et Esker Mike And His Wife, Agiluk d'Herschel Hardin, assurent au théâtre une notoriété immédiate.

Pour Gass, le Factory Theatre est un laboratoire voué à la recherche et à la création de pièces canadiennes nouvelles qui place le dramaturge au centre de sa démarche. La compagnie forme des dramaturges comme George F. WALKER, Larry Fineberg, Freeman et Bryan Wade, et des metteurs en scène comme Paul Bettis et Eric Steiner. Pendant la mémorable saison 1971-1972, le Factory Theatre présente deux pièces de Walker, Ambush at Tether's End et Sacktown Rag; Stonehenge Trilogy de Fineberg et deux pièces à guichets fermés, Brussels Sprouts de Larry Kardish et Maybe We Could Get Some Bach de Louis Del Grande.

En décembre 1972, un différend avec l'Actors' Equity Association concernant les cachets minimaux à verser aux comédiens membres de l'association et la suppression de la subvention à la création d'emplois entraînent la première crise financière importante de la compagnie. Grâce à une subvention spéciale, le théâtre peut monter en avril 1973 la pièce Bagdad Saloon, qui sera la dernière présentée rue Dupont. En septembre 1973, une subvention gouvernementale de 42 000 $ permet au théâtre de présenter Bagdad Saloon et Esker Mike à Londres. Après trois mises en scène dans des locaux loués, le Factory Theatre s'installe dans un entrepôt réaménagé au 207, rue Adelaide, où il reste jusqu'en 1980. Parmi les pièces importantes présentées au cours de ces six années, citons Beyond Mozambique (1974), The Boy Bishop (1976) et Winter Offensive (1977) de Walker; Underground de Wade (1975) et Lucky Strike de Hrant Alianak (1978). Winter Offensive est vivement critiquée pour ses scènes de sexe et de violence, et Gass démissionne en avril 1978. Le dramaturge de la compagnie, Bob White, devient directeur artistique pour la saison 1978-1979 et réaffirme l'engagement du théâtre vis-à-vis de la création de textes. En 1980, la troupe quitte l'édifice du 207, rue Adelaide, pour s'installer à l'Adelaide Court Theatre, situé tout près. En 1982, elle abandonne les lieux et reste sans adresse fixe pendant deux ans.

Au cours de cette période, Walker réalise une série de mises en scène, dont la comédie musicale punk-rock Rumours of Our Death (1980), Theatre of the Film Noir, le grand succès de 1981 au Toronto Theatre Festival, et The Art of War (1983).

En novembre 1984, le Factory Theatre s'installe au 125, rue Bathurst, dans une maison bourgeoise victorienne de trois étages. Walker poursuit sa série de succès avec Criminals in Love (1984), qui tient l'affiche pendant six mois, et Beautiful City (1987). À ces réussites marquantes vient s'ajouter Crossing Over de Neil MUNRO (1986).

En juillet 1987, Jackie Maxwell succède à White à la direction artistique et ce n'est qu'après une importante campagne de financement organisée à la fin 1988 que la troupe retrouve un équilibre financier. Parmi les pièces chaudement accueillies pendant le mandat de Maxwell, citons la comédie musicale Girls in the Gang (1988) de Raymond Storey et de John Roby, Love and Anger (1989) de Walker, qui tient l'affiche pendant huit mois, Escape From Happiness (1992) de Walker et Bob's Kingdom (1993) de Munro. Maxwell se porte par ailleurs à la défense du théâtre québécois et fait la promotion d'œuvres importantes, dont La trilogie des dragons de Robert LEPAGE et The Rez Sisters de Tomson HIGHWAY.

Prenant la relève en 1995, Michael Springate remporte un succès artistique immédiat avec Riot d'Andrew Moodie. Les ennuis financiers refont cependant surface, et Ken Gass reprend son poste de directeur artistique à la fin de 1996, injectant 5000 $ de ses économies pour maintenir le théâtre à flot. Mais la saison 1997-1998 est une saison gagnante grâce à six nouvelles pièces de Walker groupées sous le titre général de Suburban Motel et formant une série saluée par la critique. Trois des pièces qui constituent ce cycle ayant remporté de nombreux prix sont remontées pour la saison 1998-1999. À l'automne 1998, le théâtre achète l'immeuble qu'il avait loué pendant 14 ans pour la somme de 1,15 million de dollars, et il se lance avec succès dans une énergique campagne de financement. Par son achat, le Factory Theatre s'assure un avenir stable et, les années suivantes, il reçoit des subventions substantielles pour rénover les lieux. En 2003, il est le plus important bénéficiaire des subventions pour immobilisations du programme de la Ville de Toronto pour les établissements culturels. En 2008, il reçoit 400 000 $ d'aide financière pour sa saison d'activités, la plus grande partie destinée à l'amélioration des immobilisations.

Pendant cette période de croissance et de renouvellement, le Factory Theatre continue à mettre à l'affiche des œuvres canadiennes inédites et novatrices. Depuis 2000, on y crée des pièces de certains auteurs connus, dont Florence Gibson, avec la première mondiale de Belle (2000), Home is My Road (2003) et Missing (2009); Linda GRIFFITH, avec la première mondiale de Chronic en 2002 et la production par le NIGHTWOOD THEATRE d'Age of Arousal; Andrew Moodie, avec The Real McCoy (coproduite avec The Great Canadian Theatre Company en 2007) et Toronto the Good (2009); Adam PETTLE, dont les pièces Zadie's Shoes (2001) et Therac 25 (2002) font leurs débuts professionnels. À la même époque, le Theatre Smith-Gilmour y crée aussi ses adaptations populaires de Chekhov: Chekhov's Shorts (2000-2001), Chekhov Longs... In the Ravine (2001-2002), Dr. Chekhov Ward 6 (2003-2004), Chekhov's Children (2004-2005) et Chekhov's Heartache (2006-2007).

En 2003, le Factory Theatre fait l'objet d'une controverse quand l'auteure de Vancouver Carmen Aguirre retire sa pièce The Refugee Hotel du programme, accusant Gass d'« insensibilité raciale et culturelle ». Le conflit vient d'un désaccord sur le choix des acteurs, plus précisément du mécontentement d'Aguirre provoqué par les efforts de Gass pour trouver des acteurs de couleur. La pièce porte sur des réfugiés chiliens qui vivent dans un hôtel de Vancouver après avoir fui la dictature de Pinochet. Bien que Gass assume sa part de responsabilité dans le conflit, il s'en tient à sa réputation de soutenir l'œuvre d'artistes aux antécédents variés. En fait, son engagement envers la diversité s'exprime dans des initiatives comme CrossCurrents, un nouveau festival de théâtre consacré à la mise en valeur d'œuvres d'auteurs de couleur, qui se déroule au Factory Theatre à l'instigation de Gass depuis 2001.

Malgré la controverse, le théâtre connaît un regain de succès la saison suivante avec Bigger than Jesus, une coproduction avec Necessary Angel, créée par Daniel Brooks et Rick Miller, et Trout Stanley, une nouvelle œuvre de Claudia Dey, qui doit les débuts de sa carrière au Factory Theater. Pendant cette décennie, le théâtre remonte aussi avec bonheur les premières pièces de George F. Walker.

Avec son mandat résolument nationaliste, le Factory Theatre est le prototype des théâtres alternatifs, plus pauvres et de taille plus modeste, qui ont émergé au cours des années 1970 un peu partout au Canada. Aujourd'hui, le Factory Theatre a surmonté sa dernière crise financière et il se montre digne de sa devise de « foyer de la dramaturgie canadienne » en s'en tenant à sa règle de ne produire que des pièces canadiennes.


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