The Apprenticeship of Duddy Kravitz (L’apprentissage de Duddy Kravitz) (film)

L’adaptation cinématographique par Ted Kotcheff du roman de Mordecai Richler qui raconte l’histoire d’un garçon juif audacieux et ambitieux bien décidé à réussir à tout prix est souvent considérée comme l’un des meilleurs films canadiens jamais réalisés. Lors de sa sortie en salle, The Apprenticeship of Duddy Kravitz devient le film canadien ayant remporté le plus grand succès commercial. Il obtient l’Ours d’or au Festival international du film de Berlin et est désigné Film de l’année par le Palmarès du film canadien. Il est également sélectionné pour un Academy Award dans la catégorie Meilleure adaptation scénaristique et pour un Golden Globe dans la catégorie Meilleur film étranger. En 2016, le film est classé parmi 150 œuvres essentielles de l’histoire du cinéma canadien dans le cadre d’un sondage mené par le Festival international du film de Toronto (TIFF).

Duddy Kravitz
Photo tirée du film, L'Apprentissage de Duddy Kravitz, réalisé par Ted Kotcheff (avec la permission du Toronto International Film Festival Group).\r\n \r\n

Synopsis

À Montréal, en 1948, le jeune Duddy Kravitz âgé de dix-neuf ans, interprété par Richard Dreyfuss, rencontre son père, Max, un chauffeur de taxi interprété par Jack Warden, dans un café de quartier : Max chante les louanges de Jerry Dingleman, « jeune prodige » local interprété par Henry Ramer, qui a réussi à échapper au ghetto juif de Montréal et à devenir riche; Duddy écoute attentivement et rêve à une destinée à la Dingleman. Peu après, son grand-père lui explique « qu’un homme sans terre n’est rien du tout » et Duddy décide qu’un jour, il achètera le lac situé à proximité du centre de villégiature juif qui l’emploie.

Tandis qu’il travaille au centre, Duddy tombe amoureux de l’une de ses collègues, Yvette, interprétée par Micheline Lanctôt, qu’il ne tarde pas à faire participer à sa quête incessante et à ses plans toujours renouvelés pour gagner de l’argent. Pour financer son rêve, Duddy lance une société de production cinématographique, devient distributeur de billards électriques et finit par imiter la signature de l’un de ses employés handicapé, Virgil, interprété par Randy Quaid, pour obtenir un prêt bancaire. Yvette le quitte et, même s’il réussit à acheter le terrain de ses rêves, ses méthodes insidieuses déçoivent ou éloignent la plupart des gens qu’il aime, notamment son grand-père adoré.

Contexte

Ted Kotcheff et Mordecai Richler se rencontrent à Paris à la fin des années 1950 et deviennent amis pour la vie. Alors qu’ils partagent un appartement à Londres en 1958, Ted Kotcheff lit le manuscrit du roman de Mordecai Richler, L’apprentissage de Duddy Kravitz, qu’il apprécie tellement qu’il se promet de revenir un jour au Canada et d’en faire un film. Au départ, le financement s’avère difficile, de nombreux producteurs étant effrayés à l’idée de subir des accusations d’antisémitisme identiques à celles dont avait été victime le livre.

Le projet est finalement mis sur les rails après que John Kemeny, un producteur chevronné de l’Office national du film (ONF), a contribué à obtenir un financement auprès de la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne, devenue Téléfilm Canada, et après que Mordecai Richler a passé six semaines à peaufiner le scénario de Lionel Chetwynd. Le choix de Richard Dreyfuss dans le rôle-titre est effectué relativement tard durant la préproduction après que Lynn Stalmaster, régisseur de la distribution et ami de Ted Kotcheff, a recommandé un jeune acteur « né pour jouer ce rôle ». Le film, doté d’un budget de 900 000 $, est essentiellement tourné à Montréal.

Richard Dreyfuss sur le plateau de The Apprenticeship of Duddy Kravitz (L'apprentissage de Duddy Kravitz), 1974.

