Henry Hudson

Henry Hudson, marin et explorateur (né vers 1570 en Angleterre; disparu en 1611). Henry Hudson figure sur la longue liste des explorateurs qui ont cherché en vain un passage dans les eaux de l’Arctique vers l’Europe et l’Asie orientale. D’après les historiens, il a entrepris quatre expéditions, soit en 1607, en 1608, en 1609 et en 1610-1611. Bien qu’il n’ait jamais trouvé un tel passage, la baie d’Hudson et le détroit d’Hudson, au Canada, de même que le fleuve Hudson, dans l’État américain de New York, ont été baptisés en son honneur. Il est disparu en juin 1611, avec son fils et sept compagnons, après avoir été abandonné à la dérive dans une embarcation dans le cadre d’une mutinerie de son équipage dans la baie James. (Voir aussi Passage du Nord-Ouest; Exploration de l’Arctique.)




Henry Hudson
La découverte par Henry Hudson de la voie vers l'intérieur du continent s'est révélée d'une valeur inestimable pour l'Angleterre; gravure sur bois.
(avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-17727)

Jeunesse et début de carrière

On sait peu de choses sur les origines d’Henry Hudson. Il est probablement né autour de 1570 et approche de la quarantaine quand il entreprend sa première expédition connue, en 1607. Il est peut-être apparenté à d’autres hommes portant le nom d’Hudson (parfois épelé Hoddesdon ou Herdson) qui ont travaillé pour la Muscovy Company, une société commerciale basée à Londres. Il a une femme, Katherine, et trois fils, Oliver, John et Richard. La famille vit dans le quartier londonien de St. Katherine.

Première expédition (1607)

Henry Hudson entreprend sa première expédition connue en 1607 à bord du Hopewell avec son fils John et un équipage de 12 hommes. L’expédition est associée à sir Thomas Smythe, un homme influent de l’East India Company, et a pour but de trouver un passage vers l’Asie à travers l’Arctique, au-delà du pôle Nord. À l’époque, Henry Hudson et d’autres hommes croient que les longs jours d’été dans le Haut-Arctique pourraient créer une zone sans glace au sommet du monde. Henry Hudson réussit à naviguer au nord de Spitsbergen, une des îles de l’archipel Svalbard, située entre la Norvège et le pôle Nord. Cette expédition l’amène au nord du 80e parallèle, un exploit jusque-là inédit, mais les réalités glaciales de l’Arctique l’empêchent d’aller plus loin.

Sur le chemin du retour, Henry Hudson dévie de quelque 800 km et aperçoit un amas de rochers volcaniques, au nord de l’Islande, qu’il baptise Hudson’s Tutches. Les baleiniers anglais l’appelleront ensuite l’île de Trinity, puis les baleiniers hollandais lui donneront son nom actuel, l’île Jan Mayen. Henry Hudson tente probablement de recueillir de l’information supplémentaire sur la faisabilité du passage du Nord-Ouest, traversant l’Arctique canadien actuel jusqu’à l’Asie, puisque son trajet passe au sud du Groenland. Bien qu’il n’atteigne jamais l’Asie, son expédition dans les environs de Spitsbergen ouvre la voie à la chasse à la baleine et au morse.

Seconde expédition (1608)

En 1608, Henry Hudson navigue de nouveau à bord du Hopewell, encore en association avec sir Thomas Smythe. Cette fois, l’objectif est de trouver le passage du Nord-Est en passant au nord de la Russie. Henry Hudson et son équipage de 14 hommes sont incapables d’aller au-delà de la Nouvelle-Zemble, un archipel de l’océan Arctique. L’expédition n’en est pas moins remarquable, car l’explorateur note dans son journal de bord que des membres de l’équipage ont aperçu deux sirènes. L’une d’entre elles « était aussi imposante que l’un d’entre nous; sa peau était très pâle; ses longs cheveux, couleur de jais, lui tombaient dans le dos; quand elle a plongé dans l’eau, ils ont vu sa queue semblable à celle d’un marsouin, mais tachetée comme un maquereau. »

Troisième expédition (1609)

Pour sa troisième expédition, Henry Hudson est embauché par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) afin de tenter encore une fois de trouver le passage du Nord-Est. On lui fournit un petit navire maniable baptisé Halve Maen (la Demi-lune).

Henry Hudson quitte Amsterdam en avril avec un équipage de 17 hommes, dont 13 Hollandais. Il ne réussit pas davantage à naviguer au-delà de la Nouvelle-Zemble qu’avec le Hopewell en 1608. Bien qu’ayant explicitement reçu l’instruction de revenir s’il ne trouve pas le passage du Nord-Est, il emprunte un formidable détour, franchissant l’océan Atlantique pour atteindre la côte est de l’Amérique du Nord.

Les motivations d’Henry Hudson ne sont pas claires, mais on estime qu’il s’est peut-être enfui à bord du Halve Maen dans l’espoir de faire une découverte majeure qui lui aurait garanti une autre expédition subventionnée. Après avoir franchi les Grands Bancs de Terre-Neuve, il passe dangereusement près de l’île de Sable avant de s’arrêter à l’actuelle ville de LaHave, en Nouvelle-Écosse, pour y remplacer un mât brisé. Il y rencontre des Mi’kmaq qui se montrent amicaux. Après quelques jours, toutefois, une dispute éclate au sein de l’équipage entre les Anglais, minoritaires, et les Hollandais majoritaires. Une dizaine d’hommes lourdement armés, fort probablement de la faction hollandaise, gagnent la terre ferme et « conduisent les sauvages hors de leurs habitations », selon ce qu’écrit Robert Juet dans son journal de bord. L’agression de l’équipage du Halve Maen pourrait expliquer pourquoi, en 1611, les Mi’kmaq feront six prisonniers parmi les hommes d’une expédition hollandaise ayant jeté l’ancre à LaHave. Aucun des prisonniers ne sera jamais revu.

