Lenny Breau

Leonard Harold Breau, guitariste, chanteur, compositeur (né le 5 août 1941 à Auburn, ME, décédé le 12 août 1984 à Los Angeles, CA).

Breau, Lenny
Guitariste de jazz (avec la permission de Emily Hughes).

Leonard Harold Breau, guitariste, chanteur, compositeur (né le 5 août 1941 à Auburn, ME, décédé le 12 août 1984 à Los Angeles, CA). Personnage culte révéré du monde de la guitare jazz et intronisé au Canadian Music Hall of Fame (Panthéon de la musique canadienne), Lenny Breau était un technicien de génie doté d’un style délicat et singulier. Il était renommé pour la richesse de son répertoire musical – du country au classique en passant par le flamenco, le folk et le jazz – et pour son aptitude à jouer de la guitare comme l’on joue du piano, utilisant les doigts de sa main droite seuls ou en paires, de manière indépendante, pour exécuter la basse, la mélodie et les accords, et jouant ainsi plusieurs voix simultanément. Il n’a enregistré que rarement et était autant réputé pour ses abus de drogues et ses tendances autodestructrices que pour son talent musical. La légende qui entoure son personnage s’est amplifiée après son décès en 1984, qui demeure un homicide non résolu.

Son enfance et ses débuts

Breau né dans le Maine de parents acadiens – le chanteur de country Hal « Lone Pine » Breau et la jodleuse Betty Cody – qui se produisaient fréquemment sur scène et à la radio. Lone Pine enregistra également chez Banff et RCA et composa des chansons telles que « I Hear the Prairies Calling » et « Prince Edward Island is Heaven to Me ». Breau a sept ans lorsque sa famille déménage dans les Maritimes. Ses parents passent alors sur deux radios locales, CKCW Moncton et CFBC Saint John, et sur CBC, au niveau national.

Breau se montre doué pour la musique dès l’âge de trois ans. Il commence à jouer de la guitare à huit ans, accompagne ses parents sur scène à douze ans et devient une vedette au sein du groupe à partir de quinze ans. Il est alors surnommé « Lone Pine Junior ». Il apprend lui-même la technique de fingerpicking et fingerstyle de Chet Atkins après l’avoir entendu à la radio. Il se consacre alors de manière si exclusive à la guitare qu’il abandonne l’école alors que selon certains, il ne sait alors qu’à peine lire et écrire.

En 1957, la famille de Breau arrive à Winnipeg où ses parents ont été embauchés pour animer une émission quotidienne d’une demi-heure sur la chaîne radiophonique CKY. Il joue régulièrement avec ses parents, reçoit des conseils du pianiste de jazz Bob Erlendson et épaule lui-même le jeune Randy Bachman, qu’il a rencontré lors de l’un de ses concerts. (Bachman dira que Breau lui « a tout enseigné sur la guitare » et qu’il l’a inspiré pour plusieurs morceaux, notamment « Undun », le succès du groupe The Guess Who.)

À 20 ans, Breau a déjà développé une facilité pour le jazz, le country, le flamenco et le folk qui fait l’admiration de tous. Il démontre un intérêt particulier pour le jazz – son père le gifle après un concert pour avoir improvisé une partie jazz en plein milieu d’un morceau – et il se concentre dorénavant sur le style du pianiste Bill Evans qu’il cherche à imiter.

Sa carrière d’adulte

La virtuosité, l’éclectisme et l’innovation technique du jeune Breau ont attiré l’attention d’un impresario qui le fait venir à Toronto en 1961. Breau refuse alors l’offre qui lui est faite de se joindre au groupe de Tony Bennett et préfère plutôt jouer avec Don Francks et Ian Henstridge. Il apparaît ainsi avec eux au sein du trio Three dans le documentaire Toronto Jazz (1962) de l’ONF. Le trio sort ensuite l’album live At the Purple Onion (1963) et se produit durant les émissions du réseau de télévision américain animées par Jackie Gleason et Joey Bishop.

Breau mène une vie d’adulte nomadique et sa carrière est fréquemment interrompue par son combat contre la toxicomanie et la dépression. Après quelques apparitions à New York et à Toronto, où il se produit dans des boîtes de nuit et des cafés tels que la George's Spaghetti House et le Riverboat, il revient à Winnipeg. On le voit alors sur les plateaux d’émissions télévisées locales de la CBC telles que Teenbeat, Music Hop et sa propre émission, The Lenny Breau Show. Il apparaît également dans le profil réalisé par la CBC, One More Take (1968).

En 1967, Breau rencontre son idole, Chet Atkins, et refuse l’offre qui lui est faite d’enregistrer pour RCA avant d’accepter finalement d’enregistrer un album à Nashville, avec Atkins comme producteur. Ses deux premiers albums – Guitar Sounds from Lenny Breau (1968) et The Velvet Touch of Lenny Breau – Live! – ne sont pas des succès commerciaux mais font de Breau une sorte de légende parmi les musiciens.

