Jazz

Créé par les Noirs américains au début du XXe siècle et mariant des éléments des traditions européennes et africaines, le jazz se caractérise par son jeu improvisé, ses rythmes marqués (décrits parfois par le terme « swing ») et beaucoup d'émotion dans l'expression.

Créé par les Noirs américains au début du XXe siècle et mariant des éléments des traditions européennes et africaines, le jazz se caractérise par son jeu improvisé, ses rythmes marqués (décrits parfois par le terme « swing ») et beaucoup d'émotion dans l'expression. Son apparition ayant précédé les premiers documents à son sujet (notamment les enregistrements), une controverse entoure ses origines. Cependant, la théorie généralement acceptée le fait naître dans le milieu sociomusical de la Nouvelle-Orléans au tournant du siècle. On fait remonter les débuts commerciaux de ce genre musical, qui importent davantage quant à son évolution au Canada, à 1917 - plus précisément aux enregistrements (y compris celui de « Darktown Strutters' Ball » de Shelton Brooks) réalisés par un quintette de la Nouvelle-Orléans, l'Original Dixieland Jazz Band.

Au cours des 75 années qui ont suivi, le jazz a subi des transformations constantes et souvent majeures, adoptant plusieurs trajectoires parallèles et des chevauchements de styles, parfois en réaction à des influences extérieures (par exemple la musique de chambre et le répertoire symphonique dans le courant « third stream » des années 1950, et le rock ainsi que le rhythm and blues dans le style fusion né à la fin des années 1960), mais plus souvent par suite d'innovations et de métamorphoses internes. Tout en exerçant une influence marquante sur les autres genres musicaux au cours du XXe siècle, le jazz s'est internationalisé jusqu'à un certain point au fur et à mesure que des musiciens d'autres pays, le Canada parmi les premiers, ont repris, adopté ou adapté plusieurs de ses traditions.

Le jazz était enseigné de plus en plus dans les collèges et les universités pendant les années 1990 - au Canada comme ailleurs - mais sa tradition demeure en grande partie orale, apprise le plus souvent en imitant des interprètes de renom (Louis Armstrong, Charlie Parker, John Coltrane, etc.), en sélectionnant et en raffinant ensuite ce qu'on a imité et, finalement, en métamorphosant le résultat en un style ou une forme d'expression personnelle. Rares sont les musiciens canadiens qui ont atteint ce dernier stade, à un niveau suffisamment reconnu pour influer sur le développement de la tradition ou, du moins, pour être imités à leur tour. Paul Bley joua un rôle déterminant à Los Angeles et à New York dans l'abandon de l'improvisation basée sur la forme de la chanson au début des années 1960; ses trios ont servi de modèle à de nombreux pianistes américains, européens et canadiens de la génération subséquente. Les styles d'Oscar Peterson et de Kenny Wheeler ont également eu des échos chez de jeunes musiciens partout dans le monde. D'autres Canadiens - notamment Ed Bickert, Sonny Greenwich, Claude Ranger, Fred Stone et Nelson Symonds - ont créé des traditions locales dans leur ville respective, concurrençant des musiciens américains reconnus par leur influence sur les générations subséquentes d'interprètes canadiens.

Voir aussi Bois, Contrebasse, Cuivres, Guitare, Percussion, Piano - Pratique et enseignement.

Les débuts du jazz au Canada

Les premiers musiciens de jazz entendus au Canada étaient d'origine américaine et se produisirent du milieu à la fin des années 1910 sur les scènes de vaudeville et dans les cabarets partout au pays. L'Original Creole Orchestra, par exemple, un ensemble de la Nouvelle-Orléans incluant le cornettiste Freddie Keppard, parcourut le circuit Pantages dans l'Ouest du Canada en 1914 et 1916, et Jelly Roll Morton, qui affirmait être l'inventeur du jazz, joua dans les cabarets de Vancouver dès 1919 et aussi tard qu'en 1921. À cette époque, les pianistes amér. James « Slap Rags » White et Millard Thomas s'étaient établis à Montréal où l'importance et la concentration de la population noire dans Saint-Henri favorisèrent l'éclosion d'une industrie du spectacle florissante qui fournit de l'emploi à de nombreux musiciens de jazz au cours des 35 années subséquentes (voir aussi Musiciens noirs et musique noire au Canada).

Il subsiste peu de documents sur les premiers orchestres et musiciens de jazz canadiens. Le discographe Jack Litchfield a identifié le pianiste Harry Thomas comme premier musicien de jazz au Canada sur la foi du contenu improvisé figurant sur les enregistrements de ragtime réalisés par Thomas à partir de 1916. De nombreux orchestres de danse, de vaudeville (« novelty ») ou « syncopation bands » canadiens du début et du milieu des années 1920 incorporaient des succès de jazz américains dans leur répertoire. Le trompettiste américain Curtis Little fut l'un des solistes invités par le Gilbert Watson Orchestra de Toronto, qui enregistra une version du Saint Louis Blues sur plusieurs de ses 78t. réalisés en 1925 et 1926, probablement les premiers enregistrements au Canada d'un orchestre canadien, par opposition aux enregistrements faits au Canada par des ensembles américains, ou à ceux réalisés par des ensembles canadiens à l'étranger. Dans la première catégorie, Millard Thomas and His Chicago Novelty Orchestra enregistrèrent à Montréal en 1924 au cours d'un séjour de neuf ans dans cette ville; dans la seconde, Guy Lombardo and His Royal Canadians ainsi que New Princes' Toronto Band firent en 1924 à Richmond, Ind. et à Londres, respectivement, des enregistrements portant la marque du jazz. (Des exemples de ces enregistrements et d'autres de la même époque ont été compilés en 1986 sous la direction de Jack Litchfield sur le micr. Jazz and Hot Dance in Canada 1916-1949, Harlequin HQ-2023).

Parmi les musiciens actifs au Canada doués des talents d'improvisateurs exigés du soliste « hot » figuraient également (v. 1930) Jimmy (Trump) Davidson, le tromboniste Seymour « Red » Ginzler et le saxophoniste Cliff McKay à Toronto, les saxophonistes Charlie See et Chick Inge à Vancouver ainsi que le saxophoniste Adrien « Eddy » Paradis et plusieurs musiciens américains (entre autres les frères Johnson et Shorter) à Montréal.

