Iain Baxter&

Joseph Iain Wilson Baxter (alias Iain Baxter&), OC, O.Ont, O.B.C., artiste (né le 16 novembre 1936 à Middlesbrough, au Royaume-Uni).

Officier de l’Ordre du Canada et lauréat du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, Iain Baxter figure parmi les premiers et les plus influents artistes conceptuels du Canada.

Enfance et formation

Iain Baxter& arrive au Canada avec ses parents en 1937 qui s’installent à Calgary. En 1947, la famille déménage dans la région de West Kootenay, en Colombie-Britannique, où Baxter& s’initie au ski à la station de sports locale de Red Mountain à Rossland. En 1950, Baxter& retourne à Calgary et pratique le ski de compétition, remportant des médailles en slalom de descente pour le Calgary Ski Club; il est ensuite sélectionné pour l’Alberta Junior Ski Team. Puisque ses notes sont trop faibles pour se faire admettre dans une université au Canada, Baxter& soumet une demande à l’Université de l’Idaho à Moscou, en Idaho, dans l’espoir d’y intégrer l’équipe de ski. En 1955, les aspirations d’athlète de Baxter& sont toutefois anéanties à la suite d’un grave accident de voiture.

À l’Université de l’Idaho, Baxter& se destine au départ à des études en foresterie, mais les difficultés qu’il éprouve à réussir les cours requis de mathématiques et de physique le découragent; il se réoriente vers la zoologie. Au printemps 1957, Earl Larrison, professeur agrégé de zoologie, remarque la qualité exceptionnelle des esquisses de Baxter& et l’invite à illustrer le guide du Wildlife of the Northern Rocky Mountains. Au cours des années suivantes, Baxter& produit plus de 175 illustrations d’oiseaux, de mammifères et de reptiles. À son retour à l’école, à l’automne, il s’inscrit à des cours d’art en aquarelle et en dessin.

Il apprend la photographie alors qu’il est l’assistant de recherche de Larrison dans la section Raft River du sud de l’Idaho et de l’Utah. En 1958, Baxter& organise sa première exposition dans le bâtiment du syndicat étudiant de l’université, où il présente 35 de ses dessins et peintures (parmi lesquelles des œuvres à la gouache, à l’aquarelle et à l’huile). Cette année-là, il décroche un baccalauréat en sciences biologiques avec une majeure en zoologie.

Au début de sa maîtrise en éducation à l’Université de l’Idaho en 1961, Baxter& reçoit une bourse d’études du gouvernement japonais pour un séjour d’un an à Kyoto. Tout en en suivant des cours à l’Université de Kyoto en art et en théorie esthétique, il effectue durant l’année de fréquents voyages pour visiter les temples et les jardins ainsi que pour étudier les techniques traditionnelles de peinture japonaises. À son retour en Idaho en 1962, il complète sa maîtrise en éducation et s’inscrit à un programme de maîtrise en beaux-arts de l’Université de Washington, à Pullman, dans l’État de Washington. En 1964, pour son exposition-thèse à la Washington State University Art Gallery, Baxter& expose une série de grandes peintures abstraites à deux tons, dont les formes entrelacées suggèrent l’influence de l’artiste américaine Ellsworth Kelly.

Début de carrière et la N.E. Thing Co.

Bien qu’Iain Baxter& commence sa carrière artistique en tant que peintre, vers 1965, il en vient à créer des bas-reliefs en utilisant des objets en plastique tels que des bouteilles d’eau de Javel, de lait et de détersif. Son œuvre Bagged Place (1966), un appartement meublé de quatre pièces dont chaque centimètre est emballé dans du plastique, possède de riches connotations psychologiques et sociologiques. En collaboration avec sa femme Elaine (elle se fera nommer Ingrid dès 1971), sous le pseudonyme IT, Baxter& produit également une série d’œuvres à partir de matériaux insolites et ludiques qui font directement référence à certains des plus influents créateurs de l’époque et, bien souvent, proposent un commentaire sur les travaux de ces derniers. Pneumatic Judd (1965), fait référence au sculpteur minimaliste américain Donald Judd ; elle se compose d’une bande de vinyle pneumatique à l’horizontale à laquelle est attachée cinq bandes bleu clair. Alors que le travail de Judd se caractérise par une esthétique sévère et travaillée, Pneumatique Judd est plutôt absurde et se rapproche davantage du pop art que du minimalisme. Bagged Rothko (1965), référence à l’œuvre du peintre abstrait américain Mark Rothko, présente deux formes rectangulaires, une de vinyle rose gonflé et une de ouate blanche, toutes deux enveloppées de vinyle translucide. Alors que le travail de Rothko aspire au sublime, Bagged Rothko semble tout droit sorti d’un magasin de bibelots un peu kitsch.

Oranges Day Glo en sac
d'Iain Baxter, 1967 (avec la permission de la National Gallery of Canada/Musée des Beaux-Arts du Canada).

