La guerre de Corée

Ses débuts sont ambigus, plus de 20 pays y ont participé, mais elle n’a toujours pas de fin officielle. Par contre, certaines choses sont évidentes. Cette année, Historica Canada commémore cette période de notre histoire récente parfois oubliée, mais toujours bien d’actualité, et le rôle du Canada dans ce conflit. Notre pays a envoyé plus de 25 000 membres de nos forces armées au « théâtre » du conflit coréen. Plus de 500 Canadiens sont morts, et 32 autres ont été faits prisonniers de guerre. Pour les États-Unis, plus de 33 000 membres de leurs forces armées sont morts au combat, et des milliers d’autres ont péri ou ont été portés disparus.

Pourtant, même au plus fort du conflit, le président américain Harry S. Truman en parle comme d’une « opération policière ». Ceci en dépit du fait que son pays avait la plus grande présence de la toute la coalition qui avait joint la Corée du Sud contre le régime communiste de la Corée du Nord et de ses alliés.

Avant 1945, la péninsule coréenne a fait partie de l’empire japonais pendant quarante ans. Après la défaite du Japon, les forces soviétiques s’installent dans la moitié nord de la péninsule coréenne, et les forces américaines s’installent dans la partie sud. Après que l’Organisation des Nations Unies ait créé une commission pour superviser les élections, un vote est prévu en 1948. Par contre, seulement le Sud avait droit à un vote libre, de sorte que le 15 août, la République démocratique de la Corée (Corée du Sud) est constituée, en même temps que la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). Au cours de l’année suivante, les Soviétiques et les Américains retirent leurs militaires en uniforme tout en laissant des « conseillers » sur place, avec comme résultat, non pas la paix, mais la guerre civile. Pour sa part, la Corée du Nord reçoit le soutien du nouveau gouvernement communiste de la Chine et celui de l’Union soviétique.

Le 25 juin 1950, les forces nord-coréennes envahissent la Corée du Sud. Le Conseil de sécurité de l’ONU demande aux membres d’aider la Corée du Sud et plus de 20 pays répondent à son appel. En avril 1951, lors de la bataille de Kapyong, les Forces canadiennes défendent leur position contre les féroces attaques ennemies. En guise d’appréciation, le deuxième Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry reçoit la décoration du United States Presidential Unit Citation. Parmi les autres décorations décernées à des Canadiens durant le conflit coréen, 9 reçoivent l’Ordre de service distingué, 33 la Croix militaire, 8 la Médaille de conduite distinguée et plus de cinquante médailles militaires. Les membres de la marine et de l’Aviation royale canadienne ont aussi joué un rôle important dans le conflit en général, et plus de 5 000 Canadiennes ont été recrutées pour le service militaire.

Bien avant l’armistice de 1953, il y a eu des tentatives pour mettre fin aux combats. En 1951, Syngman Rhee, le leader de la Corée du Sud, et Kim Il-Sung, son homologue nord-coréen, écartent la pression de faire la paix, car chacun pensait qu’il pouvait vaincre l’autre. Pendant deux autres années, les combats se poursuivent avant que soit conclu un accord de cessez-le-feu qui comprenait l’établissement des frontières et la libération des prisonniers de guerre. Même après que les combats aient cessé le 27 juillet 1953, les troupes canadiennes continuent de servir dans la région jusqu’en août 1957. Certaines de leurs histoires de 1950 à 1957 sont racontées de façon frappante àhttp://www.leprojetmemoire.com/. On y trouve des entrevues avec Sam Carr, André Therrien et Frank Smyth, des anciens combattants, celle de Claude LaFrance de l’Aviation royale canadienne, ainsi que celle avec Peter Fane un vétéran de la marine.

Aujourd’hui, la guerre de Corée se présente comme le premier exemple au XXe siècle d’une guerre « limitée ». Elle a marqué le premier essai du principe de sécurité collective des Nations Unies. Officiellement, la Corée du Nord et la Corée du Sud sont toujours en guerre, comme nous le rappellent les récentes menaces proférées par la Corée du Nord. Le prix de la participation du Canada à cette guerre se traduit par la perte de vies humaines et des blessés, ainsi que les frais afférents à la poursuite d’un conflit armé. Ce conflit a démontré que le pays était prêt à soutenir des causes qu’il croyait être justes. Il a aussi servi de base à la communauté coréenne de Canadiens d’aujourd’hui et à l’amitié solide entre le Canada et la Corée du Sud. Pour le meilleur et pour le pire, cette guerre qui n’est pas décrite en ces termes par tous continue d’avoir un impact.



