Kareda, Urjo

Urjo Kareda, directeur de théâtre, dramaturge et journaliste dans le domaine des arts (Tallinn, Estonie, 9 févr. 1944 - Toronto, 26 déc. 2001).

Kareda, Urjo

Urjo Kareda, directeur de théâtre, dramaturge et journaliste dans le domaine des arts (Tallinn, Estonie, 9 févr. 1944 - Toronto, 26 déc. 2001). Il est un personnage marquant dans le domaine des arts au Canada, à partir de ses débuts en 1970 comme critique de films et de théâtre, jusqu'à son décès alors qu'il était directeur artistique du TARRAGON THEATRE. Même s'il est plutôt connu comme un défenseur des pièces canadiennes, son champ d'intérêts est beaucoup plus vaste et comprend notamment l'opéra, l'interprétation vocale, la danse, le cinéma et la littérature.

Il naît en Estonie, pays dont il conservera la langue. Il grandit d'abord à Stockholm, où ses parents se sont enfuis et finalement à Toronto, à partir de l'âge de 5 ans. Il étudie à l'U. de Toronto où il obtient un baccalauréat en 1966 et une maîtrise en anglais en 1967, puis à Cambridge, où il entreprend un doctorat sur la tragicomédie, de Tchekhov à Albee, sans le terminer. À Londres, il écrit des chroniques d'arts pour le Globe and Mail et, sous le pseudonyme Arnold Meyer, pour le Toronto Star.

En 1970, il revient à Toronto avec sa femme, Shelag Hewitt, qu'il a épousée le 4 octobre 1969. Il devient critique de cinéma pour le Toronto Star, sous son vrai nom. Un an plus tard, il remplace le légendaire critique de théâtre Nathan COHEN. Ses articles éclairés, enthousiastes et bien écrits contribuent à consacrer et à populariser le théâtre canadien en éclosion. À cette époque, il commence également à présenter des chroniques à la radio de Radio-Canada et connaît du succès avec la chronique hebdomadaire Urjo's Diary. Il enseigne la littérature anglaise à l'U. de Toronto.

En 1975, Robin Philipps l'embauche comme directeur littéraire du STRATFORD FESTIVAL. Kareda travaille d'abord à l'évaluation des pièces et est ensuite chargé de les sélectionner. Malgré tous ses efforts, ce festival classique ne devient pas un lieu de création de nouvelles pièces. Ses années de travail au sein de cette organisation se terminent mal. En effet, en 1980, après le départ de Philipps, Kareda et trois associés, qu'on ne tarde pas à appeler "the Gang of Four", sont nommés co-directeurs du festival, mais sont soudainement congédiés. Le conseil d'administration allègue que les co-directeurs proposaient une saison non rentable, ce que les quatre hommes contestent vertement par écrit. Kareda se remet rapidement de ce revers, mais, en 1976, un accident d'automobile presque fatal va lui causer des malaises qu'il subira le reste de sa vie.

Un article écrit en 1981 pour le Toronto Life, où il dénonce le déclin de la dramaturgie canadienne, lui vaut une rencontre avec le directeur artistique du théâtre Tarragon, Bill GLASSCO, à la fin de laquelle celui-ci lui offre son poste. Une fois de plus, Kareda s'avère être l'homme de la situation. Au cours des 20 années suivantes, appelé officieusement "The Playwright's Theatre", le Tarragon devient le centre des nouvelles pièces et ainsi l'institution la plus respectée du théâtre anglo-canadien.

La capacité légendaire de Kareda à lire chaque année plus de 500 scénarios non demandés et à y répondre est seulement une facette de sa stratégie concertée qui comprend notamment le programme de résidences et le désormais très imité Playwrights Unit and Public Workshop. Chaque saison commence par un succès du théâtre expérimental, suivi de six nouvelles pièces canadiennes, une formule qui change seulement lorsque le théâtre commence à reprendre d'anciens succès (p. ex. Fronteras Americanas; 2 pianos, 4 hands; I, Claudia. Kareda semble constamment nier que Tarragon penche fortement, sinon complètement, vers les pièces feuilletons, naturalistes et littéraires. Même si Kareda n'a jamais considéré le terme "littéraire" comme un mot à proscrire, ses programmations montrent que ses goûts ont toujours été plus étendus que ses critiques.

À la fin de 2001, son décès soudain à la suite d'un cancer entraîne une grande tristesse dans tout le pays, non seulement dans le milieu du théâtre, mais aussi dans ceux du journalisme, des médias, de l'opéra et de l'éducation, des domaines où il excellait et auxquels il a énormément apporté.

Kareda a reçu de nombreux prix dont celui de l'Ordre du Canada (1995), le City of Toronto Award for the Performing Arts (1999) et le Prix national M. Joan Chalmers de direction artistique (2000).


Lecture supplémentaire

  • Urjo Kareda, Toronto Star reviews (1971-75) and profiles for Toronto Life (1999-2001); Judith Rudakoff and Lynn M. Thomson, eds, Between the Lines: The Process of Dramaturgy (2002); Anton Wagner, ed, Establishing Our Boundaries: English-Canadian Theatre Criticism (1999).