John Neilson

John Neilson, journaliste, éditeur, rédacteur en chef, homme politique (né le 17 juillet 1776, à Balmaghie (Kirkcudbrightshire) en Écosse; décédé le 1er février 1848 à Québec, au Canada-Est). Un modéré résolu, John Neilson a encouragé un équilibre plus important des pouvoirs dans la colonie. Favorable aux Canadiens français, il a été député du Parti canadien (devenu plus tard le Parti patriote ) à l’Assemblée législative; il s’est dissocié du parti lorsque celui-ci s’est radicalisé dans les années 1830. Même s’il s’est opposé aux politiques nationalistes et républicaines du parti, John Neilson a continué de se battre pour les Canadiens français, condamnant l’union des Canadas en 1841.

John Neilson

Jeunesse et imprimerie

Né en Écosse le 17 juillet 1776, John Neilson arrive à Québec en 1791. Il commence à travailler dans l’imprimerie de son oncle, gérée alors par son frère aîné, Samuel. Après la mort de son frère en 1793, il prend la relève sous la tutelle d’un gardien, puis indépendamment lorsqu’il atteint la majorité en 1796. L’imprimerie publie beaucoup de matériel, ce qui amène James Brown – le rival principal de John Neilson – à prétendre que celle-ci était « la plus grosse consommatrice de papier du pays ». L’imprimerie publie les proclamations gouvernementales, les statuts et les journaux de l’Assemblée législative. Elle imprime aussi La Gazette de Québec, un journal cofondé en 1764 par William Brown, l’oncle de John Neilson. À la suite de la mort de Samuel, il assume aussi les tâches éditoriales (voir aussi Premiers journaux au Canada).

Gazette de Quebec
La premi\u00e8re édition du Gazette de Quebec, publié jeudi le 21 juin 1764.

Neilson publie une variété de matériel, y compris des imprimés musicaux, notamment Le Graduel romain(1800), un recueil de textes et chants de messe qui constitue le premier imprimé musical publié au Canada. Il publie aussi Le processional romain (1801), Le Vespéral romain (1802) et finalement, l’Extrait du processionnal romain (1819). En 1808, John Neilson imprime l’un des premiers opéras écrits en terre canadienneColas et Colinette ou le bailli dupépar Joseph Quesnel, mais le distribue seulement en 1812 car il renonce à négocier la publication de l’opéra après la mort de Quesnel en 1809.

Parti canadien

En 1818, John Neilson devient député de l’Assemblée législative. En 1822, durant son mandat à l’Assemblée, il laisse le magasin à son fils, Samuel. À la suite de la mort de Samuel en 1837, William, l’autre fils de John Neilson, prend la relève. À noter que William publie l’hymnaire de langue algonquienne Aiamieu kushkushkutu mishinaigan (1847), édité par le Père Flavien Durocher. Le livre est probablement le premier au Canada à contenir des textes musicaux dans une langue autochtone (voir Langues autochtones au Canada).

Un « réformiste modéré », John Neilson trouve sa place auprès du Parti canadien. Il encourage un équilibre plus important des pouvoirs, une responsabilité accrue envers l’Assemblée législative, s’opposant à l’autorité absolue du gouverneur et de ses comités consultatifs; en même temps, il fait confiance aux institutions britanniques, favorisant un lien solide avec la Grande-Bretagne. John Neilson est également un sympathisant des Canadiens français et il encourage la préservation de la culture canadienne-française, contrairement à ses pairs anglophones qui souhaitent leur assimilation.

Louis-Joseph Papineau
Pendant la rébellion de 1837, Papineau a perdu la maîtrise des événements dont il avait été l'instigateur (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-11075).
Dalhousie, George, comte de
Pendant son mandat, Dalhousie fonde le Dalhousie College et la Société littéraire et historique de Québec (avec la permission de la Metropolitan Toronto Reference Library/T31639).

John Neilson joue un rôle important à l’Assemblée. Par exemple, en 1823, il accompagne Louis-Joseph Papineau à Londres pour présenter des pétitions à la Chambre des communes s’opposant au projet d’Union de 1822. En 1828, il se rend à nouveau à Londres pour protester contre le comportement du gouverneur Dalhousie du Bas-Canada. Mécontent en raison du contrôle du Parti canadien (devenu le Parti patriote) sur l’Assemblée, le gouverneur Dalhousie proroge le Parlement en 1827. Par conséquent, John Neilson présente une pétition signée par plus de 87 000 personnes à la Chambre des communes.

Rupture

Au début des années 1830, John Neilson commence à prendre ses distances du Parti canadien. Mécontent du fait que le gouverneur et la Grande-Bretagne sont peu disposés à réformer la colonie, le parti commence à se radicaliser, exigeant une réforme totale du gouvernement colonial, y compris un Conseil législatif élu, et plus de pouvoirs à l’Assemblée élue. John Neilson reproche à Papineau de soutenir les éléments plus nationalistes et républicains du parti.