Guerre de Corée

La guerre de Corée éclate le 25 juin 1950, lorsque les Forces armées de la Corée du Nord envahissent la Corée du Sud. La phase de combat de la guerre dure jusqu’à ce qu’on signe un armistice, le 27 juillet 1953. Faisant partie d’une force des Nations Unies composée de 16 pays, 26 791 militaires canadiens servent dans la guerre de Corée pendant la phase de combat, et par la suite en tant que gardiens de la paix. Les derniers soldats canadiens quittent la Corée en 1957. La guerre de Corée est le conflit outre-mer le plus sanglant du Canada, après les deux guerres mondiales. Elle enlève la vie de 516 Canadiens et en blesse plus de 1200 autres. Les deux Corée restent en principe toujours en guerre aujourd’hui.

Péninsule coréenne divisée

Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la péninsule coréenne, tenue par les Japonais, est libérée par les Forces soviétiques et américaines. Les Soviétiques occupent le pays au nord du 38e parallèle; les Américains l’occupent au sud. Après la guerre, les Soviétiques, les Américains et leurs partisans coréens ne peuvent s’entendre sur la direction du pays. La Commission temporaire des Nations Unies pour la Corée, qui inclut des membres canadiens, assume la supervision électorale en mai 1948, mais les Soviétiques interdisent les élections dans le nord. La République de Corée pro-occidentale est ensuite fondée dans le sud. Un peu après, la République populaire démocratique de Corée communiste est déclarée dans le nord. Les deux gouvernements cherchent à unifier tout le pays, et la guerre civile éclate vers la fin des années 1940.

Pendant ce temps, à la fin de 1949, la guerre civile prend fin en Chine, où l’on établit la République populaire de Chine communiste. Les dirigeants communistes chinois et soviétiques croient que sans l’interférence occidentale, la Corée du Nord pourrait unifier la Corée par la force. Les communistes sont enhardis par la décision américaine de limiter l’aide offerte au régime chinois nationaliste non communiste sur l’île de Formosa (Taïwan). Vers la fin de juin 1950, l’armée nord-coréenne envahit la République de Corée, munie d’armes et d’équipements fournis par les Chinois et les Soviétiques.

Intervention de la part des Nations Unies

Les États-Unis mènent à la décision de porter soutien à la République de Corée à l’aide de l’Organisation des Nations Unies (ONU). L’Assemblée générale de l’ONU est dominée par les pays occidentaux. Les Soviétiques boycottent le Conseil de sécurité à cause du refus de l’ONU d’admettre le nouveau régime communiste chinois parmi ses cinq membres permanents. Ils ne peuvent donc pas exercer leur droit de veto. Ainsi, le Conseil de sécurité condamne l’agression nord-coréenne et exhorte les membres des Nations Unies à « donner de l’aide » à la République de Corée. Le 28 juin 1950, Lester B. Pearson, secrétaire d’État canadien aux Affaires extérieures, encourage une réponse canadienne à l’aide de l’ONU et une direction militaire étatsunienne. Du point de vue du gouvernement, le Canada combattra pour l’ONU et pour le principe de la sécurité collective.

Engagement militaire du Canada

À l’origine, le Canada fournit trois contre-torpilleurs de la Marine royale canadienne (NCSM Athabaskan, NCSM Cayuga et NCSM Sioux) et le 426e Escadron de transport « Thunderbird » de l’Aviation royale canadienne. La pression de la part des États-Unis et de l’ONU, et la pression domestique amènent le premier ministre Louis St-Laurent à annoncer, le 7 août 1950, qu’une Force spéciale de l’Armée canadienne (FSAC), appelée plus tard le 25e Groupe-brigade de l’infanterie canadienne, augmentera la contribution canadienne aux Forces des Nations Unies en Corée.

