Musique religieuse anglicane

Musique religieuse anglicane. Musique utilisée dans les rites et offices de l'Église anglicane au Canada connue jusqu'en 1955 comme l'Église d'Angleterre (Church of England). En 1981, il y avait quelque 2,4 millions d'anglicans au Canada.

Musique utilisée dans les rites et offices de l'Église anglicane au Canada connue jusqu'en 1955 comme l'Église d'Angleterre (Church of England). En 1981, il y avait quelque 2,4 millions d'anglicans au Canada.

L'Église d'Angleterre fut parmi les premières à prendre racine au Canada. Le premier office eut lieu en octobre 1710 à la chapelle française de Port-Royal, Nouvelle-Écosse, après la prise de cette colonie par les Anglais. Ils la rebaptisèrent Annapolis Royal et en firent le siège du gouvernement de la Nouvelle-Écosse (1710-49). La cathédrale Saint John the Baptist à Saint-Jean, Terre-Neuve, remonte à 1699, mais la première église érigée par l'Église d'Angleterre au Canada (en fait, la première église autre que catholique romaine) fut l'église Saint Paul's de Halifax, en 1750. Elle possédait son propre choeur au début des années 1760 et un orgue, peut-être d'origine espagnole, dès 1765. Les premiers organistes à Saint Paul's furent un nommé Evans (1765-66), Richard Bulkeley (1767-68) et Viere Warner (1768-v. 1770). Un conflit surgit en juillet 1770 lorsque V.Warner fut censuré par le conseil paroissial de Saint Paul's pour avoir affiché « une légèreté d'esprit dans plusieurs des airs qu'il joue, appelés improvisations, au grand déplaisir de la congrégation ». Dans le même souffle, le choeur de l'église fut accusé de chanter des hymnes dont les mots et la musique étaient incompréhensibles à la congrégation (le texte complet de la « remonstrance » figure dans History of Music in Canada, p. 41). Malgré cette critique de l'élaboration de la musique d'église que pratiquait V. Warner, il est intéressant de noter qu'en 1769, alors qu'il était toujours à Saint Paul's, un oratorio y fut présenté par la Philharmonic Society et les officiers de l'armée et de la marine, et qu'en 1789, lors d'un service pour célébrer le retour à la raison de George III, le choeur final du Messie et un hymne de couronnement de Haendel furent exécutés à l'église.

Le premier choeur vêtu de surplis au Canada aurait chanté sous la direction de John Bentley, lors de la consécration de la cathédrale Holy Trinity de Québec en 1804. À Toronto, un choeur fut fondé à la cathédrale Saint James' en 1819, mais le premier choeur en surplis ne fut pas formé avant 1868, cette fois à l'église Holy Trinity.

Avant le milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, la plupart des offices étaient accompagnés des instruments disponibles tels que contrebasse, basson, clarinette et cors. En 1801 cependant, la cathédrale Holy Trinity de Québec commanda un orgue en Angleterre. En 1802, l'église Trinity de Saint-Jean, (N-B), en importa un et tour à tour plusieurs cathédrales acquirent un orgue : Saint George's de Kingston, (Ont), vers 1818, Saint James' de Toronto vers 1833, Christ Church de Hamilton vers 1843 et Christ Church d'Ottawa vers 1850.

L'Église catholique romaine et l'Église d'Angleterre furent les premières au Canada à engager des musiciens de métier. En 1816, Stephen Codman succéda à John Bentley comme o. m. c. à la cathédrale Holy Trinity de Québec. Edward Hodges, organiste détenant un D.Mus. de Cambridge, oeuvra quelque temps à la cathédrale Saint James' de Toronto en 1838. J.P. Clarke fut organiste à la cathédrale Christ Church de Hamilton (1844-45) et à la cathédrale Saint James' de Toronto (1848-49); et John Carter oeuvra à la cathédrale Holy Trinity de Québec (1854-56) et à la cathédrale Saint James' de Toronto (1856-78).

Les évêques qui aidèrent fortement à l'épanouissement de la musique à l'église au XIX<sup>e</sup> siècle furent Jacob Mountain de Québec (1749-1825), John Medley de Fredericton (1804-1892) et A.W. Sillitoe de New Westminster (1841-1894).

