Parc urbain national de la Rouge

Le parc urbain national de la Rouge est une zone protégée sur le plan écologique dans la région du Grand Toronto qui comprend la plus grande partie des vallées de la rivière Rouge et du ruisseau Little Rouge. Au total, 79,1 km2 de terres ont été mis de côté pour le parc qui est à cheval sur le territoire des municipalités de Toronto, de Markham, de Pickering et du canton d’Uxbridge en Ontario. Cette région historique comprend des terres agricoles, des espaces verts, des terres humides et des cours d’eau bordés de développements urbains, de routes et d’autoroutes. Ouvert le 15 mai 2015 et géré par Parcs Canada, c’est le premier parc urbain national du Canada et le plus grand parc urbain d’Amérique du Nord.



Carte du Parc urbain national de la Rouge (mai 2018)
Carte du Parc urbain national de la Rouge et de la région du Grand Toronto
Parc urbain national de la Rouge
Une passerelle sur la rivière Rouge, à l’extrémité sud du sentier Mast, dans le parc urbain national de la Rouge. Photographie prise le 1er juillet 2018.
Parc urbain national de la Rouge
Vue sur le ruisseau Little Rouge à partir du sentier Mast, dans le parc urbain national de la Rouge. Photographie prise le 1er juillet 2018.
Parc urbain national de la Rouge
Sentier forestier dans le Parc urbain national de la Rouge. Photo prise le 1er juillet 2018.
Parc urbain national de la Rouge
La forêt s’ouvre sur un pré dans le parc urbain national de la Rouge. Photographie prise le 1er juillet 2018.
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Un pré dans le Parc urbain national de la Rouge. Photo prise le 1er juillet 2018.
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Un pré dans le Parc urbain national de la Rouge. Photo prise le 1er juillet 2018.
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Le ruisseau Little Rouge dans le Parc urbain national de la Rouge. Photo prise le 1er juillet 2018.
Parc urbain national de la Rouge
Le ruisseau Little Rouge dans le Parc urbain national de la Rouge. Photo prise le 1er juillet 2018.

Géologie et géographie

Le paysage du parc urbain national de la Rouge a été façonné après la retraite des grandes nappes glaciaires continentales, il y a quelque 13 000 ans (voir Calotte glaciaire). En se retirant, la glace a laissé derrière elle une couche de sable et de gravier dont l’épaisseur atteint 100 m en certains endroits. Cette couche a ensuite été façonnée par l’eau et le vent et les collines et les vallées que l’on observe aujourd’hui sont le résultat de cette érosion. Sous les collines s’étale une couche de schiste argileux vieux de 450 millions d’années, vestige de l’ancien plancher océanique.

Le parc forme un long corridor qui finit en pointe sur les berges du lac Ontario, à l’embouchure de la rivière Rouge. Il comprend des terres humides, des étangs, des ravins, des forêts, des prés et des fermes historiques. Des routes et des lotissements bordent ses zones naturelles et agricoles. Plusieurs voies de transport importantes traversent le parc : l’autoroute 401 (la plus achalandée d’Amérique du Nord) et l’autoroute 407 ainsi que des voies ferrées pour le transport de marchandises et des passagers. C’est le seul parc naturel auquel plus de 20 % de la population canadienne peut facilement accéder par l’autobus ou le métro.

Flore

noyer cendré
Forêt carolinienne
La forêt carolinienne du Sud-Ouest de l'Ontario comporte des espèces d'arbres rares caractéristiques de forêts situées plus au sud (photo de Tim Fitzharris).

Malgré son environnement urbain, le parc urbain national de la Rouge possède une riche diversité biologique et abrite près d’un millier d’espèces végétales, soit plus de 25 % des plantes rencontrées en Ontario. Le parc offre un habitat clé pour le noyer cendré, une essence forestière en voie de disparition au niveau de la province, qui présente de larges branches et peut atteindre 30 m de hauteur (voir également Espèces de plantes menacées.)

Un certain nombre de plantes invasives menacent d’envahir les habitats occupés par la végétation indigène. On peut par exemple citer le dompte-venin de Russie, l’alliaire officinale et le chèvrefeuille. La plupart des plantes invasives rencontrées dans le parc ont été importées intentionnellement ou accidentellement d’une autre partie du monde.