Début de la guerre

Au début, il semblait que la guerre serait de courte durée, étant donné que les Forces de l’ONU, sous la direction du général américain Douglas MacArthur, repoussent les Nord-Coréens jusqu’au 38e parallèle, puis jusqu’à la frontière coréenne avec la Chine. Cependant, avant la fin d’octobre 1950, des milliers de « volontaires » chinois entrent en Corée du Nord en franchissant le fleuve Yalu et refoulent les Forces de l’ONU vers le sud.

Participation militaire du Canada

En novembre 1950, le 2e Batallion, régiment du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry de la brigade d’armée canadienne, est envoyé à l’étranger et atterrit en Corée en décembre. Le reste de la brigade canadienne arrive en mai 1951. Pour l’armée, la guerre de Corée devient surtout une « guerre de patrouilles » livrée sur un terrain montagneux accidenté, mais les unités d’infanterie, de blindés et d’artillerie sont aussi impliquées, entre autres, dans les combats acharnés de Kapyong (22 au 25 avril 1951), de la Colline 355, aussi connue comme Kowang-San (22 au 25 novembre 1951 et 22 au 24 octobre 1952), puis de la Colline 187 (les 2 et 3 mai 1953). Huit navires de guerre canadiens se relaient dans les eaux coréennes pour protéger les porte-avions des Nations Unies, bombarder les voies ferrées le long des côtes et soutenir d’autres opérations sur terre. Les avions de transport des Forces aériennes transportent les personnes et du matériel d’un côté à l’autre de l’océan Pacifique, pendant que 22 pilotes canadiens pilotent des avions à réaction avec les Forces aériennes américaines en Corée.

Fin et séquelles de la guerre

Après plusieurs mois de déplacements de la part des deux parties, les lignes de front deviennent stables près du 38e parallèle au milieu de l’année 1951. Les combats ont lieu le long de ces lignes jusqu’à la fin de la guerre, et consistent surtout de patrouilles et d’incursions contre des positions tranchées au sommet des collines traversant la zone de « terrain neutre », entre les Forces de l’ONU et les lignes ennemies. Au cours des deux années qui suivent l’armistice de 1953, les Canadiens continuent à servir en Corée. Beaucoup d’entre eux sont des troupes qui gardent et patrouillent la zone démilitarisée (ZDM) du côté de la République de Corée, qui continue à séparer les deux Corée. Tous les membres des Forces armées canadiennes qui ont servi en Corée de 1950 à 1957 sont considérés les vétérans de la guerre de Corée.

Kapyong

Alors qu’ils étaient assiégés par des vagues d’assaillants, les Canadiens ont maintenu leur position en plein cœur de l’horreur d’un combat rapproché, et ce, jusqu’à ce que l’assaut prenne fin et qu’ils soient relevés. Leur combat déterminé a grandement contribué à l’échec de l’offensive communiste en Corée du Sud cette année-là.

2e Bataillon du PPCLI

Sous la direction du lieutenant-colonel Jim Stone, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, le 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2PPCLI), arrive en Corée en décembre 1950. Le bataillon est à l’origine déployé à un moment d’accalmie de la guerre, alors que les forces nord-coréennes sont retranchées de leur côté de la frontière, au Nord. Les Canadiens ne sont pas prêts pour beaucoup plus que les tâches de garnison. Cependant, la guerre évolue rapidement. Stone entraîne sur-le-champ ses hommes pour combattre, en compagnie d’autres forces de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce qui deviendra une nouvelle offensive ennemie au printemps 1951, après l’entrée de la Chine dans la guerre aux côtés des communistes.

Le bataillon est jumelé à la 27e Brigade d’infanterie du Commonwealth britannique et est rapidement lancé dans une série d’escarmouches et de batailles pendant l’hiver 1951, ce qui lui permet d’apprendre comment se battre sur les terres montagneuses ingrates de la Corée, alors que les forces onusiennes tentent à nouveau de déloger du sud de la Corée les Chinois et les Coréens du Nord.