John Neilson rompt définitivementavec le parti en 1834, lors de l’adoption des 92 résolutions. C’est un modéré, exerçant son travail dans le cadre des conventions britanniques. Les 92 résolutions viennent à l'encontre de ces conventions, affichant « l’engagement croissant aux idéaux de la démocratie » et du républicanisme. Bien qu’au départ il s’oppose aux abus de pouvoir du gouverneur, John Neilson se retourne contre le parti dont il est membre depuis 15 ans. Son opposition aux 92 résolutions lui coûte son siège aux élections de 1834. Il reprend sa place à la tête de La Gazette de Québec.

Conseil spécial et union des Canadas

Malgré la rupture désagréable avec le parti, John Neilson reste un modéré dévoué et continue à sympathiser avec les Canadiens français. Cela est particulièrement évident pendant la période du Conseil spécial (1838-1841), durant laquelle l’Assemblée législative est dissoute, la constitution est suspendue et le contrôle sur la colonie est donné à un conseil nommé, dirigé au cours de cette période par trois gouverneurs différents.

Lord Durham
Baron Sydenham
Sydenham persuade le Parlement du Haut-Canada de consentir à une union avec le Bas-Canada et établit la nouvelle constitution de la Province Unie.
Lord Sydenham, gouverneur général
L'arrivée du gouverneur général Lord Sydenham. Inauguration du Parlement de l'Union, Kingston, 1841. Artiste: Charles Walter Simpson, 1927.

En avril 1838, John Neilson est nommé au Conseil spécial. Bien qu’au départ il soutienne le conseil, affirmant que celui-ci pourrait rétablir la paix et la stabilité dans la colonie, il se tourne éventuellement contre lui, quittant ses fonctions en 1840. John Neilson critique en particulier le fait que, deux ans après la rébellion, le Conseil spécial détient encore le pouvoir absolu. Le contrôle dans la colonie doit être remis au peuple. Ainsi, il condamne les ordonnances du conseil, affirmant qu’elles n’expriment pas la volonté du peuple, mais seulement celle des conseillers.

Acte d
Premi\u00e8re page (Archives nationale du Canada/MG40, E1)

Encore plus important, John Neilson continue à s’opposer avec fermeté à l’union des deux Canadas, approuvée par le conseil en novembre 1839 (voir Acte d’Union). Neilson est particulièrement inquiet, entre autres choses, que l’union ait des conséquences négatives pour la population canadienne-française et pour sa culture. Non seulement il s’y oppose lorsque le vote est porté devant le conseil, mais il organise la plus grosse pétition antisyndicale dans la colonie, recueillant près de 40 000 signatures. Il croit que l’union ne bénéficie ni l’une ni l’autre colonie parce que c’est un mariage forcé entre deux peuples différents et deux ensembles de lois différents. Dans La Gazette de Québec, il affirme : « Dans ces circonstances, les seuls résultats qu’on peut anticiper sont des conflits entre les assemblées législatives réunies, des tentatives déraisonnables d’assujettir une partie à l’autre, une négligence probable des intérêts publics et des perturbations continuelles de la paix publique. »

Plus tard dans la vie et au-delà de la politique

Suite à l’opposition de John Neilson à l’union, sa popularité grandit et il est élu à l’Assemblée législative lors de la première élection qui suit l’union des Canadas en 1841 (voir Province du Canada). Dans cette fonction, il continue son combat contre l’union à la tête d’un groupe de Canadiens français, demandant même son abrogation. Trois ans plus tard, il est nommé au Conseil législatif, où il reste jusqu’à sa mort le 1er février 1848.

Au-delà de la politique et de l’activité d’impression et d’édition, John Neilson est affilié à plusieurs organisations culturelles, éducationnelles, agricoles et d’entraide. À titre d’exemple, il collabore avec la Quebec Fire Society, la Quebec Benevolent Society et la Société de Saint André de Québec. Entre 1826 et 1832, il est président de la Société d’agriculture de Québec. John Neilson opère même une cabane à sucre à Sainte-Anne-de-la-Pérade.


Lecture supplémentaire

  • Ronald Rudin, The Forgotten Quebecers (1985).

  • Gilles Laporte, Brève histoire des patriotes (2015).

  • Allan Greer, Habitants et Patriotes. La Rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada (1997).

  • Maxime Dagenais, “‘Le Conseil spécial est mort, Vive le Conseil Spécial!’ The Special Councils of Lower Canada, 1838-1841”, Thèse (Ph.D.), Université d’Ottawa (2011).

  • Sonia Chassé, Rita Girard-Wallot, et Jean-Pierre Wallot, « Neilson, John », Dictionnaire biographique du Canada.