À la suite de Millard Thomas, d'autres noirs américains et canadiens formèrent des ensembles pendant les années 1930, notamment à Montréal le saxophoniste Myron Sutton (The Canadian Ambassadors), le trompettiste Jimmy Jones (Harlem Dukes of Rhythm) et le batteur Eddie Perkins, et à Toronto le pianiste Harry Lucas (Harlem Aces). Autrement, pendant les années 1930 et 1940, le jazz demeura un élément occasionnel dans la musique populaire canadienne et fut joué par Davidson, McKay, le saxophoniste Ted Davidson, Bobby Gimby, Bert Niosi et Pat Riccio à Toronto, Paradis, le violoniste Willy Girard, le pianiste Bob Langlois, le saxophoniste Stan Wood et plusieurs autres à Montréal, de même que le saxophoniste Carl « Beaky » DeSantis, le guitariste Ray Norris, les pianistes Bud Henderson et Wilf Wylie et d'autres à Vancouver. Cependant, des « big bands » des États-Unis en tournée jouant du jazz et du swing se produisaient fréquemment dans les salles de danse canadiennes et sur disque, et des émissions radiophoniques réalisées en direct aux États-Unis étaient captées au Canada. Bob Smith commença à diffuser des enregistrements à la station CJOR, à Vancouver, dès 1937, tandis que Byng Whitteker et Elwood Glover se firent entendre en 1941 à Toronto à l'émission « 1010 Swing Club » de la SRC. De plus, les radioffusions par la SRC à Montréal des concerts d'Oscar Peterson au milieu des années 1940 contribuèrent à faire de ce pianiste la première vedette de jazz canadienne.

Pendant les années 1940, la popularité de deux idiomes utilisés par des petits ensembles, l'un reprenant la musique traditionnelle de la Nouvelle-Orléans et nommé « trad », et l'autre consistant en un nouveau style appelé « bebop », marqua un point tournant dans l'histoire du jazz au Canada. Incompatibles avec le cadre plus commercial où le jazz avait évolué jusqu'alors, le trad et le bebop demandaient à leurs interprètes d'affirmer leur autonomie.

Le jazz traditionnel et le dixieland

La musique traditionnelle des Noirs de la Nouvelle-Orléans tout comme le dixieland de leurs imitateurs blancs avaient trouvé des adeptes dans maintes villes canadiennes. Ceux-ci se concentrèrent néanmoins à Toronto à partir du milieu des années 1930, époque où l'orchestre de danse de Trump Davidson était résolument influencé par le dixieland. Le renouveau international du trad fut assumé à Toronto à la fin des années 1940 par Clyde Clarke (pianiste et leader du Queen City Jazz Band et scénariste de l'émission « 1010 Swing Club » de CJBC), Ken Dean (cornettiste et leader des Hot Seven), Michael Snow et plusieurs autres.

Pendant les années 1950 et au début des années 1960, l'orchestre le plus en vue à Toronto était l'Imperial Jazz Band du cornettiste Mike White, qui présentait souvent en vedette des solistes amér.. Jimmy Scott et le tromboniste Bud Hill dirigeaient d'autres groupes populaires. Les Metro Stompers (dirigés tour à tour par le contrebassiste Jim McHarg et Jim Galloway), l'orchestre le plus populaire au milieu des années 1960 (avec les Big Muddys de Larry Dubin), survécurent pendant les années 1970 avant d'adopter un style swing et « mainstream » au cours de la décennie suivante. Par la suite, les Stompers furent concurrencés puis supplantés dans la faveur locale par la Climax Jazz Band, fondé en 1971 et qui avait enregistré plus de 20 disques sur sa propre étiquette en 1991. À partir de 1980 environ, la distinction entre le jazz traditionnel et le dixieland s'était estompée sauf aux yeux des puristes, et les nombreux orchestres actifs à Toronto mélangeaient les répertoires et l'instrumentation de ces styles respectifs avec une certaine liberté. Le Molson Jazz Festival, organisé au Harbourfront par Jim McHarg de 1979 à 1985, pouvait compter sur pas moins de 30 orchestres de trad ou de dixieland de la région chaque année.

Des orchestres ou des musiciens individuels se sont spécialisés dans le trad ou le dixieland dans d'autres villes du pays : Lance Harrison à Vancouver à partir de 1950; le cornettiste Peter Power à Halifax pendant les années 1950; la Capital City Jazz Band du pianiste Gordon Bennett, formée à Ottawa pendant les années 1950 et concurrencée au début des années 1980 par l'Apex Jazz Band; la Limestone City Jazz Band (fin des années 1950 et début des années 1960) à Kingston, Ont.; et le trompettiste Russ Meredith (années 1940 et début des années 1950), la Mountain City Jazz Band (années 1950 et début des années 1960) ainsi que l'Al Peters Jazz Band (années 1970) à Montréal. Une nouvelle génération d'interprètes, active à Montréal pendant les années 1980, se produisit dans des groupes tels que la Bande à Magoo, Dixieband et Sweet Dixie dans le cadre des concerts extérieurs du FIJM.

De nombreux vétérans du trad et du dixieland à Toronto sont d'origine britannique ou européenne, et ils comptent un fort contingent d'interprètes écossais, notamment Galloway, McHarg, le tromboniste Jim Abercrombie (leader de la Vintage Jazz Band), le cornettiste Charlie Gall (leader de Dr McJazz), le trompettiste Malcolm Higgins, le clarinettiste Al Lawrie (leader de Jazz Corporation, ensemble mainstream incluant le pianiste Ian Bargh) et le clarinettiste Jim Purdie. Le trompettiste londonien Cliff « Kid » Bastien, sucessivement leader des groupes de jazz Black Eagle, Magnolia et Camelia, puis des Happy Pals à partir de 1980, a influencé plusieurs interprètes du trad qui ont formé leurs propres ensembles par la suite, en particulier le batteur Dennis Elder des Silver Leaf Jazz Men, groupe fondé en 1974.