Défense de la colline 677

À la mi-avril, les Chinois se retirent juste après le 38e parallèle dans le cadre d’un plan visant à entraîner les forces onusiennes dans une position vulnérable en vue d’une contre-attaque majeure contre l’armée de la Corée du Sud le 22 avril 1951. L’offensive chinoise déloge les Coréens du Sud et, le lendemain, la brigade britannique reçoit l’ordre de protéger le retrait de la Corée du Sud par la vallée de la rivière Kapyong, située à environ 20 kilomètres au sud du 38e parallèle, au centre de la Corée.

Le 2PPCLI et le 3e Bataillon du Royal Australian Regiment sont affectés dans des positions d’avant-garde au sommet des collines, les Canadiens du côté ouest de la vallée et les Australiens du côté est.

Les Australiens soutiennent tout le poids de la première attaque et, le 24 avril, ils sont forcés de battre en retraite après avoir perdu 155 hommes lors de combats intenses. Pendant que les Australiens se battent, Stone ordonne à ses hommes, environ 700 soldats, de se retrancher sur la colline 677 et de se préparer à repousser une grande brigade des forces chinoises, qui comptait environ 5 000 hommes. Après avoir attaqué les Australiens, les Chinois se tournent alors contre le PPCLI qui, au cours d’un combat acharné dans la nuit du 24 au 25 avril, parvient à bloquer l’avance chinoise.

Encerclés

À un certain moment de la bataille, 400 soldats chinois font une descente sur une seule compagnie canadienne d’une centaine d’hommes, mais cette attaque est repoussée avec plusieurs exemples de bravoure. Entre autres, le soldat Wayne Mitchell charge l’ennemi à trois reprises avec sa mitrailleuse Bren malgré ses blessures. Il obtient la médaille de conduite distinguée pour ses efforts.

Les attaques des Chinois ont le plus souvent lieu la nuit, en vagues successives d’assaut, par une approche intensive et agressive à l’aide de mortiers, de grenades et de mitrailleuses près du front canadien. Durant la nuit du 24, le poste de commandement du bataillon canadien est attaqué. L’assaut est repoussé par des tirs nourris.

Les vagues implacables de soldats chinois sont près d’envahir la position de la compagnie D. Ayant mis ses hommes en sécurité dans des tranchées, le capitaine J. G. W. Mills, commandant de compagnie, désespéré et dépassé par les événements, demande une intervention de l’artillerie sur la position de son propre peloton numéro 10. Une batterie d’artilleurs néo-zélandais répond à l’appel et tire 2 300 obus en moins d’une heure, détruisant les forces chinoises de cette position. La nuit suivante, le soldat Kenneth Barwise retrouve la mitrailleuse Vickers de la compagnie D, s’en empare et court rejoindre son peloton. De plus, il tue à lui seul six soldats chinois lors de l’attaque contre la compagnie D, ce qui lui vaut une Médaille militaire.

Pendant la bataille, Jim Stone refuse de permettre à ses hommes de se retirer, car il croit que la colline est un endroit stratégique sur le front de l’ONU, freinant ainsi l’offensive chinoise. Pendant qu’ils défendent la colline, les Canadiens sont isolés et doivent être ravitaillés par largage, ce qui leur permet de continuer à se battre jusqu’à ce que les Chinois battent en retraite. Le soldat canadien Gerald Gowing se souvient : « Nous étions encerclés sur les collines de Kapyong, sous un feu nourri. On n’avait presque plus de munitions ni de nourriture. On nous a largué des vivres, mais on était encerclés. [...] je peux vous dire qu’on a eu peur. »

La 1re Division de cavalerie américaine prend finalement la relève du 2 PPCLI sur la ligne de front.

Tournant de la guerre

La défensive des Australiens et des Canadiens à Kapyong permet aux forces onusiennes de se consolider pour l’étape suivante des opérations. Les Canadiens se battent avec ténacité contre une armée chinoise d’une taille fort supérieure à la leur. Stone et d’autres vétérans de la Deuxième Guerre mondiale mettent à profit leur expérience de combat sur le sol accidenté de la Sicile et de l’Italie et l’appliquent sur les collines de la Corée à bon escient. Il y a cependant un prix à payer : on compte 23 victimes canadiennes, dont 10 soldats morts, et environ 2 000 victimes chinoises.

