Histoire de la paléontologie au Canada



Forêt fossile
Arbre fossile sur l'île Axel Heiberg, âgé d'environ 40 millions d'années (photo de David Grattan; avec la permission du photographe).
Fossile de Miguasha
Il y a quelque 350 millions d'années; une lagune d'eau saumâtre située près de Miguasha; au Québec; a été le site d'enfouissement de spécimens remarquablement bien conservés d'environ deux douzaines d'espèces de dipneustes et des crossoptérygiens.
Oursin
Une enveloppe externe caractéristique constituée d'épines mobiles lui sert de protection et lui permet de se déplacer (avec la permission du Musée national des sciences naturelles).
Méduse
Son efficacité à capturer d'autres planctons fait de la méduse une partie intégrante de la chaîne alimentaire océanique (illustration de Claire Tremblay).
Albertosaurus
Le squelette de l'Albertosaurus est présenté au-dessus de celui du Centaurus, au Tyrrell Museum (avec la permission du Tyrrell Museum of Palaeontology).
Miguasha site du patrimoine mondial
Plante du groupe des progymnospermes, représentant les arbres qui composaient les premières forêts de la planète (photo de Brian Chatterton).

Histoire de la paléontologie au Canada

   L'étude des FOSSILES est une science relativement nouvelle au moment où débute l'exploration géologique au Canada. William LOGAN, premier géologue canadien et originaire de Montréal, est initié à la géologie en Angleterre et au pays de Galles et est le premier à appliquer les principes de la géochronologie (DATATION GÉOLOGIQUE) au Canada. En 1842, il est chargé d'effectuer une étude géologique de la PROVINCE DU CANADA. Débutant en 1843, il mesure les roches dévoniennes (vieilles de 408 millions d'années à 360 millions d'années) de la Gaspésie, en dresse la carte et les classe systématiquement. Au cours des quelques années qui suivent, il étend ses études aux formations paléozoïques antérieures des Cantons de l'Est, au Québec, ainsi qu'aux roches non fossilifères de la région du lac Supérieur.

Grâce aux progrès accomplis dans l'identification et la cartographie des roches paléozoïques (vieilles de 570 millions d'années à 245 millions d'années) de l'Ouest de New York et du Nord de la Nouvelle-Angleterre, Logan est capable d'établir les corrélations générales des formations de la région du Saint-Laurent. Cependant, il n'a ni le temps, ni sans doute les connaissances nécessaires pour découvrir les détails de la succession des fossiles. En 1856, il nomme Elkanah BILLINGS, d'Ottawa, au poste de paléontologiste de la COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA (CGC).

Les premières études

  Avocat et journaliste prospère, Billings se passionne pour la collection et l'étude des fossiles. Au cours des 20 années suivantes, il amasse d'importantes collections de fossiles paléozoïques, qu'il décrit et rattache à leurs positions stratigraphiques. Bien qu'il concentre ses recherches dans les vallées de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent, il étend son travail de collection et d'identification au Sud-Ouest de l'Ontario et à la Nouvelle-Écosse. Il s'intéresse particulièrement aux ÉCHINODERMES et aux BRACHIOPODES fossiles.

 Pendant que Logan et ses collègues déchiffrent la GÉOLOGIE et la séquence des fossiles du centre du Canada, J.W. DAWSON fait de même dans les colonies maritimes. S'attaquant à l'étude des PLANTES FOSSILES du Canada, il décrit la flore du « houiller » (pennsylvanien ou période carbonifère supérieure, il y a de 320 millions d'années à 286 millions d'années) de la Nouvelle-Écosse et du dévonien de Gaspésie. Il devient le recteur de l'U. McGill et y fonde le Musée Redpath, centre de recherche paléontologique. Ayant pris connaissance de plantes fossiles de l'Ouest du Canada, il décrit des AMPHIBIENS et des MOLLUSQUES à partir des souches d'arbres creux associés aux filons houillers de la Nouvelle-Écosse.

