Les caisses populaires: la réussite de la toute première coopérative de crédit en Amérique du Nord

Alphonse Desjardins fut contrarié lorsqu'il constata le mauvais traitement qu'infligeaient les banques à leurs clients : et pas seulement ceux dont la solvabilité était douteuse...

Alphonse Desjardins (1854-1920), de Lévis, Québec, fut contrarié lorsqu'il constata le mauvais traitement qu'infligeaient les banques à leurs clients : et pas seulement ceux dont la solvabilité était douteuse. De plus, il se rendit compte du mal qu'avait la classe ouvrière pour joindre les deux bouts. En 1897, lorsqu'il prit connaissance des prêts usuraires, il décida de revendiquer les droits des petits salariés en disant aux empereurs de la haute banque que trop, c'est trop! La famille d'Alphonse Desjardins était pauvre; il avait donc un bon motif pour combattre l'usure, améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière et accorder une certaine libération économique aux Canadiens-Français.

Le 6 décembre 1900, A. Desjardins fonda la Caisse populaire, la banque du peuple, à Lévis (Québec). Il venait de consacrer trois ans à étudier le mutualisme, à discuter et à communiquer avec les adeptes du mutualisme et de la collaboration économique au Québec et en Europe. Il s'agissait de la première caisse populaire en Amérique du Nord à connaître le succès. Elle était conçue pour « servir les petites gens » et développer « l'honnêteté, les bonnes habitudes de travail, la bonne conduite et la prévoyance ou l'esprit d'épargne ». Dix ans plus tard, Desjardins avait établi 100 caisses au Québec. Lorsqu'il mourut, on le reconnaissait comme une sommité dans le domaine des institutions financières collectives. On lui accorda des honneurs partout dans le monde, mais ce qui lui faisait le plus plaisir, c'était la reconnaissance des Caisses populaires Desjardins.

Les caisses populaires firent partie du mouvement coopératif du 19e siècle et découlèrent de la révolution industrielle. Au fur et à mesure que les organismes prirent de l'ampleur et commencèrent à contrôler la vie quotidienne des gens, les coopératives apparurent comme un moyen pour eux de reprendre les choses en mains. Les clients sont propriétaires des coopératives et en dirigent les opérations. Il y a trois genres de coopératives : les coopératives au détail; les coopératives de production, tels les élévateurs à grain ou les usines de transformation du poisson; et les caisses populaires, qui, de nos jours, offrent tous les services bancaires à leurs clients. Les membres des coopératives, en tant qu'actionnaires, exercent leur droit démocratique quant au fonctionnement de leur organisation et reçoivent une partie des profits.

Les premières caisses populaires du monde furent établies en tant que sociétés d'autodétermination et d'entraide et en tant que force spirituelle et morale importante. En 1844, Robert Owen établit la première coopérative de consommateurs au sein de tisserands en chômage à Rochdale, en Angleterre. Au même moment, l'Allemagne tentait d'appliquer les principes de coopération de l'achat et de la revente aux prêts et emprunts. En dépit du succès de la Caisse populaire au Québec, le reste du Canada fut plutôt lent à accepter ce genre d'institution financière. Dans les années 1920, toute tentative de démarrer des caisses populaires dans l'Ouest canadien et dans l'Ontario anglophone échouèrent.

La Caisse populaire, fondée par Alphonse Desjardins, est établie en 1900 comme une coopérative d'épargne et de crédit à capital variable et à responsabilité limitée (avec la permission de la Société historique Alphonse Desjardins).

Dans les années 1930, les organisateurs du Antigonish Movement joignirent leurs efforts à ceux de la Credit Union National Association, un organisme américain, et établirent une caisse populaire à Broad Cove, en Nouvelle-Écosse. Le Antigonish Movement était parrainé par le département de formation continue de St. Francis Xavier University à Antigonish, (N-E). Le mouvement faisait la promotion du changement social et économique par le biais de la formation des adultes. Les adeptes du mouvement établirent des forums communautaires pour étudier et développer une bonne compréhension des forces et des faiblesses d'une région ainsi que des moyens de gérer sa propre économie. Ils établirent les coopératives pour surmonter les difficultés et développer des opportunités économiques. Par exemple, le Père James Tompkins, vice-président de l'université St. Francis Xavier, établit une coopérative d'élevage de chèvres à Canso, (N-É), afin d'offrir une solution à la communauté qui dépendait d'une seule industrie, la pêche, et avait l'habitude d'attendre de l'aide en provenance de l'extérieur.

Les caisses populaires se répandirent rapidement dans la région atlantique du Canada. Au début des années 1940, on commençait à en établir dans le Canada anglais; en Saskatchewan, le gouvernement CCF fit la promotion de leur instauration dans la province. Afin d'améliorer l'efficacité des caisses populaires, les dirigeants des caisses populaires dans les provinces anglophones du Canada établirent des sièges sociaux provinciaux, les distinguant ainsi des caisses populaires. Dans les années 1950 et 1960, les caisses populaires connurent une croissance rapide; elles utilisèrent les épargnes des membres pour offrir des hypothèques et des prêts à court terme. Ils livrèrent une concurrence efficace aux banques en limitant le nombre d'employés et en offrant des heures d'affaires répondant aux besoins de la clientèle. À cette époque, les caisses acquirent le droit juridique d'offrir la plupart des services financiers que les banques offraient déjà.

Les membres des caisses populaires ont habituellement des caractéristiques en commun : ils font partie d'un même groupe ethnique, d'un organisme religieux ou d'un syndicat ouvrier; ils exercent la même profession; ou encore, ils proviennent de la même région géographique. Les caisses populaires continuèrent de croître jusqu'à la récession du début des années 1980. À ce moment-là, les institutions financières de prêts dans l'Ouest canadien furent durement mises à l'épreuve. Les actifs des caisses populaires chutèrent au même rythme que les valeurs des propriétés. Les caisses populaires durent avoir recours aux gouvernements provinciaux pour maintenir leur solvabilité.