Leonard Cohen

Leonard Norman Cohen, C.C., G.O.Q, poète, romancier, auteur-compositeur-interprète (né le 21 septembre 1934 à Montréal, QC; décédé le 7 novembre 2016 à Los Angeles, en Californie). Leonard Cohen a été un des artistes canadiens les plus révérés du 20e siècle. Artiste sage, spirituel, bohème et romantique, il a produit un ensemble d’œuvres littéraires acclamé et s’est bâti une grande carrière dans l’industrie de la musique populaire. Dans sa poésie, ses romans et sa musique, il se questionne constamment sur la condition humaine et puise dans les thèmes de l’amour, du deuil, et de la mort et son engagement pour son art. Improbable vedette poétique de la pop, Leonard Cohen s’est démarqué par l’imagerie intense et la profondeur de ses paroles — qu’il livre à l’aide de sa voix bourrue au registre restreint s’étant intensifiée et assombrie avec l’âge — et des mélodies simples et chantantes. En plus d’être Compagnon de l’Ordre du Canada, il a été intronisé au Panthéon de la musique canadienne, aux panthéons canadiens et américains des auteurs-compositeurs, au Panthéon du rock and roll et à l’Allée des célébrités de la musique folk. Il a aussi reçu le prix Glenn Gould, huit prix Juno et un prix Grammy pour l’ensemble de son œuvre, entre autres nombreuses récompenses.



Leonard Cohen \u00e0 Gen\u00e8ve, Suisse, 27 octobre 2008.

Milieu familial

Né d’une famille traditionnelle juive à Westmount, au Québec, Leonard Cohen est le deuxième enfant de Masha Klinitsky-Klein et Nathan Bernard Cohen. Le grand-père de Leonard Cohen, le polonais Lyon Cohen, est une importante figure de la communauté montréalaise juive. En effet, en plus d’être propriétaire de la compagnie Freedman, un des plus grands manufacturiers de vêtements de la ville, il cofonde le premier journal juif de langue anglaise au Canada, The Jewish Times, et est le premier président du Congrès juif canadien. Il est également connu pour avoir aidé des réfugiés juifs qui ont fui l’Empire russe à s’installer au Canada. Le rabbin Solomon Klinitsky-Klein, père de Masha, est un des réfugiés que Lyon Cohen a aidés à Montréal.

Masha Klinitsky-Klein, une infirmière diplômée, immigre au Canada de la Lithuanie avec sa famille. Le père Leonard Cohen, Nathan, est lieutenant durant la Première Guerre mondiale; il participe plus tard à la gestion de la compagnie Freedman, jusqu’à sa mort en 1944. Leonard n’a alors que 9 ans.

Enfance et formation

Leonard Cohen fréquente l’école primaire Roslyn, puis l’école secondaire Herzliah, une école privée juive. En 1948, il est transféré à l’école secondaire de Westmount, où il devient président du conseil des étudiants et participe à de nombreuses productions théâtrales. Il fréquente également l’école hébraïque à la synagogue Shaar Hashomayim, où ses parents sont très impliqués.

Leonard Cohen cultive un intérêt pour l’écriture, en particulier la poésie, dès le plus jeune âge. À 15 ans, sous l’influence de la musique country et western, il commence à jouer de la guitare. Pendant un moment, il suit également des cours de guitare flamenco avec un musicien espagnol qu’il rencontre près de chez lui, aux abords d’un terrain de tennis. Plus tard, son enseignant le convainc de délaisser sa guitare à cordes d’acier pour la guitare classique avec des cordes en nylon, celle qui deviendra son instrument de prédilection tout au long de sa carrière.

Leonard Cohen, musicien
Cohen était déj\u00e0 l'un des écrivains canadiens les plus influents et les plus populaires avant que ses chansons ne lui valent une renommée internationale (photo d'Alexander W. Thomas).

Leonard Cohen obtient un diplôme en littérature anglaise en 1955 de l’Université McGill. Pendant ses études à McGill, il suit un cours de poésie avec Louis Dudek et un cours de prose sous la tutelle de Hugh MacLennan. Il rencontre également le poète Irving Layton, qui devient son ami et mentor. Ses premières lectures de poèmes, Leonard Cohen les fait dans une boîte de nuit montréalaise avec un accompagnement jazz; il joue également de la musique au sein d’un groupe country, les Buckskin Boys.

Débuts

Les premiers poèmes de Leonard Cohen sont publiés en 1954 dans la revue littéraire CIV/n. Peu après avoir obtenu son diplôme, il publie son premier recueil, Let Us Compare Mythologies (1956; trad. Comparons nos mythologies), dans le cadre des McGill Poetry Series dirigées par Louis Dudek. Le recueil contient des poèmes que Leonard Cohen a écrits de 15 à 20 ans. Let Us Compare Mythologies est réimprimé en 1966, puis à nouveau en 2007.

