Langue anglaise

Bien que l'anglais ait été en usage au Canada avant le XIXe siècle, il n'y avait ni suffisamment de locuteurs ni assez de traits distinctifs dans la langue avant cette date pour qu'on puisse la considérer autrement que comme de l'anglais britannique.

Langue anglaise

Bien que l'anglais ait été en usage au Canada avant le XIXe siècle, il n'y avait ni suffisamment de locuteurs ni assez de traits distinctifs dans la langue avant cette date pour qu'on puisse la considérer autrement que comme de l'anglais britannique. Cependant, de 1825 à 1846, plus d'un demi-million d'immigrants sont arrivés au Canada directement de Grande-Bretagne, et, en 1871, plus de deux millions de Canadiens ont désigné les îles Britanniques comme leur pays d'origine. Ces néo-Canadiens apportaient avec eux le type d'anglais appris auprès de leurs parents, lequel offrait peu de ressemblance avec ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'anglais britannique correct ou même seulement l'anglais correct.

Depuis le XIVe siècle, le dialecte régional en usage à Londres, le siège du gouvernement britannique, et dans les universités d'Oxford et de Cambridge, qui sont proches, est devenu le signe distinctif des Anglais éduqués ou appartenant aux classes privilégiées. Très peu de gens le parlaient, cependant. Comme l'éducation n'est devenue obligatoire en Angleterre qu'après 1880, il est peu probable que la majorité des immigrants britanniques du début du XIXe siècle aient reçu beaucoup d'instruction, ou qu'ils aient eu l'occasion d'acquérir le type d'anglais britannique associé aux gens éduqués ou de classe privilégiée. Ceux qui avaient de l'instruction critiquaient souvent l'anglais qu'ils entendaient au Canada. C'est le cas de Susanna MOODIE, dans Roughing It in the Bush (1852), et du révérend A.C. Geikie dans le Canadian Journal (1857). Le type d'anglais introduit au Canada au début du XIXe siècle est loin d'être uniforme. C'est de l'anglais parlé, souvent typique des régions d'où viennent ses usagers, comme l'Irlande, le Yorkshire ou le Devon.

Influence de la géographie

Quand les gens émigrent dans un nouveau pays, loin de leur pays d'origine, leur langue subit deux phénomènes : d'abord, elle échappe à l'influence directe des changements qui affectent la grammaire ou la prononciation de leur langue maternelle; en second lieu, son vocabulaire subit d'importantes modifications, pour permettre aux usagers d'adapter leur langage aux nouvelles circonstances. Au Canada, p. ex., on entend rarement le mot clerk prononcé de façon à rimer avec dark. La prononciation anglaise admise à la fin du XVIIIe siècle faisait rimer clerk avec lurk, caught avec cot et aunt avec ant, et ce sont ces prononciations que les immigrants ont apportées avec eux. Dans certains cas, un même mot est arrivé au Canada avec plus d'une prononciation. Cela est vrai pour les manières courantes de dire schedule : l'une était prononcée avec un sk initial, l'autre avec un sh, toutes deux admises en anglais britannique jusqu'au milieu du XIXe siècle. La première prononciation (sk) est renforcée au Canada par l'influence américaine. En fait, ce n'est pas des États-Unis qu'elle a atteint le Canada, puisque, pour les deux pays, la source est l'anglais britannique parlé avant le XIXe siècle. De même, bien que l'on considère souvent la prononciation canadienne qui fait rimer new avec do (plutôt qu'avec few comme en anglais britannique) comme une influence américaine, tel n'est pas le cas. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les deux prononciations étaient courantes en anglais britannique, et les immigrants les ont apportées toutes les deux avec eux.