Le bebop

Apparu à New York au début des années 1940, et enregistré pour la première fois sur des disques commerciaux en 1944, ce style de jazz aux harmonies progressistes, aux rythmes plus libres et à la virtuosité affirmée fit son entrée au Canada à la fin des années 1940, comme en font foi les enregistrements de Moe Koffman et d'Oscar Peterson. Parmi d'autres « boppers » canadiens de la première heure figuraient à la même époque Paul Bley, Willy Girard, le pianiste amér. Sadik Hakim, le saxophoniste ténor Benny Winestone, le pianiste Harold « Steep » Wade, le tromboniste Jiro « Butch » Watanabe et les batteurs Billy Graham et Mark « Wilkie » Wilkinson à Montréal; Al Neil et Ray Norris à Vancouver; Herb Spanier dans les Prairies; et Norm Amadio, les saxophonistes ténors Bill Goddard et Dave Hammer ainsi que le trompettiste Graham Topping à Toronto.

Le bebop allait demeurer l'élément déterminant du style de la plupart des jazzmen les plus populaires du Canada pendant les 30 années qui suivirent. Le style dit « cool » de la Côte ouest américaine, né environ cinq ans après le bebop et qui attira plusieurs de ses interprètes, fut défendu au Canada par des ensembles dirigés au milieu des années 1950 par Ron Collier et Fraser MacPherson, et pendant les années 1980 par Rob McConnell, de même que par les arrangements de Phil Nimmons et d'autres compositeurs de musique pour big bands.

Parmi d'autres musiciens de marque dans la tradition bebop, citons les pianistes Wray Downes, Mark Eisenman, Sadik Hakim (musicien amér. actif en 1949-50 puis 1966-76 à Montréal) et Maury Kaye, les batteurs Pete Magadini et Norman Marshall Villeneuve, les saxophonistes altos Sayyd Abdul Al-Khabyyr, Dale Hillary, Bob Mover, Alvinn Pall, Léo Perron, Bernie Piltch, P.J. Perry, Campbell Ryga et Dave Turner, le flûtiste Bill McBirnie, le trompettiste Kevin Dean et les trompettistes amér. Charles Ellison et Sam Noto (le premier à Montréal, le second de façon intermittente à Toronto à partir de 1975). Dean, Downes, Eisenman, Noto, Perry, Ryga, Turner et plusieurs autres maintenaient la tradition dans une forme relativement pure au début des années 1990.

Les big bands

La première big band - ensemble de 12 à 21 musiciens comprenant des cuivres, des instruments à anche et une section rythmique - canadienne que l'on sait avoir possédé un répertoire de jazz important fut l'orchestre de Rex Battle à Toronto. L'ensemble, modelé sur l'orchestre américain de Bob Crosby, joua pendant l'été de 1935 à Bob-Lo Island, près de Detroit. Bert Niosi, Trump Davidson, Cy McLean et Johnny Holmes dirigèrent des orchestres de danse quelque peu orientés vers le jazz pendant les années 1930 et 1940, mais il fallut attendre la formation des orchestres de Cal Jackson, Phil Nimmons et Graham Topping à Toronto, de Steve Garrick et « Butch » Watanabe à Montréal et de Dave Robbins à Vancouver pour que la tradition de la big band s'installe dans la musique canadienne. D'autres ensembles suivirent pendant les années 1960, notamment ceux dirigés par le tromboniste Ray Sikora à Vancouver, par Ron Collier, Pat Riccio et Don (D.T.) Thompson à Toronto et par Lee Gagnon et Vic Vogel à Montréal.

La popularité des « stage bands » dans les écoles canadiennes au début des années 1970 créa un nouveau public ainsi qu'une nouvelle source de musiciens pour les big bands (dont les stage bands partagent l'instrumentation et le répertoire). Le Canadian Stage Band Festival (MusicFest Canada) continue d'être le centre de ces activités, et le Humber College, à Toronto, fut son berceau universitaire; trois ensembles étudiants de Humber - les orchestres « A » et « B » de même que la Humber Extension de Ron Collier - furent parmi les premières big bands au Canada à la fin des années 1970, concurrencées par des orchestres de plusieurs autres écoles à la fin des années 1980.

D'autres big bands de marque à cette époque ont été dirigées par Hugh Fraser, Bob Hales, Doug Parker et Fred Stride (Westcoast Jazz Orchestra) à Vancouver; Tommy Banks et Bob Stroup à Edmonton; Eric Friedenberg (Saturday Pro Band) à Calgary; Kerry Kluner et Ron Paley à Winnipeg, Jim Ahrens (Tribal Unit), Shelly Berger, Jim Galloway (Wee Big Band), Jim Howard, Russ Little, Rob McConnell (Boss Brass), Dave McMurdo, Ted Moses, Brigham Phillips et Fred Stone à Toronto; et Denny Christianson et Andrew Homzy à Montréal.

Parmi les ensembles dont le format s'apparente à la big band, citons la Brass Connection de Doug Hamilton (cinq trombones et une section rythmique), formée à Toronto en 1979; l'Alberta Jazz Repertory Orchestra, dirigé par une succession de leaders à Edmonton au milieu des années 1980; Hemispheres, orchestre torontois de jazz et musique nouvelle; et de grands ensembles d'improvisation dirigés par Jean Derome à Montréal (la G.U.M.), Fred Stone à Toronto, et des membres du New Orchestra Workshop à Vancouver.

Des enregistrements réalisés par les big bands ont gagné six des huit premiers prix Juno décernés dans la catégorie jazz : Atlantic Suite de Nimmons (1976), Big Band Jazz de Boss Brass (1977), Jazz Canada Montreux de Tommy Banks (1978), Present Perfect (1980), The Brass Connection (1981) et All in Good Time (1983) de Boss Brass. (Les autres prix Juno jusqu'en 1990 sont allés aux duos formés par Ed Bickert et Don W. Thompson ainsi que par Fraser MacPherson et Oliver Gannon, et à des enregistrements de petits ensembles mettant en vedette Thompson, Oliver Jones, Oscar Peterson, Hugh Fraser, Jon Ballantyne et Mike Murley.)