Après son baccalauréat, Leonard Cohen entreprend des études à la Faculté de droit de McGill, mais abandonne après un semestre. De 1956 à 1957, il entreprend une maîtrise à l’École d’études générales de l’Université Columbia qu’il ne finit pas non plus. Il rentre à Montréal en 1957 et occupe une foule de petits emplois, dont un poste à la compagnie Freedman. C’est à cette époque qu’il écrit un roman inédit, The Ballet of Lepers. En 1959, il signe une entente avec la maison d’édition McClelland & Stewart et reçoit une bourse de 2 000 dollars du Conseil des arts du Canada pour l’écriture d’un roman. La bourse, en plus de l’argent dont il hérite de son père et de sa grand-mère, lui permet de poursuivre une carrière d’écrivain.

Carrière littéraire, de 1960 à 1970

Leonard Cohen s’installe brièvement à Londres, en Angleterre en 1959, puis déménage sur l’île grecque d’Hydra. Bien qu’il revienne à l’occasion en Amérique du Nord, la Grèce demeure sa principale résidence pendant les sept années suivantes. Là-bas, il publie trois recueils de poésie, The Spice-Box of Earth (1961; trad. La Boîte à épices de la terre), Flowers for Hitler (1964; trad. Des fleurs pour Hitler) et Parasites of Heaven (1966; trad. Les Parasites du ciel), et deux romans, The Favourite Game (1963; trad. Jeux de dames) et Beautiful Losers (1966; trad. Les Perdants magnifiques).

La poésie de Leonard Cohen est bien reçue tant par le public que les critiques; la réception est telle, en fait, que le jeune auteur est vu comme un talent à suivre au Canada. Jack McClelland, de McClelland & Stewart, rejette toutefois la première version de son premier roman, The Favourite Game, parce qu’il le trouve trop autobiographique et trop centré sur le sexe. C’est donc la maison d’édition britannique Secker and Warburg qui le publie, en 1963; McClelland & Stewart finit par le publier en 1970.

Malgré ces difficultés, Leonard Cohen gagne le premier prix du Concours littéraire du Québec pour The Favourite Game en 1964. La même année, McClelland organise une tournée des universités canadiennes pour que Leonard Cohen y lise ses poèmes. Le cinéaste Donald Brittain capte sa performance à l’Université McGill dans le cadre de Ladies and Gentlemen, Mr. Leonard Cohen (1965), un documentaire primé produit par l’Office national du film.

Si Leonard Cohen profite d’une popularité qui ne cesse de croître, on ne peut pas en dire autant de toutes ses œuvres. En effet, Beautiful Losers, le second roman de Leonard Cohen, reçoit des critiques mitigées et souffre de ventes très faibles en raison de son contenu sexuellement explicite. Aujourd’hui, le roman est considéré comme l’un des premiers romans postmodernes du Canada et fait partie du canon littéraire canadien. À l’époque, toutefois, Leonard Cohen est frustré; il part donc explorer la scène folk naissante à New York en 1966.

En 1968, pour tirer profit du succès du premier album de Leonard Cohen comme auteur-compositeur-interprète, McClelland & Stewart lance un recueil de poèmes intitulé Selected Poems 1956-1968 (1968; trad. Poèmes choisis 1956-1968). L’ouvrage se vend à 200 000 exemplaires dans les premiers mois de publication et reçoit le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie poésie de langue anglaise. Leonard Cohen, toutefois, refuse le prix, sous le prétexte que, comme le rapporte le Globe and Mail, « le monde est un endroit impitoyable et il ne veut en recevoir aucun cadeau. »

Carrière littéraire, de 1970 aux années 2000

Dans les années 1970, Leonard Cohen n’écrit que de façon sporadique. The Energy of Slaves (1972; trad. L’énergie des esclaves) est composé d’« anti-poèmes » qui rejettent le statut de poète de leur auteur, tandis que les poèmes de Death of a Lady’s Man (1978; trad. Mort d’un séducteur) sont accompagnés de commentaires souvent amers et ironiques.

En 1984, il lance Book of Mercy (1984; trad. Le Livre de miséricorde), un recueil qui lui permet de renouer avec la richesse de sa langue et de réintroduire une notion d’émerveillement religieux. Leonard Cohen décrit les poèmes de Book of Mercy comme des prières, tandis que le Globe and Mail en parle comme de « la victoire éloquente de l’esprit humain se battant contre lui-même ». En 1985, l’ouvrage gagne le prix de poésie de la Canadian Authors Association en 1985.

