Rivière des Outaouais

La rivière des Outaouais est la huitième plus grande rivière du Canada et le principal affluent du Saint-Laurent. Prenant sa source dans les Laurentides, elle descend vers l’ouest avant de bifurquer vers le sud-est pour former une partie de la frontière séparant l’Ontario et le Québec. La surface qu’elle draine correspond au double de la taille du Nouveau-Brunswick. En tant que territoire ancestral du peuple algonquin, route majeure de la traite des fourrures et site de l’essor du commerce du bois au 19e siècle, la rivière des Outaouais tient un rôle important dans l’histoire et l’économie canadiennes. Ses écosystèmes variés, qui sont présentement la cible de nombreux efforts de conservation, abritent une riche gamme d’espèces animales et végétales. La rivière alimente également de nombreuses régions urbaines établies sur ses rives, la plus grande étant celle d’Ottawa-Gatineau.



Tracé

La rivière des Outaouais prend sa source dans le lac Capimitchigama, dans les Laurentides, à environ 240 km au nord d’Ottawa et à 290 km au nord-ouest de Montréal. Elle fait ensuite un arc vers l’ouest et traverse des lacs et des réservoirs, notamment le réservoir Dozois, le Grand lac Victoria, le lac Granet, le réservoir Decelles, le lac Simard et le lac Témiscamingue. À partir du lac Témiscamingue, la rivière descend vers le sud-est, gagne en largeur et en vigueur, s’étend pour former des lacs marécageux puis se resserre pour se transformer en rapides puissants. Depuis les régions rurales et les villages de la vallée de l’Outaouais, la rivière suit son cours vers l’est et traverse les régions urbaines d’Ottawa et de Gatineau. Puis, à Saint-André-Est, elle s’élargit pour former le lac des Deux Montagnes, à l’ouest de Montréal, où elle se jette dans le fleuve Saint-Laurent en se déversant dans la rivière des Prairies, la rivière des Mille Îles et le lac Saint-Louis.

De sa source à son embouchure, la rivière des Outaouais parcourt 370 m d’élévation. Ses propres affluents provenant des hautes terres du nord sont souvent sauvages et rapides. Parmi ceux-ci, on retrouve les rivières Dumoine (129 km), Coulonge (217 km), Gatineau (386 km), du Lièvre (330 km), de la Petite Nation (97 km) et Rouge (185 km). À partir du sud, la rivière des Outaouais est alimentée par les rivières Petawawa (187 km) et Madawaska (230 km), qui coulent en terrain escarpé, ainsi que par les rivières Mississippi (169 km), Rideau (146 km) et Nation (161 km), qui drainent des terres plus douces.

Géologie

Le recul de la calotte glaciaire des Laurentides, il y a environ 10 000 ans, expose une terre compactée par le poids de la glace (voir aussi Glaciation). En raison de sa faible élévation, la région qu’occupent présentement le lac Nipissing et la rivière Mattawa est alors submergée par les eaux des Grands Lacs de la préhistoire situés les plus au nord. Ces eaux se jettent ensuite dans la vallée de l’Outaouais et atteignent la mer de Champlain (un prolongement intérieur de l’océan Atlantique). Sur son chemin vers la mer, la première ébauche de la rivière des Outaouais dépose une mince couche de sol argileux dans le sud de la vallée, créant ainsi une zone fertile dans le Bouclier canadien montagneux.

Ottawa (image-satellite)
La rivière des Outaouais se découpe nettement sur cette image-satellite. La ville d'Ottawa apparaît sous la forme d'une tache bleue. Les collines accidentées de la Gatineau s'étendent vers le nord (en haut). Les zones roses et rougeâtres représentent les exploitations agricoles de la vallée d'Ottawa (avec la permission du Centre canadien de télédétection).

La calotte glaciaire des Laurentides se retirant davantage vers le nord, la terre subit une forme de redressement et se relève graduellement. Ainsi, une ligne de partage des eaux se forme entre le lac Nipissing et la rivière des Outaouais, séparant les deux réseaux fluviaux. Les eaux des Grands Lacs trouvent alors un autre chemin vers l’océan, le fleuve Saint-Laurent. Avec le temps, la rivière des Outaouais se place dans son tracé actuel, qui débute dans les Laurentides. Du lac Témiscamingue à Montréal, la rivière forme aujourd’hui la frontière entre l’Ontario et le Québec. La séparation, toutefois, est plus que politique : au sud, on retrouve de riches fermes et de douces collines tandis qu’au nord ce sont les forêts des hautes terres laurentiennes qui prédominent.