Voir aussi Orchestres de danse.

Le third stream

Ce terme, créé au milieu des années 1950 par le compositeur et chef d'orchestre amér. Gunther Schuller, décrit une musique alliant des éléments de musique classique (habituellement la forme) à ceux du jazz (improvisation, caractère rythmique et timbre). Le mouvement « third stream » prospéra au Canada en grande partie grâce au travail de Norman Symonds, de Ron Collier et d'autres élèves de Gordon Delamont qui utilisaient la fugue, la sonate, le concerto grosso et d'autres formes classiques comme éléments structurants de leurs improvisations dans des groupes de jazz.

Au sujet du Concerto grosso pour quintette de jazz et orchestre symphonique (1957) de Symonds, John Beckwith a écrit que cette oeuvre est « plus naturelle que des compositions européennes équivalentes comme celles de Rolf Liebermann, où le jazz est imité plus superficiellement et mis en contraste avec le vocabulaire symphonique avec moins de raffinement » (Dictionary of Contemporary Music). Symonds continua à composer dans ce genre pendant les années 1960, signant plusieurs oeuvres pour orchestre et soliste ou groupe de jazz. À la même époque, la big band de Dave Robbins et l'Orchestre symphonique de Vancouver se réunirent pour interpréter des oeuvres dans ce style, dont plusieurs du contrebassiste de Robbins, Paul Ruhland. En 1984, le Boss Brass et le Toronto Philharmonic Orchestra donnèrent un concert d'oeuvres commandées à Louis Applebaum, Victor Davies, Harry Freedman, Rob McConnell, Ian McDougall et Rick Wilkins. Ron Paley composa et, avec son trio ou sa big band, créa de 1979 à 1987 quatre oeuvres en compagnie de l'Orchestre symphonique de Winnipeg; Ian Sadler dirigea l'Alberta Jazz Repertory Orchestra dans un programme de compositions originales à Jazz City en 1982; et Tim Brady (qui a composé du jazz autant que de la musique nouvelle) écrivit Visions, enregistrée avec Kenny Wheeler en 1985.

Paul Ruhland, Doug Riley et Don (W.) Thompson ont eu recours à la série dodécaphonique dans des thèmes pour groupe ou orchestre de jazz. Des solistes de jazz tels que le saxophoniste Bernie Piltch et le flügelhorn Fred Stone (lui-même auteur d'oeuvres « third stream ») furent des piliers du mouvement original et prirent part à plusieurs créations (et exécutions par la suite) d'oeuvres canadiennes. À un niveau plus superficiel - bien que conforme à l'esprit du third stream - des oeuvres du répertoire classique adaptées pour formations de jazz par Moe Koffman et Doug Riley connurent un grand succès commercial pendant les années 1970. Inversement, l'influence du jazz est évidente dans des oeuvres de Freedman, Neil Chotem, François Morel, Michel Perrault et John Weinzweig.

Le jazz contemporain

Pendant les années 1950 et 1960, le jazz commença à déborder du cadre harmonique élargi et à se libérer des grilles rythmiques explorées à fond par le bebop. Les nouveaux développements qui se présentèrent successivement sous la forme du hard bop, du postbop, du jazz modal et ainsi de suite, mirent du temps à atteindre le Canada; on les entendit au début seulement dans la musique de Brian Barley, de Sonny Greenwich et de Claude Ranger, au nombre des quelques musiciens qui demeuraient tous à l'écart de l'establishment conservateur du jazz canadien. Il fallut attendre les années 1980 pour que ces formes nouvelles soient intégrées à la scène musicale; ainsi, les styles des saxophonistes ténors Sonny Rollins et surtout John Coltrane, défendus auparavant sans gloire par Bob Brough, Alvinn Pall, Ron Park, Michael Stuart et John Tank étaient désormais devenus monnaie courante chez la jeune génération de musiciens, dont les saxophonistes Mike Allen, Ron Allen, Ralph Bowen, Patric Caird, Phil Dwyer, Rob Frayne, Kirk MacDonald, Mike Murley, John Nugent, Yannick Rieu, Mike Sim, Simon Stone, Perry White et Mike Zilber.

De la même façon, lorsque l'influence d'un autre innovateur, Ornette Coleman, se fit sentir au début des années 1980, ce fut essentiellement par le biais de l'orchestre « harmolodique » marqué par le rock de ce dernier, qui servit de modèle à plusieurs groupes issus des bars torontois de Queen Street West - Whitenoise, Not King Fudge et Noise R Us (tous dirigés par le guitariste et saxophoniste alto Bill Grove), Gotham City (dirigé par le saxophoniste Nic Gotham), Malcolm Tent (dirigé par le trompettiste Jerry Berg) et N.O.M.A. (« Northern Organic Musical Associations », dirigé par le tromboniste Tom Walsh).

Parmi les autres groupes et musiciens représentatifs d'une variété de styles contemporains et postbop, citons Jon Ballantyne, Jean Beaudet, Jane Bunnett, Alex Dean, Lorraine Desmarais, Forth Inversion (de Bob Fenton), Hugh Fraser, Rob Frayne et Chris McCann, Jerry Fuller, Joff Johnston, Pierre Leduc, Kierans Overs, Doug Riley, Renee Rosnes, Bernie Senensky, les Shuffle Demons, Don (W.) Thompson et Time Warp. Plusieurs ensembles de création plus récente s'associèrent au mouvement néotraditionnaliste de la fin des années 1980, ressuscitant le hard bop ou le postbop dans leur forme originale - notamment Above Ground, Fifth Avenue et le Norman Marshall Villeneuve Sextet.

Parallèlement à la lente évolution des styles contemporains au Canada, le jazz mainstream, style mélodique au climat tempéré mariant le vieux swing aux traditions bebop, maintenait sa popularité aux mains du saxophoniste ténor Eugene Amaro, de Peter Appleyard, Ian Bargh, Guido Basso, Ed Bickert, Art Ellefson, Jim Galloway, Oliver Jones, Fraser MacPherson, Rob McConnell, du saxophoniste ténor Richard Parris, d'Oscar Peterson, du saxophoniste ténor Roy Reynolds, de Joe Sealy et de Rick Wilkins, entre autres.

