Cercle Molière, Le

Le Cercle Molière, au Manitoba, est la plus vieille troupe théâtrale à présenter une programmation ininterrompue au Canada.


Cercle Molière, Le

  Quand je songe à tous les obstacles d'ordre politique, culturel, technique et financier qu'il lui fallut surmonter dès le début, surtout au début, je suis fier de lui, comme d'ailleurs tout vrai Franco-Manitobain. (Armand La Flèche)

Le Cercle Molière, au Manitoba, est la plus vieille troupe théâtrale à présenter une programmation ininterrompue au Canada. Il est fondé en 1925 par un groupe d'amateurs passionnés et désireux d'offrir des activités culturelles à la petite communauté francophone de Saint-Boniface, quartier situé à l'est de la rivière Rouge, à Winnipeg. Les principaux membres fondateurs du Cercle Molière sont Louis-Philippe Gagnon, le premier président (1925-1927); André Castelein de la Lande, le directeur dramatique (1925-1927); et Raymond Bernier, le secrétaire trésorier. La première pièce montée par le Cercle Molière, Le Monde où l'on s'ennuie d'Édouard Pailleron, est présentée le 25 avril 1925 au théâtre Dominion.

L'objectif de départ du groupe est de produire un excellent théâtre reflétant la culture et les idées métropolitaines françaises pour un auditoire aussi bien anglophone que francophone. Les fondateurs de la troupe veulent créer des liens entre les Canadiens de langue française et ceux de langue anglaise. À cette fin, un comité d'honneur composé de six membres, trois francophones et trois anglophones, est mis sur pied pour combler le fossé entre les deux langues et cultures.

Le Cercle Molière réunit des francophones de diverses origines (Belgique, Suisse, France, Canada, etc.) et, malgré une situation financière souvent précaire, la troupe s'épanouit grâce au soutien des amis du théâtre. Les répétitions se font ici et là, dans des maisons de particuliers, dans des salles de classe ou des locaux prêtés. Vers la fin des années 50, le Cercle Molière s'installe enfin de façon plus permanente au sous-sol de la Cathédrale de Saint-Boniface, locaux généreusement mis à leur disposition par Mgr Léo Blais. En 1967, le Cercle Molière déménage au Centre culturel de Saint-Boniface, situé à l'Académie Saint-Joseph, puis, en 1974, au nouveau Centre culturel franco-manitobain, où il a encore ses bureaux aujourd'hui.

Les pièces du Cercle Molière sont jouées au WALKER THEATRE, au Pantages Playhouse, au Civic Auditorium, ainsi qu'aux auditoriums de l'École Provencher, du Collège de Saint-Boniface et de l'Académie Saint-Joseph, à la Salle Pauline-Boutal du Centre culturel franco-manitobain et, plus récemment, au théâtre de la Chapelle. D'ailleurs, la Salle Pauline-Boutal, inaugurée en 1975, est ainsi nommée en hommage à Pauline Boutal, directrice artistique du Cercle Molière de 1941 à 1967, comédienne et metteure en scène de 1928 à 1964.

De 1934 à 1974, les membres participent régulièrement au FESTIVAL NATIONAL D'ART DRAMATIQUE (1933-1974) et reçoivent plusieurs prix, dont plusieurs pour la meilleure pièce française. Entre autres pièces primées, signalons : Blanchette (1934) d'Eugène Brieux; Les Soeurs Guédonnec (1936) de Jean-Jacques Bernard, pièce dans laquelle l'écrivaine Gabrielle ROY ainsi qu'Élisa Houde interprètent les deux soeurs; Le chant du berceau (1938) de C. et M. Martinez-Sierra; L'avare (1950) de Molière et Les Fourberies de Scapin (1956) de Molière également. Pauline Boutal remporte le prix de la meilleure actrice française en 1936 et ceux de la meilleure actrice française et de la meilleure actrice en 1938. Plusieurs autres comédiens et comédiennes du Cercle Molière méritent des prix du Festival national d'art dramatique durant cette période et Jean-Louis Hébert gagne une bourse pour aller étudier à l'École supérieure d'Art dramatique de Strasbourg, en France, en 1969.