Flore

La profondeur des lacs et le débit rapide de la rivière des Outaouais ne permettent qu’à quelques plantes de pousser. Toutefois, des algues et de plus grandes plantes aquatiques poussent régulièrement dans les terres humides de la rivière. Certaines espèces envahissantes infestent la rivière des Outaouais, notamment l’hydrocharide grenouillette et le myriophylle en épi. Les tapis de végétation dense qu’elles forment à la surface ou sous l’eau empêchent la croissance des autres espèces aquatiques en bloquant la lumière du soleil. Ces plantes contrarient également les navigateurs et les nageurs, en plus de bloquer les canaux de drainage et les ruisseaux.

Les berges de la rivière favorisent la croissance de bon nombre de plantes, notamment l’aulne rugueux, le cornouiller oblique, le myrique baumier et des espèces du genre de la viorne et de la potentille. La verge d’or et plusieurs espèces de fougères sont aussi couramment retrouvées dans la plaine inondable de la rivière des Outaouais. Les inondations printanières sur ses berges contribuent au maintien des alvars, où les graminées des prairies et les arbustes poussent sur une surface calcaire dotée d’une très faible couverture des sols. La vallée de l’Outaouais abrite plus de 85 espèces de fleurs rares.

Fougères
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Érable
un érable à l'automne
Cônes de mélèzes
Cônes de mélèzes en début d’été.
Sapin baumier
Abies balsamea (sapin baumier) avec cônes.
Peuplier baumier
Avec ses fleurs mâles (à droite) et ses fruits (illustration de Claire Tremblay).
Butternut
The hard, lustrous wood was common in pioneer times but is now very rare.
Read Oak
Red oak foliage during autumn.\r\n
la forêt des Grands-Lacs et du Saint-Laurent
la région de la forêt boréale

La majeure partie de la rivière des Outaouais coule dans la région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent. Ces forêts du sud abritent un mélange de conifères et d’arbres à feuilles caduques, notamment l’érable, le pin blanc, le pin rouge, le thuya occidental, le mélèze laricin, l’épinette blanche, le chêne rouge, le tilleul d’Amérique, le frêne, le peuplier, le bouleau jaune et le bouleau blanc. Le noyer cendré, un arbre menacé à feuilles caduques, pousse également dans la région.

Les sections plus au nord de la rivière traversent plutôt la forêt boréale, dont le couvert forestier est principalement composé de conifères : pin gris, épinette noire, épinette blanche, sapin baumier, peuplier faux-tremble, bouleau blanc et peuplier baumier. Du lichen et de la mousse tapissent les sols de la forêt. 

L’essor de l’industrie du bois au 19e siècle mène à la coupe d’environ 75 % des forêts de la vallée de l’Outaouais avant les années 1880. Bien que la majeure partie de cette région soit aujourd’hui occupée par des résidences et des industries, certaines de ces forêts ont repris leur place.

Faune

Bien qu’elle fasse partie des paysages les plus menacés du pays, la rivière des Outaouais abrite de nombreux animaux. Les barrages, les eaux usées des villes et des industries ainsi que le développement immobilier menacent tous la biodiversité de ses écosystèmes.

Les eaux de la rivière abritent plusieurs espèces de poissons (entre 85 et 96 espèces, selon les sources), notamment le maskinongé, l’esturgeon, le lépisosté osseux, l’achigan à grande bouche et à petite bouche, la perchaude, le doré jaune, le grand brochet et l’alose savoureuse (voir Hareng). Le bassin versant est également l’habitat de plusieurs espèces de poissons menacées, notamment le chevalier de rivière et l’anguille d’Amérique.

LE SAVIEZ-VOUS?
Le lépisosté osseux peut atteindre une longueur de 1 m de longueur et un poids de 10 kg.

Dans la rivière, on retrouve également des invertébrés comme l’escargot, l’écrevisse et plus d’une douzaine d’espèces de moules d’eau douce. La moule zébrée, une espèce envahissante, se développe rapidement depuis son apparition dans les années 1980. En plus d’accaparer l’habitat des espèces indigènes de moules, la moule zébrée bouche les conduites d’eau.