Le style fusion et le jazz latin

La « fusion » des éléments improvisés du jazz avec la technologie (amplification, synthétiseurs, etc.) et les rythmes du rock ainsi que du rhythm and blues fut amorcée au milieu des années 1960 par des groupes amér. tels que Blood Sweat and Tears (avec David Clayton-Thomas); elle fut consacrée par Miles Davis en 1969 et dispersée dans plusieurs directions par les sidemen de Davis et plusieurs autres musiciens pendant les années 1970. Sous-catégorie du jazz la plus populaire pendant les années 1970 et 1980, qui inclut éventuellement des traits de musique latine, le style fusion a été adopté par un grand nombre de groupes et d'individus au Canada, à commencer par Pacific Salt à Vancouver au début des années 1970, Maneige à Montréal et les groupes dirigés par le pianiste et compositeur amér. Ted Moses à Toronto. Trois groupes dominèrent le style fusion au Canada pendant les années 1980 : Manteca, Skywalk et UZEB, ces deux derniers ensembles s'appuyant largement sur le rock, Manteca sur les rythmes latins et africains, et tous les trois employant les synthétiseurs dernier cri. Parmi d'autres groupes fusion qui se distinguèrent pendant les années 1980, citons Barclay Road, les Beards, Five After Four (dirigé par le batteur Vito Rezza), Mélosphère (dirigé par le violoniste Helmut Lipsky), Northland (plus tard Nortlan), l'Orchestre sympathique, Quartz, Purple Changes, Strangeness Beauty (voir David Piltch), Synthetic Earth and Tasman, de même que les ensembles de Ron Allen, du claviériste Aaron Davis, des guitaristes Brian Hughes, Joey Goldstein et Sylvain Provost, du guitariste Carlos Lopes et du saxophoniste Earl Seymour, du violoniste Hugh Marsh et du batteur Matthieu Léger. Plusieurs autres musiciens - notamment Lorraine Desmarais, Moe Koffman, la claviériste Glenna Powrie, Doug Riley, le saxophoniste Mike Zilber - ont enregistré dans le style fusion.

La fusion a été particulièrement populaire au Québec, en partie à cause de l'exemple incontournable d'UZEB, et en partie à cause de l'importance accordée à ce style par le FIJM. À la fin des années 1980, plusieurs musiciens bouclèrent la boucle et réintroduisirent des éléments dans la fusion des éléments de jazz plus traditionnels, créant de fait un style « postfusion »; citons au Canada le bassiste Sylvain Gagnon, le trompettiste John MacLeod, le batteur Barry Romberg et le quintette Creatures of Habit.

La fusion de la musique latine et du jazz précéda d'environ 20 ans celle du rock avec le jazz. Les interprètes de jazz commencèrent à utiliser des rythmes latins pendant les années 1940, et, à leur tour, des groupes latins ont donné à des musiciens de jazz des rôles d'improvisateurs. Le chanteur cubain Chicho Valle dirigea des groupes latins (los Cubanos) à Toronto pendant 30 ans, tandis que des jazzmen, à l'occasion, mettaient sur pied des groupes à tendances latines (par exemple des ensembles de jazz avec des sections rythmiques élargies) pendant les années 1960 (entre autres Émile « Cisco » Normand à Montréal, qui enregistra pour RCI en 1969) et 1970 (notamment Guido Basso et le percussionniste Marty Morell à Toronto).

Ce n'est qu'à la fin de cette dernière décennie que les groupes latins commencèrent à proliférer. À cette époque, le percussionniste colombien Guillermo « Memo » Acevedo introduisit à Toronto sa Banda Brava, un orchestre de salsa aux dimensions variables, et il a été depuis l'une des figures dominantes du jazz latin au Canada. Parmi les autres ensembles qui firent leur marque pendant les années suivantes, on compte Accento Latino, Coconut Grove et Montuno Police (tous deux sous la direction du percussionniste Rick Lazar), Orquesta Fantasia et le Ramiro's Orchestra de Ramiro Puerta à Toronto; Arôma, Denis Fréchette Ad Lib, Québa, le chanteur-guitariste brésilien Paulo Ramos et la percussionniste brésilienne Assar Santana et son groupe Chamel #6 à Montréal; Papa Mambo and His Gringos du percussionniste Rodrigo Munoz à Winnipeg; et l'Afro Latin Sextet de la claviériste Kathy Kidd, les ensembles du guitariste Ray Piper ainsi que Salsa Ferreras (dirigé par le percussionniste Salvador Ferreras) à Vancouver.

L'influence croissante de la « world music » ou du « world beat » sur la musique populaire à la fin des années 1980 s'exprima notamment au Canada chez Ron Allen (au shakuhachi), Anoosh (dirigé par Raffi Niziblian, né de parents italiens-arméniens), le Flying Bulgar Klezmer Band, le pianiste et joueur de kora Daniel Janke, le chanteur El Kady (Ricardo Pellegrin de Guinée-Bissau), Mecca, le pianiste Lee Pui Ming et le Space Trio, qui ont tous combiné avec le jazz des éléments de leurs traditions folkloriques respectives (ou adoptives).

L'avant-garde (jazz libre, musique nouvelle, etc.)

Caractérisé par un recours variable à la composition ou l'adhérence à des facteurs prédéterninés gouvernant l'improvisation, le jazz d'avant-garde des années 1960 et 1970 trouva très tôt des adeptes canadiens. Le jazz libre fut introduit au Canada par l'Artists' Jazz Band, fondé à Toronto en 1962. Le pianiste et bassiste Stuart Broomer dirigea ses premiers ensembles à Toronto en 1966, Al Neil, à Vancouver, passa du bebop à la musique nouvelle vers 1966 tandis que le Quatuor de jazz libre du Québec voyait le jour à Montréal en 1967. Après une période d'inactivité relative, le jazz libre se répandit sur plusieurs fronts : à Montréal avec l'Atelier de musique expérimentale (1973-75) et l'Ensemble de musique improvisée de Montréal, formé en 1978; à Toronto avec le CCMC et plusieurs ensembles dirigés par Bill Smith; à London, Ont., avec le Nihilist Spasm Band et Erich Stach; à Calgary avec la Western Music Improvisation Co. (milieu des années 1970); et à Vancouver avec le New Orchestra Quintet, formé en 1977.