En 1966, à Vancouver, Baxter et son épouse fondent la N.E. Thing Co., qui s’incorpore en 1969 pour devenir N.E. Thing Co. Cette collaboration se poursuit jusqu’en 1978 et donne naissance aux ACTs (Aesthetically Claimed Things) et à aux ARTs (Aesthetically Rejected Things). Il s’agit d’œuvres conceptuelles qui traitent de façons de percevoir l’environnement, de constructions analogiques, de créations qui utilisent les médias de communication comme des prolongements de l’homme et d’installations artistiques interactives.

Parmi la production artistique influente signée N.E. Thing Co. on retrouve des photographies installées en caissons lumineux, qui préfigurent le travail de Jeff Wall, une décennie plus tard. Composées de transparents couleurs Kodachrome dans un caisson rétroéclairé, ces pièces sont d’une luminescence qui évoque à la fois la peinture et le cinéma hollywoodien classique. Les sujets de ces photographies sont, sans surprise, des choses assez ordinaires. Still Life with 6 Trucks, Highway 1, Saskatchewan (1968) est une photo, prise au niveau du sol, d’un camion roulant sur l’autoroute, transportant dans sa remorque les cabines de cinq camions plus petits; en arrière-plan, on aperçoit un poteau téléphonique incliné, l’horizon et le ciel des praries. Highway 1, Eastern Saskatchewan (1968) montre un rayon de soleil lumineux derrière des nuages fuyants et un relief de collines.

Fin de carrière

Après 1978, l’art de Iain Baxter& évolue et comporte une importante part de photographies stylisées et de multimédia; il y incorpore des photos Polaroid, des dessins, des peintures et parfois des objets. Son attitude décomplexée par rapport à l’art et son affection explicite pour les « choses » ordinaires s’allient à la sûreté de ses lignes et à des couleurs parfois sensuelles, dans des œuvres que viennent enrichir l’ambiguïté, l’humour et l’inventivité de l’artiste, ainsi que sa continuelle remise en question des valeurs esthétiques.

Dans la série Paris Beauty Spots (1980) et la série conjointe Reflected Paris Beauty Spots (1980), Baxter& fait usage d’appareils photos Polaroid et Polaroid grand format. La première série représente des plans de sites touristiques classiques tels que la Tour Eiffel ou le Louvre, vus à travers un cercle destiné à suggérer un « point » (spot) d’intérêt particulier; la deuxième série place l’un des polaroids de la première sur la peau d’un modèle nu. Par exemple, le reflet du Reflected Paris Beauty Spots (Louvre) montre l’image du Louvre reposant sur l’épaule d’une femme, et Reflected Paris Beauty Spots (Arc de Triomphe) présente l’image de l’Arc de Triomphe collé à ses côtes. Dans Television Works 1999-2006, Baxter&harmonise la version archaïque d’une technologie populaire à une forme d’art classique. Dans cette série, Baxter& peint des paysages traditionnels dans un style qui s’apparente à celui du Groupe des Sept sur les écrans de vieilles télévisions.

En 2012, l’œuvre d’Iain Baxter& fait l’objet d’une rétrospective complète intitulée « Iain Baxter& : Works 1958-2011 » au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

Changement de nom

La perluète fait partie des « choses » ordinaires qui captivent Baxter depuis quelques années et, en 2005, l’artiste change officiellement son nom pour devenir Baxter&, ce qu’il décrit comme étant l’expression « d’une vision non-auctoriale de la production artistique […] d’une collaboration sans fin avec le spectateur et d’un moyen de remettre en question le rôle de l’artiste ».

Enseignement

La carrière d’enseignant d’Iain Baxter s’étend sur plus de trois décennies. Entre 1964 et 1966, il est professeur adjoint au département des beaux-arts de l’Université de la Colombie-Britannique. En 1966, il devient professeur agrégé et résident universitaire en arts visuels au Centre pour les communications et les arts de l’Université Simon Fraser, poste qu’il occupe jusqu’en 1971. En 1972 et de 1974 à 1976, il est professeur agrégé à l’Université York. De 1978 à 1979, il est enseignant principal à l’Institut Emily Carr d’Art et de Design (aujourd’hui le Emily Carr University of Art and Design). De 1981 à 1982, et de nouveau entre 1985 et 1988, Baxter est enseignant principal à l’Alberta College of Art and Design. En 1988, Baxter devient professeur associé d’arts visuels à l’Université de Windsor avant de devenir professeur en 1992, professeur titulaire en 2000, et, à sa retraite en 2002, professeur émérite.

Distinctions

Médaille du jubilé d’or de la Reine (2002)

Officier de l’Ordre du Canada (2003)

Doctorat honorifique en lettres, Université de la Colombie-Britannique (2004)

Membre de l’Ordre de l’Ontario (2004)

Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (2004)

Conseil des Arts du Canada, Prix Molson pour les arts (2005)

Prix Gershon Iskowitz, Musée des beaux-arts de l’Ontario (2006)

Doctorat honorifique en lettres, Université de Windsor (2007)

Membre de l’Ordre de la Colombie-Britannique (2007)

Doctorat honorifique en beaux-arts, Université Simon Fraser (2008)

Doctorat honorifique en arts plastiques, Université des beaux-arts de Nouvelle-Écosse (2010)

Compagnon de la Société royale du Canada (2013)


En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • M.L. Fleming, Baxter2: Any Choice Works (1982).