Un des volumes majeurs dédiés à Leonard Cohen est Stranger Music: Selected Poems and Songs (1993; trad. Étrange musique étrangère). Publié en 1993, il inclut des œuvres déjà publiées et des versions révisées de poèmes plus vieux. En 2006, il publie son premier livre de poésie inédite en 22 ans, Book of Longing (2006; trad. Le livre du désir). L’ouvrage contient 167 nouveaux poèmes et plus de 40 dessins faits par Leonard Cohen lors de visites à Los Angeles, à Montréal, à Mumbai et en Californie, ou en résidence dans un monastère zen près de Los Angeles. Book of Longing se hisse en tête du palmarès des ventes au Canada.

1966-1969 : débuts musicaux

Le 14 février 1966, lors d’un récital de poésie à l’Association hébraïque des jeunes hommes de la 92nd Street à New York, Leonard Cohen chante « The Stranger Song ». Ses lectures de poèmes se transforment bientôt en concerts, et ses chansons, reprises par d’autres interprètes, deviennent très rapidement populaires. À New York, Judy Collins chante et enregistre plusieurs des chansons de Leonard Cohen, plus particulièrement « Suzanne », le présentant ce faisant à certains de ses auditoires. En 1967, Leonard Cohen donne des prestations au Festival de musique folklore Mariposa et à celui de Newport, ainsi qu’à l’Expo 67. Au festival de folk de Newport, il attire l’attention d’un représentant de Columbia Records qui lui fait rapidement signer un contrat. La même année, la musicienne Norma Beecroft s’inspire des poèmes de Leonard Cohen pour composer Elegy et Two Went to Sleep.

Le premier enregistrement de Leonard Cohen, Songs of Leonard Cohen, sort en 1967. Bien que rudimentaire sur le plan musical pour l’époque, l’album a une immense influence et comporte plusieurs de ses chansons les plus durables, notamment « Suzanne », « The Stranger Song », « So Long Marianne » et « Hey, That’s No Way To Say Goodbye ». L’album se vend à plus de 50 000 exemplaires et reçoit ce faisant une certification or au Canada.

En 1969, Leonard Cohen lance Songs from a Room, un deuxième album qui comprend une de ses chansons les plus populaires, « Bird on a Wire ». L’album se rend en deuxième place des palmarès britanniques et au 63e rang du palmarès Billboard 200, en plus d’être certifié or au Canada.

Carrière musicale, décennie 1970

En 1970, Leonard Cohen entreprend une tournée aux États-Unis et en Europe. Au festival de l’île de Wight, il captive un public d’environ 600 000 personnes. Cette performance paraît en 2009 dans un album CD/DVD live intitulé Live at the Isle of Wight 1970. La même année, Brian Macdonald chorégraphie The Shining People of Leonard Cohen, un ballet qui interprète des vers de la poésie de Leonard Cohen et les intègre à la musique électronique de Harry Freedman.

En 1971, Leonard Cohen lance Songs of Love and Hate, qui inclut les chansons « Joan of Arc », « Avalanche » et une de ses chansons les plus connues, la mystérieuse et lancinante « Famous Blue Raincoat ». Tout comme son dernier album studio, Songs of Love and Hate est très bien reçu au Royaume-Uni, se rendant au 4e rang des palmarès. Le chanteur lance un premier album live en 1973, Live Songs, qui compile des performances enregistrées lors de spectacles sur le Vieux Continent en 1970 et 1972. L’année suivante paraît un quatrième album studio, New Skin for the Old Ceremony (1974), certifié argent au Royaume-Uni. La comédie musicale Sisters of Mercy: A Musical Journey into the Words of Leonard Cohen, une adaptation par Gene Lesser à partir des écrits (poèmes, chansons et fiction) que Cohen a produits sur les femmes, est présentée sur scène pour la première fois au Shaw Festival en 1973.

Leonard Cohen \u00e0 la ville de New York en 1972.

En 1975, Leonard Cohen lance un album-compilation, The Best of Leonard Cohen, qui comprend ses chansons les plus populaires des quatre premiers albums. La compilation est rééditée sous le nom Greatest Hits en 2009 et comprend des chansons datant d’après 1974.