Actif à la fois dans la pop et le jazz, Breau accompagne Peter Appleyard, Beverly Glenn-Copeland, George Hamilton IV, Gene MacLellan, Malka, Anne Murray et bien d’autres. Dans ses groupes de jazz, on retrouve des binômes bassiste-batteur tels que Ron Halldorson et Reg Kelln, Don Thompson et Terry Clarke, Billy Meryll et Dave Lewis, et Michel Donato et Claude Ranger.

Breau enregistre plusieurs de ses propres compositions, dont certaines sont conçues de manière très informelle, notamment « Taranta », « Spanjazz », « Lone Pine », « Five O'Clock Bells » et divers thèmes de blues. Il publiera au total dix albums mais n’a jamais dépassé le statut de phénomène underground. The Legendary Lenny Breau (1979), souvent considéré comme son meilleur enregistrement, a été publié par une obscure maison de disque qui n’a vendu les copies que par correspondance.

Entre 1975 et 1981, Breau reste à l’extérieur du Canada après avoir été accusé de trafic de marihuana à Toronto. (Il ne sera finalement inculpé que de simple possession et condamné à une amende de 1000 $.) Durant cette période, Breau vit à Nashville, dans le Maine, à New York et à Los Angeles où il finit par s’installer. Il enregistre de manière intermittente, habituellement en style country ou solo, et passe également du temps à enseigner et à se produire sur scène. Il revient occasionnellement au Canada. Un enregistrement de ses concerts au côté du bassiste Dave Young, au club Bourbon Street de Toronto, sera diffusé en 1995, à titre posthume. Il apparaît également dans le documentaire Talmadge Farlow (1981) réalisé pour la télévision américaine et il est l’auteur d’une colonne dans le magazine Guitar Player.

Décès

Le 12 août 1984, Breau est retrouvé mort dans une piscine située sur le toit de l’immeuble où il vit à Los Angeles. Le rapport d’autopsie conclut qu’il a été étranglé et sa mort a été déclarée comme étant un homicide. Aucune inculpation n’a cependant été prononcée et l’affaire n’a jamais été résolue.

Style et technique de jeu

La technique fingerstyle de Breau, unique et innovatrice, a ouvert la voie à de nouvelles possibilités mélodiques et harmoniques qui n’avaient jamais été explorées jusqu’alors par les guitaristes de jazz. Plus tard dans sa carrière, Breau commence à jouer sur une guitare à sept cordes faite sur mesure, montée avec une corde en La aigu accordée deux octaves au-dessus de la cinquième corde. Cette configuration lui permettait de reproduire à la guitare ce que peuvent faire les pianistes : développer simultanément de manière linéaire et en accords.

La fluidité et la pureté technique de son style de jeu ne l’empêchent pas d’avoir des facettes impressionnistes et d’être emprunt d’un certain lyrisme. Il transporte dans son étui à guitare un Renoir, en guise d’inspiration, et s’est lui-même décrit comme « un coloriste qui superpose les couleurs et les nuances en variant sa technique et son toucher des cordes » [Trad. libre]. Il a précisé que son objectif était « de produire des sons visibles avec les yeux fermés » [Trad. libre]. Sa maîtrise raffinée d’harmoniques rappelant celles des carillons a été imitée par de nombreux guitaristes.

Influence et héritage

Chet Atkins a qualifié Breau de plus grand guitariste du monde et ajouté que « si Chopin avait joué de la guitare, il aurait joué comme Lenny Breau » [Trad. libre]. Le guitariste Danny Gatton a quant à lui déclaré que « la richesse du jeu de Lenny Breau dépassait tout ce que pouvait produire n’importe quel autre guitariste, et ce avec émotion et musicalité; qu’il était le meilleur de tous, sans exception. » [Trad. libre]. Pat Metheny a mentionné que Breau avait eu une influence majeure, que « sa technique de jeu était fondamentalement innovatrice et que personne n’avait vraiment réussi à suivre ses pas » [Trad. libre].

Randy Bachman a fondé en 1995 la maison de disque indépendante Guitarchives dans le seul but de republier certains des albums de Breau, tels que Cabin Fever, Live at Bourbon Street, Chance Meeting, Boy Wonder, Mosaic et la vidéo Master Class. D’autres albums ont été republiés à titre posthume par Art of Life Records, notamment Swingin' on a Seven String (2005), At the Purple Onion (2004) et The Hallmark Sessions. Breau est le sujet central du documentaire The Genius of Lenny Breau, produit par sa fille Emily Hughes en 1999.

Prix

Membre du Canadian Music Hall of Fame (Panthéon de la musique canadienne) (1997)

Une version de cet article a été publiée initialement dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.


Lecture supplémentaire

  • Ron Forbes-Robert, One Long Tune: The Life and Music of Lenny Breau (2006).