Château Ramezay

Situé dans le Vieux-Montréal, le Château Ramezay est le premier édifice à être classé monument historique par le gouvernement du Québec en 1929.

Ch\u00e2teau Ramezay
Le magnifique ch\u00e2teau que Ramezay a construit en 1704-1705 est aujourd'hui un lieu historique de Montr\u00e9al (Biblioth\u00e8que nationale de Qu\u00e9bec).

Situé dans le Vieux-Montréal, le Château Ramezay est le premier édifice à être classé monument historique par le gouvernement du Québec en 1929. Reconnu comme lieu historique national du Canada en 1949, ce musée montréalais présente des collections et des expositions qui permettent aux visiteurs de s’initier à plus de 500 ans d’histoire.

Résidence du gouverneur de Montréal

En 1705, Claude de Ramezay, alors gouverneur de Montréal, acquiert un vaste domaine et y fait ériger sa résidence. C’est au maçon-architecte Pierre Couturier que revient l’honneur de construire cette somptueuse demeure. Le domaine d’alors s’étend sur près de 3891 m² (41 880 pi²) et comprend, en plus du château, un verger d’arbres fruitiers, un potager et un vaste jardin d’agrément. Toutefois, en raison de l’expansion de l’agglomération de Montréal, le domaine est morcelé par le tracé des rues et la construction domiciliaire.

À la mort de Claude de Ramezay en 1724, sa veuve loue le Château au gouvernement. La propriété sert alors de résidence secondaire aux intendants de la Nouvelle-France durant leur séjour à Montréal. La famille Ramezay demeure propriétaire du Château jusqu’à ce que la Compagnie des Indes occidentales en fasse l’acquisition en 1745. En 1756, elle y entreprend d’importants travaux d’agrandissement.

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le Château connaît différents usages qui marquent son histoire et contribuent à son importance historique. Il est le lieu de résidence ou de travail des gouverneurs britanniques du Bas-Canada, et il abrite le Palais de justice de Montréal, la Cour des magistrats puis le ministère de l’Instruction publique, de même que les facultés de médecine et de droit de l’Université Laval à Montréal à la fin du XIXesiècle. Après la capitulation de Montréal durant la Révolution américaine de 1775-1776, les Américains installent même leur quartier général au Château Ramezay. C’est à cet endroit, en compagnie de deux autres émissaires américains, que Benjamin Franklin tente en vain de convaincre les représentants canadiens de se rallier à la cause des Treize colonies.

Le plus ancien musée consacré à l’histoire du Québec

En 1893, l’avenir du Château Ramezay est menacé lorsque le gouvernement du Québec annonce son intention de se départir de l’édifice situé au coin des rues Notre-Dame et Saint-Claude. Les terrains au centre-ville de Montréal étant très convoités, on craint qu’il soit détruit s’il est vendu aux enchères. La Société d’archéologie et de numismatique de Montréal (SANM) ‒ créée en 1862 et dont la mission est de sauvegarder le patrimoine ‒ réussit à convaincre la Ville de Montréal de faire l’acquisition du Château et des terrains qui l’entourent. La Ville accepte ensuite de louer le bâtiment à la SANM, qui s’engage à y aménager un musée d’histoire canadienne et à rendre le site accessible gratuitement à la population. Ce musée, qui ouvre ses portes le 1er mai 1895, est le plus ancien musée privé d’histoire du Québec.

Les premières installations proposent une galerie nationale de portraits ainsi que des salles thématiques sur les populations autochtones, les explorateurs, les militaires et les religieux. Le Château abrite également la première bibliothèque publique de Montréal, créée grâce à une mise en commun des livres des membres de la SANM.

En 1929, la Ville de Montréal cède le Château Ramezay à la SANM en échange d’un don de 10 000 livres qui permet à la Ville d’ouvrir sa première bibliothèque municipale. La même année, le président de la SANM, Victor Morin, fait classer le Château Ramezay comme bien historique national, afin d’assurer sa sauvegarde. Le Château devient ainsi le premier bâtiment classé monument historique au Québec.

Évolution de l’ensemble architectural

De 1902 à 1904, on ajoute des tourelles décoratives au bâtiment et on en démolit certaines parties, soit l’aile en briques de la rue Saint-Claude, la maison du concierge et un ancien hangar. Le Château est électrifié dès 1905. Au fil des ans, et surtout depuis les années 1970, plusieurs travaux de restauration sont réalisés afin de redonner à l’édifice son apparence d’origine.

