Bourget, Ignace

Lartigue recommande Bourget à Rome et, le 25 juillet 1837, le Vatican nomme ce dernier coadjuteur de l'évêque avec vocation successorale, laquelle entre en vigueur à la mort de Lartigue, le 19 avril 1840.

Ignace Bourget, archev\u00eaque
L'archev\u00eaque Ignace Bourget. Photo de Notman et Sandham, Montr\u00e9al (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-15876).

Bourget, Ignace

 Ignace Bourget, deuxième évêque catholique de Montréal (Lauzon, Qc, 30 oct. 1799 -- Sault-au-Récollet, Qc, 8 juin 1885). Bourget étudie la théologie et enseigne au Séminaire de Nicolet pendant trois ans avant d'être nommé, en 1821, secrétaire de Mgr Jean-Jacques Lartigue, qui l'ordonne l'année suivante. Travailleur énergique et infatigable au jugement sûr, Bourget gagne la confiance de son supérieur qui lui confie la construction du palais épiscopal et de la cathédrale Saint-Jacques. Les deux bâtiments sont achevés en 1825.

Lartigue recommande Bourget à Rome et, le 25 juillet 1837, le Vatican nomme ce dernier coadjuteur de l'évêque avec vocation successorale, laquelle entre en vigueur à la mort de Lartigue, le 19 avril 1840. Son vaste diocèse s'étend de la frontière américaine à la baie James et comprend les 22 000 catholiques de Montréal, 79 paroisses, 34 églises missionnaires et quatre missions autochtones, soit un total de 186 244 âmes.

Devant une tâche qui aurait découragé tout autre homme, le nouvel évêque affecte les sulpiciens à la formation de nouveaux prêtres et, afin de propager les « bons principes », fonde le journal Les Mélanges religieux. Son geste le plus important est de convaincre des ordres religieux français de quitter l'Europe pour venir aider à christianiser ses diocésains. De plus, il fonde des institutions religieuses indigènes destinées à seconder l'apostolat des communautés françaises.

Au cours des ans, grâce au leadership de Bourget, l'emprise du clergé sur la population montréalaise s'accroît. Les ordres religieux jouent un rôle de plus en plus important dans l'enseignement élémentaire et les collèges classiques qu'il dirige personnellement. Il confie aux communautés religieuses l'administration des hôpitaux et des oeuvres de charité.

Les activités qu'inspire Bourget provoquent une vive réaction au sein de la classe moyenne inférieure, convertie aux principes libéraux de l'INSTITUT CANADIEN et du PARTI ROUGE démocratique, deux groupes idéologiques qui cherchent à s'assurer une influence dominante sur la société canadienne-française.

Bourget dirige les ultramontains, qui soutiennent que l'État doit être soumis à l'Église (voir ULTRAMONTANISME), tandis que leurs adversaires libéraux réclament la séparation de l'Église et de l'État et exigent que le clergé soit exclu de la politique. Une lutte de 30 ans, dont le point culminant est l'affaire GUIBORD, se solde par la victoire de Bourget, qui n'a pas cessé d'attaquer l'Institut canadien qui, en 1885, est pratiquement anéanti.

Nul autre évêque canadien de l'époque n'accorde autant d'attention aux directives du Vatican et ne défend avec autant de ferveur le culte papal. Le zèle de Bourget suscite l'embrigadement de 507 ZOUAVES qui, de 1868 à 1870, sont envoyés par le diocèse pour défendre l'État du Vatican. Cependant, malgré sa fidélité envers Rome, Bourget n'obtient pas toujours l'appui des ordres religieux. Il s'oppose aux sulpiciens dans la subdivision de la paroisse de Notre-Dame et les efforts qu'il déploie pour obtenir une université indépendante à Montréal représentent son échec le plus important.

Sous les pressions du Séminaire et de l'archevêque de Québec, Rome ne consent qu'à établir une « succursale » de l'Université Laval. Cette défaite ainsi que la controverse sur l'engagement politique des ultramontains amènent Bourget à démissionner comme évêque de Montréal en septembre 1876. En mauvaise santé, il célèbre son 60e anniversaire de sacerdoce le 9 novembre 1882, puis se retire de la vie publique.

Le monument érigé en l'honneur de Bourget dans le centre de la chapelle commémorative des évêques et archevêques de Montréal témoigne du rôle qu'il a joué dans l'histoire du diocèse. Ses opinions religieuses et politiques sont de plus en plus critiquées par l'historiographie contemporaine. Malgré ses défauts, toutefois, ses réalisations en font l'un des grands architectes de la société québécoise.