Analyse et réception critique

The Apprenticeship of Duddy Kravitz occupe une place inhabituelle dans l’histoire du cinéma canadien. Paradoxalement, si ce film réussit à se classer par deux fois, en 1984 et en 1993, dans la liste des critiques des dix meilleurs films canadiens, il est largement ignoré par la critique cinématographique canadienne. À la sortie du film en 1974, les analystes sont nombreux à estimer qu’il constitue un excellent exemple d’une adaptation réussie et à louer le portrait convaincant du Montréal de l’après-guerre qu’il propose; cependant, le choix d’acteurs principalement américains pour incarner les rôles principaux, notamment Richard Dreyfuss, Randy Quaid et Jack Warden, ainsi que son style dans la plus pure tradition commerciale hollywoodienne lui valent également de dures attaques de la part de certains journalistes spécialisés. À l’instar du personnage de Duddy, il est indéniable que le film est un succès; toutefois, la nature même de ce succès s’appuyant sur une démarche plus ou moins contestable fait fuir la critique.

Si l’on fait abstraction des débats relatifs à la politique culturelle, The Apprenticeship of Duddy Kravitz demeure un film souvent séduisant et parfois complexe. Il offre, de plus, l’une des parodies les plus irrésistiblement drôles de la tradition documentaire du cinéma canadien. (Le personnage de John Friar, un cinéaste britannique pris de boisson joué par Denholm Elliott, est souvent considéré comme une caricature de John Grierson, fondateur de l’ONF et documentariste mythique.)

The Apprenticeship of Duddy Kravitz remporte également un grand succès commercial aux États‑Unis où il obtient des critiques généralement positives. Variety écrit : « Ted Kotcheff s’est emparé sans ménagement du roman de Mordecai Richler et en a fait un film portant un regard nostalgique, plein d’esprit quoique sans trop d’aspérités, sur un jeune juif audacieux et ambitieux se lançant, durant les années 1940, dans une recherche effrénée de la richesse. » Dans sa critique du film, Roger Ebert indique : « Il manque d’une certaine rigueur et s’avère parfois trop explicite pour concourir dans la catégorie des grands films, mais il n’en demeure pas moins extrêmement divertissant. » Cependant, Vincent Canby du New York Times se montre plus ouvertement laudatif, décrivant le film comme constituant une « histoire drôle, fantastique et souvent émouvante [...] regorgeant de nombreux détails visuels et narratifs ».

Mordecai Richler.
\u00a9 Martha Kaplan.

Distinctions et héritage

Lors de sa sortie, The Apprenticeship of Duddy Kravitz devient le film canadien ayant remporté le plus grand succès commercial. Il s’agit du premier film canadien à réaliser des recettes au Canada supérieures à un million de dollars et du premier long métrage canadien à être sélectionné aux Oscars. Il est inscrit à deux reprises, en 1984 et en 1993, sur la liste des dix meilleurs films canadiens de tous les temps à l’occasion d’une enquête conduite par le Festival international du film de Toronto. En 1996, il fait partie des dix films ayant l’honneur d’apparaître sur une série de timbres produite par Postes Canada pour le centième anniversaire du cinéma au Canada. En 2002, il est désigné « œuvre magistrale » par l’organisme Trust pour la préservation de l’audiovisuel.

En 2013, une version numérique restaurée du film, produite par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, connaît une diffusion limitée au Canada et au Royaume‑Uni et est projetée au Festival de Cannes dans le cadre du programme Cannes Classics. En octobre 2016, le film est classé parmi 150 œuvres essentielles de l’histoire du cinéma canadien dans le cadre d’un sondage auprès de 200 professionnels des médias mené par le TIFF, Bibliothèque et Archives Canada, la Cinémathèque québécoise et la Cinematheque de Vancouver en prévision des célébrations entourant le 150e anniversaire du Canada en 2017.

Voir aussi Longs métrages canadiens.

Récompenses

Ours d’or, Festival international du film de Berlin (1974)

Film de l’année, Palmarès du film canadien (1974)

Meilleure comédie adaptée d’un autre média (Mordecai Richler, Lionel Chetwynd), Writers Guild of America (1975)


Les oeuvres sélectionnées de
The Apprenticeship of Duddy Kravitz (L’apprentissage de Duddy Kravitz) (film)

Lecture supplémentaire

  • Tom McSorley, “The Apprenticeship of Duddy Kravitz: Or, The Anxiety of Influence,” Canada’s Best Features: Critical Essays on 15 Canadian Films, éd. Eugene P. Walz (Rodopi, 2002).

Liens externes