Paul Sauvé

Joseph-Mignault-Paul Sauvé, premier ministre désigné du Québec et chef de l’Union nationale (né le 24 mars 1907 à Saint-Benoît, au Québec; décédé le 2 janvier 1960 à Saint-Eustache).

Paul Sauvé
Premier ministre du Québec du 11 septembre 1959 au 2 janvier 1960 (Biblioth\u00e8que et Archives nationales du Québec, P560,S2,D1,P1457) .

Joseph-Mignault-Paul Sauvé, premier ministre désigné du Québec et chef de l’Union nationale (né le 24 mars 1907 à Saint-Benoît, au Québec; décédé le 2 janvier 1960 à Saint-Eustache). Malgré la brièveté de son règne, qui ne dure que de septembre 1959 à sa mort, il inaugure au Québec une période de grands bouleversements politiques et sociaux.

Formation et début de carrière

Fils d’Arthur Sauvé, homme politique conservateur de la scène québécoise et canadienne, Paul Sauvé fait ses études au Séminaire de Sainte-Thérèse, au Collège Sainte-Marie et à l’Université de Montréal. Il est admis au Barreau de la province de Québec en 1930.

Membre de la Force de réserve à partir de 1931, Sauvé combat outremer durant la Deuxième Guerre mondiale, à titre de commandant en second des Fusiliers Mont-Royal lors du débarquement de Normandie. Il est décoré de la Croix de guerre française en 1946. Promu au rang de brigadier en 1947, il parvient aussi à poursuivre une carrière politique active.

De député à premier ministre

Paul Sauvé est élu député conservateur à l'Assemblée législative du Québec, dans la circonscription de Deux-Montagnes, lors d’une élection partielle tenue en 1930. Son père, Arthur Sauvé, qui était aussi chef du Parti conservateur du Québec de 1922 à 1929, avait représenté cette circonscription de 1908 à 1930.

Défait à l’élection de 1935, Sauvé joue néanmoins un rôle important dans la création de l'Union nationale, sous la bannière de laquelle il est réélu systématiquement de 1936 à 1956. Il est élu orateur (président) de l’Assemblée législative de 1936 à 1940. Ensuite, il occupe les postes de ministre du Bien-être social et de ministre de la Jeunesse de 1944 à 1960, ce qui illustre bien la stabilité des gouvernements Duplessis. En 1944, une controverse avait entouré la création du ministère de la Jeunesse. Le Cardinal Villeneuve ainsi qu’une partie de l’épiscopat craignaient que le nouveau ministère empiète sur les prérogatives du Conseil de l’instruction publique, dominé par l’Église. Maurice Duplessis ayant rassuré l’épiscopat, le ministre Sauvé ne fera aucune ingérence significative dans le domaine de l’instruction publique, et ce, jusqu’au jour où il deviendra premier ministre du Québec.

En 1955, lors d’une cérémonie tenue à Saint-Eustache pour marquer son 25e anniversaire de vie publique, Maurice Duplessis fait de Paul Sauvé son dauphin. Sauvé est donc nommé chef de l’Union nationale sans opposition à la mort de Duplessis en 1959. Il devient premier ministre tout en gardant ses ministères de la Jeunesse et du Bien-être social.

Héritage : Paul Sauvé et la « Révolution des 100 jours »

Le premier ministre Sauvé indique rapidement que les choses vont changer en prononçant un simple mot, devenu célèbre partout au Québec, « désormais ». Selon plusieurs témoins de l’époque, il aurait prononcé ce mot de façon très régulière, au début de chaque discours, afin de marquer le changement face à l’ère Duplessis. Le règne de « 100 jours » de Paul Sauvé marque selon plusieurs le début de la Révolution tranquille, parce qu'il provoque une renaissance et permet de régler plusieurs questions en suspens. Ainsi, Sauvé annonce que l’État s’engagera davantage dans l’éducation et les politiques sociales. Il entreprend d’ailleurs en éducation des réformes en vertu desquelles les établissements d’enseignement seront davantage financés et leur financement ne se fera plus de manière discrétionnaire. En outre, il se démarque de son prédécesseur en négociant avec le gouvernement fédéral pour que ce dernier verse des subventions aux universités, usant ainsi de son pouvoir de dépenser. Ces changements doivent toutefois être nuancés par la reconduction de presque tous les ministres du dernier gouvernement Duplessis.

Paul Sauvé est docteur honoris causa de l’Université Laval et de l'Université Bishop’s. En 1972, on a créé en son honneur la circonscription de Sauvé, qui sera intégrée à la circonscription Bourassa en 2003 pour devenir la circonscription Bourassa-Sauvé. En 2009, à l’occasion du 50e anniversaire de son décès, Paul Carvalho a réalisé un documentaire intitulé Paul Sauvé : désormais, l’avenir.

Les archives de Paul Sauvé font partie du fonds Famille Sauvé (P719) conservé au centre d’archives du Vieux-Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.


Lecture supplémentaire

  • Conrad Black, Duplessis, 2 vol (Montréal: Éditions de l'Homme, 1977).

    Mario Cardinal, Vincent Lemieux et Florian Sauvageau, Si l’Union nationale m’était contée… (Montréal : Boréal, 1978).

    Xavier Gélinas et Lucia Ferretti, dir., Duplessis, son milieu, son époque (Québec : Septentrion, 2010).

    Richard Jones, Duplessis et le gouvernement de l’Union nationale (Ottawa : Société historique du Canada, 1983), brochure historique n° 35.

    Paul Labonne, Paul Sauvé : désormais l'avenir, 1907-1960! (Outremont : Point de fuite, 2003).

    Vincent Lemieux, Les partis générationnels au Québec (Québec : PUL, 2011).

    Martin Pelletier, L’Union nationale : bibliographie(Québec : Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, 2009).

    Bernard Saint-Aubin, Duplessis et son époque (Montréal : La Presse, 1979).

    Alexandre Turgeon, « Et si Paul Sauvé n'avait jamais prononcé le “Désormais…”? », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 67, n° 1 (été 2013) : 33‒56.

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