Le style néo-gothique et d'autres styles renaissants dans l'architecture canadienne du XXe siècle

À partir des années 1880, les architectes se mettent à intégrer à des contextes modernes des éléments de style gothique tardif.

Hart House
Située sur le campus de l'U. de Toronto, Hart House a été érigée gr\u00e2ce \u00e0 un don de la famille Massey et porte le nom de Hart Massey (photo des archives de l'U. de Toronto).

Le style néo-gothique et d'autres styles renaissants dans l'architecture canadienne du XXe siècle

 Au début du XXe siècle, les architectes canadiens choisissent souvent le style néo-classique, mais d'autres styles renaissants apparaissent de plus en plus dans l'ARCHITECTURE canadienne, particulièrement entre les deux guerres mondiales. Parmi les styles les plus importants dans l'architecture canadienne de l'époque, notons le style néo-gothique qui voit le jour au Royaume-Uni et qui devient rapidement incontournable sur les campus des universités américaines, puis canadiennes.

À partir des années 1880, les architectes se mettent à intégrer à des contextes modernes des éléments de style gothique tardif. Au Canada, un excellent exemple du style néo-gothique est la HART HOUSE située sur le campus de l'Université de Toronto, l'un des plus vieux et des plus polyvalents établissements pour les étudiants de premier cycle en Amérique du Nord. L'extérieur de cet édifice est de style néo-gothique. L'édifice porte le nom de Hart MASSEY, fabricant et philanthrope du Haut-Canada qui reprend la Newcastle Foundry, l'entreprise de son père, et en fait l'une des sociétés spécialisées dans la machinerie agricole les plus importantes du monde, la Massey Manufacturing Company. La Hart House est l'œuvre de SPROATT AND DARLING qui conçoit The Arts and Letters Club de Toronto également dans ce style; il s'agit d'un édifice remarquable pour son intérieur orné de blochets.

Le hall de l'Université McMaster située à Hamilton, conçu par W.L. Somerville avec J. Francis Brown et construit en 1929-1930, est un autre exemple de style néo-gothique au Canada. À l'Université de Western Ontario située à London, plusieurs édifices sont conçus dans ce style de 1920 à 1960. Dans les années 1920, l'Arts Building (maintenant le University College) et le Natural Science Building (maintenant le Physics and Astronomy Building) sont érigés dans le style néo-gothique, tout comme la tour particulière du collège universitaire (renommée plus tard la Middlesex Memorial Tower). Le style est utilisé jusqu'en 1960, année de la construction du Middlesex College et d'une autre tour particulière. À Montréal, Harold Lea Fetherstonhaugh conçoit le Divinity Hall de l'Université McGill (connu depuis 1972 sous le nom de William et Henry Birks Building) dans le style néo-gothique.

Parmi les exemples d'édifices de l'Ouest canadien de style néo-gothique, notons le Saskatchewan Hall (1910) situé sur le campus de l'Université de la Saskatchewan à Saskatoon, ainsi que son College of Agriculture (1910-1912) et l'Administration Building, tous conçus par les architectes Browne et Valance. Sur la côte Ouest, le campus de l'Université de la Colombie-Britannique présente des éléments de style néo-gothique, par exemple le Science Building, 1914-1925. Cet édifice est l'œuvre de George L. Thornton Sharp et Charles J. Thompson, deux architectes formés en Angleterre qui remportent une compétition visant à concevoir les édifices du campus. La Point Grey Secondary School (Tinley et Matheson) située à Vancouver est un autre exemple tardif du style néo-gothique sur la côte Ouest.

Même s'il est très utilisé, le néo-gothique n'est pas le seul style renaissant choisi par les architectes et les clients canadiens. Le style Tudor refait son apparition dans les Banff Gates (Harold C. Beckett, 1934) et on peut voir le style néo-byzantin au Musée royal de l'Ontario à Toronto (Chapman et Oxley, 1931-1932).

Chapman et Oxley utilisent le style roman dans l'architecture de la synagogue du temple Holy Blossom (1936-1937). Les congrégations juives choisissent ce style en partie pour se démarquer des styles néo-gothique et classique qui sont associés à des confessions chrétiennes. Holy Blossom est un exemple important de l'utilisation d'une structure en béton armé qui permet de ne pas rompre la ligne intérieure par des colonnes portantes.

Vers les années 1940, le modernisme supplante presque complètement les styles renaissants. Ce n'est qu'avec le postmodernisme (depuis les années 1980) que les références à une architecture historique réapparaissent dans la pratique architecturale canadienne. Dans le cas de la Joseph S. Stauffer Library (1994) de l'Université Queen's à Kingston en Ontario, les architectes de Kuwabara Payne McKenna Blumberg utilisent un revêtement et un assemblage en pierre dans la tradition néo-gothique. La nouvelle bibliothèque, dotée de contreforts pointus qui rappellent l'architecture gothique, est revêtue de calcaire pour s'harmoniser avec les édifices existants du campus, tels que le Grant Hall ou la Douglas Library, mais elle est clairement de la période contemporaine.

Le style néo-gothique fournit un bon exemple d'un style architectural canadien qui est utilisé consciemment pour évoquer des connotations positives - dans le cas présent, celles de l'éducation, de la tradition et du raffinement. À ce titre, il a joué un rôle majeur sur les campus des universités canadiennes et pourrait continuer de le faire dans de futures constructions.


Lecture supplémentaire

  • Shannon Ricketts, Leslie Maitland, Jacqueline Hucker, A Guide to Canadian Architectural Styles (2003).