Opéra français

Fondée à Montréal en 1893, la Société d’opéra français avait pour but de présenter des saisons d’œuvres lyriques et dramatiques au Théâtre français à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Dominique.

Fondée à Montréal en 1893, la Société d’opéra français avait pour but de présenter des saisons d’œuvres lyriques et dramatiques au Théâtre français à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Dominique. Au nombre des actionnaires de la compagnie au capital de 10 000 $ figurent les hommes d’affaires Joseph-Marie Fortier et Alfred Vidal, les notaires Joseph Melançon et André-Julien-Hormidas Saint-Denis, le marchand de musique et musicien Edmond Hardy, et l’avocat Archibald Dunbar Taylor, propriétaire du Théâtre; tous, sauf Melançon, siègent au premier comité de direction.

Première saison (1893-1894)

Le directeur artistique, Maurice Robineau Sallard, fait venir de France une troupe de chanteurs et de comédiens qui inaugure la saison 1893-1894, le 2 octobre, avec La fille du tambour-major d’Offenbach. L’orchestre, dirigé par Gabriel Dorel, compte 18 instrumentistes et le chœur, 20 chanteurs. Sept représentations par semaine sont donnés et cette saison offre un vaste répertoire de comédies, drames et opérettes, dont La mascotte, Le petit duc, Boccace et Les cloches de Corneville, ainsi que les opéras Carmen et La fille du régiment. La troupe a comme têtes d’affiche Cécile de Goyon, Emma Blonville, Rose Giraud, Berthe Bellisson, Henri Giraud, Paul Portalier, Julien Montfort et Georges Delafontaine.

Deuxième saison (1894-1895)

La saison 1894-1895 accorde une plus large part au répertoire lyrique alors qu’Edmond Hardy succède à Sallard comme directeur. On présente, outre la reprise de Carmen et de La fille du régiment, Faust, Rigoletto, Lucie de Lammermoor, La favorite, La traviata, Le trouvère et Mignon. Une bonne partie de l’effectif de la saison précédente a été réengagée, mais de nouveaux noms font leur apparition au tableau, tels Virginia Bouit, Cécile Dargissonne, Mme Géraizer, Elim Vissière, Charles Desfassiaux, ainsi que six chanteurs recrutés à La Nouvelle-Orléans : Berthe Dupuy-Mourawieff, Marguerite Saint-Laurent, Jennie Auger, Pierre Boon, Maxime Soum et Victor Lamarche. Pour la première fois, l’Opéra français accorde un contrat à une chanteuse canadienne-française, la choriste Germaine Duvernay.

Troisième et dernière saison (1895-1896)

La saison 1895–1896 s’avère la plus ambitieuse. Le directeur, Arthur Durieu, qui a remplacé Hardy dès le 25 mars 1895, porte l’orchestre à 21 instrumentistes et renouvelle le répertoire. Des opéras comme Guillaume Tell, Les huguenots et Roméo et Juliette prennent l’affiche pour la première fois à la compagnie. De plus, le public entend en première canadienne les opéras Jérusalem, La juive, Mireille, Les pêcheurs de perles et Le prophète. La troupe est entièrement remaniée, les principales vedettes féminines étant Anne Vandiric-Essiani, Conti-Bossy, de Montrieux, Julia Bennati et Alice Cléry, et, chez les messieurs, Adrien Barbe, Armand Mary, Ferdinand Déo, Castel, Vérard, Geoffray et Préval.

Toutefois, la saison s’achève avant son terme et dans le scandale. Au début de 1896, on parle déjà de l’impasse financière dans laquelle se trouve l’entreprise. Le soir du 12 février, le rideau ne se lève pas sur Le barbier de Séville et, après une longue attente, le ténor Armand Mary explique au public que les artistes refusent de chanter parce qu’ils n’ont pas été payés depuis 40 jours. Les spectateurs indignés quittent peu à peu la salle. La presse fait par la suite largement état de l’affaire et de la détresse des artistes cherchant à être rapatriés. La Société Saint-Jean-Baptiste offre sa salle du Monument-NationalLe prophète est présenté ainsi qu’une soirée-bénéfice le 25 février. Ernest Lavigne propose aux artistes une semaine de participation aux concerts du parc Sohmer. Si quelques-uns, dont la Bennati, se fixent à Montréal, la majorité rentre en France au mois de juin.

Dès la fermeture, deux groupes de citoyens forment des projets de relance qui échouent. Le Théâtre français, rénové et électrifié l’année précédente, est rasé par un incendie le 26 février 1900 et rouvert le 8 avril 1901 pour se consacrer aux variétés et au cinéma; la salle de spectacle Métropolis occupe aujourd’hui son emplacement.


Lecture supplémentaire

  • Mireille Barrière, L’Opéra français de Montréal (2002) et « Ascension et chute de l’Opéra français de Montréal », Les cahiers de la Société québécoise de recherche en musique, 4, 1 (juin 2000) : 71–79.

    Frédéric Pelletier, « L’Opéra français », Entre-Nous, 2 (janvier 1931).