Les insectes aquatiques couramment retrouvés à la rivière des Outaouais incluent la demoiselle, la libellule, l’éphémère et l’araignée d’eau.

Les laisses de sable, les marécages et les forêts bordant la rivière sont l’habitat de 300 espèces d’oiseaux. Pour environ la moitié de ces espèces, la rivière des Outaouais représente une halte migratoire importante. La région entre Gatineau et Montebello, au Québec, est particulièrement importante pour la bernache du Canada et plusieurs espèces migratoires de canards. La rivière, dont les marécages sont des lieux de reproduction pour plusieurs oiseaux, est également l’habitat des colonies du grand héron. Onze espèces d’oiseaux de proie, dont les éperviers et les aigles, se reproduisent dans les forêts environnantes.

Lépisosté
Libellule
Les libellules adultes se nourrissent de moustiques et même d'abeilles (illustration de Claire Tremblay).
Grand héron
Grand héron (Ardea herodias) en Ontario.
Castor du Canada
Castor du Canada (Castor canadensis) - Ontario.

Les terres humides de la rivière abritent 33 espèces de reptiles et d’amphibiens, comme les tortues, les salamandres, les grenouilles et les serpents. La région est un habitat essentiel pour plusieurs espèces menacées de tortues, notamment la tortue géographique, la tortue des bois, la tortue ponctuée, la tortue molle à épines, la tortue musquée et la tortue mouchetée (voir aussi Espèces d’animaux menacées).

Parmi les 53 espèces de mammifères qui vivent sur les rives de la rivière des Outaouais, on retrouve le vison, le castor, le rat musqué et la loutre. L’ours noir, quant à lui, se retrouve près des rivières et des lacs de l’ensemble du réseau fluvial. La forêt abrite de son côté bien d’autres mammifères tels que l’écureuil, le tamia, le lapin, le raton laveur, la souris, la chauve-souris et le cerf de Virginie. Dans les régions boréales bordant le nord de la rivière, on retrouve le loup, le carcajou, le lynx, la martre et l’orignal.

Préoccupations environnementales

Depuis le commerce du bois du 19e siècle, la pollution est un problème majeur pour la rivière des Outaouais. Les grands volumes de sciure de bois largués dans la rivière depuis les scieries de la chute des Chaudières, directement en amont de la colline du Parlement, ont eu des effets désastreux bien visibles pour la capitale nationale.  

LE SAVIEZ-VOUS?

Lors d’une conférence publique à Ottawa en 1882, l’auteur irlandais Oscar Wilde déclare que la pollution de la rivière des Outaouais est « un scandale » et avance que : « Personne n’a le droit de polluer l’air et l’eau, qui sont des biens communs appartenant à tous. » Il ajoute : « Nous devrions les léguer à nos enfants dans l’état où nous les avons reçus. »

La contamination de la rivière par les eaux d’égout non traitées des villes d’Ottawa et de Gatineau représente un autre problème de taille. Le réseau d’égouts de ces villes est qualifié de « mixte », ce qui signifie que les mêmes tuyaux transportent à la fois les eaux usées et l’eau de pluie. Ce type d’égout peut donc déborder en cas de fortes pluies et répandre des déchets non traités dans la rivière. Entre le 4 et le 15 août 2006, on estime que 764 millions de litres d’eaux d’égout brutes auraient été déversés dans la rivière à partir d’une installation de la ville d’Ottawa. En 2008, la Ville est déclarée coupable en vertu de la Loi sur les ressources en eau de l’Ontario et se voit imposer une amende de 562 500 $. Depuis l’incident, Ottawa a fait de grands progrès en la matière, notamment en installant des systèmes de surveillance en temps réel et de commande à distance dans le cadre du plan d’action de la rivière des Outaouais. Ces améliorations ont permis une réduction de 80 % des débordements d’égouts dans la rivière des Outaouais entre 2006 et 2015. En 2016, Gatineau installe à son tour des systèmes de surveillance en temps réel pour limiter les débordements, qui, encore aujourd’hui, présentent un gros défi des deux côtés de la rivière.

La pollution de l’eau par des installations industrielles et urbaines est également source de problèmes. Le lessivage des terres cultivées, contenant des pesticides et des engrais, peut affecter la qualité de l’eau, tout comme les matières déversées dans la rivière en passant par les systèmes d’eau résidentiels (par exemple les microplastiques retrouvés dans les produits cosmétiques).