À partir de 1997, à la suite d’une entente entre la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Château Ramezay fait l’objet de nombreux travaux de rénovation. Ceux-ci se poursuivent jusqu’en 2010. En 2000, le Jardin du Gouverneur, un jardin à la française, est aménagé sur un site anciennement occupé par un stationnement asphalté.

Collections et expositions

Avec la prise de possession par le SANM, le Château Ramezay devient un haut lieu de la culture montréalaise. Sa collection comporte 30 000 objets, parmi lesquels se trouvent 2000 œuvres d’art (estampes, tableaux, gravures, etc.), deux collections d’artéfacts ethnologiques (l’une autochtone, l’autre québécoise) ainsi qu’une collection de monnaies. Quelque 2000 photographies (dont plusieurs proviennent du Studio Notman) témoignent de la vie quotidienne des Montréalais des XIXe et XXe siècles, tandis que les rayons de la bibliothèque contiennent 13 000 titres (livres anciens, romans, essais, revues et journaux). La collection d’archives manuscrites, qui compte 4000 pièces, est conservée au Centre d’archives du Vieux-Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le musée offre aux visiteurs, à l’année, des expositions permanentes et temporaires mettant en valeur ces collections. Le Jardin du Gouverneur est par ailleurs ouvert du mois de juin à l’Action de grâces. Sans être une reconstitution identique des jardins de la noblesse montréalaise du XVIIIe siècle, il en reproduit l’esprit (voir Jardins historiques). Conçu selon le modèle formel « à la française », il est divisé en trois sections de même grandeur, soit un verger, un jardin ornemental et un potager. Le jardin est entouré d’herbes aromatiques et médicinales et une fontaine en occupe l’espace central, rappelant l’importance de l’approvisionnement en eau.

Le Château Ramezay est un organisme à but non lucratif qui poursuit sa mission grâce à l’apport des bénévoles et de plusieurs partenaires, dont la Ville de Montréal, le Conseil des arts de Montréal, Patrimoine canadien et Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Témoin éloquent de l’histoire de Montréal et du Québec, le Château a été désigné en 2010 par l’UNESCO, en collaboration avec une équipe d’experts, comme étant l’un des 1001 sites qu’il faut avoir vus dans sa vie. Seulement 14 sites canadiens ont reçu cette distinction. Le Château a en outre été désigné lieu historique national du Canada en 1949.

Prix et reconnaissances

Mention au Prix Orange d’Héritage Montréal, pour la reconstitution du Jardin du Gouverneur (2000).

Prix de la Société des attractions touristiques du Québec (en 2002 pour la qualité de son dépliant; en 2008 pour sa stratégie promotionnelle).

Prix d’excellence Mérite national de l’Association des Architectes paysagistes du Canada (2003).

Prix Ulysse de Tourisme Montréal, à titre de lauréat régional des Grands Prix du tourisme québécois (2006 et 2008).

Prix Coup d’Éclat de la Société des attractions touristiques du Québec (2008).

Certificat d’excellence en géotourisme du National Geographic (2009).

Prix Attrait spéciaux de Collectivité en fleurs – édition nationale (2009).

Prix d’excellence en interprétation de l’Association québécoise d’interprétation du patrimoine (2009).

Prix Excellence de la Société des musées québécois (2010).

Certificat de reconnaissance des Daughters of the American Revolution (2010).


Lecture supplémentaire

  • Madeleine Forget et Gilles Lauzon, dir. L'histoire du Vieux-Montréal à travers son patrimoine (Publications du Québec, 2004).

    Martin Fournier, « Musée du Château Ramezay à Montréal », Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française.

    Martin Fournier, Jardins et potagers en Nouvelle-France. Joie de vivre et patrimoine culinaire (Septentrion, 2004).

    Karine Hébert, « Entre champ d’intérêt et objet de pression, le patrimoine : les luttes pour la conservation du Château Ramezay, 1893-1932 », dans Stéphane Savard et Jérôme Boivin, dir., De la représentation à la manifestation. Groupes de pression et enjeux politiques au Québec, XIXe et XXe siècles (Septentrion, 2014), 342-365.

    Lucie K. Morisset, Des régimes d’authenticité. Essai sur la mémoire patrimoniale (Presses universitaires de Rennes et Presses de l’Université du Québec, 2009).

Liens externes