Harrison, Tillson Lever

Tillson Lever Harrison, médecin, chirurgien, officier de l'armée, aventurier (Tillsonburg, Ontario, 7 janvier 1881- près de Kaifeng, en Chine, 10 janvier 1947).

Harrison, Tillson Lever

Tillson Lever Harrison, médecin, chirurgien, officier de l'armée, aventurier (Tillsonburg, Ontario, 7 janvier 1881- près de Kaifeng, en Chine, 10 janvier 1947). Connu également comme écrivain, conteur et philanthrope se consacrant à des actions humanitaires, on a vanté Tillson Harrison comme le deuxième Norman BETHUNE du Canada et le modèle qui a inspiré le personnage d'Indiana Jones.

À mi-chemin pendant son adolescence, Harrison entre dans la milice du 22nd Oxford Rifles et s'établit plus tard à New York, où il s'enrôle dans le Corps des ingénieurs de l'armée américaine pour servir dans la mission de paix aux Philippines après une bataille sanglante suivant la défaite de l'Espagne, en 1898. Touché par le choléra asiatique, il retourne chez lui et, une fois rétabli, fréquente l'école de médecine de l'Université de Toronto grâce aux fonds que son grand-père avait mis de côté pour sa formation universitaire. Pendant ses études, il épouse Sybil Edna (« Teddy ») Wilkin, en 1905, et, en 1907, après avoir obtenu son diplôme, il s'établit avec elle en Alberta comme médecin de campagne.

Le couple s'installe à Lac Sainte Anne où, lié par contrat avec la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON (CBH), il négocie avec la communauté CRIE locale, qui fournit des fourrures à la CBH. Travailleur infatigable, Harrison déménage ensuite à tour de rôle avec sa famille à Washington, puis dans l'État de l'Idaho avant de devenir médecin de comté à Drewsey, en Oregon; il occupe aussi la fonction de pharmacien, maire, promoteur et exploitant de ranch. Pendant son séjour comme médecin, il pratique avec succès, dans une répugnante cabane située en montagne, un accouchement par césarienne sur une femme ayant déjà eu des crises d'épilepsie; le bébé naîtra en santé. En juillet 1912, le docteur Harrison publiera un article portant sur cette expérience intitulé « Cesarian [sic] Section Under Difficulties » dans le journal de l'American Medical Association.

Harrison et sa femme ont eu une fille, Rosalind Elfrieda, née en 1909, mais les exigences de la paternité se révèlent trop fortes pour le docteur Harrison et ce dernier quitte l'Oregon - abandonnant sa famille - et s'installe à Londres, en 1913, afin de se spécialiser en obstétrique et en gynécologie. Lorsque les hostilités éclatent en Europe, il se rend en Belgique pour prêter main-forte à l'effort de guerre. Pendant son séjour, il rencontre une femme d'origine turque, Eva Zambounis, danseuse et linguiste, qui travaille comme infirmière pour la Croix-Rouge. Sans même divorcer de sa première femme, il épouse Eva Zambounis et retourne vivre avec elle aux États-Unis; il s'établira à El Paso, au Texas, en 1915.

Peu de temps après, Harrison s'enrôle bénévolement comme chef du personnel médical afin de venir en aide au célèbre révolutionnaire Francisco « Pancho » Villa. Harrison est, par la suite, capturé par une bande de combattants dirigée par l'ennemi juré de Villa, le général Venustiano Carranza; il est condamné à mort par fusillade, mais, comme il est le seul médecin disponible, il est libéré lorsque le général Carranza tombe malade. Harrison garde le général dans un état « de relative guérison » jusqu'à ce qu'il réussisse à s'échapper. De retour à El Paso, il transmet des renseignements militaires de premier ordre concernant la sécurité frontalière au général Frederick Funston, commandant des forces américaines à la frontière mexicaine. Le rapport de Harrison, intégré dans les évaluations de Funston pour le Secrétaire de la Guerre, entraîne la mobilisation de troupes qui seront employées pendant la guerre qui se trame en Europe.

Harrison et Eva ont vécu au sein de la communauté mormone située dans le sud de l'Utah pendant quelques mois avant de s'installer au nord de Calgary, en Alberta, en 1917. Harrison s'enrôle alors dans le Service de santé de l'armée canadienne pour servir en France. Il est détaché auprès de l'armée britannique et devient responsable d'un hôpital qui dessert les besoins du Corps de main-d'œuvre chinois. Il se familiarise alors avec les habitudes et la langue de cette unité unique composée de quelque 200 000 hommes, prêtés par leur gouvernement à l'effort de guerre allié; ces compétences acquises lui seront d'une grande utilité en vue d'un emploi futur en Chine. Entre autres tâches, le Corps de main-d'œuvre chinois construit les redoutes et les chemins de fer, transporte des munitions et des civières. De plus, garder les hommes du Corps en santé est une préoccupation première pour ceux qui planifient la guerre. Harrison, qui traite la bilharzie, le catarrhe, la tuberculose et d'autres maladies, réduit le nombre de patients du « registre des malades » de façon significative pendant l'hiver de 1917-1918.

