Le désastre du NCSM Kootenay

Le NCSM Kootenay était un destroyer de la marine du Canada. En 1969, un accident en mer tue 9 marins et en blesse 53.

Destroyers de la classe Restigouche
Deux destroyers de la classe Restigouche font le plein de carburant \u00e0 partir du NCSM Provider, navire de soutien opérationnel (avec la permission du Quartier général de la Défense nationale).

Le NCSM Kootenay était un destroyer de la marine du Canada. En 1969, un accident en mer tue 9 marins et en blesse 53. C’est le plus grand désastre de l’histoire de la marine canadienne en temps de paix. Après la tragédie, le Canada modifie sa législation et rend possible le rapatriement des militaires tués à l’étranger.

Destroyer de la classe Restigouche

Le NCSM Kootenay était un destroyer de 111 m, de la classe Restigouche,construit par Burrard Dry Dock, à North Vancouver, en Colombie-Britannique. Le navire rejoint la flottille de la Marine royale du Canada le 7 mars 1959 et reçoit le fanion portant le numéro DDE (destroyer d’escorte) 258. Le navire reste en service actif pendant plus de 30 ans avant d’être mis hors service en décembre 1995.

Explosion

Le NCSM Kootenay quitte son port d’attache, Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 5 septembre 1969 pour participer à des exercices navals, avec des escales prévues aux Bermudes, au Danemark et à Plymouth, en Angleterre. Le 23 octobre, le navire se trouve dans l’Atlantique Nord, à approximativement 210 miles nautiques à l’ouest de Plymouth, au sein d’une flottille de 10 vaisseaux qui reviennent vers leur port d’attache. Le NCSM Kootenay navigue avec un équipage au complet comptant 12 officiers et 237 marins.

Tôt dans la matinée, les NCSM Kootenay et Saguenay se séparent de la flottille pour effectuer des exercices en mer à pleine puissance, des tests de routine trimestriels. Peu après 8 h, alors que le navire avance à pleine puissance, l’équipage entend un son qu’il décrira comme un « son d’orgue devenant de plus en plus aigu ». Quelques secondes plus tard, une énorme explosion secoue la salle des machines et envoie une boule de feu géante dans la coursive intérieure principale du navire. En quelques minutes, une épaisse fumée noire envahit le navire.

Le matelot de deuxième classe Allan Bell, qui a été grièvement brûlé dans l’accident, décrit ainsi la scène horrifiante : « Nous avons entendu un boum, puis il a eu ce mur de flammes qui venait de la boîte d’engrenages de tribord. Le feu a alors entièrement envahi la salle des machines. Presque aussitôt, on s’est tous retrouvés en feu… Imaginez neuf personnes en feu qui essaient de monter à une échelle… Vous brûlez et votre peau se détache… J’étais convaincu que j’allais mourir ».

L’incendie

La fumée qui se répand dans le navire est si épaisse que les hommes doivent chercher les échelles de sortie en avançant sur leurs mains et leurs genoux. La lutte contre l’incendie s’annonce difficile. La plus grande partie de l’équipement de lutte contre le feu est entreposée juste à l’extérieur de la salle des machines et a été endommagée par l’explosion. Des membres de l’équipage s’équipent d’appareils respiratoires pour la plongée pour pouvoir aller chercher les victimes et les aider.

Des équipes supplémentaires pour la lutte contre le feu et les soins médicaux sont rapidement acheminées par hélicoptère vers le Kootenay à partir des autres navires de la flottille. Des dizaines de marins blessés souffrant de brûlures et de l’inhalation de fumées toxiques sont évacués par hélicoptère vers le NCSM Bonaventure. Certains seront transférés par la suite vers des hôpitaux du Royaume-Uni. Huit hommes sont morts.

À midi, l’équipage est parvenu à éteindre le feu et le Kootenay est remorqué par le Saguenay jusqu’à Plymouth.

Controverse

Lorsque le Kootenay arrive à Plymouth, la marine entame les préparatifs pour les funérailles des huit marins. À l’époque, la politique militaire du Canada veut que les membres des forces armées qui meurent à l’étranger doivent aussi y être inhumés. On offre néanmoins le choix aux familles des victimes : un enterrement dans un cimetière en Angleterre ou une immersion en mer. Quatre familles choisissent l’enterrement, quatre autres l’immersion en mer.

La décision de ne pas rapatrier les restes et de limiter le nombre de membres des familles autorisés à assister aux funérailles irrite cependant de nombreuses personnes. Plus tard, Sandra Amos, veuve du matelot de 1re classe Pierre Bourret, racontera à un journaliste : « On m’a dit que je ne pouvais me faire accompagner que d’une seule personne. Les parents de mon mari, qui étaient de Québec, n’ont pas été autorisés à y aller… On leur a interdit de se rendre aux funérailles de leur fils.