La bataille joue un rôle déterminant dans la défaite de l’offensive générale des Chinois contre le Sud ce printemps-là. Elle permet de protéger Séoul, la capitale, d’une nouvelle occupation et de combler le vide dans la ligne onusienne pour donner le temps aux Coréens du Sud de se replier. L’offensive plus vaste des communistes en 1951 est interrompue une semaine après la bataille. À partir de ce moment-là, la guerre de Corée se métamorphose pour ainsi dire en guerre de patrouilles et de harcèlement de l’ennemi, sans attaques d’envergure, alors que les lignes de front se stabilisent et que les deux camps entament des pourparlers de paix.

Les unités canadiennes et australiennes se voient toutes deux décerner la décoration United States Presidential Unit Citation du gouvernement américain. C’est la première fois qu’une unité canadienne reçoit un tel honneur.

Tommy Prince

Nation ojibwée

Tommy Prince naît dans une tente en toile à Petersfield, au Manitoba, en octobre 1915 et est l’un des 11 enfants de Harry et Elizabeth Prince, membres de la bande ojibwée Brokenhead. Il est l’un des descendants de Peguis, le chef salteaux. À l’âge de cinq ans, il déménage avec sa famille à la réserve amérindienne Brokenhead (aujourd'hui Brokenhead Ojibway) à Scanterbury. À la réserve, son père, un chasseur-trappeur, lui apprend à devenir un tireur extrêmement doué et un excellent traqueur.

Tommy Prince tente à plusieurs reprises de s’enrôler dans l’armée canadienne, mais en vain. Les Autochtones sont alors victimes de discrimination partout au pays, ce qui explique sans doute le rejet de sa candidature. Il est finalement accepté dans l’armée au début de la Deuxième Guerre mondiale.

1er Détachement du service spécial

Tommy Prince s’enrôle dans l’armée canadienne le 3 juin 1940 et est affecté à la 1re compagnie de matériel du Corps du génie royal canadien. En 1942, il est sergent au sein du Bataillon de parachutistes canadiens. Affecté au 1er Bataillon canadien de service spécial, il figure parmi un groupe de soldats canadiens sélectionnés pour être envoyés en formation avec une unité américaine afin de constituer un groupe d’assaut spécialisé. Ils deviennent le 1er Détachement du service spécial, que l’ennemi surnomme la « Brigade du diable ». Ce nom devient le titre d’un film hollywoodien (1968) sur l’unité d’élite. Tommy Prince y est présenté comme « Chef ».

Tommy Prince se distingue avec le 1er Détachement du service spécial en Italie et en France, faisant appel aux habiletés acquises pendant sa jeunesse à la réserve, qu’il déploie en février 1944, lors d’une opération acclamée près de la ligne de combat à Anzio, en Italie. Il s’y porte volontaire pour aller installer une ligne de communication à 1 400 mètres plus loin, dans une ferme abandonnée à seulement 200 mètres d’un poste d’artillerie allemand. Il y met sur pied un poste et, pendant trois jours, rapporte tous les mouvements des Allemands à l’aide du câble de communication.

Lorsque le câble est endommagé à cause des bombardements, Tommy Prince se déguise en paysan et fait semblant de défricher la terre autour de la maison. Il s’arrête un instant pour attacher ses souliers et répare le câble, sous le regard des soldats allemands qui ne se doutent de rien. Il va jusqu’à brandir son poing en direction des Allemands, puis en direction des Alliés, prétendant détester les deux camps. Grâce aux tactiques de Tommy Prince, quatre chars allemands qui avaient fait feu sur les troupes alliées sont détruits.

En France, à l’été 1944, Tommy Prince effectue une expédition exténuante sur un terrain raboteux et montagneux, pour trouver la position d’un camp ennemi. Il voyage pendant plus de 72 heures sans eau ni nourriture. Il retourne ensuite au poste des Alliés et mène la brigade jusqu’au campement allemand, et contribue ainsi à la capture de plus de mille soldats allemands.