Naturaliste aux multiples talents, J.F. WHITEAVES, de Montréal, succède à Billings (1876) au poste de paléontologiste de la CGC. Dès cette époque, l'exploration géologique des Territoires du Nord-Ouest d'alors et du Manitoba débute par les travaux de G.M. DAWSON et de ses collègues de la CGC. Leurs recherches sur le terrain mettent en lumière une série de nouvelles faunes, soit l'ordovicienne (vieille de 505 millions d'années à 438 millions d'années), la silurienne (vieille de 438 millions d'années à 408 millions d'années) et la dévonienne au Manitoba, ainsi que la crétacée (vieille de 144 millions d'années à 66,4 millions d'années) et la tertiaire (vieille de 66,4 millions d'années à 1,6 million d'années) des futures provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta.

Whiteaves les décrit et établit des corrélations avec les faunes découvertes dans l'Ouest des États-Unis. De plus, il amorce l'étude des POISSONS fossiles au Canada. Ses exposés détaillés sur la faune aquatique dévonienne de la région de la baie des Chaleurs (Québec et Nouveau-Brunswick) font connaître des groupes archaïques (ostracodermes, antiarchés) de la même époque que les premiers dipneustes et téléostéens ainsi qu'un poisson aux nageoires en frange sur le point de devenir un VERTÉBRÉ à membres, découverte des plus passionnantes. Pendant ce temps, les travaux paléontologiques se poursuivent dans les domaines des fossiles classiques du centre et de l'Est du Canada.

W.A. PARKS de l'U. de Toronto ainsi qu'E.M. KINDLE, M.Y. Williams et Alice E. WILSON de la CGC raffinent et élargissent les travaux de base de Billings portant sur les faunes paléozoïques de l'Ontario. G.F. Matthew de Saint-Jean et W.A. Bell de la CGC étudient les plus anciennes flores (du mississippien ou du carbonifère inférieur, soit de 360 millions d'années à 320 millions d'années) du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Leurs travaux, ajoutés à ceux de J.W. Dawson, établissent la séquence des flores de la fin du paléozoïque.

Découvertes de dinosaures et autres fossiles dans l'Ouest canadien

 Les DINOSAURES crétacés de l'Alberta et de la Saskatchewan sont célèbres. G.M. Dawson les fait d'abord connaître en 1874, puis d'autres prennent la relève dans les années 1880. L.M. Lambe, assistant de Whiteaves, fournit les premières descriptions de ces fossiles, mais il faut attendre que Barnum Brown de l'American Museum of Natural History vienne en Alberta avec son équipe de techniciens qualifiés (1910) pour qu'on prenne conscience de la richesse et de la qualité de conservation des dinosaures canadiens.

Désireuse de prendre part à ces découvertes, la CGC retient les services de C.H. Sternberg du Kansas et de ses trois fils. Leurs travaux, particulièrement ceux du deuxième fils, C.M. STERNBERG, mènent à la création, au Musée national du Canada, d'une très importante collection de dinosaures décrite par Lambe et plus tard par Sternberg. W.A. Parks, avec le concours de Levi Sternberg, le cadet, monte une importante collection de dinosaures albertains au Royal Ontario Museum et les fait connaître au monde scientifique. R.G. McConnell de la CGC découvre (1883) dans les collines du Cyprès de Saskatchewan des MAMMIFÈRES fossiles de l'âge oligocène (36,6 millions d'années à 23,7 millions d'années), qui seront décrits par E.D. Cope de Philadelphie. Par la suite, Lambe recueille et décrit d'autres spécimens, les mettant en corrélation avec le groupe White River du Dakota du Sud.

C.M. Sternberg découvre (1929) une faune mammifère de la fin du miocène (23,7 millions d'années à 5,3 millions d'années) dans le Sud de la Saskatchewan. L.S. Russell décrit des mammifères paléocènes de l'Alberta et de la Saskatchewan, une faune mammifère de la fin de l'éocène provenant de la Saskatchewan et une faune du début de l'oligocène provenant du Sud-Est de la Colombie-Britannique. Le Canada compte un autre célèbre gisement de fossiles dans le SITE DES SCHISTES DE BURGESS du cambrien moyen situés dans les montagnes Rocheuses, près de Field en Colombie-Britannique. C.D. Walcott de la Smithsonian Institution, qui est spécialisé dans les faunes du cambrien, le découvre en 1909. La faune du site de Burgess, mise à jour grâce aux cinq programmes de fouilles et aux nombreuses monographies de Walcott, se distingue par la présence d'une riche collection d'animaux à corps mou, dont, normalement, les restes ne se seraient pas conservés.