Death of a Ladies’ Man (1977) est une production lourdement orchestrée par le producteur de musique pop Phil Spector, qui a apparemment produit les démos de Leonard Cohen et les a utilisés pour lancer un album sans son accord, au grand dam du chanteur. L’album reçoit des critiques presque exclusivement négatives. Paul Nelson, du magazine Rolling Stone, écrit que « trop de cet album donne l’impression que l’extraverti le plus flamboyant a produit et arrangé l’introverti le plus fataliste de la planète » et décrit la chanson « Memories » comme un « cauchemar doo-wop ». Recent Songs, publié en 1979, marque chez Leonard Cohen un retour au style folk. Il s’agit d’un dernier album qu’il produit pendant de nombreuses années. La chanteuse Jennifer Warnes, choriste pour Leonard Cohen depuis longtemps, occupe une place importante sur l’album.

Carrière musicale, décennie 1980

En 1983, Leonard Cohen coécrit et joue dans I Am a Hotel, une comédie musicale d’une demi-heure diffusée à la télévision de la CBC qui met en scène cinq de ses chansons. En 1984, I Am a Hotel remporte un prix au Festival de la Rose d’or à Montreux, en Suisse. La même année, Leonard Cohen reçoit le prix William Harold Moon de la S.D.E. Canada, décerné aux artistes qui font rayonner la musique canadienne à l’international.

En 1985, Leonard Cohen coécrit le film musical Night Magic, qui met en vedette Lewis Furey et obtient quatre nominations aux prix Génie en 1986. La composition de Leonard Cohen, « Angel Eyes », remporte le prix de la meilleure chanson originale.

Dans Various Positions (1985), son septième album studio, Leonard Cohen revient à ses racines country, expérimente avec les synthétiseurs et continue à explorer le thème de la spiritualité. En plus de mettre Jennifer Warnes à l’honneur, l’album constitue pour le public un des premiers enregistrements de la voix plus grave et rauque qui deviendra la marque de commerce des chansons de Leonard Cohen. La maison de disque Columbia Records refuse toutefois de lancer l’album aux États-Unis, ce qui force les commerçants états-uniens à acheter les albums à CBS Canada. À ce sujet, Leonard Cohen dit lors d’une entrevue en 2009 que Columbia n'a pas voulu publier Various Positions, ses dirigeants « ne [trouvant] pas l’album assez bon ». Les critiques et les ventes donnent malheureusement raison à Columbia. L’album profite toutefois d’un intérêt renouvelé un peu plus tard, lorsqu’on y inclut la chanson phare « Hallelujah ».

Leonard Cohen \u00e0 Trouville-sur-Mer (Normandie, France) le 26 janvier 1988.

Famous Blue Raincoat (1987), un album composé de chansons de Leonard Cohen interprétées par Jennifer Warnes, ravive l’intérêt pour Leonard Cohen dans les cercles plus populaires. Le duo « Joan of Arc », chanté par Leonard Cohen et Jennifer Warnes, ainsi que les reprises par cette dernière de « First We Take Manhattan » et « Ain’t No Cure for Love » sont des succès populaires.

En 1988, Columbia Records renoue avec Leonard Cohen en publiant I’m Your Man, un album qui diffère notablement des autres grâce à des ambiances électros sophistiquées et des chansons très sombres comme « Everybody Knows », qui aborde des événements contemporains comme la montée du VIH-sida. Décrit par Rolling Stone comme « un album indéniablement contemporain », I’m Your Man reçoit des critiques très positives, au point où de nombreux critiques parlent du « retour de Leonard Cohen ». L’album est certifié argent au Royaume-Uni et se hisse en tête du palmarès norvégien pendant 16 semaines. Dans une liste des 100 meilleurs albums de la décennie 1980, Pitchfork place I’m Your Man au 51e rang. En 1988, CBS Records décerne à Leonard Cohen un « Globe de cristal », remis aux artistes ayant vendu plus de cinq millions d’albums à l’étranger. Le chanteur obtient également ses deux premières nominations aux prix Juno en 1989, pour l’artiste canadien de l’année et le chanteur de l’année.

Carrière musicale, décennie 1990

En 1991, Leonard Cohen est intronisé au Panthéon de la musique canadienne et nommé Officier de lOrdre du Canada, titre qui sera promu au rang de Compagnon en 2003. En 1992, Leonard Cohen produit son neuvième album studio, The Future, qui contient la populaire « Closing Time ». Tout comme l’album précédent, avec des paroles plus sombres, The Future se penche sur les crises qui secouent la planète à l’époque. En 1993, The Future reçoit une double certification platine au Canada pour des ventes s’élevant à plus de 200 000 exemplaires. La même année, Leonard Cohen reçoit le prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle et remporte deux Juno, celui du chanteur de l’année et celui du meilleur vidéoclip pour « Closing Time ». Il est également en nomination pour le prix du producteur de l’année.

