Nouvel An chinois au Canada

Le Nouvel An chinois, aussi nommé le Festival du printemps ou la Nouvelle Année lunaire, est célébré au Canada et dans plusieurs autres pays. Cette fête des plus animées pour la population chinoise du Canada (qui regroupe plus de 1,3 million de personnes établies principalement à Toronto, Vancouver et Montréal) est aussi célébrée par les Canadiens originaires du Viêt Nam, de la Corée et de l’Asie du Sud-Est. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un jour férié au Canada, plusieurs lieux d’affaires chinois ferment leurs portes ou réduisent leurs heures de travail pour l’occasion. Depuis le 1er juin 2016, cette célébration est reconnue comme fête officielle du Canada.

Timbre du Dragon 2012, Postes Canada
Postes Canada a émis un timbre commémoratif, en hommage à la Nouvelle Année lunaire 2012, l'Année du Dragon qui débutera le 23 janvier (dessin de Louis Fishauf, avec la permission de Postes Canada).
danseurs chinois
des danseurs faisant partie de la parade du nouvel an chinois 2010, vacouver (avec la permission du Vancouver Sun).

Brève histoire des Sino-Canadiens

Les premiers Chinois à s’établir au Canada sont 50 artisans qui accompagnent en 1788 le capitaine John Meares, venu bâtir un poste de traite pour favoriser l’expansion du commerce des peaux de loutre de mer entre Guangzhou, en Chine, et le détroit de Nookta, en Colombie-Britannique. Les Espagnols, qui tentent d’établir un monopole sur la côte ouest, expulsent le capitaine Meares, laissant toutefois beaucoup de ces Chinois s’établir dans la région. Parmi eux, quelques-uns épouseront des femmes autochtones.

En 1858, des immigrants chinois commencent à arriver de San Francisco, attirés par la ruée vers l’or du fleuve Fraser. Barkerville, en Colombie-Britannique, devient ainsi la première communauté chinoise du Canada. En 1860, la population sino-canadienne est d’environ 7 000 personnes. Bon nombre de ces premiers immigrants sont de jeunes paysans du sud de la Chine amenés au Canada pour participer à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique (voir aussi L’Autre dernier crampon). C’est d’ailleurs la création de ce lien ferroviaire transnational qui favorise le développement de nombreuses communautés chinoises à travers le Canada. Aujourd’hui, les Canadiens d’origine chinoise y constituent le troisième groupe ethnique en importance, après les Canadiens anglais et les Canadiens français.

Quartier chinois de Vancouver, vers 1955.
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Le Quartier chinois de Montréal
Vue de la rue de la Gauchetière du Quartier chinois de Montréal. Photo par Jean Vaillancourt, 14 septembre 2014
Calgary Chinese Cultural Centre
Le Centre est un bâtiment unique présentant d'authentiques éléments de l'architecture classique chinoise, dont le Temple du ciel, une réplique du temple sacré consacré aux Empereurs de Chine (avec la permission du Chinese Cultural Centre).

Pourquoi le Nouvel An chinois n’est-il jamais célébré à la même date?

Le Nouvel An chinois marque le premier jour du calendrier de la Nouvelle Année, qui date d’il y a beaucoup plus longtemps que le calendrier grégorien courant. Il s’agit d’un calendrier luni-solaire basé sur les observations astronomiques de la longitude du soleil et des phases de la lune. Le début de la nouvelle année est calculé en déterminant la nouvelle lune qui sera la plus proche du début du printemps dans l’hémisphère nord, ou Lìchūn. L’année chinoise débute toujours entre le 21 janvier et le 21 février. La plupart du temps, la nouvelle année commence 11 jours (parfois 10 ou 12) avant la date de l’année précédente. Cependant, si cette date ne se situe pas entre le 21 janvier et le 21 février, un mois intercalaire s’ajoute et la Nouvelle Année chinoise arrive alors 19 ou 18 jours plus tard.

Symboles

Le Nouvel An chinois comporte plusieurs symboles, comme les fleurs, qui occupent une place de choix dans les décorations de la fête. Très souvent, les foyers et les commerces affichent des messages écrits qui apportent la chance; ces messages sont habituellement tracés à l’aide d’un pinceau sur un morceau de papier rouge plié en forme de diamant. On voit aussi dans les foyers et autres lieux des tangerines et des oranges, considérées comme un signe de chance et de fortune.