Les publications de l'époque donnent une idée de ce qui était chanté dans l'Église d'Angleterre au XIX<sup>e</sup> siècle. A Selection of Psalms and Hymns (Toronto 1834, sans musique; 1835, avec musique; compilé par William Warren, premier organiste à la cathédrale Saint James', Toronto) offrait des psaumes versifiés, des airs d'hymnes et des psalmodies pour les cantiques. Une édition ultérieure (1842) ajoutait des paroles aux hymnes de compositeurs tels qu'Arnold, Attwood, Boyce, Callcott, T. Clarke, Haendel et Kent, et proposait des adaptations d'oeuvres de Haydn, Mozart et Pergolèse. Une sixième édition parue en 1857 prouve la popularité de ce recueil. Canadian Church Psalmody (Toronto 1845, compilé par J.P. Clarke) ajoutait un plus vaste éventail de psalmodies, certaines mélodies grégoriennes, deux Te Deum et sept autres pièces du compilateur. A Church Hymn Book (Toronto 1862) offrait 254 hymnes. Le plus important hymnaire anglican, présentant plus de 500 mélodies et publié avant 1900, fut le Church Hymnal (Montréal 1886).

Sur la base de ces publications et d'autres références connexes, il est possible d'établir une chronologie générale de l'évolution de la musique servant au culte. Jusqu'en 1835, l'usage courant était partagé entre les psaumes de l'édition Tate & Brady ou d'autres psaumes métriques similaires. À partir de 1836, les hymnes généraux et les cantiques (et plus tard les psaumes) non versifiés devinrent de plus en plus en usage. En 1857, à la suite de l'engagement de W.S. Vail à l'église Holy Trinity, à Toronto, on utilisa davantage les psalmodies et les mélodies grégoriennes. Vail était un élève de Thomas Helmore (un adepte anglais du plain-chant) et, sous sa direction, l'office fut chanté en entier pour la première fois à Toronto en 1869.

Au cours de la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, les pratiques musicales de l'Église d'Angleterre au Canada suivirent celles de l'Église mère d'Angleterre, bien que toujours tempérées par l'aspect essentiellement pionnier de la vie canadienne, avec des différences marquées entre les zones urbaines et rurales. Dans les églises urbaines, des orgues plus importants furent installés, les choeurs devinrent plus nombreux et des quatuors de solistes à cachet firent leur apparition. Les oeuvres de Joseph Barnby, John Dykes, Gounod, Mendelssohn, Spohr et Stainer et les hymnes de John Henry Maunder et Caleb Simper furent joués et chantés régulièrement. L'habitude de donner des présentations saisonnières d'oratorios et d'autres oeuvres chorales d'envergure à l'église s'étendit et s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui. Dans les grandes villes, le répertoire et même la séquence des parties musicales de l'office commencèrent à imiter la tradition des cathédrales anglaises. Dans les premières décennies du XX<sup>e</sup> siècle, les efforts pratiques et savants de Richard Terry et d'Edmund Fellowes permirent à cette tradition de retrouver en Angleterre une vigueur depuis longtemps perdue, grâce notamment à la redécouverte de la musique des polyphonistes de l'époque Tudor (Taverner, Tallis, Byrd, Tye, Morley, Mundy, Farrant, Gibbons, etc.) et des compositeurs de la Restauration tels Purcell, Croft, Greene et Boyce; l'église au Canada suivit ce mouvement avec un léger décalage. Le regain d'intérêt pour l'art oublié du chant sans accompagnement - regain dont les choeurs d' A.S. Vogt furent des pionniers durant les années 1890 - fut aussi symptomatique de ce renouveau. La musique des traditionalistes du début du XX<sup>e</sup> siècle comme Parry, Stanford et Charles Wood fut aussi à l'honneur. À cette époque pouvaient se déceler les amorces d'une réaction contre ce qui fut qualifié de « sensationnel, sentimental et clinquant ». « I Was Glad » de Parry fut chanté à la cathédrale Christ Church de Fredericton en 1913, en compagnie cependant d'oeuvres de Smart et Eyre. The Book of Common Praise (Toronto 1908) fut largement utilisé dans les églises anglicanes.