La tradition des tournées théâtrales remonte aux années 1929 et 1930 lorsque le directeur Arthur Boutal et la troupe voyagent dans une trentaine de centres partout au Manitoba français avec la pièce L'Arlésienne d'Alphonse Daudet. En 1959, le Cercle Molière est la première troupe amateur à recevoir une subvention du CONSEIL DES ARTS DU CANADA lui permettant d'entreprendre une tournée à l'extérieur de la province. La troupe voyage jusqu'en Colombie Britannique en passant par la Saskatchewan et l'Alberta. D'autres tournées l'amènent dans l'Est du pays aussi, la dernière, avec la pièce Les Vilains, de Ruzzante et André Gille, a lieu à Terre-Neuve en 1974. Grâce à l'appui du Conseil des Arts du Canada, du Conseil des Arts du Manitoba et du Secrétariat d'État, le Cercle Molière continue à promouvoir le théâtre en français avec des tournées dans l'Ouest canadien organisées pour le grand public. Toutefois, la troupe commence également à présenter, en tournée, des pièces pour enfants, la première étant Nico et Niski et la raquette volante de Claude Dorge en 1980.

Au fil des années, le Cercle Molière et ses membres reçoivent plusieurs honneurs. Le gouvernement français reconnaît la valeur des services que la troupe rend à la diffusion de la culture française et, par l'intermédiaire de son ambassade au Canada, décerne les distinctions suivantes : les Palmes académiques à Arthur et Pauline Boutal (1939); la médaille de la Reconnaissance à Pauline Boutal (1950); la médaille du Ministère des affaires étrangères à Norbert Trudel, Christiane LeGoff et Suzanne Tremblay.

De son côté, le Conseil des Arts du Canada offre aussi des bourses d'études, au Canada ou à l'étranger, aux membres de la troupe. Il décerne également le Canadian Drama Award à Arthur et Pauline BOUTAL (1950), à Elisa Houde (1949), à Christiane LeGoff (1963) et à Gilles Guyot (1966). Pauline reçoit également le prix du Mérite de la culture française au Canada en 1971 et est faite membre de l' ORDRE DU CANADA en 1973. En 1991, le prix Réseau est décerné à Irène Mahé, qui est faite membre de l'Ordre des francophones d'Amérique la même année. En 1995, Roland Mahé reçoit le prix Manitoba.

Les directeurs artistiques du Cercle Molière, chacun avec sa vision et ses rêves, influencent beaucoup l'évolution de la troupe. Parmi ces derniers, trois sont particulièrement importants vu la durée de leur mandat : Arthur Boutal, directeur artistique de 1926 à 1940; Pauline Boutal, directrice artistique de 1941 à 1968; et Roland MAHÉ, directeur artistique depuis 1968.

En 1985, le Cercle Molière crée le Théâtre du Grand Cercle qui a comme objectif de valoriser et de faire apprécier le théâtre auprès des jeunes. Le Cercle Molière est également l'un des membres fondateurs du Festival de Théâtre Jeunesse de l'Ouest (1970) dans le cadre duquel les jeunes francophones, y compris des élèves des classes immersives du Manitoba et d'autres provinces de l'Ouest canadien, sont invités à présenter des pièces en français. En 2002, plus de 600 élèves participent à l'événement, présentant 26 pièces, dont plusieurs sont des créations originales.

Finalement, le Cercle Molière collabore avec plusieurs autres troupes, telles que celle du PRAIRIE THEATRE EXCHANGE, du Manitoba Theatre for Young People (1986), du Théâtre français du Centre National des Arts (1991, 1992 et 2002), de l'Unithéâtre (2002) et du Théâtre français de Toronto (1989 et 1991) et reçoit également d'autres troupes en tournée, comme le Théâtre de l'Escaouette, le Théâtre Blanc (Québec), le Théâtre de l'Île (Hull) et la Troupe du Jour (Saskatoon).

Malgré les réductions des subventions qu'ont connues ces dernières années plusieurs organismes artistiques et culturels, le Cercle Molière continue à maintenir la qualité et la variété de ses présentations et a même récemment voulu élargir son répertoire en incluant des pièces écrites par des auteurs franco-manitobains. Pour célébrer son 75e anniversaire, le Cercle a présente une saison 2001-2002 dont le programme est composé exclusivement de pièces franco-manitobaines. De plus, en 2002, il reçoit de l'Académie québécoise du théâtre le Masque de la « meilleure production franco-canadienne » pour Poissons, une pièce écrite par le Franco-Manitobain Marc Prescott pour les noces d'argent de la troupe.


Lecture supplémentaire

  • Les Cahiers d'histoire de la Société historique de Saint-Boniface, Chapeau bas, Réminiscences de la vie théâtrale du Manitoba français, première partie (1980) deuxième partie (1985); Le Cercle Molière, Cinquantième anniversaire (1975); Lise Gaboury-Diallo and Laurence Véron, "De l'audace, toujours de l'audace: le théâtre franco-manitobain du Cercle Molière", pp. 105-134 in Le théâtres professionels du Canada francophone, edited by Hélène Beauchamp and Joël Beddows (2001); Passion et création, Le Cercle Molière 75e anniversaire (2000).