Les Invasions barbares

​Les Invasions barbares, suite tantôt drôle, tantôt tragique du film culte Le déclin de l’empire américain (1986) du réalisateur Denys Arcand, est l’un des films canadiens les plus applaudis de tous les temps.

Les Invasions barbares, suite tantôt drôle, tantôt tragique du film culte Le déclin de l’empire américain (1986) du réalisateur Denys Arcand, est l’un des films canadiens les plus applaudis de tous les temps. Le film a remporté plusieurs prix Génie et Jutra, y compris ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure actrice aux deux soirées, plusieurs prix pour son scénario et le jeu de l’actrice Marie-Josée Croze au Festival de Cannes, trois prix César et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il a également été reconnu à l’international par de nombreux autres prix. Les Invasions barbares est inscrit sur la liste des dix meilleurs films canadiens de tous les temps, liste créée à la suite d’un sondage mené dans le cadre du Festival international du film de Toronto de 2004.

Synopsis

Dix-sept ans après Le déclin de l’empire américain, Rémy (Rémy Girard), incorrigible coureur de jupons, s’éteint lentement sur un lit d’hôpital à Montréal, ravagé par le cancer. Son ex-femme Louise (Dorothée Berryman) réussit à convaincre leur fils Sébastien (Stéphane Rousseau), financier prospère vivant à Londres, de venir au chevet de son père mourant. La tension entre Sébastien, capitaliste arrogant qui n’a jamais pardonné à son père son infidélité, et Rémy, « socialiste sensuel », est palpable; une véritable confrontation s’amorce sur tous les thèmes si chers à Rémy, à commencer par les grands rêves collectifs de la société et une farouche opposition à l’argent et à l’individualisme.

Mettant de côté son ressentiment, Sébastien utilise son argent et son influence pour offrir à son père une chambre à un lit sur un étage abandonné de l’hôpital. Il conclut également une entente avec Nathalie (Marie-Josée Croze), héroïnomane et fille de Rémy née d’une relation précédente avec Diane (Louise Portal), afin que Rémy reçoive de l’héroïne pour soulager sa douleur. Entouré de ses amis au chalet où ils se retrouvaient régulièrement dans leur jeune temps, Rémy reçoit, le temps d’adieux touchants, sa dernière dose.

Histoire

Les Invasions barbaresne se veut pas, à l’origine, la suite du Déclin de l’empire américain. C’est plutôt une tentative, pour Denys Arcand, de composer avec la douleur des derniers moments de vie et du décès de ses parents, tous deux emportés par le cancer. Denys Arcand consacre plusieurs années à l’écriture d’un film sur un homme en phase terminale. Il dit pourtant ne pas pouvoir « écrire un scénario suffisamment vivant ou drôle. […] Un film sur un homme mourant, ça n’intéresse personne. Quand j’ai pensé à utiliser les mêmes personnages [que ceux du Déclin], j’ai enfin pu écrire un film à la fois léger et plein d’ironie. »

Le film, présenté pour la première fois au Québec avant son dévoilement à Cannes, est manifestement destiné à un public québécois, si bien que la version présentée à Cannes et diffusée dans le monde entier est raccourcie de 12 minutes; on en retire toutes les scènes faisant allusion au rôle de l’Église catholique au Québec, et le personnage joué par la chanteuse pop québécoise Mitsou est éliminé complètement, tout comme les apparitions des actrices Macha Grenon, Sophie Lorain et Micheline Lanctôt.

Analyse

Les points de vue politiques de Denys Arcand, mis en évidence dans ses films précédents, sont toujours bien présents dans Les Invasions barbares. En effet, le film critique de façon cinglante l’état du système de santé, les syndicats, l’Église catholique et d’autres institutions. Utilisant l’hôpital, endroit idéal pour véhiculer des valeurs sociales – Rémy refuse de se rendre aux États-Unis pour recevoir un traitement –, et les conversations animées du groupe d’amis, Denys Arcand illustre le déclin de certains grands idéaux quant à la société, à l’éducation, aux relations personnelles et à l’histoire.

À sa sortie, le film suscite chez les Québécois un débat passionné sur la nature de la critique qu’il fait de la société québécoise. Selon Josée Legault, de la Montréal Gazette, le film déplore le fait « que plus personne ne s’identifie au Québec », présentant la province « comme un endroit sombre et malsain. Il faut à tout prix s’enfuir de cette société dysfonctionnelle... [Le film] parle surtout des baby-boomers québécois francophones qui ont presque tout le pouvoir politique et économique dans notre province. Il parle de ces gens qui rêvaient autrefois d’un Québec indépendant et qui voient aujourd’hui cette cause comme une bataille perdue, un obstacle à leur bien-être matériel ou carrément un objectif qui n’en vaut plus la peine. »

Accueil critique et du public

Après sa projection au Festival de Cannes, le film fait l’objet de critiques généralement positives, devenant la production québécoise la plus populaire de tous les temps en France et vendant un nombre record de billets pendant son weekend d’ouverture (256 000), record qui sera seulement surpassé par le film Mommy de Xavier Dolanen 2014. Les Invasions barbares connaît également un certain succès en Amérique du Nord, avec des recettes de 8,5 millions de dollars et des critiques généralement positives.