Après la guerre, Harrison parcourt le Moyen-Orient, il dirige, pendant un certain temps, l'unité de radiologie à Lydda, en Palestine (maintenant Lod, en Israël), et, plus tard, un hôpital à Constantinople, où il traite des personnes atteintes de maladies transmissibles sexuellement. Bien qu'il ne soit pas divorcé légalement d'Eva ni de Sybil, il épouse une Maltaise, Filomena Abela, en Alexandrie, en 1920. Une mésaventure attend les jeunes mariés lorsque, pendant leur lune de miel, le train à bord duquel ils voyagent déraille et est pris dans une embuscade tendue par des Syriens qui ont l'intention d'assassiner un groupe de politiciens qui se rendent à une conférence d'après-guerre sur les sphères d'influence. Filomena se fracture une jambe pendant le déraillement. Sa démarche sera claudicante pendant le reste de sa vie, séquelle de l'action rapide prise par Harrison pour empêcher la sepsie et les risques de gangrène.

Pendant son mandant comme responsable de l'hôpital de Constantinople, Harrison s'enfuit avec l'une de ses patientes qui se trouve à être la femme d'un officier turc; il est par la suite capturé, jugé pour manquement à la conduite et expulsé vers le Canada via New York. Parvenu au Maroc, il s'enfuit du bateau à bord duquel il voyage et se rend en Irlande, où il se fait passer pour catholique et entre dans la Michael Collins's Free State Army.

Plus tard, Harrison quitte l'armée irlandaise et travaille auprès des Gallois travaillant dans les mines charbon et souffrant de silicose. Il épouse Eva Olwen Bowen (nous sommes en 1923, et il est encore une fois bigame), la fille d'un charpentier de Cardiff. Par la suite, il se rend avec sa femme dans les Caraïbes, où leur mariage s'effrite. De 1930 à 1938, Harrison occupe diverses fonctions à titre de médecin militaire dans les îles Caïmans, en Haïti et en République dominicaine, aux Bahamas, dans l'île Trinité, en Guyane britannique, en Équateur, au Venezuela, au Honduras, en Jamaïque, pour la Société du Canal de Panama dans la zone du canal de Panama et au Panama pour un problème relatif aux mines, au Mexique et au Maroc, et dans l'île Perim près d'Aden dans la mer Rouge - avant de s'établir en Chine, où il pratique la médecine à Shanghai. Pendant un an, il travaille comme médecin dans une armée de guérilla qui combat les Japonais; ses activités sont en parallèle avec celles du docteur Bethune, qui décède en 1939 pendant qu'il fait campagne au sein d'une autre unité.

De 1941 à 1946, Harrison est médecin à bord du navire à vapeur Demodocus, de la Blue Funnel Lines, qui transporte des aliments et des fournitures médicales aux forces alliées situées dans l'océan Indien sous le commandement de Lord Louis Mountbatten, qui dirige les forces de l'Asie du Sud-Est. Démobilisé après la guerre, il entrevoit une occasion d'aider l'administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction, mais il doit falsifier ses documents pour soustraire sept ans de sa date de naissance afin d'être admis dans le service.

Pendant cette période, un convoi de camions se déplaçant à l'intérieur de la Chine sous le commandement de Harrison est bombardé par les avions de guerre du Kuomintang. Le « groupe de pression de Chine » américain de Henry Luce (Time, Life, Fortune) demande avec instance que le Congrès américain aide le Kuomintang à combattre les communistes, même s'il arrive fréquemment que l'Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction perde un grand nombre de ses effectifs et des quantités importantes de matériaux dans des convois ferroviaires ou de camions souvent inutiles dans le territoire ennemi. Harrison se fait aussi passer pour un officier de l'armée américaine pour dissimuler 90 étudiants cachés dans la cale d'une barge. Un commandant du Kuomintang est alors sur le point de chercher le navire : si on avait trouvé les étudiants, ils auraient été exécutés immédiatement comme des communistes suspects.

On se souviendra de Harrison, décédé dans le village de Hotse, en Chine centrale, comme un héros de ce pays, mais on ne le connaît pratiquement pas au Canada. Le gouvernement de la Chine a érigé des monuments en son honneur, construit des hôpitaux portant son nom, réalisé des films et produit des albums à colorier qui honorent ses services envers la Chine et ses habitants.

Malgré toutes ses fautes, Tillson Harrison reste un exemple de héros canadien qui a souffert et qui est mort pour sauver la vie d'autrui. En 1988, pour marquer le centenaire de sa naissance, le premier ministre Brian MULRONEY a fait parvenir un message à l'ambassadeur de Chine pour faire l'éloge des contributions de Harrison pour améliorer la vie des habitants de la Chine. Fait assez intéressant, en raison de la déclaration inexacte que Harrison avait faite précédemment concernant sa date de naissance, le centenaire a été célébré sept ans après la date appropriée.