Henry Hudson continue au sud jusqu’à Cape Cod, au Massachusetts, puis explore rapidement la baie de Chesapeake (un estuaire situé entre le Maryland et la Virginie) avant de bifurquer vers le nord. Il inspecte la baie du Delaware (située entre le Delaware et le New Jersey) avant d’atteindre l’Upper New York Bay et l’île de Manhattan. En entrant dans l’Upper New York Bay, il navigue vers le nord sur le fleuve qui porte aujourd’hui son nom. Il explore 240 km d’eaux navigables jusqu’à l’actuelle ville d’Albany, à New York, avant de rebrousser chemin.

Plutôt que de retourner à Amsterdam, Henry Hudson franchit l’Atlantique et jette l’ancre dans le port britannique de Dartmouth. Il y obtient un nouveau financement britannique pour tenter de trouver le passage du Nord-Ouest. En juillet 1610, le Halve Maen revient à Amsterdam sans lui.

Quatrième expédition (1610-1611) : exploration du détroit d’Hudson, de la baie d’Hudson et de la baie James

Pour sa quatrième expédition, Henry Hudson est soutenu par un groupe d’hommes riches et influents, incluant le prince de Galles, qui lui fournissent le navire Discovery. Le Discovery quitte Londres le 17 avril 1610 avec un équipage de 23 hommes, dont le fils de Hudson, John, et Robert Juet, qui accompagne l’explorateur depuis au moins sa deuxième expédition, en 1608. Avant même d’avoir atteint la mer, Henry Hudson fait monter à bord un autre homme, Henry Greene, qu’il charge d’espionner l’équipage.

Ne disposant que d’un navire, et d’aucun bateau de messagerie, Henry Hudson n’a probablement été chargé que d’effectuer une saison de recherches préliminaires sur le passage du Nord-Ouest. Malgré tout, il parcourt le détroit d’Hudson puis tourne vers le sud, dans la baie d’Hudson, qu’il explore jusqu’à la baie James, dans laquelle il va et vient « pour des raisons que lui seul connaît », selon un membre de l’équipage. En septembre, Henry Hudson tient un procès spécial contre Robert Juet, son second, pour allégations de complot pour prendre le contrôle du navire. Henry Hudson ne le punit pas, mais le remplace par Robert Bylot au poste de second.

L’expédition s’arrête pour l’hiver dans la partie sud de la baie James, probablement dans la baie de Rupert. Remarquablement, l’équipage du Discovery ne perd qu’un seul homme durant l’hiver, mais une sérieuse dispute éclate entre Henry Hudson et son espion Henry Greene. En juin 1611, à son retour d’une expédition de reconnaissance à bord du canot de service, Henry Hudson accepte de retourner en Angleterre. Avant de partir, il remplace Robert Bylot par John King au poste de second. Le matin du 22 juin, alors que le Discovery est prisonnier de la glace dans la baie James, une faction de l’équipage, incluant Robert Juet, Henry Greene et Robert Bylot, prend le contrôle du navire. Henry Hudson, son fils John et sept autres membres de l’équipage, dont John King, sont contraints d’embarquer dans le canot de service qu’on lance à la dérive. On ne les reverra jamais.

Cinq mutins perdent la vie durant le voyage de retour. Quatre hommes, dont Henry Greene, sont tués dans une confrontation avec des Inuits aux îles Digges, au nord de la baie d’Hudson; Robert Juet meurt de faim quelques jours avant que le navire n’atteigne les îles Britanniques. Quand le Discovery rencontre une flotte de pêche sur la côte sud de l’Irlande, le 6 septembre, il ne reste que huit hommes sur les vingt-trois membres d’équipage.

Postérité

La troisième et la quatrième expédition d’Henry Hudson entraînent une recrudescence des activités de commerce et d’exploration. L’expédition du Halve Maen ouvre la voie à la traite des fourrures pour les Hollandais. Les marchands néerlandais s’installent dans la région de Manhattan en 1612, et la colonie de la Nouvelle-Hollande y est fondée peu après.

L’explorateur français Samuel de Champlain apprend d’un traducteur, Nicolas de Vignau, que la nation Anishinaabe du lac Nipissing a obtenu un jeune Anglais des Cris. Il serait le seul survivant d’un naufrage dans la « mer du nord » (baie d’Hudson), et la nation Anishinaabe souhaite l’offrir en cadeau. Croyant que le garçon pourrait être John Hudson, Champlain organise un voyage en 1613 le long de la rivière des Outaouais. Bien que l’information de Nicolas de Vignau était probablement fausse, le voyage raté de 1613 mène à la plus ambitieuse visite de Champlain dans la baie Georgienne en 1615-1616, au cours de laquelle il rencontre des Hurons-Wendats.

La quatrième expédition d’Henry Hudson inspire aussi de nouvelles expéditions anglaises à la recherche du passage du Nord-Ouest. Trois survivants, Robert Bylot, Habakkuk (Abacuk) Prickett et Edward Wilson, participent à une expédition dans la baie d’Hudson sous les ordres de Thomas Button. Aux côtés de William Baffin, Robert Bylot dirige deux expéditions importantes dans l’Arctique canadien. Ce n’est qu’au terme de l’ultime tentative ratée de William Baffin et de Robert Bylot pour trouver le passage que ce dernier, ainsi que les autres survivants de l’expédition du Discovery en 1610-1611, subissent un procès pour les meurtres d’Henry et John Hudson et leurs compagnons. Tous les accusés sont acquittés en 1618.