Gatineau
Gatineau vue du Parc Major's Hill à Ottawa.

Conservation

Puisque la rivière des Outaouais soutient la croissance de nombreuses espèces, y compris les populations humaines qui y recueillent de l’eau potable, d’importants efforts sont déployés pour la protéger.

En 2001, des citoyens inquiets mettent sur pied Sentinelle Outaouais, un programme membre de l’organisme international Waterkeeper Alliance. Sentinelle Outaouais s’efforce de préserver la vie aquatique et la qualité de l’eau et de garantir l’accès public à la rivière. L’organisme milite également à propos d’enjeux environnementaux et répond aux plaintes des citoyens.

En 2014, Conservation de la nature Canada achète une propriété de 30 hectares près de Westmeath, en Ontario, qui comprend la plupart des entrées menant au plus grand réseau canadien de cavernes sous-marines, nommé cavernes Gervais en l’honneur des anciens propriétaires. La terre permet plusieurs points d’accès au réseau de cavernes et permet la croissance de nombreuses espèces, tant à l’extérieur de l’eau que sous la surface.

Une section de 590 km de la rivière longeant la frontière entre l’Ontario et le Québec est déclarée en 2016 comme faisant partie du Réseau des rivières du patrimoine canadien (RRPC). Le RRPC est un partenariat fédéral-provincial-territorial qui vise à protéger les cours d’eau ayant une importance naturelle, culturelle ou récréative. Selon le plan de gestion du RRPC, cette portion de la rivière des Outaouais est régulièrement surveillée par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, en collaboration avec d’autres organismes.

En réponse à une motion de 2017 déposée par le député d’Ottawa sud, David McGuinty, Environnement et Changement climatique Canada entreprend en 2018 une étude du bassin versant de la rivière des Outaouais et mène une consultation publique. Un des objectifs de l’étude est de former le Conseil du bassin versant de la rivière des Outaouais, qui unirait divers organismes et paliers de gouvernement afin d’établir un plan global pour gérer la rivière et ses affluents.

Le bassin versant comprend 26 parcs nationaux et provinciaux qui, dans le cadre de leur mandat, entreprennent des efforts de conservation.

La Première nation algonquine multiplie les initiatives visant à protéger ses terres ancestrales et la vie sauvage dans la région (voir aussi Territoire autochtone). Les Algonquins de l’Ontario mènent notamment des recherches pour aider à rétablir la population d’anguilles d’Amérique dans la rivière des Outaouais. L’anguille d’Amérique, aussi appelée Kichisippi Pimisi, figure sur la liste des espèces menacées au Canada et a une valeur sacrée pour le peuple algonquin.

Territoire traditionnel des Algonquins
(avec la permission de Victor Temprano/territoire-traditionnel.ca)

En 2014, la nation Anishinaabeg du bassin versant de la rivière des Outaouais organise des manifestations et intente des poursuites en justice contre la coupe à blanc dans la réserve faunique La Vérendrye, au Québec. Aux côtés de l’assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, elle s’oppose aussi fortement à la construction d’un condominium sur deux îles du secteur de la chute des Chaudières, un site d’une grande importance spirituelle nommé Akikodjiwan par les Algonquins. En date de juillet 2018, le projet immobilier, qui bénéficie du soutien de certains membres de la Première nation algonquine de l’Ontario, va toujours de l’avant.

(Voir aussi Mouvements écologistes.)

Histoire des Autochtones avant 1600

Le bassin versant de la rivière des Outaouais correspond au territoire ancestral du peuple algonquin, qui tire son origine des premiers occupants de la terre. Les peuples autochtones habitent la région depuis environ 6 500 ans avant notre ère. Les archéologues nomment cette première ère la période paléoaméricaine. Les cultures des peuples qui en émergent sont généralement connues sous le nom de culture des Laurentiens de la période archaïque (environ 4 500 ans avant notre ère), et de culture sylvicole (environ 500 ans avant notre ère).

