Daniel Hanganu

Daniel Sergiu Hanganu, ​OC, ​ONQ, architecte (né le 27 janvier à Isia en Roumanie; décédé le 5 octobre 2017 à Montréal en Québec).

Musée d
Construit à Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Montréal. Terminé en 1992, le bâtiment allie avec bonheur l'esthétique industrielle raffinée de Daniel Hanganu et le respect du contexte historique et culturel du site (avec la permission du Musée Pointe-à-Callière).
Habitations, parc d
Copropriétés préfabriquées, Quesnel, à Montréal (avec la permission de Dan S. Hanganu).
Chaussegros-de-Lery
Conçu par Daniel Hanganu, on aperçoit également l'hôtel de ville de Montréal (à gauche) (avec la permission de Dan S. Hanganu).

Daniel Sergiu Hanganu, ​OC​ONQ, architecte (né le 27 janvier à Isia en Roumanie; décédé le 5 octobre 2017 à Montréal en Québec). Hanganu obtient son diplôme d'architecture de l'université de Bucarest en 1961 et exerce sa profession en Roumanie pendant plusieurs années. En 1970, plutôt que de se rallier au parti communiste, il émigre à Paris où il étudie à l'École des beaux-arts avant de déménager à Toronto cette année-là pour y travailler brièvement pour Victor PRUS. De 1971 à 1974, il travaille pour Dimitri Dimakopoulos. Il forme avec Eva VECSEI un partenariat qui dure jusqu'en il ouvre son propre bureau avec la commande de projets d'habitation dans l'île des Sœurs à Montréal.

 Le logement devient rapidement le pôle d'intérêt de la jeune carrière d'Hanganu. Le projet des Habitations Rue de Gaspé reçoit un prix de l'Ordre des architectes du Québec en 1981 et, en 1991, Hanganu a déjà reçu dix autres prix pour ses travaux en matière d'habitations. Au cours des années 1980, Hanganu conçoit surtout des habitations unifamiliales et des logements collectifs à Montréal et dans les environs, des réalisations qui attirent rapidement l'attention de critiques réputés tels que Kenneth Frampton de la Columbia University à New York. Ces bâtiments résidentiels témoignent de l'évolution du style architectural de Hanganu, enraciné dans les traditions de l'architecture moderne, mais qui se distingue par un emploi innovateur des matériaux de construction et par un sens du design bien intégré. Val de l'Anse, son immeuble d'habitation en copropriété, construit en 1984-1985 sur l'île des Sœurs, lui vaut le premier d'une série de prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec.

En 1987, il entreprend de plus grands projets, en commençant par le complexe de bureaux et d'habitation en copropriété Chaussegros-de-Léry (avec les architectes Provencher Roy), construit à côté de l'hôtel de ville de Montréal. Cependant, Hanganu se retire de ce projet durant la troisième phase, à la suite d'une dispute avec le promoteur immobilier au sujet du complexe d'habitation en copropriété.

Le premier bâtiment de Hanganu qui lui vaut des éloges à l'échelle nationale est le Musée d'archéologie et d'histoire (construit de nouveau avec les architectes Provencher Roy) à Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Montréal. Terminé en 1992 pour le 350e anniversaire de la fondation de la ville, le bâtiment allie avec bonheur l'esthétique industrielle raffinée de l'architecte et le respect du contexte historique et culturel du site. Le musée lui vaut la médaille d'excellence des prix du Gouverneur général pour l'architecture en 1994.

Un intérêt croissant pour les effets de lumière et les espaces intérieurs se manifeste dans les œuvres réalisées par Hanganu depuis le milieu des années 1990, particulièrement dans l'église de l'abbaye bénédictine de SAINT-BENOÎT-DU-LAC, au Québec (1989-1994), et le pavillon de Design de l'Université du Québec à Montréal (1992-1996). Les formes, le coup d'œil et les détails de l'École des hautes études commerciales, évaluée à 100 millions de dollars et construite pour l'Université de Montréal de 1992 à 1996 (avec Jodoin, Lamarre, Pratte et associés) sont aussi impressionnants, bien que le bâtiment ait soulevé la critique en raison de sa dimension monolithique et de ses détails extérieurs disproportionnés.

En 1998, avec Provencher, Roy et Associés, Hanganu remporte un concours pour rénover l'ancien bâtiment des HEC de Montréal afin d'y installer le centre régional des Archives nationales du Québec. Inauguré au printemps 2000, le nouveau complexe intègre la nouvelle et l'ancienne architecture de façon harmonieuse. Il conserve la plupart des bâtiments du site, dont celui de la HEC, construit en 1908-1910 dans le style des beaux-arts, et la résidence Jodoin, construite en 1870. À partir de ces structures, Hanganu crée entre elles une série d'espaces intérieurs fonctionnels, esthétiques et agréables en se servant de matériaux modernes et traditionnels et de la lumière abondante des aires publiques. La conception reçoit les éloges des groupes qui défendent la préservation du patrimoine et permet à l'architecte de remporter un autre prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec.

Les concepts d'Hanganu ont certains éléments visuels communs, en particulier un grand intérêt pour ce qu'il appelle « le comportement naturel » des matériaux de construction. Il garde de sa première formation, en Roumanie, particulièrement avec l'architecte Nicolae Porumbescu, une connaissance détaillée des techniques et des matériaux de construction. Il doit à Victor Prus une vive curiosité pour les propriétés uniques des matériaux de construction. Des projets aussi différents que l'église de l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac et l'atelier du Cirque du Soleil illustrent tous les deux cet intérêt pour l'exploration des matériaux et des formes.

En général, la sensibilité d'Hanganu peut être en phase avec celle des architectes modernistes qui préfèrent utiliser des matériaux dans leur état naturel, comme en témoigne sa préférence pour l'acier galvanisé, les colonnes de tôle ondulée et les panneaux de particules. Grâce à son attention pour la lumière et l'espace, ses bâtiments sont souvent empreints à la fois de sérénité et de puissance, malgré des finitions brutes et même discordantes. Selon lui, cette tendance à utiliser des matériaux de construction communs, élémentaires et sans fioritures se rattache peut-être au mouvement artistique nommé arte povera, matériaux pauvres. Mais, dans sa pratique, ce qui est ordinaire ou courant a besoin d'être enrichi par la lumière, la couleur et la variation de l'espace.

En 2008, dans une entrevue, Hanganu suggère que beaucoup de ses œuvres, en particulier l'église abbatiale de St-Benoît-du-Lac et le Musée d'archéologie et d'histoire de Pointe-à-Callière, ont été influencées par ce que l'architecte italien contemporain Aldo Rossi appelle « la présence du passé ». Du point de vue architectural, elles constituent un phénomène culturel, évoquent l'histoire, la connaissance du passé, la continuité et surtout sont des affirmations, humbles et habiles, de ce que nous avons été dans les exigences du présent, mais avec l'espoir d'un brillant avenir. Il affirme : « Je pense que c'est l'essence de notre profession ».

En plus d'avoir reçu plus de 50 prix de design, il reçoit le Prix Paul-Émile Borduas en reconnaissance de l'esthétique artistique de son architecture. Il se voit décerner des doctorats honorifiques de l'Université Laval et de l'Université de Bucarest. Il devient officier de l'ORDRE DU QUÉBEC en 2005 et, en 2008, reçoit la médaille d'or de l'Institut royal d'architecture du Canada (IRAC), le plus grand honneur dans la profession au Canada. Il est fait membre de l'ORDRE DU CANADA en 2009.