Musique rock au Québec et au Canada français



Musique rock au Québec et au Canada français

Origines du country western, du style « crooner » et du pop

Même si on admet généralement que les origines du rock'n'roll québécois remontent au milieu des années 1950, le terme « rock » qualifie des artistes dont les influences musicales sont variées : country-western, jazz, blues, rhythm and blues, rockabilly, « crooner », chansonniers, yé-yé, rock progressif, pop, punk, heavy metal ou alternatif. Au Canada français, on commence à entendre du rock à la radio, sur des 45 tours, dans des styles contemporains populaires (country-western, rhythm and blues, jazz, musique sud-américaine, etc.) et grâce à la mode de la guitare électrique. Le phénomène québécois se distingue par l'originalité de ses chansons et, dans les années 1950 et 1960, par des versions françaises de succès anglais.

Influencés par la musique pop en anglais, les premiers artistes québécois à adopter la guitare électrique sont probablement des musiciens country western. À partir des années 1940, des chanteurs comme Willie Lamothe, Marcel Martel et Paul Brunelle composent des chansons qui s'inspirent du bluegrass ou du swing western américain. À partir des années 1950, des artistes de cabaret enregistrent des chansons de style pop ou « crooner » qui se démarquent par le nouveau rock'n'roll. Parmi ceux-ci, figurent Aglaé, Jen Roger, Dean Edwards, Roger Miron, Les Jérolas (avec Jérôme Lemay et Jean Lapointe), Paolo Noël, Margot Lefebvre et Rosita Salvador. On commence à entendre l'expression « rock'n'roll » dans des chansons à succès de l'époque. Léo Benoît enregistre « Le rock and roll dans l'lit », André Lejeune « Qu'est-ce que le rock and roll? » et Denise Filiatrault « Rocket rock and roll » (référence au joueur de hockey Maurice « The Rocket » Richard). Le groupe montréalais The Beau-Marks sort le premier succès rock au Canada en 1960.

Le yé-yé et autres musiques de variétés

La musique populaire au Québec du début des années 1960 est dominée par les chansonniers et le yé-yé. Le yé-yé est sans aucun doute le style le plus associé au rock'n'roll. Selon Richard Baillargeon, historien en musique populaire québécoise, au Québec seulement, il y a plus de 500 groupes yé-yé, dont la plupart sont constitués de jeunes hommes. Parmi ceux-ci, au moins 50 se bâtissent des carrières intéressantes. Les Mégatones, découverts par Yvan Dufresne (imprésario des crooners Michel Louvain et Donald Lautrec), donnent le coup d'envoi du yé-yé québécois avec leur enregistrement Voici les Mégatones (1962). La chanson novatrice « Rideau S.V.P. » de cet album devient un classique. À partir de 1964, l'énorme succès des Beatles en Amérique du Nord mène à une nouvelle vague de yé-yé commercial.

Les Classels (pour « Class Sells »), dont le chanteur principal est Gilles Girard, interprètent des versions françaises de succès de Paul Anka, des Platters et de Roy Orbison ainsi que des œuvres originales. Le groupe les Baronets, comprenant René Angélil (futur imprésario de Céline Dion), Pierre Labelle et Jean Beaulne, se vend très bien, principalement grâce à des versions françaises de chansons des Beatles. Plusieurs autres groupes tournent bien : César et les Romains, les Hou-Lops, les Lutins, les Bel-Canto (Jean Beaulne, imprésario), les Habits jaunes, les Chanceliers (avec Michel Pagliaro), les Gendarmes, les Gants blancs (avec Gerry Boulet), les Sultans, les Sinners, les Excentriques et les Milady's (un des rares groupes féminins).

Sont directement associés au yé-yé certains artistes solo tels que Pierre Lalonde, Donald Lautrec, Nanette Workman, Jenny Rock, Joël Denis, Marc Gélinas, Anne Renée, Christine Chartrand, Claude Steben, Claire Lepage, Dany Aubé, Johnny Farago, Robert Demontigny, Tony Massarelli et Patrick Zabé.

Rock et groupes de chansonniers des années 1970

L'influence du rock sur les chansonniers est plus évidente après le succès de Robert Charlebois et de L'Osstidcho (1968), un événement culte qui transforme la chanson au Québec. Ses succès suivants « Lindberg » et « California » illustrent cette évolution de l'esthétique musicale. Selon la légende, Jean-Pierre Ferland assiste à une représentation et la quitte en larmes en admettant que la « grande musique québécoise » ne pourra plus jamais être comme avant. Ferland lui-même effectue un virage radical qui mène à l'album Jaune (1970). Son autre album, Soleil (1971), plus près du rock psychédélique, confirme ce changement.