Le parc contient l’une des forêts caroliniennes les plus septentrionales du continent, des boisés mixtes et même quelques bandes de forêt boréale dans sa partie sud (voir Régions forestières).

Faune

Merle-bleu de l'Est
Raton laveur
Mouffette
Jeune mouffette dans un champ de chaume

Selon Parcs Canada, le parc urbain national de la Rouge abrite 247 espèces d’oiseaux, 73 espèces de poissons, 44 espèces de mammifères et 27 espèces de reptiles et d’amphibiens. On y rencontre également de nombreuses espèces classées préoccupantes, menacées ou en voie de disparition dans la province ou le pays (voir aussi Espèces d’animaux menacées).

Le parc est un paradis pour les ornithologues amateurs qui peuvent y observer de nombreuses espèces d’oiseaux chanteurs, de hiboux, de buses, de busards et d’éperviers, de hérons et d’aigrettes. Le Petit Blongios, la Sturnelle des prés et le Goglu des prés font partie des espèces en péril. Les arbres morts sont laissés debout, car ils offrent un habitat à de nombreuses espèces, notamment au Merlebleu de l’Est. Le parc est l’un des seuls endroits de Toronto où l’on peut encore observer des merlebleus, en partie grâce aux nichoirs installés en bordure du Centre de conservation de la vallée de la Rouge.

Parc urbain national de la Rouge
Les arbres morts offrent un habitat à de nombreuses espèces dans le parc. Photographie prise le 1er juillet 2018.

La rivière Rouge et ses affluents abritent une grande diversité de poissons malgré la taille modeste du bassin hydrographique, signe que l’environnement lotique y est salubre. La pêche est considérée comme excellente près de l’embouchure de la rivière Rouge où les pêcheurs sportifs peuvent capturer de nombreuses espèces de poissons, comme l’achigan à grande bouche et l’achigan à petite bouche, le grand brochet, le crapet noir et divers autres crapets. À l’automne, la truite brune, le saumon quinnat et la truite arc-en-ciel – toutes des espèces introduites – migrent vers l’amont de la rivière.

Parmi les mammifères communément rencontrés dans le parc, on peut citer le cerf de Virginie, l’opossum, le raton laveur, le coyote, la mouffette, le castor, le renard roux, la loutre, le vison, le porc-épic, la marmotte d’Amérique, le tamia, l’écureuil roux et le lapin à queue blanche. On y trouve même le pékan, un membre de la famille des belettes qui fréquente habituellement les régions situées plus au nord. Le parc abrite également les huit espèces de chauves-souris trouvées en Ontario, dont quatre sont considérées en voie de disparition dans la province.

Parmi les reptiles et les amphibiens répertoriés, on compte deux tortues en péril : la tortue mouchetée, classée espèce menacée en Ontario, et la tortue des bois, en voie de disparition dans la province. La couleuvre tachetée est une espèce de serpent dont le statut est préoccupant à l’échelle nationale.

Histoire autochtone

Les signes de présence humaine dans le parc remontent à 10 000 ans et comprennent notamment quelques-uns des plus anciens sites autochtones connus au Canada. En ces âges préhistoriques, peu après le retrait des nappes glaciaires continentales, le paysage devait ressembler à celui du Grand Nord canadien actuel. Le climat s’est réchauffé graduellement sur plusieurs milliers d’années. L’agriculture est devenue possible aux alentours de 700 EC. Le maïs, les haricots et la courge étaient les principales cultures dans la riche terre sombre qui recouvrait alors le sol.

L’apparition de l’agriculture est associée aux premiers villages permanents. Les vestiges archéologiques de plus d’une douzaine de villages iroquoiens ont été découverts dans le parc. Bead Hill (Gandatsekiagon), un peu en amont de l’embouchure de la rivière Rouge, est le seul vestige bien préservé connu au Canada d’un village sénéca complet du 17e siècle. Il a été déclaré lieu historique national en 1991.