Une augmentation du nombre de choeurs de voix d'hommes fut un autre résultat immédiat de l'influence de la tradition des cathédrales anglaises. Deux choeurs de ce genre connurent un succès considérable, celui de l'église Saint Simon-the-Apostle à Toronto, dirigé par Eric Lewis, et celui de la cathédrale Saint George's à Kingston, Ont., dirigé par George Maybee. Ce dernier chanta aux offices de l'abbaye de Westminster en 1954 et en 1965. D'autres remarquables musiciens de l'église anglicane au XX<sup>e</sup> siècle ont été Gerald Bales, Hugh Bancroft, Vernon Barford, Edward Bishop (cathédrale Holy Trinity, Québec), Giles Bryant, Frederick Chubb, Stephen Crisp, Frederick Egener, Arthur Egerton, Maitland Farmer, John Gallienne, Fred Geoghegan, Donald Hadfield, Albert Ham, Ned Hanson, Godfrey Hewitt, Derek Holman, Norman Hurrle, Frances Macdonnell, Donald Mackey, Kenneth Meek, Charles Peaker, John Tuttle, Patrick Wedd, Gerald Wheeler, Alfred Whitehead et Leonard Wilson. L'oeuvre de Healey Willan (venu au Canada en 1913) contribua à une plus grande appréciation de la musique grégorienne et de la polyphonie de la Renaissance et au rejet de la sentimentalité et de l'exhibitionnisme dans la musique religieuse. Cette attitude se reflète dans les offices de la « high church » (ou anglo-catholique) comme ceux de Willan à l'église Saint Mary Magdalene à Toronto, et ceux des églises Saint Barnabas à Victoria, C.B. (dirigés par Ian Galliford), et Saint James à Vancouver.

Le développement de la musique anglicane dans les Prairies fut ralentit jusqu'en 1950 par le peu d'orgues disponibles entre Winnipeg et Vancouver. Hugh Bancroft a entretenu un excellent programme choral à la cathédrale All Saints d'Edmonton et Jeremy Spurgeon a maintenu cette tradition. D'autres choeurs de qualité sont aussi apparus à Calgary, Regina et Saskatoon ainsi qu'à Winnipeg et à Brandon.

Le congrès anglican tenu à Toronto en 1963, auquel participa un grand choeur d'hommes venant de choeurs de plusieurs villes, témoigna clairement des progrès de la musique religieuse au Canada. L'édition révisée de The Book of Common Praise (Toronto 1938), tout en ayant largement puisé dans les hymnaires anciens, a été l'occasion d'une autre manifestation d'unité au sein de l'église canadienne, et son successeur, The Hymn Book (Canada 1971), témoigne concrètement d'un rapprochement avec l'Église unie du Canada. Un comité a été établi pour produire un nouvel hymnaire vers la fin des années 1990, dans lequel le texte aura été expurgé de références sexistes. Dans l'usage courant, The Parish Psalter a été remplacé par The Canadian Psalter (tous deux en version anglicane et en version plain-chant, Toronto 1963), d'après la version des psaumes du Canadian Book of Common Prayer de 1959.

Au début des années 1970, de nombreuses églises commencèrent à recueillir des fonds en vendant des disques réalisés par leurs choeurs et leurs organistes, ce qui démontre une certaine confiance dans la qualité de leur travail. Des choeurs rattachés aux écoles diocésaines sont florissants et l'influence de la Royal School of Church Music s'est aussi accentuée, surtout grâce à des festivals de chant choral. Quelques églises ont maintenu la longue tradition des choeurs d'hommes et de garçons et la qualité de la musique pratiquée dans ces églises vaut celle des meilleures églises ou cathédrales d'Angleterre. Les choeurs des cathédrales anglaises ont longtemps eu l'habitude de faire des tournées de concerts au Canada, mais cette pratique tombe en désuétude car les cachets et les frais d'hébergement de ces choeurs, qui ont maintenant des agents, ont atteint des niveaux peu réalistes. Les choeurs des églises canadiennes ont cependant continué de voyager, surtout en Angleterre : le choeur de la cathédrale Saint George's de Kingston, ( Ont), en était à sa troisième visite en 1979; le choeur de la cathédrale Saint Paul's de Regina s'y est rendu en 1990 et le choeur de la cathédrale Church of the Redeemer en 1991.

L'afflux de musiciens ayant étudié en Grande-Bretagne a cessé vers la fin des années 1970, quand des lois sur l'immigration plus sévères ont obligé à offrir d'abord les postes à des Canadiens. Au Québec, suite à la baisse de la population anglophone après 1976, les églises anglophones ont éprouvé de plus en plus de difficultés à maintenir des choeurs. Dans tout le Canada, les musiciens formés en Angleterre se sont joints aux organistes et chef de choeurs américains et à ceux, de plus en plus nombreux, nés au Canada pour donner une envergure cosmopolite au répertoire des principales églises. La musique de cathédrale puise aux sources de Palestrina, Josquin, Schütz, Bach, Haendel, Haydn et Mozart. Les hymnes et les arrangements de Herbert Howells, Kenneth Leighton, William Mathias ou John Rutter cotoient ceux d'Alan Hovhaness, Gerald Near ou Leo Sowerby et de Canadiens comme Bancroft, Bissell, Fleming, Holman, Naylor, Ridout, Whitehead ou Willan. Des cathédrales comme Saint James' (Toronto), Saint George's (Kingston) et Christ Church (Vancouver) ont régulièrement présenté des messes viennoises certains dimanches, parfois avec orchestre.