Aujourd’hui encore, je trouve ça très dur, d’exclure sa famille des funérailles d’un homme ».

Les membres de l’équipage qui ont survécu à l’accident se plaindront plus tard du traitement que leur a réservé la marine pendant que le Kootenay était en cale sèche à Plymouth, avant son remorquage jusqu’à Halifax. L’un d’entre eux, Jim Stutely, décrit ainsi les conditions à bord du navire : « Pendant les trois semaines qui ont suivi, j’ai vécu dans le poste d’équipage no. 3 […] sur cet atroce bateau-cercueil, noirci et puant, tandis qu’un quidam, au Canada, cherchait quoi faire avec l’équipage […]. J’ai trouvé ça pour le moins révoltant de la part de nos dirigeants ».

Quelques-uns des blessés sont envoyés chez eux par leBonaventure. À quelques jours d’Halifax, l’officier marinier Lewis Stringer, qui souffrait de l’inhalation de fumées, meurt d’une crise cardiaque. C’est l’unique victime de la tragédie à avoir été inhumée sur le territoire canadien.

Le 16 novembre 1969, le Kootenay est remorqué au départ de Plymouth avec à son bord un équipage minimal dépassant tout juste 60 hommes. Le navire arrive à Halifax 11 jours plus tard.

Commission d’enquête

Immédiatement après l’arrivée du navire à Plymouth, la Marine canadienne met sur pied une commission chargée de mener à bien une enquête technique complète. En décembre, les enquêteurs concluent que l’explosion dans la boîte d’engrenages du navire résulte d’une erreur humaine – une installation défectueuse lors de travaux de remise en état, quatre ans plus tôt.

Les auteurs du rapport concluent que « [l]’explosion semble avoir été causée par l’inflammation spontanée de l’huile et des vapeurs d’huile après la surchauffe excessive des roulements haute vitesse des pignons. La cause de cette surchauffe est la pause défectueuse des coussinets à semelles, qui a provoqué un blocage complet de la circulation de l’huile ».

La commission d’enquête a présenté un certain nombre de recommandations concernant l’emplacement de l’équipement de lutte contre le feu, la formation aux premiers soins ainsi que l’emplacement et la géométrie des trappes d’évacuation.

Dans leur rapport, les enquêteurs saluent par ailleurs les actes de courage de l’équipage du Kootenay. Ils mentionnent notamment que de nombreux marins se sont rués sur le site de l’explosion « sans se préoccuper de leur propre sécurité afin de sauver des vies et d’aider les hommes piégés dans des recoins isolés », et concluent que les officiers et les hommes à bord « se sont comportés de manière méritoire » pour combattre l’incendie et sauver le navire.

Retombées de l’accident

La décision de ne pas rapatrier les restes des hommes tués dans l’accident a soulevé la colère au Canada. La politique militaire d’enterrer les personnels à l’endroit où ils sont morts remontait à la Première et à la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le très grand nombre de morts rendait impossible le rapatriement des corps. Peu après la tragédie du Kootenay, le Parlement du Canada décide cependant de modifier la loi. Aujourd’hui, les restes de tous les militaires morts à l’étranger sont rapatriés et confiés à leurs familles.

En 1972, six membres de l’équipage du NCSM Kootenay ont été médaillés en reconnaissance de leur bravoure. La Croix de la vaillance a été décernée à titre posthume au premier maître V.O. Partanan et à l’officier marinier Lewis Stringer. L’Étoile du courage a été décernée à l’enseigne de vaisseau de 1re classe Clark Reiffenstein (à titre posthume) et à l’officier marinier Clément Bussière. La Médaille de la bravoure a été décernée au premier maître Robert George et à l’officier marinier Gerald Gillingham.

À Halifax, le Kootenay a fait l’objet d’importants travaux de remise en état et a été remis en service en janvier 1972. Le navire a été mis hors service le 18 décembre 1996.

En 2002, la marine a ouvert les portes d’un nouveau centre de formation à la lutte contre les incendies à la Base des Forces canadiennes Halifax. Le centre est baptisé « Centre d’instruction en matière de lutte contre les avaries Kootenay »en l’honneur des victimes et pour se rappeler les leçons apprises à l’issue de cette tragédie.

Liste des victimes de la tragédie du NCSM Kootenay

Matelot de 1re classe Pierre S. Bourret

Matelot de 1re classe Thomas Gordon Crabbe

Officier marinier Eric George Harman

Matelot de 3e classe Michael Alan Hardy

Premier maître Vaino Olavi Partanen

Premier maître William Alfred Boudreau

Matelot de 1re classe Gary Wayne Hutton

Matelot de 3e classe Nelson Murray Galloway

Officier marinier Lewis J. Stringer


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