Parmi les individus qui ont été actifs dans le jazz libre (ou, en alternance, dans l'improvisation libre), citons les pianistes Broomer, Jean Beaudet, Paul Plimley, Michael Snow et Casey Sokol; les saxophonistes Smith, Stach, Maury Coles, Paul Cram, Bruce Freedman (Chief Feature), Nobuo Kubota (CCMC), Robert Leriche, Graham Ord (Free F'All, Garbo's Hat), John Oswald et Richard Underhill; le violoniste David Prentice, les guitaristes Eugene Chadbourne (musicien amér. actif à Calgary 1973-76, où il fut également critique musical au Herald), Lloyd Garber et Randy Hutton; les bassistes Lisle Ellis, George Koller, Clyde Reed et Claude Simard; et les percussionnistes Roger Baird, Richard Bannard, Larry Dubin, John Heward, Claude Ranger et Gregg Simpson. Ranger et Fred Stone ont dirigé des groupes influents dans ce genre, alors que Paul Bley et Kenny Wheeler ont connu une carrière internationale.

Au sens relatif, le terme « avant-garde » s'appliqua aussi pendant les années 1980 à la musique composée de Tim Brady, à la musique actuelle de Jean Derome, de Justine et de René Lussier, à la musique harmolodique de Not King Fudge, de N.O.M.A. etc., ainsi qu'à la musique orchestrale de Hemispheres et à la fusion libre de Lunar Adventures.

Les chanteurs

Bien que les chanteurs aient figuré traditionnellement parmi les interprètes de jazz les plus populaires, rares sont ceux qui se sont distingués dans le jazz au Canada. Eleanor Collins et Phyllis Marshall ouvrirent la voie à la radio et à la télévision de la SRC pendant les années 1940 et 1950, suivies d'Eve Adams, Salome Bey, Don Francks, Anne Marie Moss, Aura (Rully), Arlene Smith, Eve Smith et de plusieurs autres. La chanteuse pop-jazz de Toronto Holly Cole connut une popularité sans précédent parmi les chanteurs canadiens au début des années 1990 après la parution de ses albums Girl Talk et Blame It on My Youth sur l'étiquette rock Alert. Parmi les autres chanteurs de divers styles actifs à la même époque, on compte David Blamires, Joanne Desforges, Trudy Desmond, Don Francks, Ranee Lee, Kate Hammett-Vaughan (Garbo's Hat), June Katz, Ming Lee, Moreen Meriden, Denzil Pinnock, Arlene Smith, Corry Sobol et Karen Young.

Les musiciens canadiens à l'étranger

Les jazzmen canadiens les plus célèbres sont Oscar Peterson, Paul Bley, Kenny Wheeler et l'arrangeur-compositeur Gil Evans. Ce dernier (né Ian Ernest Gilmore Green, Toronto, 13 mai 1912 - Cuernavaca, Mexique, 20 mars 1988) se fit une réputation grâce à la musique novatrice qu'il écrivit (1941-42 et 1946-48) pour l'orchestre de Claude Thornhill, et à sa collaboration avec les solistes Miles Davis (qui produisit les micr. devenus des classiques du jazz Miles Ahead, 1957; Porgy and Bess, 1958; et Sketches of Spain, 1959) et Cannonball Adderley (Pacific Standard Time, 1958-59).

Au nombre des musiciens nés au Canada qui ont fait carrière aux États-Unis (plusieurs d'entre eux, comme Evans, ont quitté le pays très jeunes et ne sont pas traités individuellement dans EMC) figurent Georgie Auld (né George Altwerger, Toronto, 19 mai 1919 - Palm Springs, Cal., 8 janvier 1990), un saxophoniste ténor très en vue à l'époque du swing (années 1930 et 1940); le saxophoniste Ralph Bowen; le pianiste Dave Bowman (Buffalo, de parents canadiens, 8 septembre 1914 - Miami, 28 décembre 1964) qui se produisit avec plusieurs grands noms du dixieland à New York; le vibraphoniste Warren Chiasson; le trompettiste Maynard Ferguson; le bassiste Hal Gaylor (Montréal, 9 juillet 1929), qui s'établit à New York en 1956 et travailla par la suite avec Chico Hamilton, Kai Winding, Paul Bley, Benny Goodman et plusieurs autres; le pianiste et arrangeur Buster Harding (Buxton, Ont., 17 mars 1917 - New York, 14 novembre 1965), qui composa pour Teddy Wilson, Coleman Hawkins, Count Basie, Earl Hines et d'autres vers 1940; le vibraphoniste Hagood Hardy; le pianiste Lou Hooper; Kenny Kersey (Harrow, Ont., 3 avril 1916 - New York, 1er avril 1983), « l'un des pianistes swing les plus avancés de son temps au début des années 1940 » (Leonard Feather, Encyclopedia of Jazz, 1960), qui joua pour Red Allen, Andy Kirk et pour la série Jazz at the Philharmonic Concerts (1946-49); le guitariste Peter Leitch; Al Lucas (Windsor, Ont., 1916 - New York, 19 juin 1983), bassiste d'Eddie Heywood (1943-46 et années 1950), de Duke Ellington (1946) et d'Illinois Jacquet (1947-53); la chanteuse Anne Marie Moss; le pianiste Hartzell Strathdee (Tiny) Parham (Winnipeg, 25 février 1910 - Milwaukee, 4 avril 1943), qui dirigea plusieurs ensembles à Chicago à la fin des années 1920; la pianiste Renee Rosnes; Bob Rudd (Toronto, 27 juillet 1920 - Hull, Québec, 8 octobre 1971), bassiste de Noble Sissle, Lucky Thompson et d'autres à Los Angeles pendant les années 1940 puis actif à Montréal à partir de 1950; les trompettistes Herb Spanier et Fred Stone; et le flûtiste Alexander Zonjic, originaire de Windsor, Ont., qui fit une carrière dans le jazz fusion pendant les années 1980 et au début des années 1990.

