John Henry Walker

​John Henry Walker, graveur sur bois, illustrateur (né en 1831 à Ballamony, en Irlande du Nord; décédé en 1899 à Montréal, au Québec).

John Henry Walker, graveur sur bois, illustrateur (né en 1831 à Ballamony, en Irlande du Nord; décédé en 1899 à Montréal, au Québec). John Henry Walker a créé des illustrations pour plusieurs journaux humoristiques canadiens, dont Grinchuckle, Punch in Canada et Diogenes. De plus, il a produit des publicités de tempérance et des promesses de sobriété, et ce, même s'il n'était pas un partisan de la tempérance. Dans son histoire non publiée intitulée Wood Engraving in Canada, il exprime son amertume au sujet du fait que la gravure sur bois ne soit pas considérée comme une forme d'art, en particulier à Montréal, sa ville d'adoption.

Jeunesse et formation

John Henry Walker nait à Ballamony, dans le comté Antrim, en Irlande du Nord. Sa famille immigre dans ce qui est aujourd'hui le Canada en 1824. Elle déménage pendant peu de temps à Rochester, dans l'État de New York, puis à Montréal. À partir de 1845, il est l'apprenti du graveur Cyrus A. Swett pendant trois ans, duquel il apprend la gravure sur cuivre et sur bois. Il en est devenu l'apprenti après que sa mère ait envoyé à Cyrus A. Swett quelques-uns de ses dessins. En 1848, John Henry Walker suit Cyrus A. Swett à Boston. Il y demeure pendant cinq mois avant de revenir à Montréal. Basé à Montréal pour l'essentiel de sa carrière, il fait un bref séjour à Toronto où il réalise des illustrations pour l'éphémère Punch in Canada (1849-1850), nommé ainsi d'après le périodique anglais fondé en 1841. En 1886, il écrit que Thomas Blades de Walden avait fondé le journal, mais de façon plus récente, Peter Desbarats et Terry Mosher ont affirmé que John Henry Walker en était l'éditeur et le fondateur.

Carrière

Au XIXe siècle, John Henry Walker réalise des illustrations et des images de page couverture pour plusieurs journaux humoristiques. Parmi ces périodiques, on compte le Grinchuckle, un journal de satire politique basé à Montréal. Grinchuckle est à l'origine le pseudonyme de William Workman (1807-1878), maire de Montréal, alors qu'il écrit pour le journal humoristique Diogenes (1868-1870; publié par George Burden) et pour lequel Walker réalise des illustrations, dont celles de la page couverture.

Le 4 avril 1886, John Henry Walker écrit son manuscrit non publié intitulé Wood Engraving in Canada à la main sur les pages blanches à la fin de Wood Engraving in America, de J.W. Linton. Bien qu’il avait l’intention de décrire l'histoire de la gravure sur bois au Canada dans son manuscrit de 10 pages, celui-ci est plutôt un bilan de sa carrière et de ses rancœurs. La façon dont la gravure sur bois est perçue au Canada est à la source de sa désillusion. Dans son manuscrit, il énumère quelques-unes de ses doléances.

Par exemple, il éprouve du ressentiment envers l'Art Association of Montreal (AAM), pour qui il avait réalisé un portrait du Christ. Cette gravure sur bois avait été réalisée pour la première exposition de l'association en 1860 ou pour sa deuxième, en 1864. Il évoque qu'il avait dû soumettre la matrice et l'épreuve, et que l'impression avait été fixée au mur de la salle d'exposition au moyen d'une épingle. Après l'exposition, il avait retrouvé cette dernière sur le dessus d'une armoire. Cette expérience le pousse à ne jamais plus participer à une exposition d'art organisée.

John Henry Walker a la forte conviction que la gravure sur bois est une forme d'art. Il est convaincu que le préjugé à l'encontre de la gravure sur bois est très fort à Montréal. Il remarque qu'« à l’heure actuelle (1886) et depuis quelques années déjà, la gravure sur bois dans la ville de Montréal est moins respectée que dans n'importe quelle autre ville du Canada ». Malgré cela, la gravure sur bois demeure sa principale source de revenus. Il crée des centaines de publicités gravées pour un éventail de clients montréalais, en plus d'illustrations pour les pages couvertures et les pages intérieures des journaux Grinchuckle, Punch in Canada, Canadian Illustrated News et Diogenes.

Sa gravure intitulée The Pipe versus the Bottle dépeint le premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald (1815-1891), en train de prendre un verre avec John Dougall (1808-1886), partisan de la tempérance et rédacteur en chef. L'image est publiée dans le journal humoristique illustré Grinchuckle le jeudi 28 octobre 1869 aux côtés d'un poème. Le narrateur du poème, « un témoin », fait allusion au journal de John Dougall, le Montreal Witness. John Henry Walker n'aimait pas John Dougall, mais son animosité envers le rédacteur en chef ne fait surface qu'après avoir illustré John Dougall dans The Pipe versus the Bottle. Selon John Henry Walker, John Dougall était l'un de ses plus importants clients pendant de nombreuses années à partir de 1856, mais dans son édition spéciale sur le carnaval en 1885, le Montreal Witness refuse de créditer John Henry Walker en tant qu'artiste.

John Henry Walker crée aussi de nombreuses gravures pour le mouvement de la tempérance, y compris des promesses de sobriété et une publicité pour la cause de la tempérance. Toutefois, il réalise aussi des publicités pour des entreprises comme la G. Reinhardt and Sons Lager Beer. Il déménage pendant peu de temps à Toronto pour produire des illustrations pour Punch in Canada en 1849-1850. Lorsque le journal humoristique cesse ses opérations, il crée des gravures sur bois pour divers clients, notamment les loges des Sons of Temperance.Son association avec le mouvement de la tempérance est à l'époque davantage une question d'opportunité que de croyance morale.

Influences

Dans l'un des albums de John Henry Walker qui fait partie de la collection du Musée McCord d'histoire canadienne, celui-ci colle, dans les dernières pages, un portrait gravé publié dans un journal non identifié à une date inconnue. Le portrait représente un homme d'âge moyen présenté comme « Feu George Cruikshank ». George Cruikshank (1792-1878), illustrateur satiriste britannique, est bien connu à l'époque, surtout pour ses satires politiques. George Cruikshank réalise aussi une série intitulée The Bottle, en 1847, ainsi que sa suite The Drunkard's Children, en 1848. Les deux séries représentent la chute d'une famille causée par la consommation d'alcool du patriarche, puis des enfants.

Une version de piètre qualité de The Bottle, de George Cruikshank est publiée, en 1851 sous le titre The Story of Latimer dans le Canada Temperance Advocate, édité par John Dougall. Il semble donc probable que John Henry Walker ait vu The Story of Latimer, mais on ne sait pas s'il en connaissait la source à l'époque. Le fait que George Cruikshank ait pu être une source d'inspiration pour John Henry Walker est important étant donné que ce dernier a aussi réalisé plusieurs images ayant comme thème la tempérance et l'alcoolisme.

Tout comme les œuvres ultérieures de George Cruikshank, les images sur l'alcoolisme de John Henry Walker sont en général sérieuses et non satiriques. En plus des promesses de sobriété, John Henry Walker réalise, en 1848, une gravure sur bois intitulée Genre Scene, qui dépeint une famille dans un misérable petit taudis, la même année où George Cruikshank réalise The Drunkard's Children. Une bouteille vide tombe de la main de l'homme et les deux enfants s'accrochent à leur mère. Cette représentation d'un père ivre et d'une mère sobre est typique de l'art sur la tempérance du XIXe siècle.