En 1988 et en 1993, il effectue de longues tournées en Europe et en Amérique du Nord qui mènent à la publication de l’album live Cohen Live: Leonard Cohen in Concert (1994). Toujours en 1994, Leonard Cohen reçoit le Juno de l’auteur-compositeur de l’année, et l’album The Future et la chanson-titre sont nommés respectivement pour l’album et le meilleur vidéoclip.

En 1997, une autre compilation est lancée : More Best of Leonard Cohen. L’album inclut des pièces de I’m Your Man, The Future et Cohen Live, ainsi que les chansons inédites « Never Any Good » et « The Great Event ».

Carrière musicale, décennie 2000

En 2001, Leonard Cohen produit son premier album studio en neuf ans, Ten New Songs. L’album est coécrit et produit par la musicienne Sharon Robinson. Décrit par Rolling Stone comme étant « l’ode à minuit le plus exquis qu’ait produit Leonard Cohen », Ten News Songs se rend en 4e position des albums canadiens et reçoit une certification platine au Canada. Aux Juno de 2002, la chanson « In My Secret Life » est en nomination pour le meilleur vidéoclip, l’album Ten New Songs est nommé pour le prix du meilleur album pop et Leonard Cohen est en lice pour les récompenses du meilleur auteur-compositeur et du meilleur artiste.

Le chanteur fait paraître son onzième album studio en 2004, Dear Heather. Leonard Cohen collabore à nouveau avec Sharon Robinson, qui coproduit, coécrit et arrange un grand nombre des pièces de l’album. Dear Heather se place en 131e position au palmarès Billboard 200, la meilleure performance pour un album original de Leonard Cohen depuis Songs from a Room (1969).

Fonds détournés et tournées subséquentes

En 2004, après 17 ans de collaboration, Leonard Cohen congédie sa gérante de longue date Kelley Lynch à cause d’irrégularités importantes que Lorca, la fille de Leonard Cohen, note dans les finances de son père. On découvre plus tard que Kelley Lynch a détourné plus de cinq millions de dollars provenant des comptes personnels et des investissements de Leonard Cohen, ne lui laissant plus suffisamment d’argent pour prendre sa retraite. L’année suivante, le chanteur poursuit Kelley Lynch pour fraude et violations de contrat; la Cour supérieure du comté de Los Angeles lui accorde neuf millions de dollars en réparation. Les rapports, toutefois, ne disent pas si Kelley Lynch a payé cette somme en entier. Malgré une ordonnance de non-communication, Kelley Lynch continue à harceler Leonard Cohen dans les années qui suivent, par téléphone et courriel. En 2012, Kelley Lynch est reconnue coupable de harcèlement et de violation de l’ordonnance de non-communication et est condamnée à une peine d’emprisonnement de 18 mois.

En 2007, Leonard Cohen, accompagné de Herbie Hancock, récite « The Jungle Line », de Joni Mitchell, à l’occasion de l’album hommage River: The Joni Letters, produit par Herbie Hancock. En 2008, l’album gagne le prix de l’album de l’année et du meilleur album de jazz contemporain de l’année aux prix Grammy. La même année, Leonard Cohen est intronisé au Panthéon du rock and roll.

Afin de regagner l’argent volé par Kelley Lynch, Leonard Cohen participe à plusieurs tournées mondiales de 2008 à 2013, pour un total de 387 concerts. Ces performances sont mises à l’honneur dans les albums Live in London (2009) et Songs from the Road (2010). Live in London fait partie de la liste longue du Prix de musique Polaris de 2009.

Derniers albums

En 2012, Leonard Cohen lance Old Ideas, son premier album de chansons originales en sept ans. Qualifié de « chef-d’œuvre » par le journal Telegraph, Old Ideas s’attire des critiques dithyrambiques. Il se rend en troisième place du Billboard 200, en première place des albums canadiens et dans les dix premières positions des palmarès albums un peu partout en Europe, en plus d’être en nomination pour le Prix de musique Polaris en 2012. Aux prix Juno de 2013, Leonard Cohen est en nomination pour le choix du public et remporte le prix de l’artiste de l’année et de l’auteur-compositeur de l’année.

Un treizième album studio lancé en 2014, Popular Problems, se démarque dans Billboard, se hissant au sommet du palmarès des albums canadiens, au 15e rang du Billboard 200, au premier rang des albums folk et au quatrième rang des meilleurs albums rock. En 2015, Leonard Cohen est mis en nomination pour le prix de l’artiste de l’année et pour celui du choix du public aux prix Juno. Popular Problems remporte le prix Juno pour l’album de l’année

À la fin de 2014, Leonard Cohen lance son quatrième album live depuis 2009, Live in Dublin, suivi en 2015 d’un autre album live, Can’t Forget: A Souvenir of the Grand Tour.