Honoré par le roi George VI

Lorsque les combats cessent en France, Tommy Prince est convoqué au Palais de Buckingham, où le roi George VI le décore de la Médaille militaire et, au nom du Président des États-Unis, de la Silver Star ornée d’un ruban. Il reçoit également l’Étoile 1939-1945, l’Étoile d’Italie, l’Étoile de France et d’Allemagne, la Médaille de la Défense, la Médaille canadienne du volontaire avec barrette et la Médaille de guerre.

Tommy Prince est l’un des 59 Canadiens à avoir reçu la décoration Silver Star pendant la Deuxième Guerre mondiale (seuls trois d’entre eux, dont Tommy Prince, sont également titulaires de la Médaille militaire). Le 15 juin 1945, il est démobilisé avec états de service honorables et rentre au Canada.

De retour au Canada

De retour au pays, Tommy Prince subit le racisme du gouvernement fédéral. Autochtone, il n’a pas le droit de voter aux élections fédérales (malgré son service militaire) et se voit refuser les droits et avantages accordés aux vétérans canadiens.

Il ouvre un commerce qui connaît une brève prospérité, mais le laisse à des amis pour servir de porte-parole à la Manitoba Indian Association. Il fait alors pression sur le gouvernement pour qu’il change la Loi sur les Indiens. Après sa campagne, il rentre chez lui pour découvrir que le commerce qu’il avait confié à ses amis a fait faillite.

Sans emploi et victime de discrimination, il s’enrôle à nouveau dans l’armée et sert au sein du régiment Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI).

Guerre de Corée

Tommy Prince reprend son ancien grade et forme de nouvelles recrues pour la Guerre de Corée. Il est de la première unité canadienne à mettre le pied en sol coréen, où il sert au sein d’un peloton de fusiliers pour la PPCLI. En Corée, Tommy Prince est à la tête de nombreuses « patrouilles d’enlèvement » : un petit groupe de soldats voyage en territoire ennemi et lance des attaques subreptices avant de se retirer. L’un de ces raids nocturnes entraîne notamment la capture de deux mitrailleuses ennemies.

Tommy Prince doit rentrer au Canada en 1951 afin de suivre un traitement pour ses genoux. Il retourne toutefois en Corée en 1952. Il est à nouveau blessé et doit rester des semaines à l’hôpital, où il est en rémission lorsque l’armistice de la guerre de Corée, conclu en 1953, met fin aux hostilités.

Après deux périodes d’affectation en Corée, il reçoit la médaille de Corée, la Médaille canadienne du volontaire et la médaille du Service des Nations unies.

Il rentre au Canada et demeure dans l’armée, travaillant au quartier général du personnel à Winnipeg jusqu’en septembre 1954, lorsqu’il est démobilisé avec états de service honorables.

Période difficile

Tommy Prince a un sens profond du devoir civique et une grande fierté autochtone. Il milite activement pour que les Autochtones obtiennent plus de droits à l’éducation et de droits économiques. « Toute ma vie, j’ai voulu faire quelque chose pour aider mon peuple à retrouver sa fierté. Je voulais leur prouver qu’ils valaient autant que n’importe quel homme blanc », a-t-il dit.

Il se marie et a cinq enfants. En 1955, lorsqu’il aperçoit un homme en train de se noyer près des quais d’Alexander, à Winnipeg, il saute à l’eau pour le sauver.

Pendant ses dernières années, Tommy Prince traverse une période difficile et vit à l’Armée du salut. Il meurt à l’hôpital Deer Lodge à Winnipeg le 25 novembre 1977 à l’âge de 62 ans. Il est enterré au cimetière militaire Brookside, à Winnipeg. Une délégation de la PPCLI porte son cercueil et des hommes de sa réserve chantent la chanson « Mort d’un guerrier » lors de sa mise en terre. Plus de 500 personnes assistent à la cérémonie, dont le lieutenant-gouverneur du Manitoba et les consuls de France, d’Italie et des États-Unis.

Sa pierre tombale fait mention des 11 médailles qu’il a reçues et qui font de lui l’ancien combattant autochtone le plus décoré au Canada.