Il y a très peu de différences grammaticales entre l'anglais britannique et l'anglais canadien, étant donné que la majorité des changements qui devaient affecter la structure grammaticale de l'anglais avaient eu lieu en Grande-Bretagne bien avant les périodes d'immigration massive au Canada. Les différences grammaticales qui existent sont mineures et concernent l'usage des prépositions et des verbes, sur lesquels l'anglais britannique de la fin du XVIIIe siècle n'avait pas encore tranché. Au Canada, on entend à la fois dived et dove pour exprimer le passé du verbe dive, mais la deuxième forme n'est plus attestée en anglais britannique. Deux formes verbales entendues occasionnellement dans toutes les provinces canadiennes remontent à la période du vieil anglais (approximativement du VIe au XIIe siècle apr. J.-C.) : snuck et clumb, mis pour sneaked et climbed. Depuis le XIXe siècle, les deux formes verbales font partie des dialectes régionaux britanniques, mais leur emploi n'est pas courant au Canada, bien que snuck soit souvent considéré comme une version plutôt humoristique du passé de sneak. Des trois propositions utilisées avec le verbe sick, dans les expressions sick to the stomach, sick at the stomach et sick in the stomach, l'anglais britannique a passablement laissé tomber la première, alors qu'elle est presque partout utilisée au Canada. Les syntagmes prépositionnels back of et in back of ne sont plus en usage en anglais britannique correct, mais l'anglais canadien a conservé les deux. Dans l'anglais britannique du XVIIIe siècle, l'omission de l'infinitif (to go ou to come) était fréquente dans les expressions wants out et wants in, mais on l'entend rarement aujourd'hui, sauf en Écosse, alors que l'anglais canadien conserve cette caractéristique.

Transformation du vocabulaire

C'est au niveau du vocabulaire que la langue anglaise parlée au Canada a subi les plus grandes transformations, surtout parce que les colons ont eu besoin de mots nouveaux pour décrire des réalités nouvelles. L'enrichissement du vocabulaire peut se faire de façon prévisible : des mots sont empruntés à d'autres langues, des mots qui existent se voient attribuer une signification nouvelle, de nouveaux termes sont créés, les gens et les lieux dotent de leur nom les choses auxquelles ils sont associés. L'anglais parlé au Canada a utilisé toutes ces façons. Les emprunts aux peuples autochtones du Canada incluent moose (orignal), muskeg (tourbière), caribou et chipmunk (tamia); de l'inuktitut viennent les mots parka, mukluk, kayak, umiak et igloo. C'est aussi de l'inuktitut que vient le terme tupek, désignant la tente de peau qui est l'équivalent inuit du wigwam, ou TIPI amérindien.

C'est auprès des Canadiens français que les marchands de fourrures anglais et écossais ont appris à naviguer sur les cours d'eau du nouveau pays. Auprès du VOYAGEUR canadien français, l'Anglais s'instruit des aléas des rapides (les passages tumultueux d'une rivière) et des façons de les éviter en retirant le canot de la rivière pour faire un PORTAGE. Les autochtones canadiens montrent aux voyageurs comment préparer le PEMMICAN (viande apprêtée avec des substances grasses) et comment faire le watap (les racines d'arbres utilisées comme fil pour réparer les canots endommagés). Auprès des Canadiens français, les Britanniques découvrent le travois, un attelage en forme de A conçu par les aborigènes, qui permet à un chien ou à un cheval de transporter une lourde charge en laissant traîner les flèches de l'attelage sur le sol, avec la charge fixée au bas.

En plus d'emprunter des mots, l'anglais a toujours eu pour habitude, partout dans le monde, de donner de nouvelles significations à des mots déjà existants. Ainsi, en Amérique du Nord le mot section acquiert une nouvelle signification pendant la colonisation de l'Ouest, désignant un mille carré (640 acres ou 259 ha). Lorsque le Canada évolue vers un gouvernement représentatif, l'usage du mot riding (signifiant « un tiers »), emprunté il y a des siècles du scandinave, et utilisé pour désigner les zones administratives dans les comtés anglais, se répand au Canada pour désigner une circonscription électorale. Dans les campements des mines d'or de la région de Cariboo, l'expression hurdy gurdy, une ancienne appellation de l'orgue de Barbarie, est utilisée pour désigner les entraîneuses, parce que chez elles, la musique était tirée de cet instrument.