Leonard Cohen en concert \u00e0 Florence
Leonard Cohen en spectacle \u00e0 l'occasion de son unique arr\u00eat en sol italien au cours de sa tournée 2010 (Florence, piazza Santa Croce, le 1er septembre 2010).

Problèmes de santé et dernier album

À la suite de ses tournées d’envergure internationale, Leonard Cohen souffre de multiples fractures à la colonne vertébrale ainsi que de nombreux autres problèmes qui restreignent sa mobilité. Ce faisant, You Want It Darker (2016), le dernier album studio de Leonard Cohen, est enregistré dans sa maison à Los Angeles et est coproduit par son fils Adam.

Sorti en octobre 2016, soit un mois avant le décès de Leonard Cohen, You Want It Darker fait l’unanimité. Pitchfork parle d’un « dernier testament pur, réalisé avec dévotion, la conclusion informée d’une vie d’interrogations. » Dans une critique cinq étoiles, Alexis Petridis de The Guardian fait l’éloge des « arrangements de divers degrés de richesse » de l’album, tout en faisant remarquer que « les paroles sont plus fascinantes et contradictoires que jamais […] Dans chaque pièce, il semble sage et honnête et – malgré les occasionnelles protestations lyriques de la lassitude ­– plein de vie. »

You Want It Darker commence au premier rang des albums canadiens de Billboard et en dixième position du Billboard 200. Il est cité parmi les meilleurs albums de l’année dans de nombreuses publications, dont Rolling Stone, Mojo et Pitchfork. Au prix Juno de 2017, You Want It Darker remporte le prix de l’album de l’année et Leonard Cohen est nommé artiste de l’année à titre posthume. En janvier 2018, il reçoit à titre posthume un prix Grammy pour la meilleure performance rock pour la chanson « You Want It Darker ».

Les paroles de l’album sont très sombres et se concentrent surtout sur la mort et sur Dieu. Dans une entrevue avec le New Yorker, le chanteur dit, à propos de la détérioration de son état de santé, qu’il est prêt à mourir : « J’espère que ça ne sera pas trop inconfortable. C’est tout pour moi. » Quelques jours plus tard, au cours d’une séance d’écoute au consulat canadien à Los Angeles, il dit au public qu’il a exagéré, ajoutant : « J’ai l’intention de vivre éternellement. »

Décès

Leonard Cohen décède chez lui à Los Angeles le 7 novembre 2016. Il rend ainsi son dernier souffle dans son sommeil, à l’âge vénérable de 82 ans. Leonard Cohen se bat contre le cancer depuis quelque temps déjà, mais son gérant révèle que c’est à la suite d’une chute au milieu de la nuit que Leonard Cohen est décédé. Il est enterré selon les rites juifs dans le lot familial d’un cimetière sur le Mont-Royal le 10 novembre, jour de l’annonce publique de sa mort. Une foule d’hommages sont envoyés de partout sur la planète, dont celui du premier ministre Justin Trudeau, qui déclare sur Twitter : « La musique d’aucun autre artiste ne résonne comme celle de Leonard Cohen. Son œuvre a touché des générations. Le Canada et le monde le regretteront. »

Leonard Cohen performing \u00e0 la HP Pavillion \u00e0 San Jose, Californie, 13 novembre 2009.

Style caractéristique

S’il parle beaucoup d’amour dans ses poèmes, la vision créative de Leonard Cohen sur les plans musical et littéraire peut aussi être très sombre et pessimiste. En effet, le chanteur est très conscient de l’Holocauste, et les images du génocide nazi s’infiltrent constamment dans ses écrits et les conditionnent. La poésie, la religion, le sexe, la mort, la beauté et le pouvoir créent dans son œuvre des motifs qui s’enchevêtrent et qui sont amplifiés par la sensualité de sa langue et son sens de l’humour noir et déjanté.

Sur les talents d’écrivain de Leonard Cohen, Mikal Gilmore, du Rolling Stone, dit : « Ses œuvres ne sont pas toujours amères. Il a un sens de l’humour ironique qui se glisse dans ses conversations et dans la manière dont il juxtapose parfois sa voix d’outre-tombe à ses mélodies. » L’auteur-compositeur-interprète Dan Mangan voit Leonard Cohen comme un « écrivain verbeux » qui « laisse toujours de longues pauses dans sa musique pour nous donner le temps de réfléchir à ce qu’il vient de nous dire ».

La riche voix de baryton du chanteur ajoute de la profondeur et de l’émotion aux paroles de ses chansons. À mesure qu’elle baisse de registre vocal, la voix de Leonard Cohen devient un signifiant unique et une autre source de fascination pour l’auditoire. David Remnick, du New Yorker, la décrit comme un « grognement fantastique, révélateur et noble », tandis que l’animatrice de la CBC Laurie Brown trouve que plus sa voix baisse, plus il commence à sonner comme « un camion qui démarre par un matin glacial à Montréal », ce qui est selon elle la « quintessence de la voix canadienne ».