D'autres musiciens nés au Canada firent partie de big bands aux É.-U., notamment les saxophonistes Abe Aarons, Gordon Evans, Moe Koffman, Stuart MacKay et Don Palmer, les guitaristes Red McGarvey et Danny Perri, ainsi que les trompettistes Chico Alvarez, Jimmy Reynolds et Al Stanwyck. Outre Bowen et Rosnes, plusieurs autres jeunes interprètes canadiens se fixèrent à New York pendant les années 1970 et 1980, entre autres les saxophonistes Michael Blake, Steve Hall, John Tank et Mike Zilber, le violoniste Terry King, le tromboniste Herb Besson, le guitariste Mark McCarron de même que les pianistes Diana Krall et Glenna Powie.

Parmi les musiciens canadiens qui se sont fait un nom dans le jazz britannique, citons Bob Burns de Toronto (Toronto, 16 mai 1923 - Sarnia, 8 juillet 2000), saxophoniste dans les big bands et les orchestres de studios à partir des années 1950; Diz Disley (Winnipeg, 27 mai 1931 - London, R-U, 22 mars 2010), guitariste de Stéphane Grappelli pendant les années 1970 et 1980; Art Ellefson; Wally Fawkes (Vancouver, 21 juin 1924), comme Diz Disley un caricaturiste réputé (il dessina « Flook » dans le Daily Mirror de Londres pendant plus de 40 ans), de même que clarinettiste au sein d'ensembles britanniques de jazz traditionnel après la Deuxième Guerre mondiale; le Torontois Max Goldberg, le trompettiste solo « hot » des orchestres de danse et de jazz britanniques pendant les années 1930; le tromboniste Ian McDougall; le Montréalais John Warren, compositeur et saxophoniste dont la big band fit de nombreuses tournées en Europe continentale pendant les années 1970 et enregistra la suite Tales of the Algonquin (1971, Deram SML-1094); et Kenny Wheeler. Les pianistes Wray Downes et Milt Sealey de même que le bassiste Lloyd Thompson travaillèrent longtemps en Europe au milieu des années 1950, tout comme le pianiste montréalais Fred Henke et le saxophoniste alto torontois Mike Segal à la fin des années 1980.

Les médias

La télévision s'est peu intéressée au jazz - citons les émissions de la SRC pendant les années 1950 parrainées par Timex, plus tard des émissions spéciales (y compris celles consacrées à Mingus et à Ellington), « Oscar Peterson Presents » à CTV en 1974, l'émission réseau « Peter Appleyard Presents » télédiffusée à l'origine de 1977 à 1980, « Just Jazz » à CHCH (Hamilton, Ont.) présentée pendant les années 1980 ainsi que des concerts filmés pendant les années 1980 au FIJM - mais ce genre a été popularisé par de nombreuses émissions de radio, autant à la SRC qu'à des stations privées. Au nombre des émissions de la SRC, dont la plupart présentent des exécutions par des musiciens canadiens enregistrées à cet effet (par opposition à des enregistrements réalisés par des musiciens américains), on compte : « 1010 Swing Club » (1941-48) et l'émission qui lui succéda, « Jazz Unlimited » (1948-65, animée par Dick MacDougal jusqu'à sa mort en 1957, puis par Phil MacKellar); « Jazz at Its Best » (1950-76) animée par Ted Miller à Montréal; « Jazz Workshop » (1954-65), qui présenta des ensembles de plusieurs villes; « Jazz Canadiana » (1965-71); « Jazz Radio-Canada » (1974-80) en provenance de Winnipeg avec Mary Nelson et Lee Major; et « Jazz Beat », inaugurée à Montréal par Katie Malloch en 1983. Pendant de nombreuses années, l'émission « Jazz en liberté » de la SRC à Montréal, réalisée à l'Ermitage, présenta chaque semaine des concerts d'une demi-heure des musiciens les plus éminents de la ville. Dans le secteur privé, Ted O'Reilly (CJRT-FM, Toronto) et Len Dobbin (FM 96, Montréal) animent des émissions de jazz depuis très longtemps. L'émission d'O'Reilly, « The Jazz Scene », lancée en 1965, était en ondes 24 heures par semaine en 1991. Une station de jazz commerciale, CJAZ, connut un bref succès à Vancouver au début des années 1980.

Peu d'enregistrements commerciaux de musiciens canadiens ont été réalisés avant 1980 (voir aussi la section 11). Seule la maison Sackville (voir Coda) et son étiquette affiliée Onari (voir Bill Smith) s'est consacrée au jazz; du reste, le catalogue de Sackville inclut une majorité de musiciens américains. D'autres maisons canadiennes ont manifesté un intérêt sporadique envers le jazz à cette époque : Arc (Pat Riccio), Attic (Boss Brass, le pianiste Joel Shulman), Disques Capitol (Lee Gagnon, le vibraphoniste Yvan Landry), Chateau (Trump Davidson), CTL (Norm Amadio, Ron Collier et plusieurs autres), GRT (Moe Koffman, Dr. Music de Doug Riley), Hallmark (l'Imperial Jazz Band de Mike White) et Umbrella (Boss Brass et Humber College). PM, l'étiquette de jazz du New Jersey, fit paraître sept micr. de Canadiens entre 1975 et 1979. Nombre d'autres micr. parus à la fin des années 1970 furent financés et réalisés par les musiciens eux-mêmes. La plus vaste collection d'enregistrements de jazz canadien jusqu'en 1980 était celle de RCI dont les quelque 500 albums incluaient environ 45 titres de musiciens de jazz. La série LM de la SRC inclut également des disques de jazz.