Pour les Premières nations, la rivière des Outaouais représente la principale route de transport menant aux terres intérieures de l’ouest. Les Algonquins contrôlent alors le territoire. Ce peuple semi-nomade, qui vit de la chasse, de la cueillette, de l’agriculture, de l’élevage, du trappage et de la pêche, occupe les rives de la rivière des Outaouais et de ses affluents. Les Algonquins se déplacent alors en raquettes et en toboggan pendant les mois d’hiver et à pied ou en canot d’écorce de bouleau en été. Leurs habitations sont des wigwams faciles à démonter, à transporter et à réinstaller.

Canot algonquin
Le canot d'écorce des Algonquins était idéal pour se déplacer sur les rivières et les lacs séparés par d'étroites lignes de partage des eaux ou des portages (oeuvre de Lewis Parker).
Raquettes à neige
Ces raquettes à neige étroites (à gauche) et de type patte d’ours (à droite) permettaient aux chasseurs iroquois des forêts de l’Est de se déplacer dans différentes conditions de neige. La babiche est couramment utilisée pour tresser les raquettes.

Grâce au positionnement stratégique de l’Isle-aux-Allumettes, un groupe, les Kichesipirini, exige des autres nations un paiement pour l’utilisation de la rivière des Outaouais, ce que les Nipissing font également sur leurs terres. Le peuple algonquin nomme la rivière Kichi sipi, ce qui signifie « la Grande Rivière ».

Alliance entre les Algonquins et la France, 1600-1763

Les Français sont les premiers Européens connus à établir un contact avec le peuple algonquin. La relation se crée alors que les deux peuples commencent à faire des échanges à Tadoussac au début du 17e siècle.

Les relations de commerce entre les Algonquins et les Français se solidifient et se transforment en alliance. Les explorateurs et les commerçants français commencent dès lors à s’aventurer plus profondément dans les terres des Algonquins. Jacques Cartier remarque probablement la rivière depuis le sommet du mont Royal, mais Étienne Brûlé est vraisemblablement le premier Européen à la parcourir, passant une année complète parmi les Algonquins vers l’an 1610.

En 1613, sur la rivière des Outaouais, Samuel de Champlain se rend jusqu’à l’Isle-aux-Allumettes. En 1615, il atteint la baie Georgienne en passant par les rivières des Outaouais, Mattawa et des Français. Cette route empruntée devient un axe important du commerce des fourrures. Tout d’abord nommée Grande Rivière des Algonquins ou Grande Rivière du Nord par les Français, la rivière des Outaouais prend son nom d’un groupe d’intermédiaires qui s’ajoute plus tard au commerce des fourrures, les Odawas (ou Outaouais). Le trajet représente un défi de taille pour les voyageurs, exigeant plusieurs portages, notamment à Long Sault, à Deschênes, au lac des Chats, à Chenaux, à Portage-du-Fort, à la chute des Chaudières, au Rocher Fendu, à Rapides-des-Joachims, à la Cave et à Des Érables.

Samuel de Champlain
Faux portrait de Samuel de Champlain, à partir d'une gravure de Michel Particelli d'Emery par Balthazar Moncornet en date de 1654 (Avec la permission de Bibliothèque et Archives du Canada/C-6643)
Dessin de Champlain à Tadoussac
Juin 1608 (ANC)
Rapides des Chats
William Henry Bartlett, 1841 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/No. R9266-603).
Chapeaux de castor
Le chapeau de castor est très à la mode en Europe au XVIIIe et XIXe siècle. Voici, de gauche à droite, à partir d'en haut : le tricorne, le bicorne de marine et le chapeau clérical; deuxième rangée : l'élégant Parisien, le Wellington et le D'Orsay; troisième rangée : le chapeau de la régence anglaise et le shako d'armée (avec la permission de « The Beaver », printemps 1958).
Samuel de Champlain
Les Hurons et Champlain afrontent les Iroquois au Lac de Champlain (1609). Publié dans Champlain, S. de, "Les voyages du sieur de Champlain..." A Paris: chez Jean Berjon..., 1613).

Dans les années 1630, ayant tari les réserves de peaux de castor disponibles plus au sud, les Haudenosaunees, alliés des Hollandais, se déplacent vers le nord, en territoire algonquin. À l’époque, plusieurs Algonquins convertis au christianisme ont déjà quitté la vallée de l’Outaouais pour les missions françaises dans les colonies établies sur les rives du Saint-Laurent. Les Français tentent de défendre leur réseau de commerce en fournissant des armes à feu à leurs alliés algonquins, mais ils exigent en retour la conversion au christianisme. Les Mohawks, une nation de la confédération Haudenosaunee, commencent à piller les installations des Algonquins de la vallée de l’Outaouais. Pendant les trois décennies suivantes, le peuple algonquin est chassé de son domicile par les Mohawks, qui aspirent à contrôler le commerce de la fourrure. De plus, au milieu du 17e siècle, le nombre d’Algonquins ayant succombé aux épidémies et aux maladies amenées par les Européens est déjà très élevé.