Koje-Do

Révolte des prisonniers de guerre

Dès 1952, les Américains et leurs alliés des Nations Unies prennent un grand nombre de prisonniers de guerre. Koje-Do est choisi comme emplacement pour l’un des camps de prisonniers. L’île se remplit rapidement de 160 000 prisonniers nord-coréens et chinois. Des enclos individuels contiennent jusqu’à 6 000 hommes.

Les prisonniers, mal surveillés dans le camp géré par les Américains, se révoltent contre son commandement. En mai 1952, ils s’emparent d’une grande partie du camp et tiennent en otage son commandant, le Brigadier général Francis Dodd. Pendant sa détention, il aurait avoué avoir traité inhumainement des prisonniers. Il est libéré sain et sauf quelques jours plus tard.

Protestations canadiennes

Espérant répartir le poids de l’administration des prisonniers de guerre entre les autres troupes sous l’égide des Nations Unies en Corée, les Américains demandent l’aide d’unités du Commonwealth britannique pour contenir la révolte du camp, mais sans consulter leurs gouvernements respectifs.

Le 25 mai, une compagnie du Régiment royal du Canada est dépêchée à Koje-Do. Sans effusion de sang, elle aide à rétablir l’ordre dans une partie du camp et à surveiller certains des prisonniers, principalement une enceinte de 3 200 prisonniers composée surtout d’officiers nord-coréens. Les prisonniers communistes accueillent les Canadiens avec une grande banderole : « Canadiens, Britanniques, Néerlandais, employés des impérialistes américains! Ne soyez pas les marionnettes des impérialistes américains venus massacrer les prisonniers de guerre ».

En juin, les forces américaines entrent dans les camps rebelles avec des fantassins et des chars d’assaut. Les deux parties subissent des pertes, mais les forces sous le commandement américain reprennent le contrôle de la prison.

Irrité par le déploiement des troupes canadiennes à Koje-Do sans son consentement, le gouvernement canadien adresse une protestation diplomatique publique à Washington, faisant valoir que le Canada a pour politique d’assurer que ses troupes demeurent unifiées sous commandement canadien. Toutefois, plusieurs croient qu’Ottawa craint des répercussions politiques domestiques si elle ne s’oppose pas à l’utilisation des troupes canadiennes de cette façon.

Les autorités américaines se font publiquement accommodantes et, le 8 juillet 1952, les soldats du Régiment royal du Canada sont relevés de leurs fonctions auprès des prisonniers de guerre. Cependant, en privé, les autorités américaines sont vivement irritées par la protestation canadienne.

Organisation des Nations Unies

L'Organisation des Nations Unies (ONU) est née en 1945 sous la forme d'un système international vaguement coordonné, composé d'organismes de délibération, d'organismes fonctionnels et de commissions temporaires et permanentes dont le siège se trouve à New York, à Genève et ailleurs. Sa structure rappelle celle de la Société des nations, mais avec une participation plus universelle. Le terme apparaît pour la première fois le 1er janvier 1942, lorsque 26 États s'engagent à poursuivre la lutte contre les pouvoirs de l'Axe. À San Francisco, vers la fin de la deuxième guerre mondiale, la charte de l'ONU est rédigée par 50 pays, dont le Canada. Elle vise à promouvoir une forme de coopération internationale entre États souverains où chacun renoncerait à une certaine partie de sa souveraineté dans l'intérêt de toutes les nations, afin de favoriser la paix, la sécurité, le développement économique, la justice sociale et les droits et libertés fondamentaux de la personne. Une grande part de ce travail sera accomplie par les puissants organismes fonctionnels, dont le Fonds monétaire international, l'Organisation de l'aviation civile internationale et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, déjà en voie d'être établis et de se joindre à l'ONU. C'est grâce à l'autonomie de ces organismes et à la résistance des petites puissances face à la domination des grandes puissances que les Nations Unies ont su s'adapter à l'évolution de la conjoncture.