En 1991, quatre magazines canadiens s'étaient voués au jazz : Ad Lib (Toronto, 1944-47), Jazz Panorama (Toronto, v. 1947, dirigé par Helen McNamara et Marion Madghett et pour un court laps de temps par Patrick Scott), Coda et The Jazz Report (fondé à Toronto en 1987 avec le pianiste Bill King pour éditeur et une politique éditoriale visant à refléter le point de vue des musiciens). Divers feuillets, bulletins et autres documents de promotion ont été publiés par les sociétés de jazz d'un bout à l'autre du pays - notamment Looking Ahead par la Coastal Jazz and Blues Society, Yardbird Suite Jazz par l'Edmonton Jazz Society et JAM Session par la Jazz Assn of Montreal.

Parmi les journalistes ou critiques qui ont oeuvré dans le domaine du jazz au cours des années, citons Bob Smith (Vancouver Sun), Renee Doruyter (Vancouver Province), Alex Varty (Georgia Straight, Vancouver), James Adams et Roger Lévesque (Edmonton Journal), Peter Stevens (Windsor Star), Helen Palmer, Alex Barris, Patrick Scott, Jack Batten et Mark Miller (Globe and Mail, Toronto), Peter Goddard, Val Clery et Geoff Chapman (Toronto Star), Helen McNamara (The Telegram, Toronto), Lois Moody (Ottawa Citizen), Len Dobbin et Paul Wells (The Gazette, Montréal), Gilles Archambault (Le Devoir, Montréal), Alain Brunet (La Presse, Montréal), Andrew Jones (Option, Jazziz), Marc Chénard (Coda, Jazz Podium, etc.) et Barry Tepperman (Coda, et Eric Dolphy : A Bio-Discography, Washington 1974, écrit en collaboration avec Vladimir Simosko). Les auteurs domiciliés aux É.-U. Gene Lees et Helen Oakley Dance (née en 1913, originaire de Toronto) ont fait carrière comme critiques et auteurs.

Les années 1980

La nouvelle décennie vit la consolidation et de nouveaux développements sur plusieurs fronts au Canada : multiplication des festivals qui sortirent le jazz du milieu habituel des boîtes de nuit et lui donnèrent une importance sans précédent (voir Festivals de jazz), augmentation substantielle du nombre d'enregistrements, émergence d'une première génération d'interprètes féminines, inscription du jazz au programme d'études au niveau du secondaire et publication d'ouvrages sur l'histoire du jazz au Canada. Plusieurs étiquettes de disques consacrés au jazz ou à la musique improvisée firent leur apparition pendant les années 1980, notamment Innovation (1981), Unisson (1985) et Unity (1988, voir John MacLeod) à Toronto; Parkwood (1983) à Windsor, Ont.; Justin Time (1983), Ambiances magnétiques (1985) et Amplitude (dont les premiers titres de jazz furent lancés en 1989) à Montréal; et Victo (1987), étiquette du Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Quatre étiquettes californiennes jouèrent un rôle important par l'intérêt qu'elles manifestèrent envers des musiciens canadiens : Concord (voir A & M), son étiquette affiliée The Jazz Alliance (créée en 1991 sous la direction de Phil Sheridan, ancien d'Innovation), 9 Winds ainsi que Music & Arts. Unity en particulier, qui avait fait paraître plus de 20 micr. ou CD en 1991, libéra les musiciens des contraintes commerciales de l'époque. Par ailleurs, RCI, qui avait fait la plus grande place au jazz pendant de longues années, mit fin à ses activités musicales en 1991 et consacra au jazz l'avant-dernière parution de sa collection Anthologie de la musique canadienne (4-ACM 38, CD), dont les exemples étaient tirés de sa propre collection et de catalogues commerciaux.

La saxophoniste montréalaise et torontoise Jane Fair et deux musiciennes américaines actives à Toronto pendant les années 1970, la pianiste Carol Britto et la flûtiste Kathryn Moses, ouvrirent la voie à une jeune génération de femmes qui les imitèrent pendant les années 1980; au même moment, la présence féminine dans le jazz s'affirmait dans le monde entier et reflétait dans plusieurs cas l'approche égalitaire à l'éducation musicale par le biais des stage bands dans les écoles secondaires. Au nombre de ces musiciennes, Jane Bunnett, Lorraine Desmarais et Renee Rosnes ont embrassé des carrières internationales. Les autres femmes actives dans le domaine du jazz ou de la musique improvisée pendant cette décennie incluent les trompettistes Ingrid Jensen et Manon Guérin, le tromboniste Jill Townsend, les saxophonistes « Ti-Lou » Babin, Jennifer Bell, Marie-Jo Rudolf et Ingrid Stitt, les pianistes Kathy Kidd, Diana Krall et Glenna Powrie, les bassistes Laura Cesar et Rosemary Galloway, la batteure Norma Thompson et les membres de Justine.

Les progrès remarquables accomplis par les stage bands dans les écoles secondaires créèrent inévitablement une demande pour les études de jazz (interprétation, composition, histoire, etc.) dans les collèges et les universités à laquelle répondirent pendant les années 1970 et 1980 des programmes offerts par l'ÉBA Banff (CA Banff), le Capilano College (North Vancouver), l'Université Concordia, le Grant MacEwan College (Edmonton), le Humber College (Toronto), le Malaspina College (Nanaimo, C.-B.), l'Université McGill, le Mohawk College (Hamilton, Ont.), l'Université Saint Francis Xavier, l'Université de Calgary, l'Université de Toronto, le Vancouver Community College, l'Université York et d'autres institutions.

La même communauté universitaire a manifesté peu d'intérêt envers l'histoire et la sociologie du jazz au Canada, mais sept ouvrages sur le sujet (voir BIBLIOGRAPHIE) ont été publiés (1982-89) par les journalistes John Gilmore, Gene Lees et Mark Miller ainsi que par le discographe Jack Litchfield. D'autres ouvrages sur le jazz signés par des Canadiens à cette époque incluent plusieurs titres de Lees, la biographie en deux volumes de Miles Davis par Jack Chambers, Milestones (Toronto 1983, 1985), le livre autobiographique de Bill Smith Imagine the Sound (Toronto 1985), Stormy Weather : The T-Bone Walker Story (Baton Rouge, Louis. 1987) et Serge Chaloff : An Appreciation and Discography de Vladimir Simosko (Montréal 1988).


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Jazz