Le Carnaval de Québec

​Parmi les festivals d’hiver qui se tiennent chaque année au Canada, le Carnaval de Québec est le plus ancien. La tradition populaire d’une fête en plein cœur de l’hiver remonte à la Nouvelle-France.

Carnaval
Défilé de nuit du Carnaval. Crédit: Carnaval de Quebec
Carnaval de Québec, palais de glace du
Palais de glace (1988) au Carnaval d'hiver de Québec (avec la permission du Carnaval de Québec Inc).
Carnaval
Carnaval de Québec. Crédit: Mathieu Plante
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Sculptures de neige. Crédit: Claudel Huot

Parmi les festivals d’hiver qui se tiennent chaque année au Canada, le Carnaval de Québec est le plus ancien. La tradition populaire d’une fête en plein cœur de l’hiver remonte à la Nouvelle-France. Afin de briser l’ennui, les habitants avaient pour habitude de se réunir et de fêter avant la période du carême (voir Fêtes religieuses), de la fin janvier à la mi-février.

C’est en 1894 que se tient pour la première fois dans la ville de Québec une fête d’hiver organisée et structurée. Cette initiative revient au propriétaire du Québec Daily Telegraph, Frank Carrel. L’événement se répète les hivers suivants, mais les deux guerres mondiales et la crise économique des années 1930 empêchent sa tenue sur une base régulière. Dans une optique de relance économique de la capitale québécoise, l’événement est ravivé en 1954 et se tient depuis chaque hiver. L’année 2014 marque donc la 60e édition officielle du Carnaval de Québec.

Pour l’occasion, l’organisation a décidé de renouer avec la tradition. Ainsi, après plus de dix-huit années d’absence, les duchesses du Carnaval sont de retour, non sans semer une certaine controverse.

Rappelons que de 1955 à 1996, sept jeunes femmes étaient choisies pour représenter les sept quartiers (appelés pour l’occasion duchés) de la région de Québec. La sélection des duchesses s’effectuait sur la base de critères physiques et elles devaient être célibataires. Elles devaient ensuite suivre des cours de diction, de maintien et assister à de nombreuses séances d’essayage. L’une d’entre elles était élue reine du Carnaval par tirage au sort, à la suite d’une vente de bougies* dans chaque quartier de la ville. Le couronnement de la Reine et le bal étaient des moments forts du Carnaval. Lors des deux semaines de festivités, elles participaient aux différentes activités publiques, donnaient des entrevues à la télévision et à la radio et collaboraient à des œuvres de bienfaisance. Pour certaines de ces femmes, être duchesse ou reine du Carnaval fut le début d’une carrière publique.

Toutefois, dans les années 1970-1980, ce concours de « personnalité » est critiqué par le mouvement féministe (voir Mouvement des femmes) et certains commanditaires qui le trouvent sexiste. En 1975, avec Le soleil a pas d’chance, le réalisateur Robert Favreau montre comment on exige de ces jeunes femmes un comportement « fait sur mesure et qu’on aura mis de nombreuses heures à façonner ». En 1982, le collectif Les Folles Alliées, composé notamment d’Agnès Maltais (aujourd’hui députée du Parti Québécois), offre une parodie de ce concours dans la pièce Enfin duchesses!

En 1994, deux hommes, Carl Brochu et Patrick Paquet**, créent un véritable tollé lorsqu’ils se présentent en tant que « duc » parmi les 262 candidates. Leur candidature est rejetée lors de l’entrevue, mais le débat médiatique est ouvert et en 1997, les duchesses disparaissent de la programmation du Carnaval de Québec. En 42 ans, plus de 12 000 jeunes femmes ont posé leur candidature à ce concours.

Depuis, l’idée d’un retour des duchesses est évoquée à l’occasion. En 2010, un sondage commandé par Radio-Canada montrait que 82 % des citoyens de la ville de Québec appuyaient un retour, mais souhaitaient que la formule soit renouvelée. Or, depuis les années 2000, l’organisation du Carnaval a pris une orientation « familiale », ce qui, pour plusieurs, ne cadre pas très bien avec un concours de personnalité. Depuis 2010, un groupe de jeunes femmes féministes, s’opposant à la réhabilitation des duchesses, ont créé en marge des activités officielles du Carnaval, la Revengeance des Duchesses. Plutôt que de miser sur leur apparence, celles-ci proposent de faire découvrir, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, les différents quartiers de la ville de Québec. Et fait inusité, il est permis aux hommes de se présenter comme duchesse! Le concours est également ouvert aux femmes de tout âge.

Alliant tradition et renouveau, la version 2014 des duchesses du Carnaval de Québec se veut une compétition de « type entrepreneuriale ». En effet, les aspirantes duchesse, âgées de 19 à 35 ans (qu’elles soient mères de famille, enceintes, étudiantes ou professionnelles), doivent soumettre un projet lié au Carnaval et le réaliser au cours du mois de janvier. Le projet, qui aura permis de vendre le plus de bougies, contribuera à faire élire celle qui l’aura proposée.

Malgré tout, la tradition semble toujours bien présente et pour plusieurs observateurs elle revêt la forme d’une discrimination basée sur l’âge et le genre. En effet, ni les femmes de plus de 35 ans, ni les hommes ne sont admissibles à ce concours, pour la raison simple que ces groupes ne l’étaient pas, il y a de cela 60 ans. Espérons que cette « tradition » sera bousculée et qu’une orientation résolument inclusive sera proposée pour les éditions suivantes.

* La bougie du Carnaval est une campagne de financement dont bénéficie plusieurs organismes de charité et groupes communautaires.

** Ces deux aspirants « ducs » ont ensuite fait le saut en politique. Carl Brochu a été candidat pour l’Action Démocratique du Québec dans la circonscription des Chutes-de-la-Chaudière. Quant à Patrick Paquet, il a été élu conseiller municipal à la ville de Québec et a représenté le district de Neufchâtel jusqu’en 2012.


Lecture supplémentaire

  • Jean Provencher, Le Carnaval de Québec. La grande fête de l’hiver (2003).

    Luc Nicole-Labrie, « Le premier carnaval « moderne » de Québec, 1955 », sur Histoire engagée, 9 février 2011.

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