La création de la Gendarmerie royale du Canada

L'annonce du gouvernement fédéral demande des volontaires « capables de lire et d'écrire en anglais ou en français », bons cavaliers et dotés de « bons antécédents »...



L'annonce du gouvernement fédéral demande des volontaires « capables de lire et d'écrire en anglais ou en français », bons cavaliers et dotés de « bons antécédents ». D'un bout à l'autre du Dominion, des jeunes gens, rêvant d'aventure, posent leur candidature, l'imagination enflammée par James Fennimore Cooper. Ils entrent dans les rangs de la Police à cheval du Nord-Ouest (P. C. N.-O.) pour apprivoiser les contrées sauvages.

Le 23 mai 1873, le Parlement du Dominion adopte une loi créant une « force de Police à cheval des Territoires du Nord-Ouest ». Ses premiers objectifs consistent à mettre fin au trafic d'alcool chez les Autochtones et à gagner leur respect et leur confiance. Il est d'abord question de l'appeler les Fusiliers à cheval du Nord-Ouest, mais le premier ministre Sir John A. Macdonald, d'un trait de plume, raye le mot Fusiliers, et la Police à cheval du Nord-Ouest est établie. On est le 30 août 1873.

Le besoin d'ordre public dans l'Ouest émerge après la rébellion de la rivière Rouge menée par Riel. L'expérience américaine montre qu'il faut signer des traités avec les Indiens et mettre en place des mesures de contrôle des Blancs. Macdonald est avant tout préoccupé par les problèmes associés à la conquête de l'Ouest américain. La violence des guerres indiennes qui ont coûté des centaines de vies et des millions de dollars doit être évitée à tout prix au Canada. Macdonald décide d'établir l'ordre public avant de peupler.

Or, une vague de commerçants de fourrure venus du Nord-Ouest américain pour faire concurrence à la Compagnie de la Baie d'Hudson précède les colons. La vie dans des terres nouvelles attire toutes sortes de personnages, des hommes « dangereux, désespérés... pathologiquement indépendants » et souvent indifférents à la situation lamentable des peuples autochtones. Ils établissent des postes de traite fortifiés aux noms aussi colorés qu'eux - Slideout, Standoff ou l'infâme Whoop-up.

Avant 1873, ces « libres-échangistes » se sont accaparé la majorité du commerce des Pieds-Noirs, échangeant bibelots, fusils, munitions et couvertures contre de la viande et des fourrures. La culture des Pieds-Noirs succombe à de nombreuses intrusions : les chevaux, les mariages avec des commerçants de fourrure, la variole et la disparition des bisons. Elle finit par être noyée sous des flots de whisky de mauvaise qualité, que les trafiquants frelatent souvent pour en augmenter les effets et en tirer plus de profit. Ce qu'ils appellent le « Whoop-up Bug Juice » est un puissant breuvage fait de whisky, tabac à mâcher, piment de Cayenne, gingembre jamaïcain et mélasse, sans oublier un soupçon d'encre rouge.

Accrochés à cette traître potion, les Indiens abandonnent leurs dernières possessions et leur dignité pour un verre. Les traditions autochtones cèdent la place au crime et à la violence. Sans maintien de l'ordre, le Nord-Ouest est véritablement l'Ouest sauvage.

Les observateurs rapportent l'état de débauche des Ottawas, déclarant que les « institutions d'ordre public, telles qu'elles existent dans les communautés civilisées, y sont totalement inconnues ». Macdonald calque la force paramilitaire de police à cheval sur la Police royale irlandaise. L'appel à « quelques hommes de bien » est entendu par un mélange hétéroclite de clercs, d'instituteurs, de fermiers, de réparateurs, de tonneliers et d'autres individus sans expérience militaire, certains n'ayant jamais enfourché un cheval. La volonté de sauver le peuple des Pieds-Noirs de l'enfer de l'alcool attire quelques militants pour la sobriété, mais la nouvelle force est davantage « une bande de buveurs à deux mains qui rechignent à faire une chasse trop zélée au whisky et deviennent positivement malades à l'idée de déverser l'alcool confisqué sur le sol. »

Police à cheval du Nord-Ouest à Dawson, Yukon (avec la permission des Archives nationales du Canada/C-22074).

Ils sont recrutés et entraînés rapidement; ils vivent dans des conditions misérables qui sont très loin de la vie qu'ils s'imaginaient : « chevaucher des mustangs sauvages... pourchasser les trafiquants de whisky et les voleurs de chevaux, contenir des sauvages hostiles et fricoter avec des princes indiens pleins de morgue et des princesses charmantes mais peu raffinées. » Les 150 premiers hommes se révèlent insuffisants pour maintenir l'ordre dans le Nord-Ouest. Un autre contingent de 150 hommes est recruté en renfort du premier groupe dans sa « marche vers l'Ouest ».

La P. C. N.-O. appartient à la légende de l'Ouest - une vision romantique de l'aventure et de l'héroïsme, qui inspire des histoires fourmillant de personnages plus grands que nature, tels que Sam Steele qui se fait un honneur d'afficher sa virilité et qui en repousse les limites. Les hommes rudes comme Steele modèlent le caractère des recrues et civilisent le Nord-Ouest.

À l'approche de la Première Guerre mondiale, le rôle de la P. C. N.-O. tire à sa fin. Les membres de la police sont impatients de se porter volontaires pour servir leur pays, mais le gouvernement se refuse à leur rendre leur liberté en raison de la présence des pionniers allemands dans les prairies. En 1917, cette impatience aura disparu lorsqu'ils ont vent que des Américains proallemands se préparent à agir au Canada. Finalement, en 1918, la P. C. N.-O. est autorisée à envoyer deux escadrons de cavalerie « là-bas ».

Au lendemain de la guerre, les troubles civils dans l'ouest canadien nécessitent une force plus nombreuse. Craignant une révolution après la grève générale de Winnipeg, le gouvernement décide qu'un seul corps de police fédéral suffit. En février 1920, la P. C. N.-O. absorbe la Police du Dominion, qui couvrait l'est du Canada. Cette nouvelle force sera responsable de l'application de la loi fédérale « d'un océan à l'autre » et sera rebaptisée la Gendarmerie royale du Canada.