Lieu historique national des Jardins de Métis

Jardins d’inspiration anglaise, les Jardins de Métis sont considérés lieu historique national du Canada depuis 1995. Situés aux portes de la Gaspésie, sur une propriété de 18 ha, ils font partie de la municipalité de Grand-Métis au Québec.

Villa Estevan
Une demeure patrimoniale au c\u0153ur des Jardins de Métis, 2009
Pavot bleu de l
Pavot bleu de l'Himalaya, Jardins de Métis (Québec)
Hémérocalle, lys d
Photographié aux Jardins de Métis
Hosta à feuilles ondulées
Hosta à feuilles ondulées, photo prise aux jardin de Métis, Grand-Métis, Québec, Canada. Été 2009

Jardins d’inspiration anglaise, les Jardins de Métis sont considérés lieu historique national du Canada depuis 1995. Situés aux portes de la Gaspésie, sur une propriété de 18 ha, ils font partie de la municipalité de Grand-Métis au Québec. Le lieu comprend une villa et six jardins distincts mettant en valeur 3 000 espèces de plantes dont plus de 500 espèces florales. Les Jardins de Métis sont reconnus internationalement comme une œuvre exceptionnelle d’art horticole.

Elsie Reford, conceptrice des jardins

C'est à Elsie Reford (1872-1967) que revient la création des Jardins de Métis. Née Mary Elsie Stephen Meighen, elle est la fille du Montréalais Robert Meighen (1837-1911), immigrant irlandais qui présidait la plus importante société fabricante de moulins à farine de tout le Commonwealth. Élevée dans un milieu aisé, Elsie Reford s’adonne à tous les loisirs qu'offre le domaine de son oncle maternel George Stephen (Lord Mount Stephen),l’Estevan, construit au confluent de la rivière Mitis et du fleuve Saint-Laurent. Chaque été, elle vient y pratiquer l’équitation, la chasse et la pêche au saumon, une activité qu’elle affectionne tout particulièrement. À la mort de Lord Mount Stephen en 1918, elle hérite du domaine.

Toutefois, une opération chirurgicale vient entraver la pratique de certaines de ces activités exigeantes sur le plan physique. Sur recommandation de son médecin, elle décide d’essayer l'horticulture. En 1926, commence donc une merveilleuse aventure : elle élabore la conception de ses premiers jardins et supervise le début de leur construction. Ce projet réalisé sur plus de vingt acres (81 m²) de superficie va s’échelonner sur une dizaine d’années.

La mise en chantier des jardins n’est pas une entreprise facile. La terre est pauvre et l'approvisionnement en végétaux difficile, car le domaine se trouve à des centaines de kilomètres des plus proches pépinières. Reford réussit néanmoins à implanter sur une terre glaiseuse et un climat rigoureux des pavots bleus du Tibet, des azalées et des rhododendrons, des allées de lys, de roses et de pivoines qui feront la réputation des lieux. Véritable maître d’œuvre de ses jardins, Elsie Reford les a conçu seule sans l’aide d’un architecte paysagiste. Pendant trente ans, de 1926 à 1958, elle consacre son énergie à la transformation de ce qui est au départ une simple forêt d'épinettes.

Pour ce gigantesque projet, elle s’allie fermiers et guides de pêche de la région. Si Elsie est la conceptrice de ces jardins, son mari, Robert Wilson Reford, commerçant maritime, en devint le photographe. Au cours des trente ans de cette prodigieuse aventure, il prend des clichés des paysages en transformation, des plantes et de l’architecture des lieux. Pour ses besoins, il aménage une chambre noire à la villa Estevan, dotant de ce fait les Jardins de Métis d’archives photographiques d’importance. En effet, la collection des jardins comprend plus de 5 000 images souvent commentées par Elsie elle-même.

D’un lieu inculte où l'on ne retrouvait qu'un mât, une haie de cèdres et une entrée bordée d'épinettes, cette femme tenace et son équipe de jardiniers ont créé six magnifiques jardins.

Les Jardins de Métis aujourd'hui

En 1962, les Jardins de Métis sont ouverts au grand public, après que le gouvernement s’en soit porté acquéreur en 1961, voyant l’opportunité de développer le tourisme dans l’Est du Québec. Non seulement les visiteurs peuvent admirer plus de 3 000 espèces et variétés de plantes, mais ils peuvent découvrir, tout au long de leur parcours, de magnifiques œuvres d'art contemporain qui se marient agréablement avec l'histoire des jardins conçus par Elsie Reford.

À l’intérieur de la villa Estevan, maison historique de 37 pièces construite en 1887 (et agrandie en 1926 selon les plans de l’architecte montréalais Alexander Tilloch Galt Durnford), le visiteur peut découvrir l’exposition permanente La villa Estevan, au cœur de la villégiature. Celle-ci retrace l'histoire de la famille Reford grâce aux objets lui ayant appartenu et aux nombreuses photographies prises au fil des étés par Robert Wilson Reford. Non seulement est-il possible d’y découvrir les différentes étapes de la création des Jardins, mais également de prendre connaissance du milieu naturel du domaine original, de même que l'histoire des gens qui l’ont habité.

Les Jardins de Métis sont aussi l'hôte des événements spéciaux tels que des concerts en plein air et des expositions temporaires.

Reconnaissances

Le 6 juillet 1995, la Commission des monuments historiques du Canada désignait les Jardins de Métis comme lieu historique national du Canada. Depuis 2000, les Jardins de Métis accueillent chaque été le Festival international de jardins qui permet à différents architectes paysagers de créer des jardins contemporains.

En 2012, les 50 ans des Jardins de Métis ont été soulignés par différentes activités. Tout au long de l'été se sont déroulés des brunchs musicaux, des thés littéraires, des soirées culinaires, des vernissages et des spectacles de cirque. Ces célébrations ont confirmé non seulement la place des Jardins de Métis comme espace culturel et lieu propice aux événements de tous genres, mais aussi l'héritage culturel et naturel remarquable laissé par Elsie Reford.

En 2013, les Jardins de Métis ont été classés site patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.


Lecture supplémentaire

  • Karine Hébert, « Elsie Reford, au-delà des jardins », dans Jocelyne Fortin, dir., Elsie, une œuvre-hommage de Dominique Blain (Rimouski : Musée régional de Rimouski, Jardins de Métis, 2007), 68-85.

    Karine Hébert, « Elsie Reford, une bourgeoise montréalaise et métissienne, un exemple de spatialisation des mondes privé et public », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 63, no. 2-3 (automne 2009 - hiver 2010) : 275-303.

    Alexander Reford, Jardins de Métis (Saint-Laurent : Fides, 2001).

    Alexander Reford et Louise Tanguay, Les jardins de Métis. Le paradis d’Elsie Reford (Montréal : Éditions de l’Homme, 2004).

    Alexander Reford et Louise Tanguay, Les belles de Métis. L’héritage floral d’Elsie Reford (Montréal : Éditions de l’Homme, 2006).

Liens externes