Autre facteur important dans l'évolution de la musique anglicane au Canada dans les années 1980, le Book of Alternative Services of the Anglican Church of Canada fut introduit en 1985. Bien que de nombreuses églises aient réaménagé la liturgie du Book of Common Prayer, la langue était restée traditionnelle. Au contraire, le nouvel hymnaire offrait la possibilité d'employer une langue contemporaine et avait provoqué un participation accrue de la congrégation et un déclin des choeurs dans le service de l'Eucharistie. Il fallait mettre de nouvelles mélodies sur les paroles des rituels contemporains pour permettre une participation des choeurs. Les arrangements pour choeurs ont été rares, si l'on excepte Madawaska Mass de Frances Macdonnell, Priory Service de Richard Dacey et Mass of the Crown of Life de Patrick Wedd, et de plus modestes arrangements pour la congrégation, de John Rutter, Martin How, William Mathias et quelques autres, sont devenus la norme. Bien que les instances nationales de l'église n'aient sanctionné ni l'une ni l'autre forme, des concours ou des commandes à l'échelle locale ont favorisé l'écriture de musique simple pour la congrégation pour les liturgies alternatives de l'Eucharistie. Le diocèse de la Colombie-Britannique a organisé un concours de ce genre en 1987 et il a été remporté par Joyce Winnifred Evans (Denver, Col.), Richard Fleming (à titre posthume) et Jacobus Kloppers (Edmonton). Les choeurs ont presque disparu des vêpres, et les rares églises qui maintiennent cette pratique ne le font souvent qu'un dimanche par mois. La plupart de ces églises utilisent l'office du Book of Common Prayer car la langue du nouveau rituel irait à l'encontre de presque tous les arrangements pour choeurs existants. La façon de chanter les psaumes a changé avec le Book of Alternative Services et des versions à répons ont été introduites, un chantre chantant les versets et la congrégation les répons. George Black et John Gallienne ont déjà écrit dans ce genre.

En 1991, beaucoup d'églises à travers le pays étaient sous la direction musicale de femmes, par exemple Frances Macdonnell à la cathédrale Christ Church (Ottawa), Melva Graham à Grace Church-on-the-Hill (Toronto) et Alison Riseley à la cathédrale Christ Church (Fredericton). En 1986, la cathédrale Saint George's de Kingston se dotait d'un choeur de filles, un des premiers au pays à être formé dans une cathédrale.

La baisse du nombre de choeurs de garçons, l'arrivée du Book of Alternative Services, des lois sur l'immigration plus strictes et l'émergence de choeurs mixtes rendent de plus en plus probable une évolution unique de la musique anglicane canadienne à l'approche du XXI<sup>e</sup> siècle. Le CRCO soutient toujours la musique d'église de toutes les dénominations et l'Anglican Foundation, la branche collectrice de fonds des instances nationales, offre des bourses aux organistes débutants, encourageant ainsi un renouveau de l'intérêt pour l'instrument.

Les vol. II, V et IX du PMC contiennent de nombreuses pièces pour les services anglicans et les introductions à ces différents volumes décrivent divers genres, pratiques et pratiquants.

Voir aussi Hymnes, Maîtrises, Plain-chant, Religions et musique.


Lecture supplémentaire

  • Fox, D. Arnold. "Music in the Maritime provinces," Year Book of Canadian Art, compiled by the Arts and Letters Club of Toronto (London and Toronto 1913)

    Etherington, Charles L. The Organist and Choirmaster (New York 1952)

    MacMillan, Sir Ernest. "The organ was my first love," CMJ, vol. 3 Spring 1959.

    Locke, William. "Ontario church choirs and choral societies 1819-1918," DMA thesis, U of California 1973

    Bennett, Thomas A. M. Psalmody in the Canadian Churches (Vancouver, 2001)

    Reed, Thomas Arthur. "Church music in Canada," manuscript, Metropolitan Toronto Library, no date

    Kallmann, History of Music.

    MacMillan, Sir Ernest. "Choral music," Music in Canada

    Peaker, Charles. "Church Music II," Music in Canada

    Peaker, Charles. "Church music," Encyclopedia Canadiana