Bob Dylan note un jour à propos des compositions de Leonard Cohen : « Lorsque les gens parlent de Leonard, ils ne mentionnent jamais ses mélodies qui pour moi sont, avec ses paroles, son plus grand coup de génie. Même les lignes en contrepoint donnent un charme céleste à chacune de ses chansons et en élèvent la mélodie. Au mieux de mes connaissances, personne ne sait faire mieux que lui dans la musique moderne. »

Vie personnelle

On prête à Leonard Cohen, tout au long de sa vie, des idylles avec de nombreuses femmes, dont Joni Mitchell, Janis Joplin, Nico et Anjani Thomas. Dans les années 1960, il fréquente une Norvégienne, Marianne Ihlen, qu’il rencontre alors qu’il habite sur l’île grecque d’Hydra. Le couple vit dans la demeure de Leonard Cohen pendant plusieurs années et ce dernier s’occupe même du fils de Marianne. À cette époque, elle devient une des plus importantes muses du chanteur et est même mentionnée dans la chanson « So Long, Marianne ». En 2016, Leonard Cohen apprend que Marianne est en train de dépérir de la leucémie et lui écrit donc une lettre d’adieu, dans laquelle il dit : « Et tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, mais je ne t’en dirai pas plus parce que tu sais déjà tout. »

Dans les années 1970, Leonard Cohen fréquente l’artiste Suzanne Elrod jusqu’à leur séparation en 1978. Le couple a deux enfants, Adam, né en 1972, et Lorca, née en 1974. Il a également deux petits-enfants : Cassius, le fils d’Adam, et Viva, la fille que Lorca a avec Rufus Wainwright.

Dans les années 1980, Leonard Cohen entreprend une relation professionnelle et amoureuse avec la photographe française Dominique Issermann. Dans les années 1990, il fréquente l’actrice américaine Rebecca De Mornay, qui coproduit l’album The Future.

En 1994, il se retire pour vivre dans un centre zen près de Los Angeles, sur le mont Baldy. Il est ordonné moine zen en 1996 et continue à vivre au monastère bouddhiste sous le nom Jikan (qui signifie « silence ») de façon intermittente jusqu’au début de 1999.

Reprises et hommages

Les incalculables chefs-d’œuvre de Leonard Cohen inspirent des générations d’artistes. Ses chansons sont en effet enregistrées par une foule de musiciens provenant de partout dans le monde. Au début de sa carrière, Leonard Cohen rejoint un public plus vaste lorsque Judy Collins reprend plusieurs chansons, dont « Suzanne », qui est également reprise par Nina Simone. D’autres reprises populaires incluent : « Bird on a Wire », reprise respectivement par The Neville Brothers et Johnny Cash; « Hey, That’s No Way to Say Goodbye » par Roberta Flack; « Chelsea Hotel No. 2 » par Lana Del Rey et « Famous Blue Raincoat », par Tori Amos. Le « Hallelujah » de Leonard Cohen est également repris par de très nombreux artistes — certains diraient trop — aux quatre coins de la planète, dont Jeff Buckley, k.d. lang et Rufus Wainwright.

En plus de l’album Famous Blue Raincoat de Jennifer Warnes, un certain nombre d’albums hommages sont publiés. En 1991, le magazine français Les Inrockuptibles produit I’m Your Fan: The Songs of Leonard Cohen, qui met en vedette des artistes comme R.E.M. et Nick Cave and the Bad Seeds. Quelques années plus tard, A&M Records fait paraître Tower of Song: The Songs of Leonard Cohen (1995), comprenant des reprises par Elton John, Billy Joel et Willie Nelson.

En 2005, un concert hommage est tenu à l’Opéra de Sydney, avec des performances de Kate et Anna McGarrigle, Rufus et Martha Wainwright, U2 et Jarvis Cocker. Plus tard la même année, le concert est lancé en version DVD et en disque sous le titre Leonard Cohen: I’m Your Man.

Quelques jours après la mort de Leonard Cohen, le collectif torontois Choir! Choir! Choir! organise un hommage musical au parc Christie Pits de Toronto, auquel des milliers de personnes assistent. En décembre 2016, le concert hommage God Is Alive, Magic is Afoot: A Montreal Tribute to Leonard Cohen a lieu à Montréal, lors duquel figurent Basia Bulat, Li’l Andy et Thus Owls. De nombreux autres concerts sont organisés autour du monde en l’honneur de Leonard Cohen à la suite de son décès.

