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Jules Fournier

Jules Fournier, journaliste, pamphlétaire, traducteur (né le 23 août 1884 à Coteau-du-Lac, au Québec; décédé le 16 avril 1918 à Ottawa, en Ontario). Jules Fournier entame ses études classiques au collège de Valleyfield avant de se livrer à la carrière de journaliste (voir Journalisme). En 1903, il fait ses débuts à La Presse, puis passe au Canada, au Nationaliste et au Devoir, se faisant connaître comme un des plus mordants pamphlétaires de son temps (voir Journaux). En 1911, il fonde son propre hebdomadaire, l’Action. Il devient traducteur français au Sénat, à Ottawa, en 1917.

Jules Fournier

Formation et début de carrière

Né à Coteau-du-Lac (dans le comté de Soulanges), Jules Fournier est fils de cultivateurs.

Montrant des dispositions pour les études à l’école du village, il est envoyé au collège classique de Valleyfield à l’âge de 13 ans. Il a l’abbé Lionel Groulx comme professeur de rhétorique. Jules Fournier quitte le collège en décembre 1902, sans terminer sa première année de philosophie, n’ayant probablement plus la force de respecter la discipline stricte de l’établissement et pressé de faire du journalisme, un métier pour lequel il se sent une « vocation impérieuse ».

En 1912, Jules Fournier épouse Thérèse Surveyer, fille de L. J. A. Surveyer, un commerçant prospère.

Carrière de journaliste

Quelques mois après sa sortie du collège, vers juillet 1903, Jules Fournier entre à La Presse. Il y croise Olivar Asselin, directeur de l’information.

À l’été 1904, Jules Fournier se retrouve au Canada comme assistant-rédacteur (voir Journaux). Il est envoyé à Ottawa, où il peut entendre les discours d’Henri Bourassa.

En mai 1908, il devient directeur du Nationaliste (le journal de la Ligue nationaliste canadienne), après le départ d’Olivar Asselin.

Dès le lancement du Devoir, en janvier 1910, Jules Fournier en devient rédacteur, mais il quitte le quotidien presqu’aussitôt, après s’être brouillé avec Henri Bourassa, qui désapprouve ses outrances verbales.

Entre mars 1910 et février 1911, il est en Europe comme correspondant outre-mer de La Patrie.

Revenu à Montréal, il fonde, en avril 1911, son propre hebdomadaire, l’Action. En avril 1916, confronté à des difficultés financière, l’Action publie son dernier numéro.

C’est la fin de la carrière de journaliste de Fournier. En 1917, il accepte un poste de traducteur français au Sénat, à Ottawa.

Idées et actions politiques

Jules Fournier est imprégné des idées du mouvement nationaliste qui émerge à l’orée du 20e siècle. Soutenant les idées de la Ligue nationaliste canadienne, fondée par Olivar Asselin en 1903, il joint sa voix à celles et ceux qui critiquent la participation du Canada aux guerres de l’Empire, la politique d’immigration du gouvernement fédéral et la dilapidation des richesses du pays (forêts, mines, rivières). (Voir aussi : Ressources naturelles au Canada; Le Canada et la guerre d’Afrique du Sud (Guerre des Boers).)

Jules Fournier se bat aussi pour aider les plus démunis, croyant que le meilleur moyen d’endiguer la montée du socialisme, c’est d’admettre les revendications légitimes des ouvriers. En 1908, par exemple, il appuie la candidature d’Albert Saint-Martin, secrétaire du Parti ouvrier de Montréal.

Surtout, dans ses écrits, Jules Fournier se fait connaître comme un tonitruant pourfendeur des profiteurs du bien public. Par exemple, en janvier 1916, quand il est élu pour trois mois représentant du quartier Saint-Jacques au conseil municipal de Montréal (il sera défait aux élections municipales du 3 avril), il promet de traquer partout la corruption municipale. Le cri de guerre de ses partisans est : « Envoyons Fournier à l’Hôtel-de-Ville pour démasquer les boodlers [politiciens véreux] ».

Le pamphlétaire

Jules Fournier est connu pour ses talents de pamphlétaire. Ne cessant de fulminer contre l’affairisme, le favoritisme et la corruption, il ne se prive pas de désigner ses cibles par leur nom. Ses accusations directes et mordantes lui voudront plusieurs démêlés avec la justice.

Le procès le plus célèbre est celui provoqué par la publication d’un article intitulé « La prostitution de la justice ». Le 12 juin 1909, Jules Fournier est condamné à trois mois de prison pour libelle (voir Diffamation au Canada). De cette expérience, il tire l’un de ses meilleurs textes : Souvenirs de prison; la cellule no 14.

Son séjour derrière les barreaux n’a pas réussi à dompter sa nature combattive. Le 10 janvier 1910, dans le premier de ses billets écrits pour la chronique « Mon Encrier » du Devoir, il déclare : « Libelliste je suis, libelliste, je resterai. »

Fin de vie

Le 16 avril 1918, il meurt, victime d’une pneumonie ou de la grippe espagnole.

Héritage

À la jonction de la chronique, du compte-rendu, de la polémique et de l’essai, les textes de Jules Fournier témoignent de la belle époque du journalisme de combat et du muckraking (mot qui, à partir de 1906, désigne un journalisme qui carbure aux scandales).

Aujourd’hui, on se souvient moins des luttes de Jules Fournier que de sa verve impétueuse. Il incarne une langue pleine de panache, mise au service de la pensée et d’un certain sens de la justice.

Jules Fournier était convaincu, en réaction aux propos du critique français Charles ab der Halden, que la littérature canadienne-française n’existait pas. (Voir aussi Littérature de langue française.) Ce n’est pas sans ironie qu’il ait écrit cela dans une prose qui témoignait d’un réel développement des lettres au Canada français.

En son honneur, le prix Jules-Fournier a été créé en 1980 afin de promouvoir la qualité de la langue écrite dans les médias.

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