​Nelson Mandela : un point faible pour le Canada

Même baignée du soleil sud-africain, l’île de Robben est un endroit morne et peu attirant : un paysage rocailleux, balayé par les vents et perdu au milieu de l’océan avec pour seul rappel du reste du monde les sommets de la Montagne de la Table qui se profilent, loin à l’horizon.

Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney présente Nelson Mandela, le 18 juin 1990.
Image: The Canadian Press/Hans Deryk.

Même baignée du soleil sud-africain, l’île de Robben est un endroit morne et peu attirant : un paysage rocailleux, balayé par les vents et perdu au milieu de l’océan avec pour seul rappel du reste du monde les sommets de la Montagne de la Table qui se profilent, loin à l’horizon.

Lors de ma visite en 1999, l’île faisait office de musée, commémoration de la souffrance vécue en ces lieux. Même si ses geôliers étaient partis de l’île depuis longtemps, les spectres de la cruauté hantaient toujours les baraques hôtes du prisonnier le plus célèbre du monde.

Nelson Mandela a passé 18 années dans une cellule en béton si petite que, lorsqu’il se couchait sur le sol (il n’avait pas de lit), sa tête touchait un mur et ses pieds, le mur opposé. Le fait qu’il ait survécu à ce sort et à plus de 9 autres années dans les prisons du continent durant l’apartheid sans la moindre trace de colère ni désir de vengeance est un véritable miracle.

Mandela, premier président noir de l’Afrique du Sud, est mort cette semaine, le 5 décembre 2013, à l’âge de 95 ans.

Le Canada se console en se rappelant qu’une des principales raisons qui ont aidé Mandela à tenir bon est la certitude qu’il n’était pas seul. Il savait que le monde extérieur, le Canada souvent en tête, l’accompagnait, refusait de l’oublier, et gardait le mouvement antiapartheid en vie.

C’est grâce à John Diefenbaker que le Commonwealth a condamné l’Afrique du Sud, ce qui a forcé le gouvernement d’apartheid à se retirer de l’organisation en 1961.

Les décennies suivantes ont vu des groupes de la société civile canadiens militer avec force contre l’apartheid, sans parler du fait qu’un des piliers de la politique étrangère du Canada durant la fin des années 1980 était l’opposition au régime d’apartheid à coups, entre autres moyens, de sanctions. Brian Mulroney a d’ailleurs prié Ronald Reagan et Margaret Thatcher d’être plus durs envers l’Afrique du Sud à plusieurs reprises. Malgré que ses prières aient été ignorées ou ridiculisées par les leaders conservateurs à Londres et à Washington, on a donné raison à Mulroney en fin de compte.

Mandela n’a jamais oublié l’aide que le Canada a apporté à son pays.

Nelson Mandela et son épouse Graca Machel applaudissent la chorale \u00e0 l'école publique Nelson Mandela Park \u00e0 Toronto, en 2001. Image: The Canadian Press/Frank Gunn.

« Nous vous considérons comme l’un de nos grands amis à cause du soutien important que nous avons reçu de vous et du Canada au fil des ans, » a déclaré Mandela à Mulroney lors d’un appel téléphonique en février 1990, le jour suivant sa libération de prison.

Son amitié avec le Canada grandit encore lorsque, quatre mois après sa libération, Mandela reçoit le privilège extraordinaire de parler à la Chambre des Communes à Ottawa en tant qu’étranger non officiel. Là, il remercie les Canadiens d’avoir, « de l’autre côté de l’océan, tendu la main aux rebelles, aux fugitifs et aux prisonniers » du régime d’apartheid.

Des années plus tard, Mandela est célébré par plus des 50 000 admirateurs réunis au SkyDome de Toronto et, en 2001, Jean Chrétien le nomme citoyen honorifique du Canada. On raconte aussi que le point faible que Mandela a pour le Canada se manifeste souvent par le fait était friand du sirop d’érable et qu’il en demandait souvent.

Peu de gens savent qu’à la fin des années 1990, beaucoup des politiciens canadiens, dont le premier ministre néo-brunswickois Frank McKenna, ont apporté, en coulisses, un soutien important à la « nouvelle » Afrique du Sud. Ceci, en montrant aux jeunes gouvernements régionaux et à leurs leaders nouvellement élus l’art de gouverner (un programme appelé « Programme sur la gouvernance Canada-Afrique du Sud »).

Aujourd’hui, de part et d’autre du Canada se trouvent des écoles et des rues au nom de Nelson Mandela. Son importance au Canada, toutefois, est peut-être mieux exprimée par une anecdote de Mandela lui-même, qui s’est déroulée lors d’un arrêt imprévu à Goose Bay au Labrador en 1990, à la fin de sa première visite au Canada.

Pendant que son avion était ravitaillé, Mandela s’est approché d’un groupe d’adolescents inuit qui l’observait de l’autre côté du grillage de l’aéroport :

« J’ai appris qu’ils avaient regardé ma libération à la télévision, et qu’ils étaient au courant des événements en Afrique du Sud, a-t-il dit. Ça me semblait incroyable qu’un adolescent inuit [sic] vivant sur le toit du monde puisse regarder la libération d’un prisonnier politique à la pointe sud du continent africain. »


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