Marion Meadmore

Marion Meadmore (née Ironquill), O.C., Ojibwée-Crie, première avocate autochtone du Canada, rédactrice en chef d’un périodique, militante communautaire, fondatrice et cofondatrice d’organisations nationales et soutenant les Autochtones des Prairies (née en 1936 dans la réserve de Peepeekisis, près de Balcarres, en Saskatchewan). Marion Meadmore a contribué à créer le Conseil national des Indiens et a cofondé l’Association du Barreau Autochtone du Canada et le Conseil national des aînés autochtones.

Enfance et éducation

Marion Ironquill naît de l’union de Helen, femme crie, et Joseph, membre des Ojibwés. Elle grandit sur la ferme familiale en Saskatchewan. Son père, chef de bande, est reconnu pour sa générosité : il invite souvent des voisins en difficulté à habiter avec la famille jusqu’à ce que leur situation s’améliore. C’est de lui que Marion apprend que : « Nous sommes sur Terre pour prendre soin des autres. »

Marion Ironquill passe 10 ans dans un pensionnat indien et obtient son diplôme au Birtle Collegiate Institute, au Manitoba. À 16 ans, elle entame un cours préparatoire en médecine à l’Université du Manitoba à Winnipeg.

La jeune femme quitte toutefois l’établissement en 1954 pour épouser Ron Meadmore, qui joue plus tard dans la Ligue canadienne de football comme joueur de ligne pour les Blue Bombers de Winnipeg. Le mariage dure jusqu’en 2013, année de la mort de Ron.

Pendant près de 20 ans, Marion Meadmore élève ses trois fils, avant de retourner à l’Université du Manitoba pour obtenir un diplôme en droit.

Travail communautaire et politique

Indian and Métis Friendship Centre

En 1959, Marion Meadmore aide à fonder le Indian and Métis Friendship Centre de Winnipeg, un lieu de rassemblement pour les Autochtones vivant en milieu urbain. Premier centre du genre au Canada, il sert de modèle à de nombreuses initiatives semblables partout au pays (voir aussi Centres d’amitié).

Le périodique du centre, The Prairie Call, est lancé en 1961 et présente des textes et des événements liés aux Autochtones. En tant que rédactrice, Marion discute des droits de la personne et des réalités de la vie urbaine pour traiter des enjeux légaux et socioéconomiques qui touchent les peuples autochtones et promouvoir un sens de la communauté chez ceux-ci.

Conseil national des Indiens

Avec cinq collaborateurs, Marion Meadmore forme en 1954 un comité qui devient éventuellement le Conseil national des Indiens (CNI) en 1961. Ce conseil est un important précurseur en matière d’organisations politiques autochtones au plan national. En 1962, elle est élue secrétaire-trésorière du CNI. Lorsque l’organisation ferme ses portes en 1967, elle se scinde en deux associations : la Fraternité nationale des Indiens (qui devient l’Assemblée des Premières Nations en 1982) et le Conseil national des Autochtones du Canada (qui devient le Congrès des Peuples Autochtones en 1993).

Militantisme en matière de logement

Marion Meadmore est élue au Conseil national du bien-être social en 1970. La même année, elle cofonde l’OSBL Kinew Housing, une organisation commanditée par le Indian and Métis Friendship Centre qui lutte pour l’adoption de politiques de logement social et sollicite la coopération de bailleurs de fonds privés et d’un organe gouvernemental, la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Les activités de Kinew Housing consistent à acheter de vieilles maisons à prix avantageux dans des quartiers sécuritaires près des bonnes écoles, à les faire rénover par des ouvriers autochtones, puis à les offrir comme loyers modiques à la communauté autochtone.

Le travail de Marion Meadmore avec Kinew Housing est en partie ce qui la motive à commencer des études en droit; en effet, elle cherche à mieux comprendre comment la loi influence les programmes de développement économique et des entreprises.

Faits saillants à titre d’avocate

Marion Meadmore obtient son diplôme de droit en 1977 à l’Université du Manitoba, devenant par le fait même la première avocate autochtone au Canada. Elle termine d’ailleurs dans la même promotion qu’Ovide Mercredi, futur chef national de l’Assemblée des Premières Nations.

Diplôme en poche, Meadmore travaille d’abord pour l’Aide juridique du Manitoba, où elle pratique le droit familial et criminel. Elle ouvre ensuite son propre cabinet de droit commercial, le premier entièrement composé d’employés de sexe féminin à Winnipeg. Elle cofonde aussi l’Association des avocats indiens du Canada, aujourd’hui appelée Association du Barreau Autochtone du Canada.

Travail auprès des entreprises autochtones

En 1982, Marion Meadmore abandonne le droit et fonde le Indian Business Development Group afin d’encourager la croissance des entreprises autochtones. En 1988, elle démarre une entreprise qui s’appelle Arrowfax Canada et qui publie un répertoire des organisations autochtones au Canada. L’entreprise ferme ses portes en 2004.

Marion Meadmore est la fondatrice du Conseil national des aînés autochtones, qui aide les peuples autochtones au Canada à gérer des entreprises fructueuses sans l’aide financière du gouvernement. Le Conseil encourage la gestion autochtone des fonds en plus d’offrir des solutions autochtones aux divers enjeux sociaux.

Vérité et réconciliation

En tant que survivante des pensionnats indiens, Marion Meadmore témoigne devant la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, créée pour entendre et documenter les expériences des survivants, faciliter la guérison individuelle et collective, et promouvoir la réconciliation avec la société non autochtone. Dans son témoignage, elle décrit comment les 10 années passées dans un pensionnat géré par l’Église ont grugé son identité, dévalorisé ses origines et créé chez elle un sentiment d’aliénation qui se manifeste autant dans le monde autochtone que non autochtone.

Héritage

Dans les domaines de l’aide sociale, du droit et des affaires, Marion Meadmore a contribué à créer des organisations autochtones influentes qui promeuvent le sens de la communauté, l’égalité et l’indépendance financière pour les peuples autochtones dans les Prairies et partout au Canada.

Prix et honneurs

Ordre du Canada (1985)

Médaille du jubilé d’or (2002)

Titre honorable de grand-mère, prix Keeping the Fires Burning (2010)

Médaille du jubilé de diamant (2012)

Prix Indspire dans la catégorie « Droit » (2014)

Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations, Université du Manitoba (2015) 


Lecture supplémentaire

  • Leslie Hall, « The Early History of the Winnipeg Indian and Métis Friendship Centre, 1951–1968, » dans Prairie Metropolis: New Essays on Winnipeg Social History (Esyllt Wynne Jones and Gerald Friesen, ed.) (2009).

  • Hugh E. Q. Shewell, “Enough to Keep Them Alive”: Indian Social Welfare in Canada 1873–1965 (2004).

  • Jordan Wheeler, Tapping the Gift: Manitoba’s First People (1992).

Liens externes