Lisa Nesselson, du journal Variety, décrit Les Invasions barbares comme « une ode franche, drôle et sans prétention à la famille, à l’amitié et au sens de la vie » et dit du film qu’il est « très divertissant, percutant et extrêmement touchant ». Chez Abus de ciné, Olivier Bachelard parle d’un « film provocateur d’une grande puissance émotive », tandis que Peter Travers, du magazine Rolling Stone, écrit que « ce petit bijou du scénariste et réalisateur canadien Denys Arcand fait passer le spectateur du rire aux larmes avec une facilité désarmante... On se délecte de ces glorieuses conversations empreintes d’intelligence et de séduction. Pas de doute : voilà notre Oscar du meilleur film étranger. »

Les Invasions barbares ne fait toutefois pas l’unanimité dans la presse. Le New York Post le décrit comme « artificiel et sentimental à l’excès ». Richard Corliss, du Time, affirme quant à lui ceci : « Certes, Denys Arcand s’y connaît en matière de dialogues pleins d’esprit; malheureusement, il nous enfonce son histoire dans la gorge à grands coups d’émotions trop intenses. » Peter Bradshaw, du quotidien britannique The Guardian, déplore « la surévaluation grotesque de ce film... empreint de fausse sophistication, de cynisme grossier et de satire ennuyante, avec un trait d’anti-américanisme inutile et de politique réactionnaire et mal pensée à connotation sexuelle ». Dans Le Devoir, Jean Larose, professeur de littérature à l’Université de Montréal, décrit en ces mots Les Invasions barbares : « Ce film combine curieusement nihilisme et sentimentalisme. [...] Il a la facture d’un téléroman. » Enfin, Liam Lacey, du Globe and Mail, ajoute un bémol à sa critique du film, autrement positive : « Ce film, d’une manière exaspérante, peut par moments sembler confus et contradictoire. »

Distinctions et héritage

Les Invasions barbares est le deuxième film d’une trilogie décrite par Denys Arcand comme une « réflexion morale sur la vie contemporaine », trilogie née avec Le déclin et conclue par L’Âge des ténèbres en 2007. L’un des films canadiens les plus applaudis de tous les temps, Les Invasions barbares devient le premier long métrage canadien à remporter un Oscar et le prix César (version française des Oscars) du meilleur film. Le film récolte les prix Génie et Jutra du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure actrice, en plus du prix Jutra du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Il est également mis en nomination pour le prix Golden Globe et le prix BAFTA du meilleur film en langue étrangère, et est inscrit sur la liste des dix meilleurs films canadiens de tous les temps, liste créée à la suite d’un sondage mené dans le cadre du Festival international du film de Toronto de 2004.

Voir aussi : Cinéma; Cinéma québécois; Cinémathèque québécoise; Histoire du cinéma canadien.

Prix

Prix Génie de 2003

Meilleur acteur dans un rôle principal (Rémy Girard)

Meilleur acteur dans un rôle de soutien (Stéphane Rousseau)

Meilleure actrice dans un rôle de soutien (Marie-Josée Croze)

Meilleur scénario original (Denys Arcand)

Meilleur réalisateur (Denys Arcand)

Meilleur film (Fabienne Vonier, Denise Robert, Daniel Louis)

Prix Jutra de 2004

Meilleure direction artistique (Normand Sarazin)

Meilleure actrice (Marie-Josée Croze)

Meilleur scénario (Denys Arcand)

Meilleur réalisateur (Denys Arcand)

Meilleur film (Denise Robert, Daniel Louis)

Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec

Autres

Meilleur scénario (Denys Arcand), Festival de Cannes (2003)

Meilleure actrice (Marie-Josée Croze), Festival de Cannes (2003)

Meilleur long métrage canadien, Festival international du film de Toronto (2003)

Prix du public, Cinéfest Sudbury (2003)

Meilleur film canadien, Cinéfest Sudbury (2003)

Prix Screen International, European Film Awards (2003)

Meilleur scénario, Toronto Film Critics Association Awards (2003)

Prix du public, Valladolid International Film Festival (2003)

Meilleur film étranger, Kansas City Film Critics Circle Awards (2003)

Meilleur film en langue étrangère, National Board of Review, É.-U. (2003)

Meilleur film en langue étrangère, San Diego Film Critics Society Awards (2003)

Prix Lumières, meilleur film en langue française (2004)

Meilleur film, Bangkok International Film Festival (2004)

Meilleur film étranger, Cinema Brazil Grand Prize (2004)

Meilleur film, prix César, France (2004)

Meilleur réalisateur, prix César, France (2004)

Meilleur scénario original ou adapté, prix César, France (2004)

Meilleur film étranger, David di Donatello Awards (2004)

Meilleur film en langue étrangère, Academy Awards (2004)

Meilleure réalisation – long métrage, Guilde canadienne des réalisateurs (2004)

Meilleure réalisation, long métrage – prix d’équipe, Guilde canadienne des réalisateurs (2004)

Meilleur film étranger, Federazione Italiana Cinema d’Essai (2004)

Meilleur film en langue étrangère, Film Critics Circle of Australia Awards (2004)

Meilleur film, Uruguayan Film Critics Association (2004)

Meilleur film en langue étrangère, Broadcast Film Critics Association Awards (2004)

Meilleur film canadien, Vancouver Film Critics Circle (2004)

Meilleur réalisateur, film canadien, Vancouver Film Critics Circle (2004)


Lecture supplémentaire

  • Denys Arcand, Les Invasions barbares (Boréal, 2003).

    Michel Coulombe and Marcel Jean, ed., Le dictionnaire du cinéma québécois, 4th ed. (2006).

Liens externes