D'autres artistes solo des années 1970 combinent la « grande chanson » et le rock, notamment Plume Latraverse, Michel Pagliaro, Diane Dufresne, Claude Dubois, Paul Piché et Richard Séguin.

La décennie 1970 est celle des groupes cultes au Québec. Harmonium, avec Serge Fiori, fait fureur avec un album de chansons populaires accessibles et artistiquement travaillées. Le mélange de pop et de rock progressif garantit au groupe une popularité si grande qu'il fait une tournée au Canada anglais, aux États-Unis et en Europe. Également en 1974, Beau Dommage lance son premier album. Presque toutes leurs chansons deviennent des classiques (p. ex. « La complainte du phoque en Alaska », « Ginette », « Le picbois » et « 23 décembre »). D'autres groupes comme Offenbach (avec Gerry Boulet), Corbeau (avec Marjo et Pierre Harel), Octobre (avec Pierre Flynn), Aut' Chose (avec Lucien Francoeur), Contraction, Morse Code, Maneige, Abbittibbi et le Ville Émard Blues Band marquent la décennie.

Musique rock populaire pour le marché de masse

Avec la création du gala de l'ADISQ en 1979, la fondation de l'étiquette de disque Audiogram par Michel Bélanger en 1982 et l'arrivée de la chaîne télévisée Musique Plus en 1986, les artisans de la musique populaire au Canada français ont de plus en plus de contrôle sur la production de disques, la diffusion et les spectacles de la région. Parmi les nombreux groupes et artistes solo dont les chansons et les enregistrements comprennent du rock au milieu des années 1980, notons Daniel Lavoie (un Franco-Manitobain), Jim Corcoran Sylvain Lelièvre, Rock et Belles Oreilles, Luc De Larochellière, Céline Dion, Marjo, Gerry Boulet, Marie Philippe, Mitsou, Mario Pelchat, Lucien Francoeur, Francine Raymond et Pierre Flynn. Après le référendum québécois de 1980, la décennie est marquée d'une vague d'interprètes anglo-québécois. Men Without Hats, The Box, Corey Hart, Luba, The Doughboys et Idées noires en font partie. Daniel Lanois (élevé en Ontario) joue un rôle important dans l'industrie de la musique aux États-Unis et au Canada anglais, particulièrement par son travail avec U2, Peter Gabriel et Willie Nelson.

Finalement, le groupe de jazz-rock électronique UZEB est également remarquable. En plus de tournées avec Claude Dubois et Diane Tell, UZEB se produit dans le monde entier.

Après 1990, le répertoire de pop rock pour le marché de masse se diversifie considérablement. Pendant les années 1990 apparaissent Richard Desjardins, Jean Leloup (maintenant Jean Leclerc), Zébulon, Éric Lapointe, Joe Bocan, Roch Voisine (un Brayon d'Edmunston), Les BB, Vilain Pingouin, Noir Silence, France D'Amour, Les Colocs, Sylvain Cossette, Dan Bigras, les Respectables, la Chicane, Rudeluck, les Mauvais quarts d'heure, Sylvie Paquette et Lili fatale.

Depuis 2000, on classe parmi les artistes prometteurs les Cowboys fringants, Mes Aïeux, Daniel Boucher, Simple Plan (anciens membres de Reset), les Trois accords, Garou, Mononc' Serge (ancien membre des Colocs), Stefie Shock, Ariane Moffatt, Annie Villeneuve, Marie-Mai Bouchard, Marie-Chantal Toupin, Andrée Waters, Dumas, Fred Fortin, Boum Desjardins et Dany Bédar (anciens membres de la Chicane), Kaïn, Martin Deschamps, Projet Orange, Capitaine révolte, Hugo Lapointe et Swing (un groupe franco-ontarien).

Heavy metal, alternatif, punk et metal

Depuis le début des années 1980, un nombre important de groupes de rock alternatif et de metal du Québec se sont fait une place auprès d'un public relativement jeune et changeant. Ces groupes se situent en marge de la musique populaire couramment diffusée à la radio et par des chaînes télévisées spécialisées.