Célébrations et traditions

La nouvelle année lunaire est un temps pour partager la nourriture avec les moins nantis et pour participer à des activités charitables. Les célébrations durent plusieurs jours et sont marquées par divers événements tels des spectacles où danse, tambours et robes traditionnelles sont à l’honneur, des feux d’artifice, des dégustations de mets spéciaux et des activités d’art et d’artisanat. Les défilés du Nouvel An chinois dans lesquels les fameux danseurs lions tiennent la vedette sont sans doute le point culminant des fêtes. Dansant l’une derrière l’autre, plusieurs personnes glissées dans un costume transportent au-dessus d’elles le corps du lion, la première portant un masque représentant la tête de l’animal. La danse, qui varie selon les régions, est vigoureuse; le lion rugit, s’agite et se déplace en faisant bouger sa tête, s’arrêtant parfois pour se gratter ou faire d’autres mimiques félines.

Le lion ainsi personnalisé est un personnage mythologique haut en couleurs et très complexe dont les origines exactes ont été perdues au cours des siècles; on croit toutefois que son existence remonte à la dynastie de Han (c. 205 avant notre ère à 220 de l’ère commune). Plusieurs légendes en expliquent l’importance, dont l’une qui le dit Nian Shou, une bête horrible et maléfique qui habite sous l’eau ou dans les montagnes et qui terrorise année après année les villageois chinois en attaquant et en dévorant les gens ‒ de préférence les enfants ‒ au tout début du printemps, donc au commencement de la nouvelle année. Une année, cependant, le monstre est vaincu par un lion, qui le chasse. Nian promet toutefois de revenir l’année suivante. Or, comme cette année-là les villageois n’ont pas de lion pour les protéger, ils s’unissent pour en créer un afin de chasser la bête. Ils fabriquent un costume de lion que deux d’entre eux s’empressent d’enfiler. Comme le monstre a la réputation de craindre les bruits forts et la couleur rouge, les porteurs du costume lui font peur dès qu’il entre dans le village et commence à faire du chahut, pendant que les autres villageois, vêtus de rouge, frappent sur des casseroles et lancent des pétards. L’opération est une réussite, car la bête s’enfuit. Depuis, la couleur rouge, les tambours et les feux d’artifice font bonne figure pendant les festivals du Nouvel An chinois. À cette occasion, les familles se réunissent et offrent d’ailleurs en cadeau des enveloppes rouges (appelées Hong Bao Ang Pao ou Lai See) contenant de l’argent. Ces cadeaux traditionnels sont habituellement offerts aux enfants. La couleur rouge de l’enveloppe symbolise le bonheur, la chance, le succès et la bonne fortune.

Chaque année du calendrier lunaire chinois est associée à l’un des 12 animaux de l’horoscope chinois, qui possèdent tous des caractéristiques particulières. Ainsi, le lapin est renommé pour son talent et ses qualités affectueuses, malgré sa timidité; il travaille bien en compagnie d’autres personnes et réussit bien en affaires. Quant au dragon, quoique têtu, on lui prête un cœur tendre et un côté passionné et on le dit en santé et plein d’énergie. Le Nouvel An dit adieu à un animal et souhaite la bienvenue au suivant. Par exemple, l’année 2016 était l’Année du Singe et 2017, l’Année du Coq.

Importance au Canada

Depuis 1997, Postes Canada émet pour souligner le Nouvel An chinois des timbres représentant le signe astrologique de l’année courante. Depuis 1999, le service postal propose des timbres de différentes valeurs : un pour le courrier domestique de première classe, et un pour le courrier international (ce dernier étant aussi offert en feuillet souvenir).

Enfin, il faut souligner qu’au Canada, le Nouvel An chinois revêt un caractère public. Dans de nombreuses villes du pays, des Canadiens de diverses origines et confessions religieuses prennent part aux festivités. Tout comme Noël et Hannoucah, cette fête est soulignée chaque année par le premier ministre, qui pour l’occasion offre ses vœux à tous les Sino-Canadiens. Enfin, le 1er juin 2016, le Parlement du Canada a adopté une proposition visant à reconnaître le Nouvel An chinois comme fête officielle au Canada.

Voir aussi Fêtes religieuses au Canada; Quartier chinois de Montréal.