Au début du XXe siècle, les premiers puits de PÉTROLE sont forés dans les plaines et les contreforts de l'Alberta. Les entreprises pétrolières ont besoin de données stratigraphiques détaillées, qui reposent sur la connaissance de la succession et de la corrélation des faunes fossiles. Les travaux de F.H. McLearn de la CGC représentent une étape importante dans cette direction. Revoyant les mollusques fossiles du trias (245 millions d'années à 208 millions d'années), du jurassique (208 millions d'années à 144 millions d'années) et du crétacé inférieur des contreforts et des plaines du Nord de l'Alberta ainsi que ceux des Haida Gwaii, il établit des corrélations avec des faunes semblables des États-Unis, de l'Europe et de l'Asie. P.S. Warren, de l'U. de l'Alberta, apporte également d'importantes contributions à ce domaine ainsi qu'aux faunes de la fin du paléozoïque des Rocheuses et de la région subarctique.

L'étude des microfossiles

 L'intérêt pour la prospection du pétrole et du gaz favorise également l'étude des microfossiles, principalement les foraminifères, dont on peut récupérer les parties dures des débris de forage. Bien que G.M. Dawson soit l'un des premiers à étudier de tels fossiles, J.A. Cushman d'Harvard amorce, en 1927, les investigations modernes dans ce domaine dans l'Ouest du Canada. Un de ses étudiants, R.T.D. Wickenden de la CGC, les poursuit. Parmi les chercheurs plus récents, nommons J.H. Wall et C.R. Stelck, en Alberta, ainsi que W.G.E. Caldwell, en Saskatchewan et au Manitoba.

Dans la biostratigraphie paléozoïque, on fait un emploi similaire des microfossiles ressemblant à des mâchoires ou à des dents connus sous le nom de conodontes. En 1897, G.J. Hinde, alors attaché à l'U. de Toronto, décrit des conodontes à partir de roches ordoviciennes. Ces dernières années, les conodontes suscitent un regain d'intérêt en raison de leur importance sur le plan stratigraphique. On fait l'inventaire des faunes de l'Alberta, de l'Ontario et de l'Est. D'autres paléontologistes canadiens deviennent des spécialistes reconnus de groupes particuliers de fossiles. W.A. Parks est bien connu pour ses nombreux articles portant sur les stromatopores (organismes paléozoïques vivant en colonies et ayant une certaine ressemblance avec les coraux).

Madeleine FRITZ, de l'U. de Toronto, apporte une importante contribution à la connaissance des bryozoaires paléozoïques. G.W. Sinclair, de la CGC, se spécialise dans les conulaires, organismes du début du paléozoïque sans doute apparentés à la MÉDUSE. Les INSECTES fossiles sont rares, mais de nombreux spécimens se rencontrent dans les shales tufacés éocènes de l'intérieur de la Colombie-Britannique. Ils sont décrits par S.H. Scudder de Boston et Anton Handlirsch de Vienne, en Autriche. Scudder décrit également les insectes de la fin du paléozoïque de Nouvelle-Écosse.

Les collections de fossiles

 Presque toutes les universités canadiennes possèdent des fossiles, servant principalement à l'enseignement, mais le plus grand nombre de spécimens typiques se trouve dans les très importantes collections de la CGC et du Musée national des sciences naturelles à Ottawa, du Musée Redpath de l'U. McGill à Montréal, du Royal Ontario Museum à Toronto, de l'U. de l'Alberta à Edmonton et au Musée d'histoire naturelle de la Saskatchewan à Regina.

Lecture supplémentaire

  • LLC Books, Canadian Palaeontologists: Darren Tanke, Philip J. Currie, Walter A. Bell, Joseph Tyrrell, Raymond Thorsteinsson, Robert R. Reisz (2010); Theresa Skwara, Old Bones and Serpent Stones: A Guide to Interpreted Fossil Localities in Western Canada and United States (2005); David Spalding, Into The Dinosaurs' Graveyard: Canadian Digs And Discoveries (2000); Godfrey S. Nowland (editor), Paleo Scene: A Series of Papers on Paleontology Reprinted from Geoscience Canada, Geoscience Canada Reprint Series 7 (1999).

Liens externes