Même s'il est difficile de dater les débuts du heavy metal au Canada français, les premiers fans écoutent Metallica, Iron Maiden et Megadeth ainsi que d'autres groupes britanniques et américains du même style. Au Québec, seulement Voïvod (créé vers 1982) se taille une place parmi les principaux groupes de heavy metal de la première génération.

Depuis le début des années 1990, le nombre de groupes de styles marginalisés augmente considérablement. En rock alternatif (ou rock festif), les groupes québécois Grim Skunk et Groovy Aardvark se démarquent. En combinant l'alternatif et le punk à divers niveaux, d'autres groupes comme Yelo Molo, les Vulgaires Machins, Kermess, les Planet Smashers, Banlieue rouge, les Marmottes aplaties, les Pistolets roses, WD-40, le Nombre, les Chiens, Map, Brain for Sale, Éric Panic, X-Large, Reset (par la suite nommé Simple Plan) et même le groupe plus expérimental Godspeed You! Black Emperor produisent des albums qui connaissent le succès. Plus récemment, des groupes anglophones montréalais se font connaître aux États-Unis. Parmi ceux-ci, Arcade Fire et son album Funeral (2004) sont remarqués. D'autres, comme The Stills, The Stars, The Dears, Les Georges Leningrad et The Unicorns, sont assez populaires. Parmi les groupes francophones d'alternatif, Malajube, Karkwa et les Breastfeeders se font récemment connaître du grand public.

Finalement, dans la catégorie metal, des groupes du monde entier suscitent l'enthousiasme des nombreux fans québécois. Québec a la réputation d'être l'une des capitales du metal. Parmi les groupes de la région qui se démarquent nommons Anonymus (à ne pas confondre avec l'ensemble de musique ancienne du même nom), BARF, Overbass, TSPC, Kataklysm, Gorguts, Cryptopsy, Quo Vadis, Martyr, Neuraxis, Obliveon, Ghoulunatics et Mental Disorder. Mis à part quelques exceptions (comme l'association de Mononc' Serge et d'Anonymus pour L'Académie du massacre, 2003), le metal et les enregistrements de ces groupes restent généralement inconnus du grand public.

Voir aussi: Chanson au Québec, Rock, Auteurs-compositeurs et Composition (Canada Anglais) 1921-1954

Bibliographie

BAILLARGEON, Richard et CÔTÉ, Christian. Destination ragou : une histoire de la musique populaire au Québec(Montréal, 1991).

BAILLARGEON, Richard, et al. Yéyé : Le journal des musiques d'agrément[Fanzine] (Québec).

BELLEMARE, Luc. « Focus shift: An essay on the overlooked musical influences in Quebec popular chanson of the 1960s », compte rendu électronique de la 13e conférence biennale de l'Association internationale pour l'étude de la musique populaire, 2005.

HEIN, Fabien. Hard Rock, Heavy Metal, Metal: Histoire, culture, pratiquants(Paris, 2003),

PETERSON, Richard A. « Mais pourquoi donc en 1955? Comment expliquer la naissance du rock », Rock : de l'histoire au mythe, éd. Patrick Mignon et Antoine Hennion (Paris, 1991).

THÉRIEN, Robert et D'AMOURS, Isabelle. Dictionnaire de la musique populaire au Québec: 1955-1992 (Québec, 1992).


Lecture supplémentaire

  • Baillargeon, Richard, et Côté, Christian. Destination ragou: une histoire de la musique populaire au Québec (Montreal 1991)

    Baillargeon, Richard, et al. Yéyé : Le journal des musiques d'agrément [Fanzine] (Quebec)

    Bellemare, Luc. "Focus shift: An essay on the overlooked musical influences in Quebec popular chanson of the 1960s," electronic proceedings of the 13th biennial conference of the International Association for the Study of Popular Music (IASPM), 2005

    Hein, Fabien. Hard Rock, Heavy Metal, Metal: Histoire, culture, pratiquants (Paris 2003)

    Peterson, Richard A. "Mais pourquoi donc en 1955? Comment expliquer la naissance du rock," Rock: de l'histoire au mythe, ed Patrick Mignon and Antoine Hennion (Paris 1991)

    Thérien, Robert, and D'Amours, Isabelle. Dictionnaire de la musique populaire au Québec: 1955-1992 (Quebec 1992)

Liens externes