L'anglais parlé au Canada a également suivi les traces de la langue-mère en créant de nouveaux termes composés à partir de mots déjà existants. Ainsi, sour et dough forment sourdough, un mot désignant à la fois la pâte fermentée utilisée comme base dans la préparation du pain, et les chercheurs d'or qui utilisaient cette pâte dans leurs pérégrinations. Du terme français « la crosse » (bâton recourbé) dérive le mot lacrosse, utilisé pour désigner le jeu que les Algonquiens appellent baggataway (« balle à jouer »). Pour combattre les lamproies dans les Grands Lacs, les biologistes canadiens ont développé un poisson hybride en croisant la truite mouchetée avec le touladi, et ont appelé l'hybride splake, en utilisant des phonèmes de speckled et de lake.

Depuis la Renaissance, l'anglais a librement puisé au latin et au grec pour créer de nouveaux mots, spécialement en médecine. Cette tradition s'est poursuivie au Canada, quand on a donné à la médication mise au point pour contrôler le diabète le nom d'insulin (lat. insula, « île »). Le mot kerosene a été forgé à partir du grec keros (« cire »), par le Dr. Abraham GESNER, un scientifique du XIXe siècle, originaire des Maritimes, qui avait mis au point un procédé d'extraction du pétrole.

Les Britanniques ont donné au sherry le nom de son lieu d'origine (Xeres ou Jerez, en Espagne) et ont donné aux policiers le nom de bobbies, inspiré de Robert (Bobby) Peel. Une pratique similaire a servi occasionnellement à créer des noms au Canada. L'huître malpèque porte le nom de la baie de l'Île-du-Prince-Édouard d'où elle est originaire. Le nom de « malamute », un chien que Robert SERVICE a rendu populaire, vient du peuple inuit qui a été le premier à en faire l'élevage. Au Canada, un bombardier n'est pas un soldat, mais un véhicule à chenilles servant à circuler sur la neige, mis au point par Joseph-Armand BOMBARDIER de Valcourt, au Québec. De Digby, en Nouvelle-Écosse, vient le poulet digby, une variété de hareng fumé ; du Labrador, le CHIEN labrador.

Différences régionales

Jusqu'à la fin du XIVe siècle, l'anglais officiellement correct n'est pas plus standard qu'aucun autre dialecte régional de l'anglais britannique, mais à partir de ce moment, et jusqu'au milieu du XXe siècle, il est tenu pour l'idéal auquel les usagers des dialectes régionaux doivent aspirer. D'un autre côté, l'anglais canadien n'a jamais considéré aucune forme de parler régional comme plus prestigieuse qu'une autre. Le gouvernement fédéral est à Ottawa, mais l'anglais d'Ottawa n'est pas tenu pour un modèle du langage idéal. Il existe toutefois un anglais canadien, épuré de ses caractéristiques régionales, qui est utilisé par les Canadiens de langue anglaise d'un bout à l'autre du pays. Bien que l'anglais canadien n'ait pas de dialectes régionaux comparables à ceux de l'anglais britannique, du français ou de l'allemand, qui se sont développés au cours des siècles, il y a des variantes notoires entre les façons de parler des différentes régions. Terre-Neuve en fournit l'exemple le plus frappant, par ses traces d'irlandais et son parler régional du Sud-Ouest de l'Angleterre. Ce que l'on appelle souvent le nasillement de la vallée de l'Outaouais rappelle que des milliers d'immigrants irlandais s'y sont établis dans les années 1840. De manière générale, on peut considérer comme les frontières dialectales locales du Canada anglais Terre-Neuve, les Maritimes, l'Est de l'Ontario, l'Ouest de l'Ontario, les Prairies et la Colombie-Britannique (la région la plus « britannique » au Canada).


Lecture supplémentaire

  • J.K. Chambers, ed, Canadian English (1975); R.E. McConnell, Our Own Voice (1979); M.M. Orkin, Speaking Canadian English (1970); M.H. Scargill, A Short History of Canadian English (1977).