La rivière Rouge était un maillon important de l’itinéraire suivi en canot par les Premières Nations jusqu’au lac Simcoe, d’où ils pouvaient accéder à la baie Georgienne et aux Grands Lacs d’amont. Cet itinéraire était bien plus court que le long détour par la rivière Niagara et le lac Érié.

Colonisation européenne

Les explorateurs, les missionnaires et les négociants en fourrures sont les premiers Européens à arriver dans la région. En 1669, deux prêtres sulpiciens français, François de Salignac de la Mothe-Fénelon et François-Saturnin Lascaris d’Urfé, construisent une mission à l’embouchure de la rivière Rouge. La même année, les explorateurs français Jean Péré et Adrien Jolliet campent à cet endroit alors qu’ils font route vers le lac Supérieur. Une carte, attribuée à Louis, le frère d’Adrien lui aussi explorateur, fait partie des premières cartes dessinées par des Européens où figure la rivière Rouge (voir aussi Histoire de la cartographie au Canada). Cette carte porte également le mot Taronto (du terme mohawk tkaronto, à l’origine du nom actuel Toronto).

La colonisation européenne commence à la fin du 18e siècle avec l’installation d’un groupe d’agriculteurs mennonites allemands dirigés par le peintre et colon William Berczy. Des descendants de ces premiers colons vivent encore aujourd’hui dans la région. En 1861, on compte déjà 54 usines le long de la rivière Rouge, produisant du bois, de la laine et de la farine. L’agriculture reste aujourd’hui une activité importante dans le bassin hydrographique de la rivière Rouge.

Histoire humaine, du 20e siècle à aujourd’hui

Tout au long du 20e siècle, la région a vu passer plusieurs vagues de résidents. Au début des années 1900, les citadins de Toronto ont coutume de se réfugier dans des chalets construits dans la partie inférieure de la vallée de la rivière Rouge, au sud de l’autoroute 2, tandis que les agriculteurs mennonites empruntent l’autoroute 48 pour se rendre dans la partie nord de la vallée. Ironiquement, l’expropriation au début des années 1970, par le gouvernement, des agriculteurs installés sur les terres à l’est de Markham et de Pickering en vue de la construction d’un aéroport – qui ne sera finalement jamais construit – a contribué à préserver le charme pastoral de vallée de la rivière Rouge, à la différence des zones adjacentes qui ont été transformées en banlieues. Le gouvernement fédéral loue actuellement ces terres, notamment à des agriculteurs.

La vallée de la rivière Rouge du 21e siècle abrite des Canadiens d’origines diverses, notamment d’importantes populations d’origines sud-asiatique, est-asiatique, sud-est-asiatique et antillaise.

Création du parc

Le projet de création d’une zone de conservation urbaine dans la vallée de la rivière Rouge à l’intérieur de la région du Grand Toronto a été mûri durant plusieurs décennies. En 1975, un groupe de citoyens qui s’inquiètent de l’impact environnemental du site d’enfouissement de la route Beare Road et d’autres projets mettent sur pied l’organisation baptisée Save the Rouge Valley System (SRVS). Lois James, une Américaine au foyer venue s’installer à Scarborough avec son époux et ses enfants dix ans auparavant, prend les rênes de SRVS. Au cours des quinze années qui suivent, SRVS fait la promotion de la conservation et s’oppose à plusieurs projets de développement dans la région. Lois James sera finalement faite membre de l’Ordre du Canada pour avoir défendu sans relâche la rivière Rouge.

En 1988, le gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre Brian Mulroney engage des fonds pour soutenir les efforts de conservation de la vallée de la rivière Rouge. Deux ans plus tard, le premier ministre libéral de l’Ontario David Peterson annonce des plans visant à créer un parc pour protéger la zone. En 1994, le plan directeur du parc de la Rouge est publié sous le gouvernement du premier ministre NPD Bob Rae. Le parc ouvre l’année suivante. Il est géré par la Rouge Park Alliance, qui représente tous les niveaux de gouvernement et inclut SRVS.

Brian Mulroney
(© Yousuf Karsh/Comstock Images & Agency/ Archives nationale du Canada/PA-164231)
David Peterson
L'adminisration libérale de Peterson met fin à des années de pouvoir conservateur en Ontario.