Dans les années 1660, les Français envoient plus de troupes en Nouvelle-France et commencent à repousser les Haudenosaunee hors du territoire, ce qui permet le retour graduel des Algonquins dans la vallée de l’Outaouais. Pendant ces conflits, connus sous le nom de Guerres iroquoises, le gouvernement de la France commence à délivrer des permis de traite aux colons qui remontent la rivière à titre de voyageurs. De jeunes Français n’ayant pas de permis font eux aussi du commerce de fourrure, illégalement, et sont appelés coureurs des bois. Vers la fin du siècle, les Français érigent un poste de traite en Abitibi-Témiscamingue, dans le haut de la vallée; ils en bâtissent un deuxième en 1720.

Malgré la traite de fourrures, les colonies françaises ne prospèrent pas dans la région. L’Orignal, attribué en 1674, est la première seigneurie établie sur le territoire qu’occupe aujourd’hui l’Ontario (voir Régime seigneurial), mais la région n’est colonisée qu’au tournant du 19e siècle.

Le peuple algonquin demeure l’allié des Français jusqu’à la guerre de Sept Ans (1755-1763) et la Conquête. En 1760, après que les Britanniques remportent la bataille pour les colonies de l’Amérique du Nord, les Algonquins signent un traité de neutralité entre les deux forces européennes.

Colonisation britannique

Les Britanniques ne respectent pas leur promesse, déclarée dans la Proclamation royale de 1763, de protéger les terres des Premières nations de l’appropriation par les colons. Après la Révolution américaine (1775-1783), ils réagissent au flux de loyalistes arrivant dans la colonie en achetant des terres par des ventes individuelles conclues avec d’autres nations. Certaines de ces ventes concernent les terres des Algonquins, même si ces derniers n’ont pas été préalablement consultés par l’une ou l’autre des parties.

Hawkesbury est fondée en 1798. C’est là que Thomas Mears construit le premier moulin à broyer le grain et la première scierie. Il y propulse également le premier bateau à vapeur, l’Union, sur la rivière des Outaouais. La première usine de papier est mise sur pied en 1805, à Saint-André-Est. Wrightstown (plus tard rebaptisée Hull) est fondée en 1800 par Philemon Wright et un groupe de colons américains.

Hawkesbury
Saint-André-Est
Hull
Philemon Wright
Colonisateur, fermier et homme d'affaires Philemon Wright, peint vers 1800-1810. Il a fondé Wrightstown (plus tard Hull). Portrait de John James.

Malgré les promesses non tenues des Britanniques, les Algonquins se battent à leurs côtés lors de la guerre de 1812 et les aident à vaincre les forces armées américaines lors de la bataille de la Châteauguay. Pour la majorité des Premières nations se rangeant du côté des Britanniques, l’alliance est de nature purement stratégique : la Grande-Bretagne, selon elles, est plus susceptible que les États-Unis de maintenir comme tels les territoires traditionnels et les échanges. Cependant, au cours des années suivant la guerre, alors que les colons les surpassent en nombre, les Premières nations ne font que perdre plus de droits et d’indépendance. (Voir aussi Participation des Premières nations et des Métis à la guerre de 1812.)

En 1822, la majeure partie du territoire algonquin restant, dans la vallée de l’Outaouais, est vendue. Au cours des années suivantes, les colons continuent d’affluer, alors que le commerce du bois s’étale de plus en plus vers le nord de la rivière. Malgré les pertes de territoires et de vies dont ils sont victimes, les Algonquins demeurent dans la région. Aujourd’hui, il existe 10 communautés algonquines reconnues par le gouvernement fédéral dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. Neuf d’entre elles se trouvent au Québec. Aucune de ces nations ne cède, à quelque moment que ce soit, ses terres par traité ou accord similaire. Conséquemment, la Première nation algonquine de l’Ontario formule une revendication territoriale qui couvre une grande région du bassin versant de la rivière des Outaouais.