Parmi les principaux organes, on trouve l'Assemblée générale avec ses 159 États membres (1988), dont chacun possède une voix; le Conseil de sécurité de 15 membres, au sein duquel cinq grandes puissances siègent en permanence avec un droit de veto; et le Conseil économique et social de 54 membres. Même si le Conseil de sécurité est considéré comme l'organe le plus influent, les autres n'ayant qu'un pouvoir de recommandation, il n'en reste pas moins que la capacité de tout organisme de l'ONU d'appliquer des décisions est restreinte par la nécessité d'obtenir un consensus parmi les membres, qui doivent aussi être disposés à imposer des sanctions militaires ou économiques. Le Secrétaire général élu des Nations Unies est lié par les décisions des organismes membres. Après avoir tenté d'imposer sa volonté lors de la Guerre de Corée, le Conseil de sécurité se tourne vers une solution de non-violence, notamment au moyen des forces du maintien de la paix, au sein desquelles les Canadiens joueront un rôle majeur.

Si la sécurité est la préoccupation principale des fondateurs de l'ONU, de nos jours, les questions économiques et sociales partagent aussi la vedette. Les succès de l'ONU dans la promotion de la décolonisation et de l'autodétermination mènent à l'adhésion d'une multitude d'anciennes colonies dont le principal souci est le développement économique et l'instauration d'un nouvel ordre économique mondial. L'ampleur des mutations scientifiques et technologiques depuis 1945 donne de nouvelles dimensions aux conventions, lois et infrastructures internationales portant, entre autres, sur le droit spatial, le commerce, les voyages, l'exploitation minière des fonds marins, les communications par satellite. Par conséquent, les organismes spécialisés tels que l'Organisation mondiale de la santé et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés traitent d'un plus grand nombre de problèmes, et l'ordre du jour de la Cour internationale de Justice déborde largement le cadre de l'arbitrage des différends politiques.

L'ONU est essentiellement un réseau d'institutions de diplomatie multilatérale, plutôt qu'un gouvernement mondial. Ses succès dépendent donc de la force collective de ses membres. C'est pourquoi elle n'a pu résoudre à ce jour les problèmes persistants de la course aux armements, des conflits régionaux du Moyen-Orient, du Kampuchéa et de Chypre, des violations des droits de l'homme en Afrique du Sud, de l'écart croissant entre les riches et les pauvres et des réfugiés.

Au cours des années 80, des signes de tension extrême apparaissent au sein de l'organisation. La combinaison de plusieurs années de rétention de contributions destinées à des programmes qui ne répondent pas aux attentes des bailleurs, d'une gestion financière irresponsable et de doubles emplois menace l'avenir de l'organisation et provoque le retrait des États-Unis et du Royaume-Uni d'organismes tels que l'UNESCO. Le Canada préfère travailler de l'intérieur à réformer le système plutôt que de le critiquer de l'extérieur.

Les restrictions s'accompagnent de quelques réussites notables qui redonnent confiance en l'ONU : la déclaration sur le terrorisme international, un programme massif de soulagement de la faim en Afrique, et l'utilisation de l'ONU par les superpuissances pour sensibiliser l'opinion internationale au contrôle des armements et à la guerre entre l'Iran et l'Irak.

Pour le Canada, si actif dans la création de la plupart des organes de l'ONU, cet organisme demeure le meilleur moyen d'influencer les décisions des autres nations par la recherche d'un consensus. Le Canada est au premier rang des promoteurs de l'adhésion universelle à l'ONU. S'il n'est plus en position de jouer le rôle de médiation qu'il avait dans la Crise de Suez de 1956, son engagement au maintien de la paix n'a pas faibli et il a su faire évoluer sa contribution unique au rayonnement international par d'autres moyens tels que les procédures de vérification.

Par le nombre de ses habitants, le Canada occupe le trentième rang dans le monde et le septième parmi les grands pays industrialisés de l'Occident. Il est cependant le quatrième bailleur de fonds en importance de l'ONU. Le Canada est d'avis que la collaboration avec les autres pays demeure notre plus grand espoir de résoudre les problèmes mondiaux comme la pollution, la discrimination raciale, la faim, la discrimination sexuelle et d'autres problèmes qui préoccupent et, finalement, atteignent les Canadiens. Si le système de l'ONU peut paraître frustrant par moments, son objectif premier est toujours servi dans la mesure où il constitue le principal lieu de débat de ces questions et où il s'abstient de poursuivre l'effort séculaire d'établir un ordre mondial.