Dans son discours du trône de 2011, le gouvernement conservateur de Stephen Harper annonce son projet de créer un parc urbain national dans la vallée de la rivière Rouge. Le « parc urbain national » devient ainsi une nouvelle catégorie parmi les terres et les eaux d’importance nationale protégées par Parcs Canada. L’entrée en vigueur de la Loi sur le parc urbain national de la Rouge, le 15 mai 2015, officialise la création du parc. Cette loi rend prioritaire l’intégrité écologique de la zone et exige que celle-ci fasse l’objet d’une protection environnementale la plus rigoureuse possible.

Une fois terminés les transferts fonciers gérés par plusieurs niveaux de gouvernement, le parc couvrira 79,1 km2.

Installations et activités

En plus de nombreux points d’accès, le parc offre deux « aires d’accueil » où les visiteurs peuvent obtenir des renseignements auprès d’agents de Parcs Canada du printemps à l’automne. Ces aires d’accueil sont situées dans la partie sud du parc, près du zoo de Toronto et dans le secteur nord, dans la ville de Markham.

Le terrain de camping Glen Rouge, situé au confluent de la rivière Rouge et du ruisseau Little Rouge, est le seul terrain de camping situé dans la ville de Toronto.

Le canot, le kayak et la planche à pagaie sont des activités populaires sur la rivière Rouge et dans le marais de la Rouge, près des rives du lac Ontario. Le parc offre un réseau de 25 km de sentiers de randonnée, auquel on prévoit d’ajouter approximativement 75 km. Le réseau ainsi étendu connectera le parc aux communautés adjacentes, du lac Ontario jusqu’à la moraine d’Oak Ridges. Le parc de la rivière Rouge est également un endroit apprécié pour les baignades, les balades à bicyclette, l’observation des oiseaux et la pêche sportive.

Des initiatives éducatives telles que des promenades guidées, des activités pour enfants, des projets de science citoyenne et des ateliers d’introduction au camping sont organisées tout au long de l’année.

Parc urbain national de la Rouge
Une passerelle sur la rivière Rouge, à l’extrémité sud du sentier Mast, dans le parc urbain national de la Rouge. Photographie prise le 1er juillet 2018.

Défis de gestion

L’emplacement du parc urbain national de la Rouge, à l’intérieur de la zone urbaine la plus peuplée du Canada, aide Parcs Canada à remplir son mandat consistant à « favoriser chez le public la connaissance, l’appréciation et la jouissance » du patrimoine naturel du pays. La tâche d’en assurer l’intégrité écologique (qui fait aussi partie du mandat du ministère), présente néanmoins un défi important. Des espèces invasives menacent de prendre le pas sur la végétation indigène. Les développements urbains dans la région s’accompagnent depuis longtemps de pertes et de dégradations d’habitats. Près de 75 % des terres du parc ont été modifiées par des activités agricoles ou industrielles. Dans certains secteurs, des produits chimiques toxiques provenant d’engrais ou de pesticides agricoles pourraient mettre en danger la biodiversité. Des trains de marchandises et la canalisation no 9 d’Enbridge transportent du pétrole par-dessus la rivière Rouge. Si un déversement se produisait à cet endroit, il pourrait compromettre la santé de tout le bassin hydrographique.

Face aux divers défis écologiques qui menacent le parc, Parcs Canada mène plusieurs projets de restauration en collaboration avec des municipalités, des partenaires autochtones, des écoles, des groupes environnementaux, des agriculteurs locaux et le zoo de Toronto. Ces projets comprennent notamment la réintroduction de la tortue mouchetée, en voie de disparition, la construction de passages pour animaux sauvages, la restauration des zones de terres humides et la plantation de végétation indigène.

Le parc urbain de la rivière Rouge est aussi le seul parc national du Canada dans lequel la protection de l’agriculture est un élément central de la vision définie pour sa gestion. Parcs Canada travaille avec les agriculteurs locaux pour les aider à adopter des techniques agricoles bénéfiques à la fois pour l’agriculture et la faune.