Microtonalité

Microtonalité. Façon d'aborder la composition par l'emploi, occasionnel ou systématique, d'intervalles plus petits que le demi-ton utilisé dans l'accord tempéré occidental.

Microtonalité

Microtonalité. Façon d'aborder la composition par l'emploi, occasionnel ou systématique, d'intervalles plus petits que le demi-ton utilisé dans l'accord tempéré occidental. Bien que la microtonalité ait été explorée théoriquement dans l'ancienne Grèce et qu'elle ait trouvé une application pratique dans l' arcicembalo du compositeur et théoricien de la Renaissance Nicola Vicentino, elle n'a pas été largement exploitée avant le début du XXe siècle; elle a été surtout utilisée dans l'oeuvre du compositeur tchèque Alois Hába (1893-1973), qui compta parmi ses élèves Karel Ančerl et Walter Susskind, et le compositeur d'origine russe Ivan Wyschnegradsky (1893-1979), qui vécut à Paris de 1920 jusqu'à sa mort. Bien que moins envahissante que le rythme et le timbre, qui ont fait des progrès marquants dans la musique du XXe siècle, l'utilisation de microdivisions des hauteurs s'est avérée un procédé efficace et valide offrant une expression mélodique et harmonique nouvelle.

Au Canada, l'incorporation occasionnelle (bien que délibérée) de microtons survient dans des passages pour la voix de Somers (Twelve Miniatures, 1964) et Schafer (Miniwanka, 1971); dans les variabilités de hauteur des oeuvres d'Aitken, Saint-Marcoux et d'autres; dans des évocations de gamelan et dans des pièces où l'accent est mis sur la percussion d'Aitken, Garant, Tremblay et Vivier; dans des exemples pour cordes comme les glissandos à l'unisson du finale du Quatuor à cordes no 3 de Schafer (1981). Le Quartertone Quartet de Behrens est une des premières études microtonales du genre plus systématique (1960). Les visites de spécialistes de la microtonalité tels que Lou Harrison et Ben Johnston, depuis le début des années 1970, a influencé les ensembles canadiens de musique nouvelle.

Cependant, la microtonalité est devenue primordiale dans l'oeuvre de deux compositeurs au Canada - Bruce Mather et James Tenney. Lors d'un voyage à Paris en 1974, Mather rencontra Wyschnegradsky; fort impressionnés par sa musique, Mather et Pierrette LePage ont fait le nécessaire pour jouer et enregistrer plusieurs de ses oeuvres, dont certaines inédites. Au décès du compositeur, on demanda à Mather de préparer une édition de ses oeuvres. Ces expériences ont fortement marqué les compositions de Mather; la plupart de ses oeuvres depuis la fin des années 1970 emploient la microtonalité d'une manière systématique. On en trouve des exemples dans sa musique de chambre : Ausone pour deux ensembles instrumentaux séparés d'un quart de ton dans leur accordage (1979); Barbaresco pour alto, violoncelle et contrebasse (1984); et Poème du délire pour trois pianos accordés en sixièmes de ton (1982).

Tenney fut également attiré par des considérations nouvelles quant aux hauteurs, incluant souvent des microtons, grâce à ses contacts avec un spécialiste plus âgé : avant son émigration au Canada, il fut associé au compositeur amér. Harry Partch (1901-1974) comme exécutant dans son ensemble Gate Five. Tenney commença à expérimenter au début des années 1970 et signa des articles théoriques sur les problèmes d'accordage, en plus de composer des exemples concluants sur son approche, comme Koan (1984), une oeuvre où l'accord juste (plutôt que tempéré) résulte en des distinctions exactes des hauteurs aussi petites qu'un sixième de demi-ton.

Les théories de base des systèmes microtonaux fondés sur des systèmes d'accordage non tempérés ont été explorées en détail par le musicologue canadien Paul Rapoport qui a démontré une grande variété de subdivisions d'octaves sur le Scalatron, un instrument à clavier électronique de pointe à l'Université McMaster. Les systèmes utilisant des systèmes d'accordage aux intervalles étroits peuvent être assez facilement obtenus par la technologie musicale moderne assistée par ordinateur. Quelques compositeurs canadiens (dont Paul Dolden) ont fait des expériences systématiques avec la microtonalité dans le médium de la musique électroacoustique.

Des échelles microtonales sont présentes dans les systèmes musicaux traditionnels, populaires et la plupart des non occidentaux (les inflexions dans le chant des blues d'Amérique du Nord sont souvent citées comme exemple); l'intégration d'éléments de ces répertoires par plusieurs compositeurs et la prolifération d'une technologie musicale sophistiquée et relativement bon marché pourraient bien indiquer que la microtonalité continuera d'être explorée par un nombre croissant de musiciens.


Lecture supplémentaire

  • Tenney, James. 'A tradition of experimentation,' Musicworks, 27, 1984