Patrimoine et importance culturels

Leonard Cohen est un des poètes et musiciens les plus acclamés du Canada; il est considéré par beaucoup comme un des meilleurs auteurs-compositeurs de tous les temps. En 1967, le Toronto Star note que l’artiste est « sans doute le premier poète canadien à remporter un véritable succès tant à l’étranger qu’au bercail. » En novembre 2016, la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly dit à l’émission q, sur les ondes radiophoniques de la CBC, que Leonard Cohen « est un de nos génies musicaux. Il est de la même lignée que les grands talents musicaux canadiens comme Glenn Gould, même s’il œuvre dans une époque et un secteur de la musique différents. »

La biographie de Leonard Cohen affichée au Temple de la renommée du rock and roll affirme que « sa musique et ses mots résonneront pour toujours ». Dans la liste des 100 meilleurs auteurs-compositeurs du magazine Rolling Stone, Leonard Cohen est classé au 16e rang. En octobre 1016, Adam parle du patrimoine de son père à Tom Power, l’animateur de l’émission q de la radio de la CBC : « Il est le dernier de son espèce. Contrairement à tellement d’artistes de l’âge d’or d’où il vient, son talent n’est pas teinté de nostalgie. Ce gars-là nous parle à partir de son unique expérience de vie – il laissera un vide énorme lorsqu’il nous quittera. »

À l’annonce de la mort de Leonard Cohen, des hommages fusant de toute part soulignent l’importante contribution artistique du chanteur. Sur Twitter, Nick Cave écrit : « Pour beaucoup d’entre nous, Leonard Cohen est le plus grand auteur-compositeur de tous. Absolument unique et impossible à imiter, malgré tous nos efforts. » Ron Sexsmith, quant à lui, affirme : « Une nouvelle accablante… Sa musique et ses mots ont à jamais changé ma vie. Nous ne l’oublierons jamais. »

Le premier ministre Justin Trudeau déclare publiquement que « Leonard Cohen est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’a été dans les années 1960. Sa capacité à invoquer tout le spectre des émotions humaines fait de lui un des musiciens les plus influents et les plus durables de l’histoire. Son style transcende les aléas de la mode. »

Honneurs

Leonard Cohen est intronisé au Panthéon de la musique folk canadienne en 2005 et au Panthéon canadien des auteurs-compositeurs en 2006. En 2008, il entre au Panthéon du rock and roll et est nommé Grand Officier de l’Ordre national du Québec. À l’occasion du 75e anniversaire de Leonard Cohen en 2009, l’hôtel Chelsea à New York fait installer une plaque qui comprend les paroles de la chanson « Chelsea Hotel », écrite par Leonard Cohen en 1974.

En 2010, il entre au Panthéon américain des auteurs-compositeurs et reçoit un Grammy pour l’ensemble de son œuvre. En 2011, il reçoit le Prix de littérature Prince des Asturies et le prix Glenn Gould pour l’ensemble de son œuvre artistique. L’année suivante, il reçoit le prix Denise-Pelletier ainsi qu’un prix d’excellence littéraire de l’Association PEN New England pour ses talents de parolier.

Prix

Prix Juno

Intronisé, Panthéon de la musique canadienne (1991)

Chanteur de l’année (1993)

Meilleur vidéoclip (« Closing Time ») (1993)

Auteur-compositeur de l’année (1994, 2013)

Auteur-compositeur de l’année (2013)

Artiste de l’année (2013)

Album de l’année (Popular Problems) (2015)

Album de l’année (You Want It Darker) (2017)

Artiste de l’année (2017)

Autres

Prix du Concours littéraire du Québec (The Favourite Game) (1964)

Doctorat honorifique, Université Dalhousie (1970)

Prix William Harold Moon, S.D.E. Canada (1984)

Meilleure chanson originale (« Angel Eyes »), prix Génie (1986)

Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (1993)

Compagnon, Ordre du Canada (2003)

Intronisé, Allée des célébrités de la musique folk canadienne (2005)

Intronisé, Panthéon canadien des auteurs-compositeurs (2006)

Grand officier, Ordre national du Québec (2008)

Intronisé, Panthéon du rock and roll (2008)

Prix d’excellence, prix Grammy (2010)

Intronisé, Panthéon américain des auteurs-compositeurs (2010)

Prix Prince des Asturies, littérature (2011)

Prix Glenn Gould (2011)

Prix d’excellence littéraire (paroles de chansons), Association PEN New England (2012)

Prix Denise-Pelletier (2012)


Les oeuvres sélectionnées de
Leonard Cohen

Music of
Leonard Cohen