Commerce du bois au 19e siècle

Train de bois
Train de bois sur la rivière des Outaouais, près de la Colline du Parlement, 1899 (photo de William James Topley, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-144140).
Glissoire à billes
Glissoire à billes sur la rivière des Outaouais, près de la Colline du Parlement, dans les années 1880 (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-008440).
Chutes Rideau
Ottawa, vers 1855 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-3053).

Les trains de bois descendent la rivière des Outaouais avant même qu’elle ne cesse d’être la route principale du commerce de la fourrure. En 1806, Philemon Wright prouve que la route est praticable, et les Britanniques augmentent leur demande en bois de pin. En 1854, le Traité de réciprocité garantit un accès libre au bois canadien dans le marché des États-Unis.

Le commerce du bois a un grand effet sur la vie sociale de la vallée. En hiver, de grands groupes d’hommes vivent dans des camps de bûcherons rudimentaires et, au printemps, rejoignent la civilisation avec leurs trains de bois. La concurrence entre les camps de bûcherons et entre les Français et les Irlandais mène à des querelles et à des affrontements violents (voir Guerres des Shiners). Après l’achèvement du canal Rideau (1832), Bytown (plus tard nommée Ottawa) devient l’un des centres principaux de l’industrie du bois. Même si quelques magnats du bois, comme E. B. Eddy et J. R. Booth, s’enrichissent énormément, bien des bûcherons et des travailleurs irlandais vivent dans la pauvreté et la maladie.

L’industrie change radicalement la rivière et ses affluents. En 1828, une opération d’exploitation forestière a cours sur le futur site de Pembroke. Après 1850, la coupe atteint la rivière Madawaska et, dans les années 1870, elle touche la rive ouest du lac Témiscamingue. Les chemins de fer transportant le bois vers Brockville et Ogdensburg, New York, transforment la rivière dans les années 1850. Au début des années 1870, tous les rails se rendent à Carleton Place, à Renfrew, à Almonte et à Pembroke. Les bateaux à vapeur, quant à eux, font circuler nombre de biens et de passagers sur la rivière, entre autres grâce à un canal à Carillon qui permet les voyages ininterrompus entre Montréal et Ottawa.

Là où la terre est fertile, les agriculteurs s’installent. Partout ailleurs, la terre inutilisable est bondée de souches et de débris, ce qui la rend vulnérable au feu. Une partie de la vie sauvage est protégée de la coupe lorsque le parc provincial Algonquin est créé en 1893. En 1918, la première station canadienne de recherche en foresterie est mise en place à Petawawa, dans le but d’étudier les conséquences de l’industrie du bois, de la maladie et du feu.

Industrie et économie d’aujourd’hui

Avec la disparition des plus grands arbres, la plupart des moulins se tournent vers l’industrie des pâtes et papiers. Plusieurs scieries et usines de pâtes et papiers sont encore aujourd’hui fonctionnelles dans des communautés bordant la rivière. La majeure partie de l’énergie hydroélectrique – générée par plus de 40 barrages et centrales électriques – est envoyée vers d’autres régions de l’Ontario et vers le Québec. Au total, ces projets électriques génèrent quotidiennement au moins 3 500 mégawatts d’électricité, pour une valeur d’un million de dollars par jour.

L’agriculture demeure une partie importante de l’activité économique du bas de la vallée de l’Outaouais.

Ottawa, désignée comme capitale de la province du Canada en 1857, est le centre urbain dominant. Cependant, sa prospérité est due au gouvernement fédéral, et non aux ressources de la vallée ou à ses routes fluviales.

La rivière des Outaouais est une destination touristique depuis le 19e siècle. Les bateaux à vapeur de l’époque sont aujourd’hui remplacés par les bateaux à voiles et à moteur, ainsi que par les canots et les kayaks. Les rapides de la section de la rivière nommée Rocher Fendu, près de Pembroke, sont populaires parmi les amateurs de rafting. Parmi les autres attractions bordant la rivière, on retrouve des plages, des sentiers (pour la marche, la randonnée et le cyclisme), de la pêche sur glace, de la motoneige, du patinage et du ski de fond.

Rivière des Outaouais
Rivière des Outaouais en Ontario.
Rivière des Outaouais
Cour suprême du Canada
Chutes Rideau à Ottawa

Liens externes