​Massacres de Normandie

L’un des pires crimes de guerre de l’histoire du Canada a lieu en juin 1944, lors de la bataille de Normandie, peu après le débarquement du jour J, durant la Deuxième Guerre mondiale.


Juno Beach
Des soldats canadiens débarquant sur Juno Beach à Courseulles-sur-Mer, le 6 juin 1944. \r\nImage: Lieutenant Ken Bell/Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada /PA-132655.
Une plaque dans le jardin de l'Abbaye d\u2019Ardenne commémorant le massacre de prisonniers canadiens au début juin 1944. \r\nImage: \u00a9 Richard Foot.
L'Abbaye d\u2019Ardenne dans la campagne normande, au sud de Juno Beach, 2012. Image: \u00a9 Richard Foot.
L’un des pires crimes de guerre de l’histoire du Canada a lieu en juin 1944, lors de la bataille de Normandie, peu après le débarquement du jour J, durant la Deuxième Guerre mondiale. En tout, plus de 156 soldats canadiens prisonniers des Forces allemandes ont été exécutés dans les campagnes normandes.

Bataille de Normandie

Le 6 juin 1944, les Forces canadiennes, américaines et britanniques amorcent la libération de l’Europe de l’Ouest de l’occupation allemande en lançant la bataille de Normandie, en France. Les Forces alliées arrivent sur la côte normande au jour J, puis commencent leur avancée vers le continent. Cette mission, qui durera presque trois mois, vise à défaire les Forces allemandes en France pour ensuite partir à l’est, vers la Belgique, la Hollande et la frontière allemande.

Les soldats de la 3e Division d’infanterie investissent ainsi les rives de Juno Beach. Les jours et les semaines qui suivent sont une suite de batailles difficiles contre un régiment de la 12e Division blindée, dans les campagnes au sud de Juno.

Abbaye d’Ardenne

Le 7 juin, des douzaines de Canadiens des North Novia Scotia Highlanders et du régiment des Fusiliers de Sherbrooke sont faits prisonniers à la suite d’un dur combat près du village d’Authie. Ceux-ci sont amenés à l’Abbaye d’Ardenne, une ancienne église en pierres où le colonel Kurt Meyer, l’un des commandants de la 12e Division blindée, a établi ses quartiers généraux après le jour J.

Plus tard la même nuit, 11 prisonniers canadiens sont amenés dans les jardins de l’Abbaye et abattus d’une balle dans la tête. Le matin suivant, le même sort est réservé à sept autres prisonniers de guerre, tous membres des Highlanders.

Château d’Audrieu

Le 8 juin, 64 autres Canadiens, dont plusieurs douzaines des Royal Winnipeg Rifles, sont faits prisonniers près de Putot-en-Bessin. Ils sont menés vers le Château d’Audrieu, une propriété normande commandée par les officiers de la 12e Division blindée. Quelques heures plus tard, 45 Canadiens sont tués, en petits groupes, dans l’enceinte du Château.

Parmi les Canadiens exécutés, on compte les Manitobains George Meakin, 23 ans, et son jeune frère Frank, 20 ans. Les deux hommes originaires du petit village de Birnie ont tous deux survécu aux combats du jour J.

« C’est peut-être ma dernière chance de t’écrire avant le grand jour », écrit George Meakin dans une lettre adressée à sa mère avant le jour J. « Si tu ne reçois pas de mes nouvelles pendant longtemps, ne t’inquiète pas… Continue à sourire, et tout ira pour le mieux. »

La bataille de Normandie bat encore son plein quand, des semaines plus tard, les nouvelles des massacres font la une des journaux canadiens, dont le Halifax Herald qui titre : « Soldats canadiens “assassinés” » et « Le premier ministre (William Lyon Mackenzie King) dévoile les atrocités commises par les Allemands ».

Procès et poursuites

Après la guerre, en 1945, les meurtres sont examinés par des enquêteurs de l’armée américaine, qui préconisent le procès de 5 anciens officiers de la 12e Division blindée pour n’avoir pas empêché la perpétration de crimes de guerre. En fin de compte, seul Kurt Meyer, lui-même fait prisonnier en 1944, fait face à un procès pour meurtre au Canada. Il est traduit en cour martiale en décembre 1945, où il est condamné à mort pour avoir incité ses troupes à exécuter les prisonniers canadiens.

Le verdict est toutefois commué en peine d’emprisonnement à vie par le gouvernement canadien. Après cinq années au pénitencier de Dorchester, au Nouveau-Brunswick, Kurt Meyer est transféré dans une prison ouest-allemande. En 1954, avec la bénédiction du Canada, il est libéré.

Commémoration

Le nombre exact de prisonniers de guerre canadiens exécutés par les Allemands durant la bataille de Normandie demeure incertain. En 1998, l’auteur et ancien enquêteur sur les crimes de guerre pour le ministère de la Justice du Canada Howard Margolian écrivait dans son livre Conduct Unbecoming que plus de 150 prisonniers canadiens avaient été tués par la 12e Division blindée. Le ministère canadien des Anciens Vétérans, lui, prétend que plus de 156 soldats canadiens ont été illégalement exécutés, « en groupes dispersés dans divers recoins de la campagne normande. »

L’historien et expert de la bataille de Normandie Terry Copp affirme qu’il n’existe aucune preuve de l’exécution de prisonniers de guerre allemands par les Canadiens. Il dit toutefois que, dans le feu de l’action, des soldats des deux côtés ont sans doute tué des troupes ennemies au moment du cessez-le-feu.

« Il ne fait aucun doute que nous ayons commis de tels actes, tout comme eux », dit Terry Copp. « La chose vraiment atroce que la 12e Division blindée a faite, toutefois, c’est d’avoir procédé aux exécutions longtemps après la fin de la bataille. À l’Abbaye d’Ardenne, elle a posé son fusil sur le crâne de chaque Canadien et les a abattus d’une balle dans la tête. »

La mémoire de ces soldats tués est commémorée par une variété de plaques en Normandie. À l’Abbaye d’Ardenne, un monument est installé dans le jardin où 18 exécutions ont eu lieu. Souvent, il est recouvert de petits drapeaux canadiens laissés là par les touristes canadiens en pèlerinage, comme en réponse à l’inscription qui y est gravée : « Ils ont disparu, mais resteront toujours dans nos mémoires. »


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